Saïouda, la fille du portier (4, à suivre)

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 Chose promise, chose due...  Et, après lui avoir enseigné en dessinant comment lire l’heure dans notre cachette, un coin du cortile (cour) à l’abri du soleil, sous un balcon, la petite Égyptienne me demande:

 - Pourquoi le Nonno pète sans cesse?
 
 - Comment tu sais ça?

 - Je le vois souvent par la fenêtre faire des grimaces et de drôles de gestes...

 -  Es-tu certaine?

 - Je ne suis pas sourde.

 Embarrassé, je me gratte la tête puis je lui explique:

 - Le Nonno a beaucoup souffert. Il a fait la guerre.

 - Contre ou avec les Anglais?

 - Contre.

 - Comme soldat ou comme capitaine?

 - Comme prisonnier. Dans un camp de concentration britannique au milieu du désert. Alors...

 - Alors?

 - Là-bas, on le forçait à manger tous les jours des haricots blancs...

 - Tous les jours?

 - Sauf le dimanche, où il pouvait choisir entre un plat de fouls (fèves) et un cornet de falafels (boulettes frites à base de pois chiches et de fèves)... Ma mère pense que c’est cette nourriture qui l’a rendu malade du ventre.

 - Pourtant, chez moi, nous ne mangeons que ça toute la semaine et je n’ai jamais entendu péter mon père.

 - Jamais?

 - Jamais, je le jure!

 - Peut être que les soldats anglais mettaient du poison dans les assiettes des prisonniers italiens?

 - C’est bien possible... Mon père dit souvent que la reine d’Angleterre a épousé le diable et qu’il faut se méfier de ceux qui la suivent.

 - Et toi?

 - Moi quoi?

 - Tu aimes ou tu n’aimes pas les Anglais.

 - Je les déteste tous sauf ton copain Andy.

 - Mais Andy n’est pas anglais. Il parle comme eux mais il est...

 - Il est quoi?

 - Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est qu’il deviendra bientôt américain. C’est ce qu’il m’a dit.

 - Et toi?

 - Explorateur...

 - Excuse-moi, il faut que je parte avant que mon père ne se mette à me chercher partout...

 

A cheval.jpg

Quand j'étais chevalier à Nouzha... le 9 mai 1948

Eddy en Afrique.jpg

Mon père (au centre) à Kashozi au Tanganyika... le 2 juin 1949

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Bien le BONJOUR Cher Monsieur Vogel
    On dit que les larmes lavent l'âme et il n'y a aucune honte à montrer ses émotions.
    bien au contraire si l'on songe au nombre d'enfants qui ont dû avaler des tonnes de médicaments afin d'assécher leur oasis de pleurs restées en suspend
    La première photo ou vous sembliez apprenti Mousquetaire a retenu mon esprit toujours très curieux de tout et qui m'a fait deviné plein d personnages vous entourant
    Ces fameux émanants que certains cerveaux arrivent à ressusciter après un deuil .On sait qu'en ces moments là l'esprit qui a besoin d0'être réconforté sait par lui même trouver toutes les ficelles pour soulager les pleurs et ce grâce aux portraits cachés qu'on peut facilement deviner surtout au travers des branches d'arbres
    Grâce à ces émanants j'ai remonté le temps et j'ai retrouvé des militaires du régiment 8 que ma mémoire avait effacé ,je les ai contacté pour remémorer le passé
    Quand a ce que vous écrivez concernant les Anglais ,je connais un ancien de la Mob qui à chaque fois que son beau frère débarque vitupère en criant ,voilà encore l'hygiéniste des légumes et de l'environnement /rire
    Merci encore pour les photos et le texte toujours aussi passionnant à découvrir au fil des jours
    Très belle journée pour Vous Cher Monsieur

  • Très belle journée à vous, chère Lovejoie.

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