Un vide trop plein (9, à suivre)

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 Le dommage de la serveuse m’est revenu plusieurs fois à l’esprit. Durant le trajet du café à mon chez moi. A-t-elle prononcé ce mot avec une arrière-pensée? Quelle arrière pensée? Ou machinalement? Je plonge sur mon lit. Tout habillé. Nu, ce serait plonger pour rien. Bien que... Je plongerais volontiers nu avec Genève. Mais elle n’aime pas ça. Elle est trop traditionnelle. Trop calviniste. Je me suis trompé de cible. De compagne. La solitude me convient mieux. Seul, j’ai la possibilité de rêver, les yeux ouverts, à qui je veux. Adieu mon lit! Je m’allume un cigare. Un havane. Un Romeo y Julieta. Je me sens riche. Un faux riche devenu pauvre d’esprit. Le temps d’une fraction de seconde. Aucune importance. Je me regarde dans la glace. Je me trouve superbe. Plus beau que mon ami Jules vernier. Je pense à la serveuse. À notre conversation. Vaguement. À son dommage. Un autre dommage s’ajoute au sien devenu mien. Le dommage de ne pas avoir été plus loin dans la conversation. Et puis davantage. C’est ridicule. Je frise l’obsession. Je contemple ma bibliothèque. L’alignement parfait de mes bouquins. Il est vrai que pour certaines choses je suis maniaque. Je prends un livre. N’importe lequel. C’est le roman d’un auteur inconnu qui relate l’histoire de deux inconnus. Je l’ouvre et je tombe sur la page 73. En haut de cette page, une annotation. Le nom d’une jeune fille ou d’une jeune femme et son numéro de téléphone. Qui est-ce? C’est le noir total. Pourtant, c’est mon écriture. J’en suis certain. Je compose le numéro de téléphone. Un vieux monsieur me répond. C’est le père de la jeune fille devenue femme depuis... Le vieux monsieur me demande qui je suis. Je lui déclare que je suis un vieil ami de sa fille et que je souhaiterais la revoir après tant d’années. Il me croit. Il m’avoue que sa fille a quitté la maison familiale. Ça fait déjà deux ans. Elle est maintenant en Italie. Elle donne des cours de dessin à la campagne. Et il me communique son adresse si je désire lui écrire. Je prends note. Précieusement. Je remercie le vieux monsieur et nous nous quittons... à suivre

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