Le vrai communisme n’est pas encore né

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  Pendant six mois, j’ai séjourné non loin de la place Moskovskaya à Saint-Pétersbourg, où Lénine, en bronze et non pas en bonze, règne dans un vide quasi absolu. Et chaque fois que je passais devant cette colossale et impressionnante statue, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à un ancien camarade de travail qui, dans sa jeunesse, comme moi, avait caressé la signature du révolutionnaire soviétique, gravée pour l’éternité sur une table de la brasserie Landolt à Genève, et qui me dit un jour:

 - Il paraît que Lénine a failli se faire écraser par le tram 12, à la rue de Carouge...

 Pour ce camarade, Lénine et tous ses copains étaient encore vivants.

 Pour moi, seul le conducteur était vivant. Et l’est encore. Car si son adresse a permis au léninisme de voir le jour et de faire sombrer ainsi le peuple russe dans une longue nuit chargée de terreurs et de crimes, sa maladresse aurait peut-être permis au vrai communisme de naître.

 Le communisme est arrivée aux portes du peuple par la force, la violence... Imposé, mis en place par des intellectuels assoiffés de sang et imbus d’eux-même.

 Le vrai communisme, c’est tout le contraire. Il ne vient pas vers nous, c’est nous qui allons vers lui. Car il transpire de sagesse. C’est la reconnaissance inconditionnelle de l’autre et l’abnégation de soi. C’est le sens du partage et la suppression naturelle des privilèges, des prestiges et, il y va de soi, de la corruption. C’est vivre dans une société nouvelle où il n’y a point de place pour les soi-disant malins: les artistes et les sportifs cupides, les banquiers roublards et les patrons profiteurs. Oui, une société nouvelle, digne, humaine... Malheureusement, le vrai communisme n’est pas encore né. Un jour peut-être? Je l’espère!
 
 - Vous êtes un grand rêveur, me dirait ma concierge. Et elle n’aurait pas tort, la pauvre femme.

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