Le dieu helvète (9, à suivre)

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 - L’Iran est en feu! La Turquie presque!... L’Iran, je comprends. Mais les autres? Qui leur fournit des armes? Il n’y a pas de politique sans argent et pas d’argent sans intrigues. Moralité: la politique, c’est des montagnes d’intrigues. Et l’Helvétie ne fait pas exception.

 - Ils te briseront les reins.

 - Et après?... Non, Paulette, personne ne me brisera quoi que ce soit.

 - Ils sont plus forts que toi.

 - Non, ils n’oseront pas me briser les reins, comme tu dis si bien, parce que le public m' aura déjà donné raison.

 - Mais, ils t’empêcheront de publier ton livre!

 - Je ne crois pas

 - Tu es trop naïf...

 - Non, parce que s’ils m'empêcheront de le publier, j’irai à l’étranger.

- À l' étranger! Tu crois qu'à l'étranger, c’est mieux?

 - En France, on publie tout.
 
 - En France, on publie tout!

 - Parfaitement!

 - Tu es vraiment un grand naïf, Glarus.


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 ... un jour viendra où une joie immense naîtra au très fond de mon être et emportera au loin toutes les rancunes que j’aurais amassées. Ce jour viendra, je l'espère, mais ce n'est pas pour bientôt...


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 - Il faudra foutre un sacré coup, me dit mon chef.

 - Je ne peux pas aller plus vite que mon cheval, lui réponds-je.

 - Pas plus vite que mon cheval! Qu'est-ce que ça veut bien vouloir dire?

 - Ça veut dire ce que ça veut dire. Et puis qu’avez-vous à me coller constamment au cul?

 Mon chef devint rouge. Presque aussi rouge que le drapeau suisse.

 Puis brusquement, il se retourna et disparut dans son bureau.

 Cinq minutes plus tard, mon directeur me fit appeler par sa secrétaire, une belle fille aux seins volumineux et aux lèvres charnues.

 Belle perspective pour son avenir, me dis-je

 - Asseyez-vous, me dit sèchement mon directeur.

 Je m'assis et  je croisais mes bras.

- Que vous arrive-t-il, Glarus? me demanda cet homme, pour qui seuls ceux qui lui disaient “Bonjour Monsieur le Directeur” étaient intelligents.

 - Il m'arrive que je commence à moisir dans cette jungle, lui répondis-je.

 - Expliquez-vous! Votre travail ne vous plaît plus?

 - Ce n'est pas seulement ça.

 - Comment ça?

 - Oui, ce n'est pas... comment pourrais-je vous expliquer?...

 - Avez-vous besoin de vacances? Êtes-vous souffrant? Est-ce qu'il s'agit de votre salaire?

 - Rien de tout ça.

 - Alors?

 - Alors, je trouve que la vie que nous menons, vous, moi, tout le monde, n'a pas de sens.
 
 - Vous avez besoin de vacances...

 - Non, coupai-je, je n'ai pas besoin de vacances mais d'une autre vie.

 Mon directeur rangea sa cravate. Puis il me demanda, quasi paternellement:

 - Êtes-vous heureux avec nous?

 - Je ne suis ni heureux, ni malheureux, lui répondis-je... Après tout, je crois que vous avez raison, j'ai peut-être besoin de vacances.

 Sur ses bonnes paroles, mon directeur me fit un énorme sourire. Il était était rassuré, il pouvait ainsi dormir en toute quiétude sur ses deux oreilles. Et il m’autorisa à prendre des vacances... à suivre

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