Le dieu helvète (7, à suivre)

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 Dimanche, c’est dimanche! Mais pour un artiste, il n' y a pas de dimanche. Et encore moins pour un écrivain.

 ... je cherche, je cherche une solution à mes problèmes, une solution aux problèmes de l’humanité. Et je me pose toujours les mêmes et éternelles questions: que faire? Comment agir? Y-a-t-il finalement une solution?... J'ai choisi un métier, un second métier, difficile mais qui peut apporter quelque chose à l'humanité... Je doute, je doute constamment. Qu'ai-je fait à Dieu pour mériter cela?... Je suis un hypocrite. Mon comportement et mes idées sont deux mondes bien différents. La preuve: je prêche l'amour de l'humanité et j'abandonne ma femme et mes enfants...

 Je biffai cela, ce que je venais d’écrire et commandai un autre café.


 Cinq minutes plus tard, après avoir avalé ma deuxième boisson, un couple entra et s'installa à un table voisine.

 La femme était face à moi. Son visage était pâle et inquiet, fatigué sans doute par des nuits de déboire. Je crus voir une morte, sortie tout droit des ténèbres.

 Est-elle sortie spécialement pour moi, pour m’apporter un message? me demandai-je. Mais quel message? Que l’enfer n’est pas le paradis? Tout le monde le sait. Non, pour me dire sûrement que la vie est un enfer.

 Je me remis à écrire.

 ... cervelle, ô ma cervelle! Rien n'est plus beau que la beauté d'un visage qui reflète l'innocence et la spontanéité de l’enfance... Ma jeunesse est bien loin, mon enfance est morte. Le sexe a foutu en l'air bien des sentiments profonds... Cervelle, ô cervelle! À quoi joues-tu?...

 Et je biffai de nouveau ce que je venais d’écrire.

 L’enfer est en nous, me dis-je. Mon âme est aussi pâle et inquiète que le visage de cette femme qui se trouve en face de moi. Nous menons une vie de cons!


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 - Le désert... c’est presque le désert. Ou un océan calme, très calme.

 - Que voyez-vous d' autre?

 - J’aimerais...  ne voir que ça.

 - Ce n'est pas ce que je vous demande.

 - Que me demandez-vous alors?

 - Commençons par le commencement. Soyez donc concentré. Que voyez-vous à l’instant?

 - Je vois un monde désordonné, des hommes malades, intérieurement malades, des femmes malades, des femmes en train de se prostituer... des femmes violées, des esprits violés, psychologiquement violés par une publicité mensongère. Je vois aussi des politiciens en train de se remplir les poches avec l'argent du peuple. Et des colonels en train de prédire des guerres imaginaires afin de justifier leur énorme salaire. Ils s’engraissent à la barbe de la société, qu'ils mettent plus en danger qu'autre chose. Je vois des curés, des cardinaux, des moines et des nonnes en train de prier Dieu, pour oublier qu'ils ont un sexe  comme tout le monde. Je vois l'hypocrisie fleurir à chaque coin de rue. Je vois toute l'absurdité de notre société et où nous mène tout ça...

 - C’est-à-dire?
 
 - C’est-à-dire à la violence, aux guerres.

 - Que voyez-vous d’autre?
 
 - C’est déjà pas mal, non?

 - Alors, c'est tout pour aujourd’hui, me dit  le psy.

 - Quel est votre diagnostic? lui demandai-je.

 - C'est encore trop tôt...

 Je quittai mon psy, son canapé, ses papillons en encre noire et ses questions étranges... oui, je le quittai pour toujours car j’eus l’impression ce jour-là, en sortant de son cabinet, que c’était moi qui faisait le boulot et c’était lui qui encaissait.

 A part la chirurgie, tout le reste c'est du pipi d'intellectuel, me dis-je une fois dans la rue. Et je ne suis pas assez riche pour enrichir les parasites... à suivre

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