Le dieu helvète (2, à suivre)

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2


 - Ton coup ne réussira jamais, Glarus .

 -Qui te parle de coup? J’ai décidé d’écrire une bombe et rien de plus. Et je te garantis que j’irai jusqu’au bout de mon projet...
 
- Impossible, ils te couperont l'herbe sous les pieds avant...
 
 - Ma chère Paulette, je vais peut-être te vexer mais tant pis!... Sache que les seules choses qui me plaisent en toi, ce sont ton cul et tes seins.

 Paulette, que je venais de rencontrer par hasard, après tant d'années, me sourit, se leva et me quitta. C’était inévitable.

 Quel con je suis, me dis-je. J'ai perdu une belle occasion de passer une agréable heure entre les cuisses d’une désaxée sexuelle.

 Mais heureusement pour moi, les pages vierges de mon cahier me rappelèrent qu’ il était temps de commencer le fameux combat de crachats de mots.

 - Un ristretto, s’il vous plaît, dis-je au garçon et je me mis aussitôt à écrire...

3


 Troisième bistro, troisième boisson. J’arrachai trois pages à mon cahier. Je n'avais encore rien écrit de valable, d’explosif.
 

4


 Onze heures, quatrième bistro, troisième café-crème.

 Ça commence à venir, me dis-je.

 Je sentis mon visage devenir de plus en plus fiévreux.

 Je me frottai les yeux. Ils me piquaient. Mon coeur se mit à battre comme un fou.

 C'est le début d'une grande bataille, pensai-je. C'est la peur avant le combat. La peur de l'ennemi. La peur de ne pas revenir sain et sauf.

 Ma main se mit à trembler. Mon stylo n'était plus un stylo mais une épée lourde et tranchante comme une lame de rasseoir. Et je mis sur le papier tout ce qui se passait autour de moi et tout ce qui traversait mon esprit:

 Un tram s' arrête, des gens descendent. Des hommes et des femmes. Des femmes laides, grasses et des femmes avec des cheveux teints, décolorés ou coiffées d’une perruque... La place où s' arrête le tram est maintenant vide. Un vieil homme, non, non, ça va trop vite, impossible de tout décrire, de décrire... De l'autre côté de la place, il y a un arbre. Il est grand et beau. Il semble résister aux violentes attaques de notre civilisation. Les déchets chimiques. Le gaz des voitures. Des hommes traversent la rue. On dirait des... impossible de les décrire, ils sont trop absents. Absent! Ce mot me rappelle mon travail avec toute  son absurdité. Le vieil homme de tout à l'heure retraverse la rue mais cette fois-ci avec une valise. Comme tout peut changer d’une seconde à l’autre! Qu’est-ce que la réalité finalement? Qu’est-ce qu’un mot?... à suivre

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