Le dieu helvète (1, à suivre)

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 Tout commença le jour où...

 Le soleil se leva comme d'habitude ce matin-là. Moi aussi. Mais avec la seule différence que le soleil se leva avec splendeur et dignité et dans la toute grande beauté du ciel, tandis que moi je me levai comme un chien la queue entre les jambes raides et puant le dur et insensé labeur de la veille.

 Je me levai donc comme un grand garçon, m'habillai comme un vieux et quittai mon  chez moi comme un aveugle, après avoir embrassé ma femme et mes enfants encore en plein sommeil, pour le monde bien connu du travail.

 Mais!

 Parfaitement! Il n'est pas forcément nécessaire d'être fou ou fils de riche pour décider subitement de changer son mode de vie. Et c'est ce que je fis! Adieu donc mon patron, mon directeur, mon chef et tout le reste!

 Je décidai de devenir enfin quelqu’un.  Mieux que ça: redevenir moi-même. C'est-à-dire un homme avec ses vrais défauts et ses vraies qualités. Et de réaliser un vieux rêve: écrire en toute liberté, dire à la face du monde les quatre vérités.

 Je rentrai dans un café et commandai un thé au lait et un croissant. Trois minutes plus tard, mon petit déjeuner était sur la table, une table en bois qui brillait comme un miroir.

 -Vous voulez le journal? me demanda la serveuse après m'avoir servi.

 - Non, merci, répondis-je, avec simplicité. C’est tous les jours la même chose, continuai-je avec un léger sourire au bout des lèvres .

 - Vous avez raison, Monsieur. Nous vivons dans un drôle de monde, fit la serveuse.

 Elle semblait sincère et sur son visage, on pouvait lire qu'elle avait rudement souffert.

 Je ne répondis pas. Mais au fond de moi-même, j'étais d'accord avec elle.

 - Ils font de nous ce qu'ils veulent, fit-elle.

 -Qui ça, ils? demandai-je.

 - Les salauds, ceux qui nous dirigent, me répondit-elle avec rage.

 - Ceux qui font de la politique?
 
 - C’est ça, c’est bien ça.
 
 - Eh bien, il faut réagir

 -Réagir? Comment voulez-vous réagir? Avec quels moyens?

 -Eh oui, dis-je en soupirant.

 Puis la serveuse se retira...

 Je restai donc seul, les yeux face à la brillance de la table et surtout face à un avenir un peu moins brillant.

 Je dévorai mon croissant et je bus tranquillement mon thé. Non, pas tranquillement. En vérité une montagne d’ idées traversèrent mon cerveau pendant ces quelques minutes. Un tas d'images sombres et un tas de rêves aussi. Je  revis mon patron avec son visage d'exploiteur, mon directeur avec sa grande gueule et mon chef avec son sourire  d'hypocrite. Et je vis un cahier vierge et un stylo aussi précis qu'un fusil, un stylo capable de me suivre et de cracher des mots précis. Oui, je vis tout ça...

 Une demi heure plus tard, une fois les magasins ouverts, j’achetai un cahier et un stylo-feutre. J’étais heureux comme un enfant, j'étais prêt à me battre à ma façon contre toute l'absurdité du monde... à suivre

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