Mémoire inachevée (1, à suivre)

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  Blessure. Morale. Vanité. La société y est pour quelque chose. J'ai acheté une photographie d'une petite fille. Plus exactement une carte postale. Pourquoi cet achat? Mystère. Explicable pour certains. Inexplicable pour moi qui vis dans l'incertitude. L'image transpire de vieillesse. Transpire de tristesse. Le temps. Toujours le temps! Quel semeur de zizanie! Où suis-je? Le soleil brille. Il fait froid. La rue est belle à regarder. Du jamais vu. Qui aurait... De quoi je veux parler? Coupure nette. Je suis foutu. Va-t-on m'enfermer dans un asile? Non. Non, parce que je désire le contraire. Le contraire? Qu'est-ce que ça veut dire le contraire? Quelle cervelle! Je marche. C'est l'essentiel. J'avale de l'air. Je respire normalement. Plus ou moins. Quand je ne fume pas trop. Je devrais être plus raisonnable. Afin que... La solitude. Suis-je seul? Marié? Enfants? Comment le savoir? Et après? J'entre dans un café. Je commande un café-crème. La serveuse me sert un thé-citron. Question de distraction. A moins que... Ai-je demandé... Qu'est-ce que j’ai demandé? La mémoire! Ça me revient. J'ai bien commandé un café crème. Je suis certain. Presque. Je n'aime pas le thé. Vraiment? Je sors la photographie de ma poche. Elle est pâle. Délavée. Elle a souffert. Le temps. La lumière. La serveuse s'approche de moi. C'est votre fille? Une fille inconnue. Elle est belle. Je dirais mignonne. C'est la même chose. Pas pour moi. Vous êtes difficile. Probablement. La serveuse s'éloigne. Je la regarde. Quelle démarche! Excitante. Provocatrice. Ça ne devrait pas exister. C'est trop pour ma tête. Pour aujourd'hui. Je paye ma consommation. Je quitte l'établissement. Adieu. Ou à bientôt.
 
 Las d'errer, je décide de rentrer. Chez moi. Où? Quelque part. Les images vont et viennent. J'habite au numéro 123 de la rue... de la rue Sainte Victoire. Je crois. Victoire comme la victoire après la bataille. Sainte comme... Comparaison. Utile. Inutile. Tout dépend du moment. Aucune importance. Je trouve toujours. Il y a toujours un ange pour m'aider. A un moment donné. Quand tout risque de basculer. Pour moi. Et puis cent vingt-trois c'est un suivi de deux suivi de trois. Primaire évolution mathématique. Je sais, je ne suis pas fabriqué comme tout le monde. C'est ce que l'on m'a dit. Les docteurs. Les professeurs. Les psychanalystes. Les doués de la société. Moi, je suis nul. Un nul. Je fais partie des cas particuliers. Intéressant. Une bête curieuse. Oui? C'est ce qu'on dit. Intéressant pour la science. Pas pour l'homme. Encore quelques pas. Je regarde ma montre. C'est trop tôt. C'est trop tard. Trop tôt pour allumer la télévision. Regarder mes programmes préférés. Trop tard pour aller... pour aller où? Pour faire quoi? Pour acheter un repas congelé. Tant pis! Je mangerai une pomme et une biscotte. Et un morceau de chocolat. Le chocolat, ça me rappelle toute mon enfance. Tiens! Comment se fait-il que je puisse revivre une sensation ancienne? Un parfum de jeunesse. Comment étais-je à cette époque? Mince en tout cas. Blond. Et svelte. J'aimais le sport. L'amour libre. Et les cigares hollandais. Malheureusement tout se dégrade. Je suis à deux doigts d'arriver chez moi. Façon de dire. Peut-être plus. Je reconnais le 123. Reconnaître. Oui, reconnaître. Sans la reconnaissance, je ne suis rien. Je nage dans les airs. En plein étonnement aussi. Telle une épave. Tel un bateau à la dérive. Contradiction. Ou mensonge. Il faut vérifier. J'en suis incapable. Sans doute pas motivé. J'y suis. Je grimpe les escaliers. Mon nom est collé à ma porte. En lettres grasses. J'enfile la clé dans la serrure. Tourne. La porte s'ouvre. Le contraire serait absurde. Est-ce mon chez moi? L'odeur. L'odeur ne trahit jamais... à suivre

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