L'espionne et moi (24, à suivre) (18/08/2022)

 L'espionne et moi Hank Vogel.jpgUn claquement de porte me fait sursauter. Je rouvre aussitôt les yeux et j’épie par le trou de la serrure. 

 Réflexe conditionné du parfait voyeur prêt à passer les examens pour devenir barbouze, me dis-je.

 Et que vois-je? Une jeune fille rousse d’une grande beauté tenant un plumeau et un smartphone dans ses mains.

 Une femme de chambre, je suppose, vu sa blouse noire, son tablier blanc et l’ustensile le plus amusant pour chasser la poussière, la déplacer surtout.

 En deux temps trois mouvements, tel un soldat abandonné par sa troupe, je décampe de ma tranchée insolite, j’accoure vers la divine enfant en chancelant et je bêle presque: 

 - Maaa Louise... que lui est-il arrivé... à Madame Louise?

 Sidérée, à la limite de tomber en pâmoison, la présumée camériste bafouille:

 - J’sais pas... c’qui?

 - C’est la charmante dame qui loge ici, je lui explique en souriant afin qu’elle sorte  in-extenso de sa torpeur. 

 - La charmante dame qui loge ici, répète-t-elle d’un air navré, ou niais, eh bien... eh bien...

 - Eh bien quoi?

 - Elle n’est pas là.

 - Je sais bien qu’elle n’est pas là...

 - Plus là, je crois... Et vous, qui êtes-vous monsieur? Son mari ou son père?

 - Dieu merci, ni l’un l’autre!... Un ami qui l’attend.

 Elle respire profondément.

  Instinctivement, je baisse mon regard et je remarque ainsi qu’elle arbore sur sa poitrine une petite médaille dont le ruban, orange et jaune, est en forme de papillon.

 - C’est une décoration du travail? je lui demande en pointant du doigt l’objet concerné.

 - Non, ce sont les armoiries de ma famille,  me répond-t-elle avec joie et fierté.

 - Sans indiscrétion, quel est votre nom?

 - Je m’appelle Henriette comme la plus fameuse de mes ancêtres dont la générosité  fit naître la légende de la fée Tante Arie.

 - Je connais la caméra Arri, Arriflex pour les non-professionnels du 35 et du 16, mais pas de fée Arie. C’est qui cette généreuse personne?

 - La comtesse de Montbéliard.

 - Henriette d'Orbe-Montfaucon, celle qui... 

  Tout à coup, un SMS sonne sur son portable, me coupant ainsi la parole.  

 La belle demoiselle lève aussitôt son plumeau, tel un gendarme de la circulation son bâton blanc pour m’interdire toute action, lit le message en grimaçant et, avec une mine embarrassée, elle m’avoue:

 - Je me suis trompée de chambre.

 Et elle prend la poudre d’escampette. 

  Avec toutes ses économies, ajouterais ma concierge ukrainienne, par les temps qui courent.

 - Merde! je murmure. C’est peut-être une Nassau et une Wurtemberg comme moi...

Tante Arie.jpg

Tante Arie (pour plus d'info... cliquez sur l'image)

L'espionne et moi... Hank Vogel.jpg

16:29 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |