L'espionne et moi (21, à suivre) (13/08/2022)

 L'espionne et moi Hank Vogel.jpg- Pas un mot! m’ordonne-t-elle à voix basse.

 Elle jette un coup d’œil par le judas puis elle se retourne vers moi et me fait comprendre par des grimaces, telle une guenon en chaleur, que c’est Youri.

 Dans un moment pareil, il est très difficile de ne pas fabuler. 

 La seule chose à faire pour ne pas tomber dans le panneau, me dis-je en pensant aux paroles de mon père, c’est d’être attentif au moindre de ses propres faits et gestes. Mais est-ce possible lorsqu’on est par nature très émotif?          

 - Et quoi? je chuchote... Tu as peur de lui? C’est ton chef ou un trou de balle comme tous les autres?

 Elle me fait signe de retourner dans ma cachette.

 J’obéis. Le cœur battant. Par joie et non par crainte. 

 Et j’ai la subite et étrange impression d’avoir vraiment régressé mentalement. Heureusement, rien ne dure ici-bas excepté la folie de nos malicieux gouvernements.

 Louise ouvre la porte, l’agent déshonoré par ses frères de combat entre et déclare aussitôt à son hôte, d’un ton condescendant et sans accent à la russekof:

 - Chère Madame, dès l’instant présent, sachez que la personne qui, de gré ou de force, rendra des services à mes ennemis aura de fortes chances de se retrouver en enfer avant la date fatidique prévue par notre Seigneur. Par contre, celle qui sera de mon côté et me soutiendra même dans les pires circonstances sera doublement récompensée.

 - En lingots d’or, je susurre.  

 Le zèbre de Moscou ou de Saint-Pète débombe ton torse, descendant ainsi de son piédestal de héros de la nation, auto-construit, et poursuit fraternellement voire davantage:

 - Ma chère Poulette, non, je n’ai pas retourné ma veste, c’est mon président qui a retourné la sienne au profit du diable... Comment un orthodoxe comme moi peut-il  lancer une guerre contre un pays où coule le même sang?... D’après ma grand-mère et selon une légende: le premier Russe et le premier Ukrainien auraient eu la même mère mais ils seraient issus de deux pères différents. L’un travailleur et obstiné et l’autre paresseux mais très artiste.

 - Et le plus volatil, c’est forcément l’Ukrainien, dit Louise.

 - C’est ce que pensent la plupart des russes. Mais pas ma babouchka.

 - Et que pense-t-elle?

 - Elle ne pense pas.

 - Elle fait quoi à la place?

 - Elle attend... Elle attend tout bonnement que la vérité se dévoile d’elle-même. 

 - Comment ça?

 - En faisant des affaires avec des oligarques des deux bords.

 - Je ne comprends rien à tes salades.

 - Merci de me rappeler la cuisine de chez moi. Bon, bref, sautons le mur de nos tristes lamentations et obsessions et élargissons nos horizons! A part la visite de mes deux ex complices que j’ai croisés dans le hall de cet hôtel et qui m’ont tout avoué, les minables, qu’avez-vous à me signaler?

 Elle se penche vers lui, lui glisse quelque chose à l’oreille et ils disparaissent tous les deux de ma vue.

 Même le plus béant des trous de serrure a ses limites, je maugrée, pour me réconforter sans doute...

13:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |