Un amour entre les gouttes (29, à suivre) (06/03/2022)

 Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpg- Mais que réclames-tu exactement? s’énerve le Glaronais francisé.

 - Voir passer des gens par la fenêtre de la cuisine et entendre le bruit de la circulation. 

 - Pourquoi par la fenêtre de la cuisine et non pas par celle du salon ou des toilettes pendant que tu y es?

 - Primo: c’est là où je me trouve la plupart du temps, ogres que vous êtes tous. Secondo: au cas où tu l’aurais oublié, le calme me rappelle le silence sourd des abris avant les bombardements. Les blessures de la guerre  ne se soignent jamais...

 - Si j’ai bien compris ton cinéma, tu aimerais que l’on déménage et que l’on aille vivre ailleurs, n’est-ce pas?

 - Exactement! Au 127 de la rue Genève... l’immeuble est encore en construction. Renseigne-toi auprès de la régie!

 Un mois plus tard, je liquide mon petit laboratoire secret de la cave, j’offre ma collection de pierres à un instituteur d’un village perdu au milieu de la France, rencontré par hasard chez un ami, je fais mes  maigres bagages.... et me voici dans ma nouvelle chambre d’enfant gâté.

 Pour moi tout seul comme en Égypte, plus conforme à mes goûts et prête à accueillir Denise au cas où,  je prétends.

 En juillet, je réitère le sport de passer la panosse dans les couloirs du même hosto mais sous la tutelle d’un grand et costaud gaillard qui porte le nom peu commun de Couille- yayé, un frontalier fort sympathique qui semble prendre un plaisir fou dès qu’une jeune infirmière s’apprête à lui demander comment il s’appelle.

 Du lundi au vendredi, de l’aube à midi: 

 Après un centaine de minutes de sueurs, légères, vu que tout le monde ronfle à cette heure-ci, à part les insomniaques, et que Monsieur Villa, notre chef, ne passe jamais trop tôt vers nous, pour s’assurer que tout roule comme sur des roulettes, nous nous enfermons dans les toilettes réservées aux visiteurs et nous nous tapons une courte sieste ou un petit moment de repos. Et ce sur le conseil de mon coéquipier, bien entendu.

 A huit heures, c’est la pause, le petit déjeuner pour les cols blancs, nous courons à la cantine et nous avalons un bol de café au lait et un morceau de pain. Tout est gratuit et à volonté. Et nous retournons au turbin. Certains n’hésitent pas de se remplir les poches, et leur thermos, avant de quitter la salle.

 Un jour d’orage ou de pleine lune, grâce à mes outils de ramasseur de merdes et sous la pulsion de ma curiosité,  je constate et je  m’affirme qu’il y a trois lieux bien distincts dans cette immense galère chargée de naufragés, afin que le personnel hospitalier puisse se désaltérer et apaiser sa faim de bête humaine.

 Tout en haut, au dernier étage, près du ciel, le saint des saints strictement réservé aux professeurs, les prêtres de la santé, et aux infirmières chefs. Et au dirlo!

 Au milieu, le réfectoire destiné aux internes, les futurs docteurs dans le privé,  aux infirmières non gradées, aux laborantins, aux secrétaires, aux archivistes et aux autres gratte-papier.

 Et tout en bas, la cantine attribuée aux subalternes du corps médical. C’est-à-dire:  celles et ceux qui font la même sale besogne que moi et ceux qui transportent les malades et conduisent les morts à la morgue.

 Du coup, je me dit:

 L’assassin de Michel Servet n’a nullement changé la mentalité des genevois. Au contraire, avec sa doctrine ou triple doctrine inspirée de la trinité, il a envoûté la gent  féminine genevoise dans l’espoir qu’elle enfante des séparatistes, des esclavagistes et de futurs banquiers... J’espère que les bons samaritains ne finiront pas aussi leur dernier séjour à Sodome ou à Gomorrhe.

 Chagriné et abasourdi par mon tumulte, mon ange gardien décide enfin d’agir sérieusement...    

12:24 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |