Un amour entre les goutes (5, à suivre) (13/01/2022)

Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpg  Merci la providence! me dis-je. Heureusement, il a utilisé le mot ailleurs à la place de privé dont j’ai terriblement honte. 

 Bizarrement, autant le premier terme me donne un goût de liberté, tels les paysages lointains et inexplorés, autant le second me fait l’effet contraire.

 On nous distribue les livres, les cahiers et tout le matériel nécessaire pour la géométrie, le dessin artistique et technique. 

 - La République est vraiment généreuse dans ce domaine, je m’exclame, après avoir reçu toute ma part, mon dû socialement parlant.

 - Plutôt gaspilleuse, grâce à nos impôts forcément, rétorque un camarade dont, sans doute, le père est proche d’une droite égoïsme et diabolique ou, tout simplement,  trop maladroite.

 - Mieux dans celui-là que dans celui du renouvellement des armes, riposte un autre camarade dont, probablement, la mère est une alliée d’une gauche charitable et angélique ou, tout simplement, trop gauche pour la gauche caviar.

 Certains se mêlent à leur controverse, les autres ricanent dans leur coin. 

 Quant à moi, j’écoute et je laisse braire. Ces divergences ne me font ni froid dans le dos ni chaud au cœur. 

 La politique, ce n’est pour moi, pas encore, je pense. C’est pour les très grands, ceux qui souhaitent percer les plus hauts plafonds et planer au-dessus d’eux comme des vautours.

 Et, mystérieusement, seul cinq noms au complet se fixent à jamais dans mon ma petit cervelle, parfois trop sélective. Soit: Patrick Allenbach, Jean Cerutti, Félix Israël, Hans Sutter et Daniel Vuadens.

 La sonne cloche! Non, la sonnerie retentit.

 Aucune importance, car cela me fait vibrer de la même façon que dans le passé et partout...

 Et elle me libère aussitôt de mes chaînes éducatives.

 Chargé de la manne intellectuelle de l’instruction publique, tel une mule savante ou une marionnette vivante, je sors prudemment de l’établissement scolaire, rue d’Italie. Je pivote doublement à l’ouest. La première fois: pour me trouver face à un rempart de la vieille-ville et de m’éloigner de lui au plus vite. La seconde fois: pour m’approcher de la campagne genevoise si paisible et me diriger sans souci vers le Carrefour de Rive pour prendre mon tram en direction de Moillesulaz ou Moellesulaz de l’autre côté de la frontière. Je m’approche tranquillement de l’arrêt du 12 et que vois-je, à cinquante mètres devant moi près du bus C, trois splendides collégiennes de mon âge en train de discuter allégrement.

 Subitement, je me focalise sur la plus blonde et la plus belle d’entre elles et c’est le coup de foutre.

 Le soir, j’ai de la peine à m’endormir et le lendemain matin, je songe déjà à elle les yeux à peine ouverts.

 Cela dure ardemment trop longtemps.

 Alors, discrètement, je me renseigne par-ci par-là et bien vite j’apprends avec joie qu’elle s’appelle Denise Bigarrow et qu’elle habite dans une villa près de la douane de Pierre-à-Bochet,  dans la même commune que moi. 

Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

Denise Bigarrow

20:14 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |