Tarbouche (1, à suivre) (26/04/2020)

Tarbouche-couv.jpgIl n’y a point d’hommes libres, il n’y a que des partisans. Quelle soit propre, poussiéreuse ou tachetée de sang, on tire toujours la couverture à soi.

Enfant, chaque fois je voyais par la fenêtre de ma chambre natale passer des prisonniers, enchainés comme des esclaves ou des bêtes sauvages, je voulais vite devenir grand pour sauver le monde de l’injustice et de la misère.

Adulte voire à l’extrême, chaque fois je regarde les nouvelles à la télévision, j’ai le regrettable sentiment d’avoir échoué et l’horrible certitude de n’avoir pensé qu’à sauver ma peau.

Enfant également, je rêvais de voyager, d’écrire des romans et de devenir célèbre.

Là et à l’instant même, je peux déclarer sans vergogne que j’ai réussi.

- Presque ou à moitié! Soyez tout de même un peu modeste, jeune homme! me rabaisserait, non totalement à tort, mon pire ennemi.

Suis-je différent des autres?

Bref, laissons de côté pour le moment mes intimes réflexions et plongeons ensemble dans les eaux froides de l’actualité.

Le confinement!

Le confinement? Oui, le confinement à cause du fameux virus couronné offert gracieusement par les Chinois, diraient les mauvaises langues.

Il semblerait que beaucoup de personnes ne soient pas du tout contentes d’être obligées de rester chez elle.

Personnellement, cette interdiction ne me dérange pas spécialement. Car tout est une question d’éducation, de formation, de conditionnement... Permettez-moi de faire un retour en arrière.

Enfant, étant un Européen de race blanche vivant dans un pays arabe, je m’avais pas le droit de jouer en dehors de la maison. La rue n’était faite que pour aller d’un endroit à un autre. Et que sur haute protection et surveillance! C’est-à-dire: tenu fortement par la main et sous l’œil attentif d’un gardien familier. Il est vrai qu’à cette époque, le kidnapping de gamins blonds comme moi battait tous les records dans le domaine de la criminalité.

De toute façon, sortir pour voir et faire quoi? Tous les matins, le laitier apportait le lait; le marchand d’œufs et de poules, les poules et les œufs et le vendeur de fruits et légumes passait devant chez nous en criant ou en chantant. Pour le reste, soit le pain, le fromage et les olives, c’est la bonne qui allait, toute voilée mais avec une joie énorme, chez le boulanger copte, célibataire, et chez l’épicier grec, très généreux.

Ce n’est qu’en Suisse que j’ai commencé à faire le crétin dans la rue. Sans doute notre appartement helvétique n’était pas aussi spacieux et lumineux que celui d’Alexandrie.

Alors, aujourd’hui en Russie, j’ai l’impression de vivre comme en Égypte. Différemment, certes! Mas pas trop. Un coup de fil (ou un message envoyé depuis mon ordi) et voilà que vingt-quatre ou quarante-huit heures plus tard, tout ce que j’ai commandé est derrière la porte. Protection oblige!...

10:59 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |