Staline et le dinosaure (26, fin) (25/03/2020)

Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgUn mois plus tard, le Commandant XYZ, un des responsables des services secrets, qui préfère évidemment garder l’anonymat dans l’intérêt de tous, se pointe à l’improviste dans mon bureau, ça me rappelle étrangement quelqu’un, et, après m’avoir présenté son badge et sa carte de flic spécialisé dans les affaires d’espionnage bien entendu, me demande le sourire au bout des lèvres:

- Elle n’est pas là votre collègue?

- Qui ça? J’en ai deux, je lui réponds tout déboussolé.

- Pas celle qui poutse mais celle qui relève les renseignements, précise-t-il.

- Quels renseignements?

- Les épigraphes des visiteurs intellos qui ont souillé à jamais vos deux poupées géantes. Soit les déclarations, les citations, les propositions, les lamentations, les divagations...

- J’ai très bien compris!

- Où est-elle, votre chère Anita?

- Vous la connaissez?

- Pas du tout comme vous.

- C’est-à-dire?

- Où est-elle?

- A Stockholm aujourd’hui... Elle n’a pas souhaité abandonner totalement ses activités de journaliste.

- Je la comprends... Déchiffrer et recopier des phrases souvent débiles dans un gros calepin brodé ou doré, ça doit être vachement chiant à la longue. Non?

- Pas si vous avez l’imagination fertile et une envie folle de devenir romancier.

- Vraiment?

- Sûrement!... Il y a quelques jours, pour preuve, quelqu’un a écrit, plus au moins: les virus les plus dangereux pour l’homme sont ceux qui tombent du ciel accrochés à une météore ou à une astéroïde et ceux qui s’échappent d’une éprouvette militaire...

- C’est signé?

- Peut-être. Mais c’est le dernier de mes soucis.

- Pas pour moi. Puis-je consulter le registre?

- Aucune objection! Bien qu’il nous sera davantage utile lorsque Staline et le dinosaure donneront l’impression d’être recouverts d’une couche de vernis totalement bleu. Comme notre ciel qui refuse trop souvent de nous éclairer. Mais en plus foncé...

- Où est-il?


- Derrière vous sur la petite table, presque collé à vos fesses, je lui réponds en pointant du doigt tant bien que mal un dossier ouvert à la dernière page.

L’ennemi de nos ennemis se retourne illico presto, y plonge son nez et, après un curieux laps de temps, me dit tout en lisant:

- Des codes... des codes... des codes... Mais où donc vont-ils chercher tout ça?... Encore des codes... Merde alors! Pourquoi ne m’a-t-elle pas rapporté cette phrase?

- Quelle phrase? je m’inquiète. Et de qui vous parlez?...

- De... de ta... de ma... petite sœur.

Puis sans bégayer, sérieusement, quasi solennellement, il poursuit:

- Si Dieu était maçon, l’homme serait plus franc.

Il se redresse et, en me regardant froidement dans les yeux, me demande:

- C’est politique ou absurde d’après vous?

Je hausse les épaules.

Il hoche la tête et me dit ironiquement:

- Vos statues remplaceront peut-être un jour le Mur des Lamentations. Pour les espions nostalgiques uniquement... Des vacances à l’œil, aux frais de la princesse! Et grâce à vous, le bon berger retrouvera sa brebis égarée. Comme dans l’un des fameux contes de Hans Christian Andersen.

- Lequel?

- Jørgen et Anita, je crois.

- Quoi? Impossible! je hurle, me sentant bizarrement à la fois cocu et libéré... Andersen n’a jamais pondu la moindre histoire aussi sordide.

- Alors à vous de le faire, cher conservateur et futur rédempteur du passé, me conseille le Commandant XYZ, sournoisement. Si vous avez l’imagination fertile et une envie folle de devenir romancier, il y va de soi... Puis-je emprunter votre bible manuscrite?

Je lève le pouce, en signe d’acceptation.

Nous nous serrons fortement la main et il disparaît de ma vue.

Enfant, je jouais aux soldats de plomb avec ma petite voisine. Adulte, à quoi je joue, bon sang? Et avec qui?

05:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |