Staline et le dinosaure (24, à suivre) (19/03/2020)

Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgEnfin le jour tant attendu, tant espéré!

Tout le monde est là. Anita, Madame Buhagiar, Ana et tous les autres. Soit: les forcés, les intéressés et les curieux.

Presque!

Évidemment! Sauf un des plus importants, peut-être: Jørgen Blikra, le municipal chargé des affaires culturelles qui devait prendre la parole le premier. Moi ensuite.

Aucune importance, Madame le Maire a décidé de le remplacer sans la moindre hésitation. Quasi avec une satisfaction digne d’une vengeresse aux abois, élue pourtant haut la main grâce à ses idées novatrices et libératrices.

Elle est là avec toute sa clique de lèche-bottes et de délatrices sans scrupule, la féministe aimée du peuple et adorée à l’extrême par ses partisanes.

Son discours, bien que riche en promesses probables, me laisse totalement de marbre.

Il faut dire que les politiciens et surtout les politiciennes, je les préfèrent assis sur un tabouret en train d’éplucher des patates à la soupe populaire que de debout derrière un podium en train d’essayer de nous faire gober leurs salades.

Après les applaudissements, les bravos et les hourras, la Dame au coeur ardent, comme l’appellent les ex pupilles de la nation, me cède courtoisement la parole.

Je la remercie en hochant la tête, je tousse un bon coup et, étrangement, je déclare sans vergogne:

- Aujourd’hui, grâce à vous, je suis quelqu’un. Mais demain, à cause de vous, je ne serai plus personne. Et tant mieux, finalement! Car je pourrai ainsi dormir sur mes deux oreilles. Contrairement à ce Staline et à ce dinosaure qui rongeront davantage vos esprits inquiets. Qu'elles soient en bronze, en albâtre ou en carton-pâte et en plâtre, comme celles-ci, les statues sont éternellement vivantes. Elles nous plongent dans l’histoire. Elles nous replongent dans le passé. Un passé sans cesse recomposé au goût du jour. Sans que nous, pauvres mortels, simples citoyens, puissions agir, réagir, contredire, corriger, anéantir les diktats de nos historiens... Staline et le dinosaure! Qui des deux a vraiment fait trembler l’homme. Le chef d’état ou la bête? Qui le plus? Qui le moins? Ou aucun des deux?... La direction de cet établissement, unique en son genre, est un fan inconditionnel de la liberté d’expression. C’est pour cette raison-là que des stylos-feutres à l’encre bleue sont à votre disposition. Dans une grande caisse transparente vers l’entrée, pour ceux qui ne l’auraient pas aperçue. Servez-vous en et libérez-vous, chers visiteurs. Répondez à ma question ou aux questions du moment qui vous tourmentent. Exprimez librement! Staline et le dinosaure n’attendent que vous pour passer du blanc à l’azur, le seul habit confortable proche du ciel. Car la nudité leur donne froid aux yeux.

Je sors un stylo de ma poche, le tend à Ana et lui dit:

- A vous l’honneur, prodigieuse artiste. Ouvrez le bal de la pensée!

Madame Buhagiar me regarde toute émue.

- Merci pour ma fille, chuchote-t-elle...

07:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |