Staline et le dinosaure (20, à suivre) (08/03/2020)

Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgSans la moindre retenue, nous nous enlaçons et nous donnons libre cours à notre imagination et, forcément, à nos faits et gestes.

Elle est tantôt femme, tantôt mâle. Je suis tantôt homme, tantôt femelle.

Et à l’instant le plus sublime voire peut-être au moment fatidique, nous ne sommes plus qu’un. Dieu est nous, nous sommes Dieu.

Une fois la chose faite, comme dirait ma concierge quand elle se sent abusée et désabusée, je chuchote à l’oreille de ma complice du Jardin d’Éden, encore tout essoufflé:

- Mille mercis de toute mon âme!

- Pourquoi un tel remerciement? me demande-t-elle, toute étonnée

- Dans certains pays, typiquement en Russie, toute la famille remercie chaleureusement celui ou celle qui a préparé le repas. Et l’amour n’est-il pas le plus divin des festins?... En guise d’action de grâce, j’aurais dû réagir autrement, plus noblement.

Alors, je saute du lit, j’arrache mon livre préféré de son lieu de prédilection, l’ouvre à son unique page cornée par mes soins et je lui lis à haute voix:

- Il y a... Cela n’a aucune importance. Un jour, j’ai allongé des mots sur le papier. Puis des phrases. Puis de petits textes. Puis de grands textes. Puis les textes sont devenus des nouvelles, des pièces et des romans. En allongeant les mots, j’ai rencontré de petits personnages. Puis ces petits personnages sont devenus grands. Et en grandissant, ils sont devenus riches, pauvres, savants, idiots, sages ou indifférents. J’ai aussi rencontré de nombreuses femmes. Des belles, des laides, des désirables, des intouchables. Au fil des pages, certaines perdirent leur charme, leur jeunesse ou mon attachement. Que de larmes, que de joies, que de rêves, que de bavardages, que d’explications, que de mots pour arriver au mot fin ! J’ai écrit avec de l’encre noire, bleue, verte, rouge, violette et maintenant avec de l’encre bordeaux. J’ai écrit pour tout le monde et pour personne à la fois. J’ai écrit la plupart du temps en buvant du café et de l’eau. Rarement de l’alcool. J’ai écrit le matin très tôt, le soir très tard, la journée, en plein soleil, en plein désert, à l’ombre, à l’abri du vent, à l’abri du froid. J’ai énormément écrit dans les cafés et j’ai pu ainsi observer le monde avec ses contradictions et son éternelle solitude. Au-delà de mon papier blanc et de mes mots, j’ai vu l’amour et la haine. Que j’ai aussitôt transformés en mots. J’ai aussi vu le plaisir et la souffrance que j’ai aussi aussitôt transformés en mots. Dans chaque ville où j’étais de passage, j’ai acheté des cahiers pour les charger de mots. Des mots et des mots ! J’ai aussi acheté de nombreux stylos. Que de marques ! Que de becs différents ! Toujours pour allonger des mots. Que de ratures ! Que de mots arrachés à mon passé ! Que de mots faux ! Que de mots corrigés ! Que de mots barrés ! Que de mots sans le savoir ! Et maintenant que je découvre le merveilleux, j’hésite d’écrire... J’ai peur. J’ai peur d’inventer un faux personnage. J’ai peur d’allonger des mots peu convaincants. Mais j’ai surtout peur de tuer le silence, la tendresse et le souvenir d’un si beau sourire, le tien...

08:24 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |