Staline et le dinosaure (19, à suivre) (06/03/2020)

C’est la veille du grand soir. Le jour de l’ouverture de mon musée, pour ceux qui auraient perdu le fil de ma petite histoire et les attentifs éternellement septiques.

A peine debout, j’allume mon smartphone et j’appelle Anita Bergström, la soi-disant hystérique qui chausse du quarante-cinq.

Je la soupçonne d’être déjà dans les parages. Allez savoir pourquoi! Aurais-je acquis le sixième sens lors de l'une de mes promenades aux confins du Tibet?

Après deux bip seulement, elle me répond, saoule probablement:

- Tu veux quoi, mon chou? Me sauter pour éviter la cata...

- C’est... c’est...

- Je sais qui c’est, ton nom s’est affiché, bordel! Tu veux quoi?

- J’aimerais que l’on discute.

- J’arrive tout de suite.

- Miracle! je hurle, un fois mon portable éteint, bien entendu.

Oui, mieux que prévu!

Pendant au moins dix minutes, je tourne en rond dans ma chambre à coucher comme un tigre en chaleur enfermé dans une cage non réglementaire et je fantasme à tout vent.

Puis, pareil à un employé modèle, issu des institutions bourgeoises les mieux éclairées, c’est-à-dire qui a peur de se faire engueuler comme un chien voire se faire humilier devant ses collègues de travail par son supérieur hiérarchique pour le moindre retard, injustifiable ou justifiable, je me lave, me peigne, m’habille et j’avale un verre de lait frais en toute hâte.

Brusquement, je réalise que je ne suis l’esclave de personne.

- Je suis mon propre chef, bon sang! je murmure. Quelle chance j’ai! Merci Seigneur!... Qu’ils aillent donc tous au diable mes anciens patrons... J’ai sacrifié mes plus belles années de ma vie pour vous servir, bande de salauds! Ignobles profiteurs!...

Mais! Mais: second miracle.

Tout à coup, je me trouve nez à nez avec la belle Suédoise.

Quelle frayeur et quelle joie à la fois! Dans de telles circonstances, le tutoiement est forcément de rigueur.

- La porte était ouverte, me dit-elle. Tu te crois dans les Alpes suisses?

- Non, dans les glaronaises seulement.

- Ça ne me dit rien.

- En es-tu certaine?

- J’ai peut-être étudié ça à l’école mais j’ai dû oublier...

- Elles se situent en partie dans le canton de Glaris.

- Ça ne me dit rien.

- Et le schabziger, ça aussi ne te dit rien?

- Au contraire, cela me dit tout. J’adore les fromages qui puent.

- En somme, tu ne te souviens que des choses qui sentent fort la vache, la chèvre ou le bouc, n’est-ce pas?

- Où veux-tu en venir?

- On déjeune sur l’herbe... d’abord?

- A la Manet, à la Monet ou à la Renoir?

- A toi de choisir.

- Enfin, un conservateur ouvert à tout!...

14:38 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |