Pondichéry un jour d'automne (21, fin) (30/11/2019)

Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgUn minute de silence. Pas un geste, pas un soupir et aucune mouche n’ose voler. J’entends battre mon cœur tel un chronomètre à perte de vitesse. Étrange et troublante sensation.

Affolé, je clame:

- Mais où est donc cette fameuse surprise que vous m’avez promise?

- Ils sont en route, ils arrivent, m’expliquent calmement Krishna.

- Qui ça?

- Il et elle.

- Qui exactement, bon sang?

- Patience, mon ami! Au royaume de la méditation et de la sagesse, les dieux ne sont jamais pressés mais tiennent toujours leurs promesses. Les Indiens également...

- Foutaise tout ça!

Mais à ce moment précis, une porte s'ouvre et que vois-je, qui vois-je en face de moi? Adolf et Carla en chair et en os.

- Ça alors! Pour une surprise, c’est une surprise! je m’exclame.

Le couple fonce sur moi et me saute au coup.

Une pieuvre gluante ne ferait pas mieux, me dis-je, instinctivement. Mes parents, trop proches des calvinistes sans doute, ne m’ont guère habitué à de tels signes d’affection.

- Le gendarme et la concierge comme les mirettes et les lèvres de la même bobine, dis-je. J’ai toujours pensé qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Complices à jamais pour maintenir l’ordre dans la tour de Babel... Mais que faites-vous à Pondichéry, dans ce trou perdu? Cannes ou Gstaad vous conviendrait mieux. Les vedettes du cinoche et les têtes couronnées donnent parfois des ailes aux jeunes mariés.

- Mais où vas-tu chercher de pareilles inepties, El? réplique Carla, l’air un peu fâché. Adolf et moi sommes frère et sœur. N’est-ce pas Dolfi?...

- Depuis quand?

- Depuis que nous avons effectué un test ADN. Chacun de son côté, bien entendu.

- C’est une blague?

- Non, c’est la vérité.

- C’est certainement Mickael Macdonald qui vous a poussés à le faire. Vous n’êtes pas juifs aussi, par hasard?

La fratrie retrouvée tombe des nues.

- Il m’a également conseillé de subir cette épreuve inquiétante à cause de mon nez légèrement crochu, le vilain chimiste, j’explique... Et toi, Adolf, c’est forcément à cause de tes oreilles décollées, n’est-ce pas?... Pourtant Jésus était parfait comme un Dieu. Bref! Quel bon vent vous amène, mes très chers je-ne-sais-quoi?

- Tout est de ma faute, m’avoue Adolf. C’est moi le responsable de cette mésaventure. C’est moi le seul coupable...

- Mais de quoi parles-tu, ancien flic de mes deux? je lui dis. Quand Krishna m’a envoyé son premier ou deuxième mail, je n’ai pas eu beaucoup de peine à te soupçonner mais...

- Désolé! Mais c’était pour une bonne cause. J’ai connu Madame Hirapati, ici présente, sur les réseaux sociaux et, de fil en aiguille, j’ai finalement adhéré à son association d’assistance et de bienfaisance. Ensuite, j’ai entraîné Carla dans cet honorable mouvement et nous avons songé à toi... Un orphelinat au nez et à la barbe de tes concitoyens, c’était gagné d’office.

- Comment ça?

- Ton ordinateur est un cœur ouvert, un trésor à l’air libre pour un hacker de mon espèce, formé à la police au frais du contribuable... Tu devrais davantage te protéger avec les VPN que tu a choisis. Tu vois, l’œil de Moscou a pris un sacré coup de vieux... D’après toi, la vengeance n’est-elle pas un bon vin que l’on laisse vieillir au fond de sa cave jusqu’au jour où son dernier ennemi casse sa pipe?

- Ma patrie ne m’a jamais rien offert mais le pays de mon enfance m’a tout donné...

- Les blessures de l’âme ne s’effacent jamais. Pareilles aux nuages, elles vont et viennent au gré des évènements. Et encore: au gré du vent, de la pluie, du froid ou du chaud!

- Je constate que tu as retenu ma leçon, drôle de pirate!

Et Carla crie de joie:

- L'amour est une putain de porte à double vantail!

08:10 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |