Pondichéry un jour d'automne (19, à suivre) (22/11/2019)

Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgUne interview me fait souvent penser à un interrogatoire policier. Certainement plus ludique et moins angoissant mais où l’on risque tout autant d’être harponné par une question-piège à tout moment.

Et quand ça harponne, ça fait très mal. Et cela pour un sacré bout de temps.

Alors attention de ne pas tomber dans le panneau! je m’ordonne.

Le Tamoul plus noir qu’un Africain sort de sa poche de chemise la modeste panoplie du parfait reporter et me dit:

- Pour la troisième fois, pourquoi ici et pas ailleurs? Et, pendant nous y sommes, pourquoi avez-vous déclaré, intentionnellement ou par pure plaisanterie: à cause d’une petite rousse perdue au milieu de nulle part?

Quelques secondes de confusion et de cogitation extrêmes dans ma cervelle de provocateur. Puis je lui réponds rêveusement, lentement afin qu’il puisse prendre des notes sans trop se stresser:

- C’était l’automne. Elle attendait sans doute le bus ou l’autocar scolaire s’il y en avait un comme aux États-Unis. Assise sur une grosse pierre. Un gros sac sur le dos. Les pieds nus, au bord d'une route, d’un chemin infesté de petits serpents. Oui, elle attendait sagement. Nos regards se sont croisés. Elle m’a foudroyé... J’avais son âge. J’étais avec mes parents et leur meilleur ami. Ce dernier a écrit une sorte de poème relatant ce banal événement. Une narration particulière, abstraite à la première lecture. C’est vraisemblablement elle... l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Comme disait André Malraux: Cézanne ne peint pas des pommes parce qu’il y a des pommes mais parce qu'il y a eu des peintres avant qui ont peint des pommes. Et c’est pareil avec tous les autres arts. Nous sommes tous des imitateurs, des copieurs, des plagiaires, des contrefacteurs, des faussaires... des éternels moutons!

Je bêle, je rote et je lâche un énorme pet.

Krishna et Singam se regardent tout perplexes.

Je poursuis:

- Oui, nous sommes encore des bêtes. Des êtres mathématisés, formatés, éduqués... par miracle. Quel dieu, quelle divinité, quelle association divine a décidé de nous chasser en partie du monde animal? La réponse est peut-être ici, au temple de Ganesha. Désolé, je divague, je fantasme, je me disperse, la chaleur sans doute...

- Une pause, une boisson rafraîchissante ou un ventilateur? me propose spontanément Krishna...

Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel *.jpg

08:06 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |