Pondichéry un jour d'automne (9, à suivre) (30/10/2019)

Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgSuite à ma demande, le réceptionniste de l’hôtel nous propose un petit salon rarement occupé.

Nous nous asseyons timidement l’un en face de l’autre. Elle, sur un canapé bleu. Moi, dans un fauteuil au tissu identique. Quasi comme deux ministres prêts à signer un traité de paix.

Étrange et inattendue sensation, me dis-je. Le rationnel et l’irrationnel sont comme deux frères qui ne cessent pas de chamailler sur ce continent.

- Ça va, tout va bien? me demande Krishna. Vous êtes tout pâle, vous ne supportez pas la chaleur?

- C’est tout le contraire, c’est simplement un coup de fatigue, je lui réponds. J’ai trop mal dormi dans l’avion. La prochaine fois, si j’ai le courage ou un gros grain de folie dans le ciboulot, je prendrai une compagnie qui possède des lits.

- Ça existe?

- Bien sûr que cela existe! Mais je suis trop habitué à voyager en classe touriste. Ma richesse ne m’a pas encore totalement aveuglé.

- Aveuglé?

- Fait perdre la boule.

- Je vois...

- Bref! Ne soyons trop vaches avec les ploutocrates, approchons-nous plutôt de nos petits moutons.

- Je ne comprends pas...

- Désolé d’avoir évoqué en vain le nom d’un de vos Seigneurs!

- Je ne vous comprends toujours pas.

- La vache n’est-elle pas sacrée chez vous, pour vous?

- Pas forcément.

- Comment ça?

- Bien que j’adhère au végétarisme par hygiène, je ne suis ni une brahmane, ni une goundar, ni une vaishya, ni une shudra, ni une dalit. Autrement formulé, pour moi, les castes des prêtres, des guerriers, des marchands, des serviteurs et des intouchables, c’est de l’histoire ancienne... J’ai eu la chance d’avoir été éduquée par des parents libérés de toute croyance et de toute discrimination.

- Des adeptes de Krishnamurti?

- Non des lecteurs et des participants aux conférences de ce cher monsieur. Pardon, de feu cette bonne personne.

- J’en suis ravi... Un peu comme mes parents en somme, lorsqu’ils étaient fauchés. Aujourd’hui, ils préfèrent être présents aux séances des actionnaires... Pièces qui roulent n’amassent pas mousse. Proverbe transformé de mon père quand quelqu’un lui réclame de l’aide. Financière bien entendu.

- Tel père, tel fils?...

13:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |