El Pirata (11, à suivre) (17/08/2019)

El Pirata, Hank Vogel.jpg- Belle mais triste jeunesse?

Je m’explique:

- Belle comme un jardin au milieu du printemps et triste comme une cellule de prison en plein hiver... J’étais... non, mes copains aussi. Nous étions en quelque sorte à cheval entre deux saisons éloignées. La plus formidable nous passait systématiquement sous le nez. Nous rêvions beaucoup à cette époque. Mais on nous empêchait d’accomplir le moindre rêve personnel. Arbeiten, arbeiten! nous criaient aux oreilles nos chers protecteurs. Les instituteurs la journée et nos géniteurs le soir. Le plaisir, c’est pour demain, martelaient-ils. Soi-disant pour notre santé morale et physique, notre avenir...

- Moi aussi, j’ai passé par là, glisse-t-il timidement.

- Cela ne m’étonne pas de toi. C’est ton style dans tous les domaines... Le résultat n’est guère flatteur.

- Concernant qui?

- Toi évidemment!

Adolf me fixe des yeux. Il semble m’en vouloir à mort. Ou presque.

Je lui souris alors, d’un sourire crispé forcément, et lui propose:

- Changeons de disque, veux-tu? Et cessons de nous lamentons comme deux retraités abusés par leurs anciens patrons et cocus par-dessus le marché. Nous sommes encore jeunes après tout...

- Toi pas moi, conteste-il.

- Comment ça?

- Je suis flic, fils d’un flic et d’une fliquette. Et mon grand-père l’était aussi.

Une fraction de seconde de silence, très intense, à la limite de devenir totalement sourd. Et j’éclate de rire...

07:21 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |