Flash-back (15, à suivre) (23/02/2019)

Flash-back, Hank Vogel.jpgDeuxième leçon:...

Après avoir suçoté divinement mon premier ristretto de la journée et avalé deux croissants bien chauds, j’explique à Conchita, qui me regarde la bouche ouverte:

- Le septième art est universel à condition qu’il soit muet. C’est-à-dire: qu’il ferme sa grande gueule d’intello.

Subitement ses lèvres se mettent à trembler.

Mais je poursuis avec plus d’assurance:

- Pas maintenant!... Les sages et longs discours comme les mots savants ne servent strictement à rien. Ou plutôt, ils donnent sommeil aux spectateurs ou ils leur donnent l’impression de vouloir freiner le déroulement de l’histoire. Seul le plus vite fait sur le gaz est vraiment apprécié. Car, dans ce milieu hors du temps, une vie toute entière ne dure que rarement plus que deux heures... Donc: presto, prestissimo, à toute biture, tambour battant, ne t’éternise jamais sur une scène, une séquence, passe rapidement de l’amour à la haine, de la vengeance au pardon, des larmes aux rires, de la nuit au jour. Le cinéma est l’art des émotions, des intrigues et du mensonge. La vérité, tu ne dois la livrer qu’à la fin. Sur un plateau d’argent, si possible.

Conchita se gratte la tête et me demande:

- Peux-tu me montrer un de tes scenarii?

- Scénarios, je corrige. Scenarii, c’est pour les littéraires...

- Au tournage, personne n’en possède un. Ni la scripte, ni les acteurs, ni toi. On dirait que tout se résume sur un bout de papier que tu sors de temps en temps de la poche de ta chemise.

- Tu as parfaitement raison.

- Tu improvises alors?

- Non, je réalise comme lorsque j’écris. J’invente au fur et à mesure. Pourquoi faire deux fois le même boulot? Pondre quelque chose pour le pondre à nouveau, en images, est de loin très artistique. Selon moi, bien entendu. Caresser et façonner l’objet m’intéresse davantage que de l’admirer une fois terminé et jubiler face au public... Mais... mais...

- Comme il y a toujours un mais!

- Merci de me le rappeler et de me devancer...

- Pas de quoi!

- Pour ne pas me perdre et naviguer dans tous les sens, je numérote le squelette de mon récit filmique.

- Le squelette?...

08:21 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |