Mes voisines concubines (31, à suivre) (08/04/2018)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLe peintre qui n’adore peindre que des femmes nues est certainement le plus patient et le plus malin des prédateurs. Au nom de l’art, sa proie accepte volontiers de frissonner sagement sur un piédestal avant de passer à la casserole...

- Tu as l’air soucieux, me dit l’étudiante en psychologie. A quoi tu penses?

- A rien, je mens. Je culpabilise peut-être.

- Alors dessine-moi! En gris, en noir, en couleur, qu’importe! Crache le morceau sur le papier!

Avec empressement, je sors mon bloc à croquis Bristol et un crayon gras de ma commande et me concentre un bref instant sur la feuille blanche, le désert de toute création.

Puis, après une profonde respiration, tantôt en scrutant le corps bien proportionné de Rosetta et tantôt en griffonnant, je murmure:

- Mer. Bord de mer. Lieu fréquenté par beau temps. Enfants au bord de l'eau? Non. Femmes et chiens? Dans le lointain. La plage est à moi. Les hommes sont ailleurs. Au travail en principe. Tout semble fait pour le repos. Le repos de l'esprit. Étrange machine qui fonctionne jour et nuit. Qui fonctionne avec le temps. Sa nourriture...

- Je peux voir?

- Ne bouge pas!... Nourriture passée. Nourriture en état de putréfaction. Je contre tout. Face à l'infini. Face aux infinies possibilités de vaincre. Là est la question. Vaincre quoi? Vaincre pourquoi?... Mer. Mer de mon enfance. Enfance: paysages de mes larmes, mes tristesses, mes sourires, mes joies... où les parfums et les odeurs s’imposent pour l’éternité. Mer, ma mère, je me jette dans tes vagues. Qui vont et viennent dans l’indifférence la plus totale. Fais attention de ne pas te noyer! me dirait ma concubine si elle était là. Ce serait triste qu’une histoire sous les tropiques se termine ainsi. Pour un caprice. Et voilà!...

Femme nue.jpg

Rosetta vue par Charly, aquarelle d'après le dessin, le lendemain...

06:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |