Mes voisines concubines (26, à suivre) (27/03/2018)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLe pain sec se lève, s’approche de moi et me dit:

- Brigadier Favre. On se connaît?

Les images d’un esclavagiste et d’un creuseur de tunnel succèdent à celle du comique. Vais-je lui dévoiler tout mon cinéma intérieur? L’autre est souvent un film confus et obscur projeté pour un seul spectateur.

- Du poste de police? poursuit-il.

L’ombre de Sturm agrippant le fameux trousseau de clés assombrit davantage mon spectacle.

- Hein? ajoute-t-il en bêlant.

- Je ne crois pas, je réponds tout désemparé.

- Alors pourquoi tu m’as zieuté comme un azimuté, tout à l’heure?

- Azimuté? C’est quoi?

- Ne joue pas au con avec moi! Celui qui a essayé dernièrement s’est retrouvé à l’hosto bien amoché...

- A cause d’un mot?

- Tu insistes?

- Non, je persiste.

- Tes papiers?

- Quels papiers?

- Carte d’identité ou permis de conduire.

- Je ne conduis pas.

- Alors la carte.

Et à la vitesse d’un folivora à moitié endormi, je sors mon passeport de la poche de mon blouson et je le lui tends.

Il me l’arrache de la main tel un sagouin tout excité et se met à le feuilleter.

- Beaucoup de voyages chez les bougnoules, murmure-t-il en examinant les visas.

- Les Jordaniens et les Syriens ne sont pas des bougnoules et les Libanais encore moins, je lui fais remarquer.

Il bredouille une phrase dans une langue autre que l’italien. L’espéranto est d'emblée écarté vu sa personnalité. Préjugé oblige! Le corse ou le valdôtain, d’après ma mémoire auriculaire.

- Ça va, t’as besoin d’aide? lui crie son coéquipier en sirotant sa bière grenadine.

- Non merci, je peux m’en sortir tout seul, le rassure mon interlocuteur... J’ai tout de même étudié les hiéroglyphes à l’école.

- Vraiment? s’étonne le gros lard... Quand ça? Où ça? A l’école primaire ou à l’école de police.

- A l’une des deux. Je ne me souviens pas très bien... Tu sais, les périodes, les dates, les anniversaires, tout ce bastringue et moi, ça fait deux.

- Je l’ai souvent constaté. Particulièrement ce matin.

Pain sec me rend sèchement mon passeport, me remercie par un haussement de sourcil, si l’on veut bien surestimer ce mouvement, et va vite se rasseoir en face de son collègue.

Les frères d’armes se dévisagent tels deux chiens en faïence prêts à se métamorphoser en bouledogues enragés.

Du sang, du sang et encore du sang! hurlerait le fils de ma concierge.

Il y a vraiment de la colère dans l’air. Qui dure, qui dure... Le crime n’est pas loin.

La serveuse, toute tremblante, court vers moi et me glisse à l’oreille:

- Sortez d’ici et appelez la police. Ils vont s’entre-tuer comme des pédés...

22:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |