Brouillard (2, à suivre) (12/05/2017)

Hank Vogel, Brouillard.jpgEt que vois-je à ma plus grande stupéfaction: un gaillard qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Saint Pierre de Michelangelo Merisi da Caravaggio.

- Désolé de m’être échappé du tableau de Caravage, me dit l’homme en souriant.

- Vous lisez dans mes pensées? je lui demande tout étonné.

- Le visage est la vitrine de l’âme surtout en ce lieu, me répond-t-il en se massant la nuque.

- Cela ne m’étonne pas.

- Plaît-il?

- De la façon qu’il vous a peint, même les visiteurs de l’église Santa Maria del Popolo attrapent le torticolis.

- Pas ceux qu’ y prient?

- Non, car ils sont aveuglés par leurs péchés.

- Bravo!

- Blague à part, à qui ai-je l’honneur? Et que faites-vous là?

- Appelle-moi comme bon de semble.

- Pourquoi? Seriez-vous recherché par la police?

- Quelle police? Ici, nous sommes tous sur le même pied d’égalité, le crime n’est d’aucune utilité. Ce genre d’institution ferait sourire les vers de terre, ce qui ne serait pas bon du tout pour notre prochain avenir.

- Je ne comprends rien à vos salades.

- Alors cesse de poser des questions stupides qui ne font qu’alourdir ta mémoire... Mon nom n’a aucune importance, aucun sens. Avant, pour mes collègues, mes amis, mes ennemis, ma famille et mes proches, il en avait un, peut-être, mais plus maintenant. Il servais... à vrai dire, je ne sais pas du tout à quoi il servait vraiment.

- Donc, tu refuses de me révéler ton identité, n’est-ce pas?

- Dans un autre vie, certainement, tu as dû pratiquer l’obsessionnel métier de gendarme. Je ne suis pas loin d’en être persuadé.

- Qu’est-ce qui t’a poussé à dire ça?

- Ton obstination.

- ...

- Soit! Pour satisfaire ta vie d’homme hyper-organisé, je te permets de choisir entre Pierre et Simon. Ça te va?

- Pourquoi pas entre Paul et Jean ou Thomas, pendant que nous y sommes?

- Ma parole, tu portes encore les séquelles de ton ancienne existence de flic! J’en suis convaincu maintenant... Et... Arrête donc de me vouvoyer! C’est contraire aux bonnes habitudes de la flicaille.

- Je constate que ton imagination frise la folie autant que la mienne.

- Si cela te rassure, j’accepte avec joie ce compliment. Car comme le crime, l’insulte n’impressionne plus personne dans ce trou perdu.

- Parfait, parfait, parfait! Alors tu seras tantôt Simon, tantôt Pierre pour moi, en souvenir de ma première impression et de la peinture de Caravage, et je serai tantôt Le gendarme, tantôt Le flic pour toi... D’accord?

- D’accord. C’est ainsi que fonctionnent nos neurones pour nous éviter toute collision superflue...

- Mais au fait, où sommes-nous?...

09:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |