Les pommes et l'arbalète (31, fin) (30/12/2015)

Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgTrois ans plus tard. Quelque part en Afrique. Je suis confortablement assis sur la terrasse de mon bungalow en bambou contemplant la beauté du paysage, qui n’est rien d’autre qu’une immense plantation de bananes roses, quand Ivy rapplique et me dit:

- Je viens de recevoir un téléphone de Papa et Maman.

- Comment vont-ils?

- Très bien. J’ai l’impression que mon père pense plus à toi qu’à moi.

- Tu es jalouse?

- Au contraire, je préfère ça...

- Et ta mère?

- Elle m’a demandé comment va s’appeler notre bébé.

- Et qu’as-tu répondu?

- Que nous avons encore sept mois pour réfléchir

- La prochaine fois, tu pourras lui dira: que si c’est une fille, on la baptisera Amy, Abby ou Peggy mais en aucun cas Sony.

- Pourquoi pas? Sony, Sony! C’est court et ça sonne bien.

- C’est vrai mais à la longue, ça devient obsessionnel et on finit par croire que l’on est constamment à la recherche de sa caméra.

-...

- Sony!

- J’avais compris.

Ivy se retire... Puis, un quart d’heure plus tard, elle m’apporte un spritz, s'installe à côté de moi et me dit en admirant les bananiers:

- Tu as fait du beau travail, chéri.

- Ce n’est pas moi qu’il faut féliciter mais les Africains et le climat africain, je souligne.

- Tu as raison... Mais grâce à l’argent de Papa.

- Eh, oui! Il faut le reconnaître.

- Kodwa ngikhetha apula.

- Tu parles le zoulou maintenant?

- La cuisinière m’apprend de temps en temps quelques mots... Il faut bien, si on a l’intention de vivre longtemps dans ce pays...

- Et qu’est-ce ça signifie ce que tu viens de dire?

- Ça veut dire: mais je préfères ses pommes.

- Tu a la nostalgie de la Suisse.

- Pas spécialement... C’est l’odeur, le parfum des pommes de nos pommeraies qui me manque. Et toi?

- C’est l’arbalète de ton père.

- Tu veux rire?

- Je suis sérieux, même très circonspect... J’ai besoin de la voir, de la toucher et de tirer avec...

- Mais c’est un jouet dangereux!

- Pour celui qui ne sait pas s’en servir.

- Et pour quelle raison, tu as besoin de tout ça?

- Parce qu’elle est magique.

- Là, tu n’es pas sérieux.

- Encore plus.

- Soit explicite, dirait le vieux.

- Eh bien, si le vieux, comme tu le qualifies si bien mais à tort, ne n’avait pas mis mis cet engin dans les mains, je n’aurais jamais compris le vrai sens de la liberté.

- Et comment tu te l’imagines, cette liberté?

- Je ne me l’imagine pas, elle vibre en moi. C’est dur à expliquer. C’est plus fort que la foi... L’arbalète n’est qu’un symbole, belliqueux pour certains. Pourtant, elle a réveillé en moi une voix qui me dit régulièrement que l’homme est condamné à se battre, jour et nuit, contre ses ennemis, qu’ils soient de chair ou des fantômes qui hantent son esprit. Il n’y a pas de liberté sans lutte, il n’y a que de la soumission ou la mort.

- Tu es devenu croyant, ma parole!

- Quel importance que je le sois ou pas! L’essentiel, c’est de marcher droit dans la bonne direction. Pour toi, pour moi et tous les autres.

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |