Les pommes et l'arbalète (22, à suivre) (18/12/2015)

Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgVogelstein se gratte la tête. Un singe ne ferait pas mieux. Pour une fois, je suis d’accord avec la théorie de Darwin.

Puis décontracté, en se dandinant presque avec grâce, tel un grand monarque scandinave qui s’est débarrassé à jamais de tout souci électoral et de gloire, il s’approche de la bibliothèque, rouvre le tiroir réservé à l’arbalète, y retire des flèches et une sorte de manivelle, se retourne vers nous d’un seul mouvement et nous déclare solennellement, statut oblige:

- Quand les serviteurs font leur travail à la perfection, les maîtres se laissent aller et oublient qu’ils ont eux aussi des obligations domestiques. Alors, en bon démocrate alémanique, je reconnais que je suis le principal responsable de la disparition provisoire de l’outil plus que symbolique de nos libertés et de notre souveraineté. Mais! Comme les mais existent pour nous permettre de nous déculpabiliser en partie de tout acte manquant...

Roby l’interrompt en lui disant:

- Vous ne pouvez pas vous exprimer plus naturellement, cher maître? Nous ne sommes pas au tribunal... ni au parlement où les serments coulent à flots pour amuser la galerie de babouins.

Et je continue:

- Il est tellement plus simple et moins coûteux de cracher la vérité d’un seul coup sur la table que de se gargariser pendant des heures pour se sentir obligé ensuite de devoir la servir à petit jet sur un plat d’argent.

Vogelstein nous fixe des yeux durant un vingtaine de secondes. Tantôt Roby. Tantôt moi.

Puis, en souriant, il nous révèle:

- Je suis un assassin en voie à le devenir car je suis responsable de nombreux homicides involontaires.

Petite pause dans atmosphère étrange, proche d’une exaltante séquence d’un film à suspens, puis:

- C’est moi qui a oublié l’arbalète près du lavabo en lapis et c’est moi aussi qui a laissé le tiroir ouvert qui fut refermé plus tard par un de mes domestiques... ce qui a déclenché en moi un sentiment de méfiance vis-à-vis de vous.

- Quoi? crie Roby.

Alors l’élu de la déesse Pupilla, pour éviter une éventuelle altercation, lève le bras droit en l’air et nous propose:...

11:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |