La mouche de Saint Pierre (32, à suivre) (22/11/2015)

Hank Vogel, la mouche de Saint Pierre.jpgEt mon âme se met à pleurer:

- Si tu savais combien je t’ai aimée, j’ai pensé à toi, j’ai rêvé de toi... Encore aujourd’hui, réincarné en mouche, je me souviens souvent de toi, du mûr que je devais grimper pour entrer dans ta chambre et des tendres nuits que nous avons passées ensemble jusqu’à l’aube. En cachette. Parce que ton père me détestait. Nous nous sommes adorés comme des voleurs. A l’abri de tout regard. J’en ai encore la chair de poule...

- Pourtant, tu ne m’a reconnue tout de suite, me dit-elle.

- Pourquoi t’a-t-on transformée en négresse, toi qui étais si blonde? Si belle avec tes cheveux longs.

- D’après tes nombreuses déclarations, Saint Pierre n’est-il pas une sorte de farceur qui s’amuse à nous poser des devinettes...

- Lui et ses complices, j’en conviens.

- Alors lorsqu’on traite quelqu’un ainsi, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il nous livre sur un plateau d’argent la réponse avant la question. Non?

- Plausiblement. Mais rien n’explique ta noirceur.

- Si, tout.

- Je ne vois pas.

- Cela m’étonne beaucoup de ta part... Moi, avec une imagination aussi fertile que la tienne, j’aurais déjà tout deviné. Dommage! Mais j’admets qu’avec le temps le papier blanc devient jaune et que les images ternissent... Quelle était la couleur qui m’allait le mieux? Tu te souviens encore?

- Le noir. Mais ta chevelure...

- Ma chevelure! Tu t’es trop focalisé sur elle. Elle, c’était moi et moi c’était elle.

- En amour, comme pour tout sentiment, il y a forcément un point de départ. Un élément déclencheur. Que l’on ignore la plupart du temps. Ça peut être la beauté. La forme. La couleur. La ressemblance. La gestuelle. La situation sociale. Le fric. Le cul... Un être normalement constitué ne tombe jamais amoureux d’une identité transparente, invisible ou impalpable. Personne. Ni humain ni animal. Sauf les cinglés et les onanistes fortement atteints...

- Mais je ne reproche rien. C’était juste une constatation.

- Et maintenant, que faisons-nous? On s’embrasse comme avant?

- Ce serait une bonne idée.

Mais à ce moment-là, tout d’un coup, un éclair m’aveugle et un tonnerre éclate dans ma cervelle. C’est le néant et...

13:59 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |