Saïouda, la fille du portier (13, à suivre) (30/08/2015)

 Saïouda, la fille du portier.jpgSaïouda et moi,  nous sommes assis, l’un en face de l’autre, sur l’herbe sauvage du jardin de la Socony-Vaccum. L’inoubliable benzina! Station-service qui se trouve derrière nos maisons. Je lui parle de ce que je viens de vivre.  Mais j’ai l’impression que ma mésaventure ne l’intéresse pas du tout car elle est train d’observer un gros scarabée noir qu’elle tient entre ses doigts. Qui lui semble beaucoup plus important...

 À la fin de ma narration, elle s’approche de moi et, en me montrant le coléoptère, me demande:

 - Tu crois qu’il sera bientôt blanc comme nos chers chawichs?

 - Les chawichs sont habillés en noir l’hiver et en blanc l’été.

 - Je sais. C’est justement pour ça que je te pose cette question.

 - Je ne te comprends pas.

 - Tu ne me comprends pas ou tu te refuses de me comprendre parce que tu songes trop à ton histoire... C’est normal, tu es quelqu’un de trop gentil. Et, comme le répète souvent mon père à ses naïves épouses, les gens gentils réfléchissent plus que les autres mais se font rouler davantage...

 - Tu penses vraiment que le chawich n’a pas distribué mes sous aux prisonniers? Qu’il a gardé l’argent pour lui?

 - Je ne sais pas. Peut-être oui, peut-être non... Mon oncle Farouk estime que la police égyptienne est mille fois plus malhonnête que la police anglaise.

 - Il dit ça parce qu’il adore les Anglais.

 - Là, tu raisonnes comme mon vieux.

  Subitement, elle se lève, lance le scarabée dans une broussaille et s’écrie:

 - Vive la liberté et occupe-toi de ta famille avant qu'un vautour ne vienne te croquer!

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |