Saïouda, la fille du portier (4, à suivre) (16/06/2015)

 Chose promise, chose due...  Et, après lui avoir enseigné en dessinant comment lire l’heure dans notre cachette, un coin du cortile (cour) à l’abri du soleil, sous un balcon, la petite Égyptienne me demande:

 - Pourquoi le Nonno pète sans cesse?
 
 - Comment tu sais ça?

 - Je le vois souvent par la fenêtre faire des grimaces et de drôles de gestes...

 -  Es-tu certaine?

 - Je ne suis pas sourde.

 Embarrassé, je me gratte la tête puis je lui explique:

 - Le Nonno a beaucoup souffert. Il a fait la guerre.

 - Contre ou avec les Anglais?

 - Contre.

 - Comme soldat ou comme capitaine?

 - Comme prisonnier. Dans un camp de concentration britannique au milieu du désert. Alors...

 - Alors?

 - Là-bas, on le forçait à manger tous les jours des haricots blancs...

 - Tous les jours?

 - Sauf le dimanche, où il pouvait choisir entre un plat de fouls (fèves) et un cornet de falafels (boulettes frites à base de pois chiches et de fèves)... Ma mère pense que c’est cette nourriture qui l’a rendu malade du ventre.

 - Pourtant, chez moi, nous ne mangeons que ça toute la semaine et je n’ai jamais entendu péter mon père.

 - Jamais?

 - Jamais, je le jure!

 - Peut être que les soldats anglais mettaient du poison dans les assiettes des prisonniers italiens?

 - C’est bien possible... Mon père dit souvent que la reine d’Angleterre a épousé le diable et qu’il faut se méfier de ceux qui la suivent.

 - Et toi?

 - Moi quoi?

 - Tu aimes ou tu n’aimes pas les Anglais.

 - Je les déteste tous sauf ton copain Andy.

 - Mais Andy n’est pas anglais. Il parle comme eux mais il est...

 - Il est quoi?

 - Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est qu’il deviendra bientôt américain. C’est ce qu’il m’a dit.

 - Et toi?

 - Explorateur...

 - Excuse-moi, il faut que je parte avant que mon père ne se mette à me chercher partout...

 

A cheval.jpg

Quand j'étais chevalier à Nouzha... le 9 mai 1948

Eddy en Afrique.jpg

Mon père (au centre) à Kashozi au Tanganyika... le 2 juin 1949

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |