Saïouda, la fille du portier (3, à suivre) (15/06/2015)

 Un matin, je découvre le Nonno, mon grand-père maternel, qui a de la peine à marcher, en train de raser les murs dans l’interminable couloir qui mène de ma chambre à celle de mes grands-parents et qui traverse quasi tout l’appartement. Un appartement d’une dizaine de pièces.

 - Qu’est-ce que tu fais là? je lui demande tout surpris.

 - Je fuis mes ennemis.

 - Tes ennemis?

 - Ceux qui ne m’aiment pas.

 - Qui ça?

 - Les Anglais qui m’ont interné dans un camp en plein désert et ta grand-mère qui m’a cloué au lit.

 - Et où veux-tu aller comme ça?
 
 - Au salon pour savoir l’heure. Car hier soir en me disputant, j’ai cassé ma montre...

 - La montre suisse?

 - Non, celle-là je l’ai faite cadeau à un ami fauché de la palestra (gymnase). La Laurel. La montre-bracelet la plus belle au monde, fabriquée par Kintaro Hattori.

 - Tu es triste?

 - Non, déboussolé, perdu dans le temps.

 - Je peux d’aider?

 - Tu peux.

 - Comment?

 - En allant au salon à ma place et de me rapporter l’heure.
 
 - Mais je ne sais pas lire l’heure, Nonno.
 
 - Tu sais au moins lire les chiffres?
 
 -  Oui, lire et compter jusqu'à douze et un peu plus.

 - Et tu as déjà remarqué que l’horloge a deux aiguilles?

 - Bien sûr! Une grande et une petite.

 - Bon! Alors tu vas et tu regardes attentivement quel chiffre indique d’abord la petite aiguille et ensuite la grande...

 - J’ai compris...

 Je cours au salon, j’enregistre dans ma petite tête, blonde paille vue de l'extérieur, avec précision la position des aiguilles, je retourne auprès du Nonno et avec fierté, je lui déclare quasi  militairement:

  - La petite sur le dix et la grande presque sur le trois.

 - Dix heures quatorze, c’est fabuleux! s’exclame-t-il... J’ai encore quarante-six minutes de tranquillité avant que la vieille ne vienne m’emmerder.
 
 Et, satisfait d’avoir pu rendre service à mon grand-père, je galope jusqu’à ma chambre, j’ouvre la fenêtre, j’appelle Saïouda qui accoure aussitôt et je lui annonce avec une joie immense:

 - Grâce au Nonno, je sais lire l’heure maintenant.

 - Je suis contente pour toi, me dit-elle avec le sourire... Tu vas m’apprendre aussi?

 - Après le manger (le déjeuner), dans notre cachette...

Carl et Hélène Vogel.jpg

Mes grands-parents paternels (Carl et Hermine Hélène Vogel)

Arturo et Elena Banfi.jpg

Mes grands-parents maternels (Elena et Arturo Banfi)

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |