Un fabricant d'histoires (11, à suivre) (10/06/2015)

... Un homme rencontre une femme. Il en tombe follement amoureux. Peut-être parce qu’elle a de magnifiques cheveux roux. L’homme a toujours rêvé d’avoir des enfants roux. Alors le roux devient sa couleur préférée. Puis toutes les couleurs proches de cette couleur. Puis... il se mets à adorer le cuivre, le laiton et l’or. Il construit une maison en brique. En brique rouge. Il achète des meubles en acajou. Et des tapis persans. Roses, pourpres et rouge sang. Il s'inscrit à un mouvement rouge. Mais finit par adhérer à un parti à tendance rose. Et brusquement, il s’achète une magnifique voiture vert pomme. Et tout son entourage est choqué. Scandalisé. Ne comprend plus. On va même jusqu’à le traiter de traître. Pour avoir choisi une voiture dont la forme et la couleur rappellent les ambitions libérales. L’esprit bourgeois. L’homme se gratte, se gratte, se gratte la tête et perd tous ses cheveux. À l’aube d’un jour nouveau ou plus exactement à l’aurore de ce jour, car c’est à ce moment-là que le ciel peut rougir à l’extrême, il fait la connaissance d’un moine bouddhiste qui philosophe sur l’oubli de soi. Séduit par les belles paroles et la modeste robe de celui-ci, safran, il part en Inde où... Où?...

 Je pose ma plume. Je range mon cahier. Je regarde par la fenêtre. L’asphalte. Toujours lui. Si seulement j’avais la vue sur un jardin... avec des fleurs et des arbustes. Des rosiers avec de belles roses roses. Ou rouges. D’une rouge flamboyant. Oui, si seulement j’avais la vue sur un jardin, je pourrais écrire des histoires sans asphalte ni feux rouges. Je pourrais... La femme est là. Dans ma tête. Dans mes veines. Dans mon sang. Coiffée d’un chapeau de cow-boy. D’Amérique ou d’Australie. Noir. Un fouet dans sa main gauche. J’aime les gauchères. Elle est nue. Presque nue. C’est-à-dire? Ce presque signifie qu’elle porte un soutien-gorge et une culotte transparents. Rouges. Des bas et un porte-jarretelles. Noirs. Et des chaussures à talon haut. Des talons pointus comme des aiguilles. Elle fait claquer son fouet. Des hommes accourent. Se jettent à ses pieds. Elle les fouette. Elle leur marche dessus. Ils prennent plaisir à la souffrance. Pas moi. Alors pourquoi ces images?  Parce que c’est ce que je crains le pire d’une femme. Sa domination, sa perversité, sa cruauté. J’efface tout. Façon de dire. Je passe à autre chose. Je suis dans le romantisme. La femme est habillée d’une longue robe en satin. Noire forcément. Le noir va bien avec le rouge. Avec ses cheveux rouges. Elle a une bible dans ses mains. Elle lit la bible.  Elle est croyante. Très croyante. Parfois trop. Cela me fait peur. M’étouffe. Ma future compagne sera... Sera? Elle sera ce qu’elle sera. Elle aura le sourire et les larmes de l’amour. Et ses projets seront ceux de l’amour. Ils naîtront à l’aube et mourront au crépuscule. La nuit sera pour la fête du corps et le repos de l’âme. Ma future compagne aura les cheveux rouges. Elle aimera le noir et détestera l’asphalte et les feux rouges. Ma compagne... mais... mais... je crois la connaître. Je ne la connais pas mais je la désire déjà. Avec elle, je fabriquerai des histoires et ces histoires seront notre vie. Une vie sans commencements ni fins.

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |