Un fabricant d'histoires (7, à suivre) (06/06/2015)

 La rue. Forcément d’asphalte. Maisons grises. Guère plus agréables à regarder. Je marche. Les mains dans dans les poches. La pipe au bec. Je croise un arbre de Noël. Je me souviens. Souvenirs. Fabrication d’images. En vrac. Du vrai et du faux. Le faux: du peut-être ou du il-aurait-fallu-que... Salade cérébrale. Je me souviens. Processus enclenché par un arbre. De Noël. Évocateur. La fête en famille. Les cadeaux. Le petit Jésus dans la crèche. La misère dans le monde. Et maintenant? Je n’ai plus que mon père pour rêver un peu. Ma mère est morte. Et ma femme, mon ex, et mes enfants sont loin. Seront loin. Très loin. Dans le nord. Encore plus loin. Je serai donc seul avec le vieux le 24. Sans sapin. Ni bougies. À quoi bon? La fête est synonyme de famille. On donne, on donne, on se donne entièrement. Être présent surtout. Et je serai absent. Et ils le seront aussi. Il y aura peut-être une place pour leur père. Dans leur tête. Dans leur cœur. Une place vide. Une place avec des si et des il-aurait-fallu-que. Je me souviens. Tout est de ma faute. Culpabilité oblige! Je n’aurais jamais dû être un fabricant d’histoires. Quoi alors? Cordonnier? Épicier? Avocat? Ou médecin? Psychiatre, peut-être. On gagne de l’argent en écoutant le malheur du monde. Les histoires des autres. Pas de fabrication. Que de l’écoute. Et de l’étiquetage. Des étiquettes, des étiquettes et encore des étiquettes. Une étiquette au moindre mécanisme. À la moindre larme. À force d’imaginer des histoires, avec leurs héros ou leurs antihéros, si gâtés par Dieu et les anges, j’ai fini par vouloir vivre une de ces histoires. Et j’ai plongé les yeux fermés dans une histoire terrible. Une histoire qui me colle encore à la peau. Une histoire d’amour et de guerre. Je me souviens... 

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |