Schiberen (5, à suivre) (22/08/2013)

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 Comme je fais partie de la race des altruistes, je suis forcément tolérant. Dans le pire des cas, l’Autre n’est jamais un ennemi mais un être inquiétant. C’est vrai, je suis un altruiste dangereux pour ma famille. Ma femme me dit souvent: Cesse de donner tout aux autres. Tout? Non, pas tout. Ma deuxième paire de chaussures, ce n’est pas tout. Le jour où je donnerai la paire que je porte, alors on pourra dire tout... Quand j’étais petit,  je voyais souvent, par la fenêtre de ma chambre, défiler des prisonniers enchaînés l’un à l’autre comme des esclaves. Ces pauvres créatures, sales et couvertes de tissus tout déchirés, étaient menées à la baguette par un gendarme qui affichait de la fierté et du plaisir sur son visage. Un jour, attristé sans doute par la cruauté de ce spectacle, je m’approchai du gendarme et lui dis:

 - J’aimerais aider ces prisonniers.

 - Comment? me demanda le gendarme, tout étonné.

 - J’ai de l’argent.

 - De l’argent?

 - Oui, de l’argent.

 - Où est-il?

 - Dans ma main.

 - Ouvre-la!

 Quand j’ouvris ma main droite, les prisonniers me firent un grand sourire... La suite, je m’en souviens pas. Tout ce que je sais, c’est que mon geste, quelques misérables piastres, le geste d’un enfant blond aux yeux bleus, d’un enfant venu d’ailleurs, donna quelques secondes de joie à des prisonniers, noirs, enchaînés comme des esclaves.

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 Non convaincu de mon résultat en Sibérie concernant Schiberen, j’allume mon ordinateur et je cherche à nouveau... Je tombe sur une photographie d’un coin au bord d’un lac. Sur le bord inférieur du cadre, on a noté: Near Schiberen Switzerland 2011. L’écriture est belle. C’est sûrement celle d’une femme. Je dis cela parce que, en tant qu’enseignant, j’ai pu constater que l’écriture des filles est en général plus belle que celle des garçons. Souvent plus claire. Plus lisible. Pus harmonieuse. Je clique ensuite sur Maps et je tombe cette fois-ci sur une carte géographique... au milieu de laquelle un point rouge m’indique Schiberen. Un endroit non loin de Vitznau. Au bord du lac des Quatre Cantons. Dans le canton de Lucerne. Ciel! Le mot existe, je ne l’ai  pas inventé. Que dois-je faire? me dis-je... à suivre

06:47 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |