Le dieu helvète (10, à suivre) (27/02/2013)

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 La montagne, la mer ou le farniente dans ma propre ville? pensai-je. Paulette viendra avec moi. Elle se donnera à moi. Je me donnerai à elle. Nos vacances auront la chaleur de nos corps. Je la violerai s'il le faut et je me laisserai violer... On fera des choses jamais faites. On se trahira aussi et on se retrouvera avec des larmes jusqu'aux genoux. Et je lui lécherai ses larmes... Nous aurons des vacances pleines de passions. Des cris, des pleures, des baisers brûlants sur tout le corps, des caresses, des griffures jusqu'au sang, des battements de coeur au bord de la crise cardiaque et des extases... oui, il y aura tout ça.

 J’entrai dans une cabine téléphonique et j'appelai Paulette à son hôpital.

 - On part en vacances.

 - Comment ça?

 - Oui, on part en vacances. Demain on part... Demande congé à ton chef de service...

 - Ce n'est pas possible. Une infirmière ne peut pas prendre congé comme ça, du jour au lendemain, Glarus. Nos vacances sont programmées des mois à l'avance.

 - Demande tout de même à ton chef...

 - Premièrement, je n'ai pas de chef mais une cheffe et deuxièmement, je ne peux pas partir comme ça...


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 ... les chemins de l'indifférence sont nombreux, ils courent même les rues. Dans le malheur, le désespéré rit jaune. Je n'ai pas inventé la poudre, je sais...


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 Les paysages défilaient, défilaient à mes yeux. Tout était bien rangé, semblait être bien partagé. Les champs, les forêts les montagnes reflétaient une certaine fraîcheur digne des grandes étendues canadiennes. Le vert était solide, si je puis m'exprimer ainsi. Les toits des maisons étaient tous construits de la même façon, avec le  même matériau. L'égalité me crevait les yeux. J’étais bien. J'étais pour une fois bien. En face de moi, un vieil homme lisait un journal de sa région. Il tournait les pages avec méthode, sans doute pour ne pas froisser le papier. À côté de lui, une dame tricotait. J'étais le seul à regarder défiler le paysage.

 A une station, un travailleur, sans doute émigré,  vint s’asseoir à côté de moi. Il sentait l'ail et la graisse animal.

 Au bout de dix minutes, il sortit de son sac, un petit sac de voyage rouge, une orange et il se mit l’éplucher.
 
 Puis, s'apercevant que je le regardais de temps en temps, il plongea sa main dans son sac, y retira une autre orange et me l’offrit.

- Non, merci, je viens de déjeuner, dis-je à
l'homme.

 - Prenez, insista l'homme avec générosité.

 Je pris l’orange et remerciai ce généreux inconnu.

 - C’est de mon pays, me dit l’homme. Elle est très bonne, vous verrez.

 En effet la orange était très bonne.

 - C’est presque du miel, dis-je à l’homme

 L'homme me sourit, il semblait content de m'avoir offert pas n'importe quoi.

 Puis après l’orange, vint le salami, du gâteux, de la liqueur... tout de son pays.

 Puis, à mon tour, j'invitai l'homme à boire un café au wagon-restaurant.

 - Vous êtes suisse, vous? me demanda l'homme après avoir mis trois sucres dans son café.

 - Pourquoi me demandez-vous ça?

 - Comme ça... parce que les Suisses ne parlent pas à un étranger... pas tout de suite.

 - Je vois... Ma foi, c'est bien vrai ce que vous dites. C'est que le Suisse est de nature réservée, sombre, pessimiste... Il se confie rarement, il préfère mourir dans la solitude que de voir ses  héritiers faire semblant de pleurer au pied de son lit d’hôpital... Le Suisse est un soldat toute sa vie, un soldat sans ambition, attaché à sa terre et à son carnet d'épargne. En résumé: le Suisse n'est pas un mauvais type mais il a une âme de Chinois.

 - Qu’est-ce ça veut dire une âme de Chinois?

 - Ça veut dire que le Suisse cachent bien ses sentiments.

 Ravi de la définition que je fis du Suisse, le travailleur émigré me dit son nom, me parla de sa mère, de sa femme qui était restée au pays avec ses quatre fils et ses deux filles et surtout de son village qu'il aimait par dessus tout. Mais que mal, heureusement, les saints du ciel n'avait jamais su le rendre prospère.

 Deux heures plus tard, l’homme descendit du train la larme presque à l'oeil. Pour lui maintenant les Suisses n’étaient pas tous suisses... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |