Le dieu helvète (5, à suivre) (22/02/2013)

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 L’humanité est à refaire, pensai-je. Oui, elle est totalement à refaire. Mais comment? Avec un stylo, on ne peut pas aller bien loin. On trouve des adeptes à chaque coin de rue, certes. Mais malheureusement ces adeptes sont des êtres sur qui on ne peut pas compter. Pour un oui ou pour un non, ils s’envolent comme des sauterelles. La jeunesse n’a aucun idéal et les vieux ne cessent de s’enfoncer dans leur passé. Les enfants ne savent plus qui écouter. Ils n'osent plus poser de questions car on leur boucle le bec avant même qu'ils s’apprêtent à ouvrir leur bouche. Il n'y a plus de visage sentant bon la fraîcheur de vivre. I1 n’y a plus que des gueules agressives, des gueules à faire vomir...
 
 J'avalai d'un trait mon pastis, mis deux francs sur la table et quittai l'établissement.


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 Ce n’est pas le moment de renoncer, me dis-je. Mais que dira Bella? Il faudra que je lui cache la vérité. Après tout, j'ai tout les droits. Ce n'est tout de même pas une femme qui fera la loi chez moi.

 J’entrai dans une papeterie et j'achetai un cahier. Et me voilà de nouveau face à ma  belle Helvétie.


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 - Rien de neuf?

 - Si.

 - Quoi?

 - La folie.

 - Quelle folie?

 - La tienne.

 - Qu’en sais-tu?

 -Tout le monde en parle.

 - Mais, bon sang! à quoi sommes-nous en train de jouer?

 - Tu le sais bien.

- Non, je ne le sais pas!... Mais qu'est-ce que tu as à me faire la gueule? Je n'ai tué personne que je sache! J’ai seulement insulté le maire.

 - Tu as eu tort.

 - Ah! C' est en somme à cause de ça?

 - Ça et tout le reste.

 - Quoi encore?

 - Réfléchis.

 - Réfléchis!

 - Alors rappelle-toi.

 - Me rappeler quoi?

 - Les jours où ton comportement frisait la folie

 - N 'importe quoi!

 - Ça pourrait te coûter cher.

 - De quoi m'accuse-t-on?
 
 - De trahison.
 
 - Encore un coup du maire.
 
 - Les autres aussi pensent comme lui.

 - Qui ça les autres?

 - Le maître d’école, le chef des pompiers et le pasteur.

 - Les plus idiots en somme .

 - Je ne suis pas de cet avis.

 - Le contraire m’aurait étonné .

 - C’est la vérité.

 - Je n’ en doute pas .

 - Mets-toi à ma place.

 - Non, merci, je préfère rester à la mienne aussi inconfortable soit-elle... Finalement, je suis content que l 'on me prenne pour un fou, un désaxé, un marginal...
 
 - Tu as tort de penser ça de toi.

 - Plaît-il?

 - J’ai dit: tu as tort de penser ça de toi. Tu dois penser avant tout que tu es mon mari, le père de tes enfants et un employé de laboratoire... et non pas de n’importe quel laboratoire...

 - Qui fabrique, fabrique et refabrique des poisons que l'on vend pour des médicaments.

 - Ce n 'est pas vrai

 - Disons! Et quoi encore?
 
- Que tu travailles dans une grande ville et que tu habites dans une petite commune qui a grand besoin de toi.

 - Du vent.

 - Parfaitement le conseil municipale a besoin de toi.

 - Ça ne m’intéresse pas.

 - Évidemment, tu préfères écrire des âneries.

 - Parfaitement! Mais mes âneries sont sûrement moins idiotes que les discours du maire... avec sa grande gueule et ses idées de je ne sais où. Et puis de quel droit juges-tu mes écrits? Tu n 'a jamais lu une seule de mes phrases.

 - Tu te trompes, mon cher .

 - Impossible.

 - Tu te trompes, Glarus. Sache qu’un homme distrait laisse toujours derrière lui les traces de sa culpabilité.

 - ...

 - Veux-tu une preuve?

 - ...

- Le dieu helvète, ça te dit quelque chose?

 - Alors?

 - Je l'ai lu puis je l'ai jeté au feu.

 - Tu as fait ça?

 - Oui, j'ai fait ça pour ton bien.

 - Mais c'est un crime!

 - Je t'en prie! Faut tout de même pas exagérer.

 - Mais qu'est-ce qu'il t'a prit?

 -J'ai estimé que tu pouvait faire mieux. Tu as vraiment écrit n'importe quoi n’importe comment...

 - Jeter au feu le commencement d'un roman, c'est la plus grande insulte que l'on peut faire à un écrivain.

 - Peut-être.

 - Alors pourquoi l'as-tu fait?

 - Parce que toi, tu n'es pas un écrivain.

 - Qu'en sais-tu? Et puis qu'est-ce que c’est pour toi un écrivain?

 - Un écrivain?

 - Oui, un écrivain, qu’est-ce que c' est pour toi?

 - Un homme qui vit de sa plume.

 - Un homme qui vit de sa plume!

 - Tu vis de ta plume, toi? Non, alors?

 - Il faut bien commencer une fois, bon sang!

 - Certainement! Mais non pas par des âneries. 

 - Ça va, ça va!... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |