Mémoire inachevée (5, à suivre) (16/02/2013)

 Miracle. Les miracles de l'existence sont des étincelles qui illuminent la mémoire. Des étincelles venues de je ne sais où. Des étincelles qui voyagent. Qui ne connaissent ni début ni fin. Ou qui datent du début de la vie. Engendrées par le grand éclatement. L'incommensurable explosion. La transformation subite d'une énergie super concentrée en une matière qui circule. Je pense que c'est ça. La vie est matière qui circule. Qui s'est organisée en cycles. Un affolement qui s'est organisé pour survivre. Je marche. Je me sens libre. Libéré de toute pression. Des pressions sociales surtout. Le mensonge paye parfois. Un mensonge exigé par l'âme. Pour sa survie. Dupont n'est pas un ami de la famille. Parce que je n'ai pas de famille. Et l'amitié est une question de mémoire. Et je n'ai pas de mémoire. Ou si peu. Juste ce qu'il faut pour me laisser vivre. La faute à qui? À l'étude de la sagesse? J'ai voulu me libérer de tout. Alors le tout a désorganisé mon système de penser. De raisonner. L'a organisé différemment. Je n'appartiens plus à ce monde. Dont la mémoire est devenue un outil si dangereux. Qui véhicule la haine. La vengeance. La discrimination raciale. Sociale. Au sein d'une entreprise. Au sein d'une famille. D'un groupe. D'où je connais Dupont? Du journal? Quel journal? Quand? J'aime marcher. Personne ne me retient. Personne ne m'attend. Financièrement, l'état s'occupe de moi. Mois après mois. Vraiment? On me téléphone. On m'ordonne de me présenter à tel endroit. Ou à tel autre endroit. Est-ce toujours le même endroit? Souvent. On vient me chercher en taxi. Et après? Mais pourquoi toutes ces questions? Je suis fatigué. Ma cervelle est un volcan. Qui crache des images. Sans queue ni tête. Je sors la photographie de Paula de ma poche. De ma veste. Qui es-tu Paula? Où suis-je? Je perds le nord. Bon Dieu! Du calme, du calme. J'ai envie de pleurer. De rire. Je range la photographie dans ma poche. Je traverse la route. Un coup de klaxon. On a failli m'écraser. Taré! Je ne réponds pas. A quoi bon? Subitement je sens une main sur mon épaule. Je me retourne. Une jeune femme me sourit. Froidement. Merci pour m'avoir posé un lapin. On se connaît? Excusez-moi, je suis complètement perdu. Des problèmes? Je ne sais plus où j'en suis. Vous ne vous souvenez pas de moi? Situez-vous. L'étudiante. L'étudiante? Dans le tram, nous nous sommes donné rendez-vous. Vous n'êtes pas venu. J'ai dû oublier. Je vous ai attendu. Je suis désolé. Trop de travail sans doute? Non, j'ai oublié. Ça vous arrive souvent. Très souvent probablement. Vous avez encore des amis? De moins en moins, mais aussi de moins en moins d'ennemis. Vous avez du temps maintenant? Je n'ai rien à faire. On se boit un café quelque part? Si vous voulez. Je veux bien. Et les petits mots se transforment en petites réalités. Surtout quand ils sont pris à la lettre... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |