Mémoire inachevée (4, à suivre) (15/02/2013)

 Murs gris. Bureau et meubles métalliques. Assis confortablement dans un fauteuil de cuir un homme me regarde. Commissaire Xpz. Il s'est mal présenté. Ou j'ai mal entendu. Ou c'était voulu. Nom, prénom, date de naissance et adresse. Quelle froideur! Vos papiers. Quelle impatience! Vous savez pourquoi vous êtes ici? Je ne suis pas ici. On m'y a amené. De force. Je fais mon métier. Quel beau métier! Alors, ça vient vos papiers? Je ne sais plus où ils sont. J'ai dû les mettre dans un tiroir. À la maison. Où habitez-vous? Chez moi. Stupide réponse. Pas tout le monde habite chez lui. Cessez de jouer au con!  Qu'est-ce que je risque? La chaise électrique? Nous ne sommes pas aux États-Unis. Dans un état de fous. Heureusement. Le commissaire m'a dit quelque chose. J'étais ailleurs. Sur un nuage. Rose. Au pays de la liberté. Vous allez mal finir, hurle l'homme de l'ordre. Il parle pour parler. Il ignore tout de la psyché humaine. Il aurait dû étudier les mécanismes mentaux. Les caprices de la nature. Les différences culturelles. Non, il ne s'est entraîné qu'à charger et à décharger son pistolet. Ou revolver. Ou sa carabine. Où va l'humanité? Vos papiers pour la xième fois. Justifications. Attestations. Certificats. Diplômes. D'honneur ou d'ailleurs. Valeurs sans valeur. Valeurs d'un homme du passé. Car à présent je suis un individu tout différent. Une partie de mon savoir s'est perdue dans le désert de ma mémoire. Des acquis enfouis dans le sable. Les justificatifs me concernant ne valent plus un sou. Ne justifient rien. Je suis un grand malade, Monsieur le commissaire. Et moi le Pape. Que Dieu vous bénisse alors. Vous avez de la chance que je suis de bonne humeur aujourd'hui. Qu'est-ce ça doit être lorsqu'il est de mauvais poil? Je suis désolé mais j'ai des problèmes de mémoire. Vous avez un certificat? Et voilà que ça recommence. Sûrement dans ma commode. Chez vous bien entendu. Probablement. Évidemment! Videz vos poches, m'ordonne agressivement le policier en civil. J'obéis. Je n'ai rien à cacher. Je vide toutes mes poches. Mes clés. Mon agenda. Un stylo. Un billet de vingt francs. Trois pièces de deux francs. Et une carte postale. La photographie de Paula, je suppose. Bizarre! Je croyais qu'elle était dans la commode. Avec ma carte d'identité et mon passeport. Le commissaire feuillette mon agenda. Vous arrivez à écrire? C'est cyclique. Vous arrivez, oui ou non? Est-il flic ou médecin? Il faut que je trouve un moyen pour me libérer de ce despote. De ce violeur psychologique. J'invente. Téléphonez à votre patron. Il est au courant de mon cas. Mon patron? Pourquoi, Dupont n'est pas votre patron? Vous connaissez le divisionnaire Dupont? C'est un ami de la famille. Il fallait le dire plus tôt. Son visage n'est plus le même. L'homme s'est métamorphosé. En quelqu'un de bien. Est-ce à cause ou grâce à la peur? La peur du grand chef. Vous pouvez partir. Je ramasse mes affaires. Il me montre la direction de la sortie. Je quitte le commissariat. Cette antichambre de l'absurde... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |