Mémoire inachevée (2, à suivre) (13/02/2013)

 Ô souvenir de quel univers surgis-tu?

 Lunettes. Je lis mal. La vieillesse. C'est ce qu'on raconte. Les histoires n'en finissent pas... L'éducation. Je tremble. Je ris. C'est n'importe quoi parfois. Je regarde la photographie de la jeune inconnue. Qui est-ce? Trou de mémoire? Non, mémoire trouée. D'après les experts. Les génies de l'air atomique. Hiroshima. La bombe. Les salauds! Les autres ne comptent pas. On devrait condamner ceux qui ont ordonné de lâcher la bombe. Pour crime contre l'humanité. Les criminels! Comment est-ce possible? Dieu devait être absent ce jour-là. Le diable se frottait les mains. Était homme. Était américain. Il a sali l'image de l'Amérique. Cette image a fait des petits. Que certains peuples haïssent sans limite. On dirait que la petite fille me regarde. Elle est dans un autre monde. A deux dimensions. Un monde sans profondeur. Je divague. Auto jugement dû à l'éducation. L'enseignement. Étiquette socioculturelle. Quelle misère! Je range la photographie dans la commode. Avant qu'elle ne finisse par m'inquiéter sérieusement. Ai-je peur? C'est quoi la peur? Une logique sans faille. Je ne risque rien alors?

 Je prends le tram. Direction: la ville. Lieu des exploiteurs et des exploités. Lieu où les solitudes ne cessent de se multiplier. Et dire que l'homme créa la ville pour échapper à la putréfaction des sentiments. Une femme me sourit. Une jeune femme. Son sourire est unique. Teinté de tendresse et d'un désir inexplicable. Je la connais? J'étais une de vos élèves, me dit-elle. Dire et redire pour que la mémoire se mette à fonctionner. À cracher des vérités. Ses vérités. Étrangement ce sourire me rappelle celui de la petite fille. Me rappelle la carte postale. Malheureusement rien d'autre. Vous voyez qui je suis? me demande l'étudiante. Étudiante par déduction. Je réponds oui. Je mens. Vis-à-vis de moi. Et en ce moment. Car je ne me souviens pas d'avoir professé le métier d’enseignant. Quelle discipline? Je ressemble peut-être à quelqu'un. Elle doit se tromper. Comment vérifier? Je me sens impuissant. La mémoire me manque. Cette mémoire-outil utile à résoudre l'immédiat. Mais je n'en suis pas triste pour autant. Impuissant seulement. La jeune femme me sourit à nouveau. Sourire parfumé d'un sentiment divin. Est-elle un ange? Un messager de Dieu? Je suis idiot. Un utopiste. Un crétin. Son visage me plaît. Si je pouvais le caresser, je n'hésiterais pas une seconde... Ma main sur cette peau si douce. Du velours. La douceur de vivre. Planer dans les sphères de la béatitude. La belle me regarde. Oui, elle est belle. Peut-être pas pour les autres. Que veut-elle de moi? A-telle un but dans la vie? Ridicule question. Je la sculpte. Avec mes yeux. Avec attention. Quasi avec passion. Elle n'est pas d'ici. Cheveux noirs. Regard perçant. Bronzage naturel. Je m'allongerais bien avec elle. Sur une plage déserte. Sous un cocotier. À l'abri de tout murmure. À l'abri de toute mauvaise pensée. Nus, l'un contre l'autre. Totalement nus. Nos corps et nos âmes. J'aimerais avoir une conversation sérieuse avec vous. Silence. Court. Elle se méfie de moi. Certainement. Un pourquoi-pas-bien-sûr sort gentiment de sa bouche. Quand? Demain? Où? Où vous voulez. N'importe où. Au café "Le cheval blanc", ça va? Ça va. Un long silence. Arrêt de tram. Pour elle. Oubli. À quelle heure? À midi. D'accord. Elle descend à toute vitesse. Les portes se referment. Elle a disparu. Je sors mon agenda de ma poche. Et je grave sur le papier ce rendez-vous... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |