La vieille femme et l'enfant (35, fin) (10/02/2013)

 Et, avec un léger retard, le peuple se mit en marche en direction du palais présidentiel. C'était la marche de l'avenir. On chantait et on criait:

 - Liberté, égalité et une maison pour chaque famille.

 La marche dura des heures et des heures. Mais les heures ne comptaient pas. Dans la joie et l'enthousiasme, le temps file à une vitesse inimaginable; il ne préoccupe que les prisonniers et les esprits non libres. Et nous étions libres. Ma grand-mère et moi, nous nous trouvions à nouveau aux sources de notre existence. A un moment donné, quelques images vaporeuses et dérangeantes de mon passé ressurgirent du fond de ma mémoire mais bien vite elles se dissipèrent dans le champs raisonnable de mon esprit...

 J'ai oublié de vous dire, les oiseaux aussi étaient là. Dans les arbres, dans le ciel et sur les toits des maisons. Ils sifflaient, ils chantaient avec nous.

 Et nous arrivâmes devant le palais présidentiel. Un bataillon de soldats armés jusqu'aux dents nous attendait.

 Un homme dans la foule cria:

 - Président-pantin, on ne te veut plus. Nous voulons un président soutenu par tout un peuple et non pas un président soutenu seulement par son armée.

 Et la foule se mit à hurler:

 - Élections! Élections! Élections!...

 A ce moment-là, tout mon corps frissonna.

 Puis, poussé par une étrange force, venant de je ne sais où, je sentis dans ma poche la fameuse pièce d'or que ma grand-mère m'avait fait cadeau avant de partir pour le désert, que j'avais prise d'ailleurs avec moi, et je la montrai aux manifestants en déclarant tout haut:

 - Cette pièce d'or est le symbole de l'effort. D'un effort qui doit être récompensé. Ma grand-mère a mis toute une vie pour économiser ce bout de métal et toi, président sans amour, tu n'a pas voulu prendre cela en considération. Tu ignores tout de la souffrance humaine. Nous te demandons donc de quitter ce palais. Tout le pays te le demande. Nous voulons un nouveau président. Un président digne de ce nom. Un président qui sache comprendre son peuple. Un président qui aime son peuple. Un président simple et sensible. Un président qui se préoccupe de l'avenir culturel de son peuple. Un président qui sache renoncer aux honneurs personnels. Un président qui se donne pour tâche essentielle la résolution des problèmes sociaux de son pays et ceux du monde. Un président ouvert à tout dialogue. Nous voulons un grand président, un vrai président.

 Mon petit discours terminé, la foule se mit à applaudir.

 Trois hommes et deux femmes vinrent vers moi, c'étaient des représentants de divers mouvements progressistes et l'un d'eux me dit:

 - Tu es des nôtres. Ensemble nous vaincrons...

 - C'est vrai, nous devons nous unir, dis-je.

 Malheureusement la conversation fut interrompue par des coups de feu. Les soldats avaient reçu l'ordre de tirer en l'air et de lancer des grenades lacrymogènes. Et ce fut la panique générale. Les soi-disant amis de l'ordre avaient semé le désordre. Face au peuple, le président en place venait de signer sa défaite par un acte de violence, un acte digne d'un homme vaniteux qui ignore tout de l'âme d'un peuple. L'erreur est humaine mais la monstruosité est impardonnable.

 On compta de très nombreux blessés et quelques blessés graves mais heureusement aucun mort.

 Au bout de quelques semaines, grâce aux forces progressistes réunies le Président démissionna.

 Un gouvernement provisoire se constitua  et il organisa des votations nationales à tous les échelons. On voulait tout recommencer à zéro. On créa une nouvelle constitution que le peuple tout entier approuva. On créa donc la chambre des députés et la chambre ministérielle. Je me présentai en tant que candidat député et je fus élu. Le nouveau président n'avait plus les mêmes pouvoirs que l'ancien. Il n'était plus que le président de la chambre des ministres qui, eux, étaient chargés d'exécuter les lois et les décisions votées par les députés. En réalité, il ne s'occupait plus que d'un ministère.

 Les années passèrent et, petit à petit, chaque famille avait obtenu sa propre maison avec un coin de terre.

 Un jour, j'épousai Juliette et, dans la même année, je devins ministre de la culture.

 Puis le rêve de ma grand-mère, ce rêve qu'elle ne m'avait dévoilé qu'à moitié se réalisa: on me fit l'honneur de me nommer président de mon pays. Fonction que j'occupe encore actuellement.

 Ma grand-mère a sans doute énormément vieilli ces derniers temps mais elle est toujours solide comme un roc. Ses idées et ses réflexions m'étonnent toujours. Face à elle, je me sens toujours petit. Je me sens ce petit garçon que j'étais. Ce jeune habitant de la forêt qui, le jour, parlait aux arbres et qui, la nuit, avait peur de leur ombre, surtout les jours où la lune brillait en unique seigneur dans le ciel. La vieille femme a fait de moi un homme et je me suis fait un devoir de le rester. C'est pourquoi, je suis constamment attentif à tout ce qui se passe dans mon pays et dans le monde. Je regarde de mes deux yeux et j'écoute de mes deux oreilles. Tout être a droit à son paradis sur terre. Et toute idée nouvelle ne doit jamais être automatiquement écartée mais doit être prise en considération, mérite d'être analysée avec sérieux, profondeur. Et tant que je vivrai, je lutterai pour le Bien, le Merveilleux.

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |