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  • On nous observe! (9, à suivre)

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    On nous observe, Hank Vogel.jpg  Elle pointe sa queue vers moi, en feutre bien entendu, et me menace:

     - Si vous refusez de me le dévoiler, vous ne vous guérirez jamais.

     Je bondis du divan, elle recule d’un pas.

     - Tant pis! Car j’en ai un tas, je lui avoue avec colère. Des moindres, des meilleurs et des plus gros. De quoi pimenter toutes les sauces et faire rougir toutes les saucisses et tous les saucissons. D’ici et d’ailleurs. 

     Tout à coup, je lis un étrange rictus sur son visage, digne d’un fantôme, et mon cœur se met aussitôt à palpiter.

     - Vous vous adonnez à des activités trop singulières? je lui reproche. Vous me faites peur.

     Elle sourit finalement, normalement, tel un être vivant. Et, tambour battant, mon rythme cardiaque retrouve sa stabilité habituelle.

     Nous sommes des machines souvent manipulées par les autres, je m’inquiète. De près, de loin, qu’on le veuille ou non... Y a-t-il un truc, un moyen efficace pour empêcher cela? La chair est vraiment faible, de bas en haut. Le sexe, c’est du pipi de chameau par rapport l’ensemble de nos organes. Ou du crottin de cheval à bas prix. Je comprends maintenant pourquoi on traite facilement quelqu’un de fumier. 

     - Il fumait comme un pompier, me lance-t-elle... N’est-ce pas?

     - Non, la pipe comme Sherlock Holmes! je lui réponds. Et des cigares à la Churchill, de temps à autre.

     - Alors c’est le même.

     - Le même quoi?

     - Le même zèbre qui a failli tuer ma mère.

     - Lui, un sale type? C’est aller vite en besogne... Tu devrais changer de métier, ma vieille. Inspectrice aux objets trouvés  te conviendrait à merveille. Sur ce, je me casse.

     - Oui, c’est ça, barre-toi, pauvre con.

     - Je sais, merci!

     Et je claque la porte...

    Hank Vogel à Skardou.jpg

    L'homme de Skardou

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  • On nous observe! (8, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgLa blancheur du plafond me semble trop stérile pour que la moindre ombre d’un souvenir n’ose apparaître. Par conséquent, je ferme les yeux. 

     L’obscurité est plus propice à la lumière, me dis-je. Plus il fait nuit, plus les étoiles brillent, à ma connaissance.

     Et, sans hésitation, je lui suggère:

     - Et si on allait à la chasse ensemble afin de découvrir celle, celui ou ceux qui nous observent. D’où nos petits pas de gonzesse constipée... Comme vous l’aurait certainement proposé  l’homme de Skardou. Hein?

      Aucune réponse mais un long silence chargé d’étranges va-et-vient sonores.

     Puis j’entends un gargouillement. 

     De son ventre et non pas du mien, je suppose. Bien qu’il soit si présent. 

     Par crainte de succomber à une sérieuse crise de panique, j’ouvre tout grand mes mirettes. Et, les dents serrées, que vois-je... qui vois-je tout près de moi? Le diable en personne ou plutôt ma psy déguisée en diablesse. 

     - Ce n’est ni une farce de mauvais goût ni un jeu satanique mais un test psycho-diagnostique? m’explique-t-elle d’une voix douce et rassurante. A la place des taches de Rorschach. C’est une méthode toute nouvelle, à l’état encore expérimental. Mais avant cela... qui vous a parlé de l’homme de Skardou?
     
     - On... n’ousob... serve? je bégaie.

     - Qui vous a parlé de l’homme de Skardou? répète-t-elle.

     - Celui qui a vécu cette aventure.

     - Qui ça?

     - L’auteur lui-même.

     - Quel est son nom?

     - C’est mon secret...

    On nous observe de Hank Vogel.jpg

    Ma Psy...

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  • On nous observe! (7, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgAucune réaction verbale de sa part. Ni gestuelle vu que je suis couché les yeux fixant le plafond.

     - Ne pas donner suite à une justification ne signifie pas toujours que l’on est d’accord avec, me dis-je. Soit elle cherche une explication extraordinaire au fond de sa citrouille  britannique pour m’épater plus tard soit elle n’en a rien à foutre de mes déclarations hors de propos. A moins qu’elle soit écossaise et forcément avare par tradition. Que de fausses pépites avant de tomber sur une vraie! 

     Au bout d’une certaine pause prématurée, voulue ou pas voulue, à mon sens, la docteur en études psychanalytiques et psychiatriques, ou ma psy tout simplement voire Ma Psy plus élégamment selon mon double amuseur et libéré de tout conditionnement, sort de sa réserve en m’envoyant dans les gencives:

     - Votre racisme vous tuera un jour.

     - Wow! je hurle, après avoir avalé cette pilule mentale. 

     - Donc?

     - Vous avez failli poser votre index exactement là où ma petite copine a réussi lors de notre dernière partie de jambes en l’air. Mais ou et donc or ni car... 

     - Et? 

     - Et quoi?

     - Qu’avez-vous ressenti?

     - Je ne vous suis pas.

     - De la culpabilité, de la souffrance ou au contraire une sorte de jubilation, de... de... ?

     - De ?

     - De la jouissance!

     - Comme avec la masturbation, par exemple?

     - Si vous voulez.

     - Vous vous égarez, chère disciple de Freud ou de sa fille Anna. Mon aversion contre mes semblables n’a strictement rien à voir avec toutes ces horreurs mises en évidence par la presse mercantile et les réseaux sociaux accros d’abonnés pour faire monter la pression. Le racisme à l’endroit et à l’envers et toute sa panoplie, c’est de l’eau bénite pour les populistes et tous les autres connards en panne perpétuelle de prétextes intelligents. Par contre, mes répulsions personne de sérieux ne s’y intéresse vraiment... Combien d’hommes blancs sont venus vous consulter dans le but de se transformer en négros? Corps et âme, bien entendu.

     - C’est ce que vous recherchez?

     - Pas nécessairement... C’est un moment de grande faiblesse qui m’a conduit vers vous. Tout est de ma faute. J’ai eu tort de faire confiance à mon médecin de famille. Et ce à cause d’une vague idée fixe.

     - Précisez-la-moi!

     - Impossible! Trop vague pour la cerner, il y va de soi.

     - Alors comment voulez-vous que je puisse vous aider?...  

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  • On nous observe! (6, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgPour l’ombre de moi-même qui ne m’appartient pas, et non pas mon ombre qui m’appartient, je suis un héros. Celui qui ne  saisit pas la différence entre ces deux silhouettes a la critique facile et l’insulte rapide.

     Ce casse-tête, tantôt chinois tantôt absurde, qui tourne en rond dans mon ciboulot,  telle la roue d’une souris dans une cage,  me pousse finalement à me rendre chez mon médecin de famille qui, après quinze minutes de conversation tous azimuts et  suffisantes pour facturer une consultation, me conseille sans aménagement:

     - Illico presto chez un psy, mon garçon!

     Et il me tend un bout de papier en ajoutant:   

     - Voici la prescription nécessaire et les coordonnées d’une personne très compétente.

     - Psychiatre, psychanalyste ou psychologue? je lui demande tout bêtement.

      - Vous verrez bien, me répond-t-il avec un drôle de sourire au bout des lèvres. Qui ose  évite la sinistrose et mérite une pause!

     Et, affolé et obéissant comme tout patent trop confiant envers son toubib, je me  pointe le jour même chez mon futur sauveur qui n’est autre qu’une femme qui porte des lunettes larges et des pantalons serrés ou le contraire. Et ce grâce à mon insistance et à son planning pas très chargé sans doute, cette double information n’est point totalement anodine.  

     Me voilà donc face à mon docteur féminin aussi libérateur et purificateur que le Père, le Fils, le Saint-Esprit, le Pape ou la Madone, en dernier, me dis-je. Entre parenthèses, la langue de Grand-papa me casse parfois les couilles avec son machisme.

     - Décontractez-vous et allongez sur le divan, me propose la présumée réparatrice de ma psyché, après avoir noté mon identité et tout le bastringue dans un petit carnet noir.

     - Merde! je murmure aussitôt.

     - Qu’y a-t-il? Des problèmes au dos?

     - Pas du tout. Une image n’est venue à l’esprit. C’est idiot mais vous me faites penser à une Anglaise sur une carte-postale de l’époque victorienne... 

    Ma Psy, Hank Vogel .jpg

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  • On nous observe! (5, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpg Mais?

     Ces trois créatures hors normes n’ont propulsé pour une durée inconcevable dans l’univers sublime du merveilleux et du parfait. Oui, l’univers sublime du merveilleux et du parfait! 

     Qu’avaient-ils de si particulier ces gars-là? Soit: un vacancier unijambiste tessinois, un bédouin errant dans le désert entre Pétra et Wadi Ram et un vieil épicier hollandais. Eh bien, rien, strictement rien! Ou, en me forçant à creuser jusqu’au fond de mes tripes, leur présence semblait être à l’opposé de toute prestance. Loin, très loin des ces dignitaires ecclésiastiques  et autres énergumènes de même style accros de glorioles.  

     Boum! Quel incroyable et gigantesque saut! Passer subitement du monde des cons, dont je fais partie comme tous les mâles et toutes les femelles de ma propre race,  à celui de la sagesse pour un laps de temps, c’est vraiment recevoir un cadeau du ciel. Inopinément, sans la moindre prière, et provisoirement, bien entendu! 

     Boum! C’est comme aussi se trouver à poil devant la sœur du Bon Dieu afin qu’elle engendre neuf secondes plus tard un petit Jésus sans confession. Tout est possible à cet instant-là. La vérité est hors de toute pression. Préjugés, jugements et condamnations filent tout droit à la poubelle.

     Boum! Boum! Boum! Trois fois, j’ai vécu ça. Ou subi cela...

    Hank Vogel.jpg

    Dans le désert entre Pétra et Wadi Ram, à l'âge de vingt ans...

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  • On nous observe! (4, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgA mon humble avis, il y a trois types de vagabonds qui errent sur la planète Terre. Les esprits simples, à ne pas confondre avec les simples d’esprit, les cons et les sages ou les matures,  pour ceux qui ne sont pas allergiques aux anglicismes.

     Bien que la frontière entre l’une et l’autre  de ces catégories soient très floue et fort élastique...  

     Les premiers, et les plus nombreux, ne font du mal à personne ou quasi presque. Infantilement, ils brandissent les drapeaux et les pancartes de leurs attachements du moment et applaudissent les stars du cinéma et du sport et ceux qui les gouvernent, même si ces derniers sont des ânes  patentés ou des loups déguisés en bonnes sœurs. De toute façon, ils n’y voient que du  feu, les pauvres, car ils sont constamment aveuglés par les certitudes trouvées dans leurs cornets à surprise. Mais, mine de rien, ils valent de l’or pour les grandes élections et les minables qui risquent de les gagner.

     Les deuxièmes pullulent partout où la parole est gratuite et la controverse bon marché. Ils tchatchent pour tchatcher tels des eunuques qui dansent dans une soirée coquine, n’aboutissant ainsi à aucun résultat concret. Ou, pour les rêveurs inconditionnels du troisième sexe: tels des chasseurs qui tirent à blanc. Étrangement, ils sont très voire trop souvent invités sur les plateaux de télévision. Qui se ressemblent s’assemblent, forcément! Ces gens-là, qui peuvent être parfois archi instruits, pètent facilement les plombs à la moindre insulte, les concernant de près ou de loin. Malgré qu’ils prétendent défendre corps et âme la liberté d’expression, la leur bien entendu, à géométrie variable il y va de soi.  Ce qui me pousse à croire que leur cerveau n’est guère plus performant qu’un nagra, le plus sublime des enregistreurs sonores professionnels, conçu par feu Monsieur Stefan Kudelsli, un ingénieur suisse d'origine polonaise. Et que l’éducation, l’instruction ou le savoir n’a rien à voir avec l’intelligence. 

     Mais vu le nombre incroyable des ces spécimens qui ont trouvé refuge, réconfort et  privilège  dans les hautes sphères de notre lamentable société, un con a toutes les chances de réussite. Toutes les portes lui sont ouvertes. Et tous les sièges lui sont offerts! Y compris celui de président d’une nation. Même à moins de quarante ans.

     Enfin les sages, les matures, les derniers qui seront sûrement les vrais first one à pouvoir entrer sans visa au paradis éternel le jour du jugement final. Ils sont rarissimes. Dans toute ma vie, j’en ai rencontré que trois...

     Je sais, je sais! Je n’ai pas encore trente-trois berges, l’âge où le Christ avait déjà croisé et affronté les plus grands salauds de tous les temps. Mais!...

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  • On nous observe! (3, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgJe m’ennuie à cent sous de l’heure. Tel un cycliste amateur qui pédale uniquement pour faire plaisir à son cher papa. En effet, mes parents rêvent d’avoir un héros dans la famille. Et ils ont misé sur moi. Malheureusement toutes mes tentatives héroïques ont échoué. En premier lieu, j’ai essayé le foot mais j’ai vite compris que dans ce sport il y a deux fois plus de compétitions à l’intérieur qu’à l’extérieur du club. Alors j’ai abandonné. Malgré que j’aurais pu devenir un sacré polyglotte, en langues balkaniques et créoles surtout. Pour cela, je regrette sincèrement. Car j’ai l’oreille fine comme ma mère. C’est une question de mémoire auditive proche de la jubilation, paraît-il. Bref! Ensuite, je me suis risqué au tennis. Trop snob et trop personnel pour moi. En plus de ça, chaque fois je voyais la balle dans le ciel, je pensais aux nombreux boulets de canon que mes ancêtres ont dû éviter pour survivre et me permettre d’exister a posteriori. L’histoire familiale avec un grand H et un grand F pèse lourd sur ma conscience. Un pour tous et tous pour un jusqu’au chaos final, c’est notre devise. Puis... puis après ces deux primordiaux échecs, et bien d’autres qui ne méritent pas le moindre éclairage de ma part,  pour rassurer mes vieux, je leur ai promis que je n’abandonnerais jamais l’idée de devenir célèbre. Ne serait-ce qu’au niveau du quartier. Le leur ou le mien. Marché conclu!

     D’où me voici en train m’emmerder comme un rat mort.

     Mais pourquoi tout ce cirque aussi funèbre?...

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  • On nous observe! (2, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgCoup de téléphone!

     - Que pensez-vous des journalistes sportifs français? me demande une voix féminine.

     Encore une sangsue du Bureau des statistiques? je m’inquiète. Et je capitule:

     - Vous faites allusion à ceux qui ont critiqué odieusement l’équipe suisse de football avant le fameux match?

     - Exactement... Alors?

     - Se taire est le meilleur moyen pour ne pas passer pour un con. Mais!

     - Mais?

     - Un con récidive toujours. Sa langue est si pointue et tordue qu’elle n’arrête pas de s’échapper de sa poche et de se faufiler partout. C’est phylogénétique.

     - Je ne comprends pas ce mot.

     - Alors approfondissez vos études et vous cesserez de trop sous-estimer le Français moyen.

     - Faut-il aussi que je puisse le reconnaître.

     - C’est pourtant très facile, il est râleur et mauvais joueur. Sauf quand les boches occupaient Paris. 

     - Et les autres?

     - Quels autres?

     - Les grands esprits.

     - Malheureusement, je n'en connais que cinq. Philosophiquement parlant, bien entendu.

     - Qui ça?

     - Victor Hugo, André Margaux, Jean-Paul Sartre Sartre,  Renaud Séchan dit Renaud et Ayhya  Asfour.

     - C’est qui ce dernier zigoto?

     - La réplique franco-européenne d’Obama.

     - Vous croyez au miracle?

     - Impossible n’est pas français! Sinon...

      - Sinon quoi?

     - Les Frouzes resteront des Frouzes...

    President_Barack_Obama.jpg

    Premier président Afro-américain... (cliquez sur la photo)

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  • On nous observe! (1, à suivre)

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     On nous observe, Hank Vogel.jpgQui, pourquoi et comment? Cette triple question, concernant tout et rien, est la seule que je me pose tous les soirs avant de m’endormir, y compris les jours de fête quand ma cervelle est totalement imbibée d’alcool.

     Sans doute, la Trinité que l’on a essayé de m’inculquer y est sûrement pour quelque chose.

     Je saute du coq à l’âne, pas forcément.

     L’enfant est souvent victime de son éducation, bonne ou mauvaise.

     Qui sont les véritables coupables de cette tragédie? Les parents, l’école ou la société?...

     Ding-dong! On sonne à la porte.

     Merde! On ne peut réfléchir sans être dérangé dans ce foutu pays, me dis-je.

     J’ouvre... et séance tenante une jeune fille, dont le visage me rappelle étonnamment celui d’une Madone peint par un zèbre qui m'échappe sur le moment, me demande:

     - Êtes-vous pour ou contre l’achat de ces avions de combat?... Bonjour, je réalise une petite enquête, un sondage vite fait sur le gaz.

     Je ne sais pas quoi répondre. Une telle beauté chargée d’une telle mission, je trouve cela très diabolique.

     - Êtes-vous pour ou contre l’achat de ces avions? répète-t-elle.

     Idem réaction. 

     Elle sourit à peine, divinement.

     - Ah! Je vois, je me souviens maintenant! je m’exclame. Vous ressemblez terriblement à...

     - ... la Madone à la prairie de Raffaello Sanzio da Urbino, poursuit-elle à la vitesse d’une rafale de mitraillette, en me coupant ainsi la parole.
     
     - Eh bien!

     - L'un n’empêche pas l’autre.

     - C’est-à-dire?

     - Comme vous avez votre sonnette.

     - Qu’a-t-elle de si particulier, ma petite sonnette?

     -  Elle sonne comme une cloche.

     - Ce qui veut dire?

     - Vous aimez les églises mais vous détestez les prêtres.

     - Qui vous a raconté ça?

     - Votre voisine d’en face.

     - La salope!... Elle est pour ou contre?

     - Concernant quoi?
     
     - Les zincs, pardieu!

     - Elle est pour.

     - Alors, notez non pour moi...

    Madone de la plairie.jpg

    La Madone à la prairie ou du Belvédère de Raphaël

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  • Méo rêvait de l'Amérique (8, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpgJe déambule dans les rues. A Sukhumvit Soi 11, plus précisément. C’est la tranche de l’avenue ou de la route la plus bruyante et la plus surprenante au monde, d’après mes expériences auditives et visuelles.

     Question bruit: même les sourds risquent d’être sonnés par la cacophonie qui ne s’arrête jamais.

     Question surprise: on y croise des champions toutes catégories au niveau de la contrefaçon, des individus qui considèrent inconsciemment que la femme est l’avenir de l’humanité et des spécimens qui estiment consciemment que la femme n’est que le miroir de leur propre avenir. 

     Ces derniers, soit ces êtres de la prochaine grande dynastie des sans-queue ou en voie de disparaître, au moindre petit sourire de votre part, n’hésitent à vous foutre la main au cul dans le but de vous persuader entre autres que la différence des sexes n’est qu’une pure illusion. N’est que... aléatoire!

     Donc!

     Amis de même nature que moi,  ne suivez que ce mot d’ordre: marchez à l’ombre et allez droit devant vous!

     Si, par malheur génétique, vos yeux ont tendance à papillonner face au soleil tropical après une partie de cache-cache avec lui, alors achetez-vous une paire de lunettes Ray-Ban. Vraie ou fausse? Le prix ne justifie pas toujours tout.

     Un double achat qui vous protégera à la fois du dieu brûlant et préféré des Incas et de ces déesses en chaleur qui se frottent jamais aux imitateurs des GI. Du moins, c’est ce que je crois.

     - Toi qui as horreur des casernes et des cavernes, protège ton derrière de l’enfer, beau jeune homme, me chantait souvent ma concierge berrichonne, dite La Cochonne, chassée de l’Opéra de Paris... Si tu ne le protèges pas, ce n’est pas Ali Baba qui le fera. 

     Après tout, faites ce que bon vous semble! Un œuf, une fois qu’il est cuit dur, il est impossible de le faire à la coq.

    Hank Vogel (Erik Erik).jpg

    Erik avec ses  Ray-Ban !

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  • Sommet à Genève: c'est du pipeau!

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     Face aux absurdités de ce monde, mieux vaut se battre avec des armes de même calibre! Non?... Alors, entre deux accouchements littéraires et au nom de la liberté d'expression tous azimuts, je me suis laissé aller... 

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  • Ma Mère, cette Italienne (23, à suivre)

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     Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpgLa guerre est une vache à lait pour les uns, une minorité, et une calamité pour les autres, la majorité. Elle n’enrichit en somme que les marchands d’armes, les fabricants de prothèses et la faune multicolore qui rôde autour... ainsi que tous ceux qui excellent dans le marché noir, bien entendu.  

     Tous les autres, pauvres, moins pauvres et riches, perdent des plumes. Jusqu’à devenir des dindons tout ramollis de la belle farce.

     En principe, les dictateurs et ceux qui jouissent en les écoutant, n’aiment que les marches miliaires qui, métaphoriquement, chassent la peur à coups de matraque.

     Ainsi: adieu les mélodies à l’eau de rose et endormantes de grand-maman et grand-papa et vive les chansons paillardes et entrainantes!  Jusqu’à quand?

     Mais hélas!

     En 1942, faute de moyens populaires, la vente des 78 tours et des gramophones His Master’s Voice était en chute libre. A cause aussi de la concurrence américaine. La fameuse mine d’or creusée dans l’énigmatique cité de Cléopâtre ne rapportait pas autant qu’à l’époque de la multiplication  des pains sonores d’Oum Kalsoum et de son véritable découvreur, Charles Clair Vogel von Glarus, qui en outre, avait créé pour le plaisir et avec l’aide d’un ingénieur et ami de Guglielmo Marconi, la première radio d’Alexandrie. 

     Alors les filles et fils du très discret et honorable Nabab louèrent leurs belles villas et leurs luxueux appartements meublés à des bourgeois mieux lotis qu’eux et s’installèrent tous, tant bien que mal, dans des logements beaucoup plus modestes et surtout moins sophistiqués. 

     Eh oui! Il faut apprendre et savoir s’habituer à tout dans la vie, même au pire! leur répétait souvent le prévoyant patriarche sans confession, dans leur heureuse jeunesse. Bien que l’exercice de telles mésaventures permet de survivre aisément. A condition que les locataires soient réglos et présents lors des encaissements.

     1943: c’est la pagaille en Italie. Qui choisir? Le roi Victor-Emmanuel III, également empereur d'Éthiopie de 1936 à 1941 et roi d'Albanie de 1939 à ce jour, ou Benito Mussolini, le vilain rital chassé par les Suisses puis attitré par ces derniers à l’Université de Lausanne? 

     Aïe aïe aïe, ces soi-disant gardiens de la morale, ils pataugent tantôt dans la choucroute tantôt dans la fondue, fribourgeoise et brûlante, jusqu’aux couilles! Avec le risque sublime d’en perdre une au nom de la neutralité. Comme ces barbus munis d’une kalachnikov qui hurlent sauvagement le nom de leur dieu après chaque prière standardisée. 

     Les Italiens se révoltent enfin. Antoinette est terriblement déçue. Elle, qui a une âme de rassembleuse et de bonne sœur,  se retrouve brusquement sur la lame du rasseoir.

     Son passé, son présent et son futur se mélangent diaboliquement dans sa tête. Sa cervelle n’est plus qu’une salade russe indigeste, dirait un neurologue, fin gastronome mais tout affolé. Prête à exploser. Identique à celles des auteurs trop engagés dans leurs propres cavernes.  

     Un matin, en se réveillant, la belle Italienne dit à son intègre Glaronais:

     - J’en ai marre de cette guerre qui n’a pas de sens, comme toutes les autres d’ailleurs.   Illico presto, je vais rendre visite  au directeur de la British Eastern Telegraph Company. Il se souviendra sûrement de moi. Et il me proposera certainement un boulot dans les services secrets...

     - Quoi? cria Edgardon, en tombant presque du lit. Dans les services secrets de l’armée britannique?

     - Ou celle des Alliés. Les Écossais  sont très forts pour embobiner les Anglais, tu sais. Et mon ancien dirlo en est un... Pourquoi, ça te dérange?

     - Non, ça m’étonne de ta part... Tu n’as pas froid aux yeux?

     - Ni aux yeux ni aux oreilles!

     - Non, je voulais dire: tu n’as honte de trahir ta patrie?

     - Mon ex patrie! Et, comme un ex mari brutal et sicilien que je m'imagine, elle m’a fait voir de toutes le couleurs. L’Italie est devenue une grande malade pour bien longtemps. Et il ne faut sûrement pas que les stronzi des fascistes et des nazis la fassent disparaître de la surface du globe.

     - Qui ou quoi veux-tu sauver concrètement?

     - Laisse-moi faire! Contrairement à toi, quand je suis en colère je trouve toujours la clé que je cherche...

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  • Peau de Nylon et Wadi Ram

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     Enfant, je me racontais et je racontais des histoires à Saïouda, la fille du portier, en dessinant et en jouant avec des soldats de plomb. Tout allait bien, la petite égyptienne me comprenait à merveille et ne cessait pas d'en redemander... C'est ma période de gloire!

     Mais voilà qu'à l'école, je découvris l'alphabet, la lecture et l'écriture. Donc: une toute autre façon de voyager dans les airs et le temps. Trop compliquée pour moi! Pour un rêveur de mon espèce. Le vocabulaire et la grammaire avaient du mal à me rassurer et à me convaincre.

     Une quinzaine d'années plus tard, coup de foudre ou coup de théâtre au sein de mes neurones. Par hasard ou par rage, je tombai amoureux du cinéma.

    C'est l'art de la liberté pour la liberté! me dis-je. Mais jusqu'à quand?

    Mais aussitôt une voix (c'était certainement celle de Jean Cocteau) me chuchota à l'oreille:

    - Lance-toi sans vergogne ni regret dans le monde libre des images en mouvement, jeune homme! Un film sans erreurs est un film sans âme, d'après moi.  Et d'après toi sûrement! Alors? De qui aurais-tu peur?

    Ainsi, grâce à l'aide de Dieu et du diable, je réalisai Peau de Nylon puis Wadi Ram.

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  • Ma Mère, cette Italienne (22, à suivre)

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     Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpgDu 9 au16 septembre de cette même triste année (1941), c’est l’invasion italienne de l’Égypte. La Regia Aeronautica bombarde entre autres Alexandrie. Les Italiennes et les Italiens, qui ont passé entre les filets de la police britannique, crient déjà victoire!

     Pourtant, Antoinette Vogel, toujours Antonieta Banfi dans ses veines et convaincu à mort des promesses bénéfiques de son Duce, se met à trembler comme une feuille morte après chaque alerte. 

     Quant à Edgar, lui, il ne bouge pas d’une oreille. Malgré qu’il doute sur l’existence de Dieu, il fait confiance aux Cieux. Même quand ceux-ci sont noirs de fumée et en feu. Ses nombreuses lectures philosophes et légendaires, notamment celles concernant  le Valhalla, lui avaient sans doute évité d’avoir des réflexes trop conditionnés.        

     Un jour de cette fameuse quinzaine terriblement cacophonique, lors d’une accalmie apparente entre les belligérants,  juste avant la traditionnelle sieste de l’après-midi, Edgar regarda par hasard par la fenêtre de son beau bureau bibliothéqué et aperçut avec enchantement un bel objet métallique, accroché à un splendide parachute quasi doré, tomber harmonieusement du ciel.  

     - Très sympas tes compatriotes, ils nous envoient des médicaments et du chocolat,  cria-t-il en bon Suisse, à Noussy qui se trouvait au salon en train de jouer avec Freddy.

     Mais dès que le cadeau céleste toucha le sol égyptienne: patatras boum boum! 

     Soit: toutes les vitres et les persiennes de la maison partirent violemment en éclats et le fan présumé de Tell se trouva assis le cul râpant le carrelage, dix mètres en arrière, tel Aladin expulsé de son tapis volant par une vilaine sorcière.

     Abasourdi comme jamais, le Glaronais courageux, et forcément intègre, se relava et, malgré ses jambes flageolantes, courut aussitôt vers les siens.

     Heureusement! Que des dégâts matériels. Femme et enfant étaient sains et sauves.  

     La mère protégea son fils en se jetant sur lui et le mur de la veranda la brave maman en ralentissant et en renversant à moitié l’onde de choc de l’explosion. 

     La maison, ma maison natale, construite sur les vestiges d’un cimetière gréco-romain était protégée des dieux, me semble-t-il!

     Mais dehors, dans la rue, en face... c’était plus que l’honneur! C’était le vide chaotique, l’absence de tout. La bombe, une mine marine destinée à faire sauter un pont entre Alexandrie et le Caire, avait pulvérisé un immeuble tout entier et anéanti plusieurs familles...

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  • Méo rêvait de l'Amérique (7, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpgJe tombe sur le cul et j’ai vraiment l’air con.

     - Pauvre falang! dit-elle. 

     - Vous... vous... par... lez... ke... co... une... Française, je bégaye.

     - C’est seulement maintenant que vous vous rendez compte? me demande-t-elle.

     - J’ai... j’ai...

     - Non, ce n’était ni de l’anglais ni franglais et pourtant je vous ai dépendu dans la langue de Molière. Mais voilà! Vous étiez soit sur Soleure soit dans la lune. Ai-je tort ou raison?

     - Mais qui donc être-vous donc?

     - Deux donc dans la phrase ça fait redondant, vous ne trouvez pas?

     Je souris.

     Un silence. Long en apparence. Archi court dans la réalité. Permettant ainsi aux horloges de la réflexion de toutes parts à se mettre à l’heure.

     - Je n’ai rien à expliciter dans le futur, j’avoue comme si j’avais commis un tas de crimes dans le passé. Car mon avenir est ici et maintenant. Banal et nullement ambitieux. Certaines choses ne s’expliquent cas. Du moins aux autres. Mes allégations sans queue ni tête  ne servent qu’à me rassurer. Tel un bon coup de ventilateur en pleine gueule pour ne pas perdre conscience. Mais... mais...

     - Mais?

     - Mais dans ces états au-delà du bien et du mal, je capte malgré moi des vérités qui planent dans les airs.

     - Bonnes ou mauvaises?

     - Je n’ai pas une âme de juge ou de justicier pour pouvoir en débattre.

     L’Asiatique, aux réactions imprévisibles,  à l’opposé de la femme soumise selon moi, pose son arme occasionnelle près de mon bol vide, s’assied en face moi et m’ordonne, une fois de plus, mais avec flegme typiquement britannique:

     - Frappe-moi avec cet engin si mon tom sens la tome!

     - Ou le gruyère? je temporise.

     - Je ne plaisante pas.

     - Moi non plus.

     - Alors frappe ou avoue!

     - Avouer quoi?

     - Ce que tu as vu, capté ou ressenti...

     - On se tutoie maintenant?

     - On se tutoie.

     - OK! 

     - Alors?

     - Comment tu t’appelles, d’abord? 

     - Ratana.

     - Ratana comment?

     - La suite est quasi un secret d’état. Et toi?

     - Erik. Ma suite est sans suite.

     - Parfait! Nous sommes sur la même longueur d’onde. En somme, nous sommes pareils à deux intellos qui pataugent dans la même mare aux connards.

     - J’ai déjà entendu ça.

     - Sûrement, nous avons dû lire les mêmes bouquins débiles... bref! Tu cognes ou tu craches?

     - Tu t’es trahie, ma belle. Ou plutôt ton vocabulaire t’a trahie. On véhicule sans cesse notre passé grâce ou à cause des mots que l’on divulgue. Par exemple, le terme expliciter est souvent utiliser par les enseignants, les pédagogues et les adeptes des sciences du langage. Comme courbe, gain ou profit chez nos chers banquiers. Ou les mêmes vocables des voyou chez les flics. Qui se ressemble s’assemble. Non? On n’échappe pas à son éducation et encore moins à son vécu.

     Elle applaudit. Pour me déstabiliser ou pour en savoir plus?

     Tant pis! je me lance:

     - Ratana, tu es plus nue toute habillée qu’après une séance de strip-tease intégral. 

     Elle ne réagit pas. Je poursuis donc:

     - Outre celui déjà évoqué, voici les trois points de fuite d’un fragment de ta vie que j’ai vaguement ressenti: Molière, Soleure et falang ou farang... Tu as soit épousé un prof d’histoire romand fan de Jean-Baptiste Poquelin et raciste à retardement qui t’a chassée de chez lui après une année de bons services soit donné des cours d’art dramatique à des adolescents qui suçaient encore leur pouce et...

     Brusquement, elle se lève, me coupant ainsi la parole, et me crie dessus:

     - Cesse de me poignarder! Tu n’es guère plus rassurant qu’un moine qui prédit tout et n’importe quoi.

     Je me sens tout embarrassé, confus, gêné, honteux, pantois... voire tout ça et davantage. 

     Alors, sans perdre le moindre laps de temps, je paye chichement ce qu’ai avalé, au sens propre comme au figuré, et je m’éclipse à l’anglaise...

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  • Méo rêvait de l'Amérique (6, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpg- Stop! Plus d’alcool entre deux tempêtes pouet pouet, je bredouille.

     Et je pars à l’aventure en direction du Nana, la tête haute et la démarche à la John  Wayne. Bien que j’ai plus adoré Steve McQueen avec son sourire narquois, dans ma jeunesse. Mieux vaut imiter les stars du cinéma américain qui nous font à moitié bander que les couilles molles de nos présidents et ministres qui nous incitent à nous expatrier.

     - Mieux vaut être apatride finalement, je murmure.

     J’entre dans un boui-boui, thaï ou chinois, et je commande un tom kha kaï, une soupe de poulet au lait de coco.

     Ça et les sauterelles grillées, il n’y a pas de plus déchirant pour faire fuir tous nos démons, me dis-je.

     Et trois minutes plus tard, j’avale en toute hâte ce breuvage et je me sens prêt à cracher du feu tel un dragon.

     - Fabuleux, je comprends tout maintenant! je m’exclame sans retenue.

     Trois secondes après mon exclamation, la serveuse et cuisinière de ce mets ultra épicé et brûlant éclate de rire. Du jamais vu, du jamais entendu! 

      Jaune ou pas? je me demande. Difficile de le savoir sur le moment mais la question inquiète.

     Puis, après les éclats forcément la grisaille, la gargotière asiatique m’ordonne en me regardant droit dans les yeux et en me menaçant de son inséparable louche:

     - A l’avenir, sois plus explicite, fiston!

     Je tombe sur le cul...

    (Les personnages de mes romans sont rarement les fruits de mon imagination mais la plupart du temps les produits de mes enquêtes, observations ou rencontres dont celle-ci.)

    En souvenir de ce camarade de voyage, disparu l'année passée.

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  • Méo rêvait de l'Amérique (5, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpg... En effet, comme pour l’information, trop de réflexions nuit à la réflexion. L’ignorance nous conduit parfois vers de plus merveilleux jardins. Alors, tel un paumé de la pire espèce, je quitte mes quatre murs peints en bleu en murmurant cette phrase absurde:

     - Si Dieu était mon frère, je l’appellerais Maman.

     Et le Seigneur, soucieux des âmes à la dérive, me chuchote à l’oreille la plus proche du cœur:

     - Tu es aussi macho que la plupart des bridés.

     Telle ma concierge anti-franco, mon Père céleste a toujours raison. Même  quand il exagère dans ses propos. Surtout quand je suis sous l’effet du Mekhong, le whisky thaïlandais, comme à présent.

     Que voulez-vous, le Maître absolu passe son temps à observer et à fouiner partout... Et les petits merdeux de la Maison Blanche et du Kremlin ne cessent pas de l’imiter. Mais en moins bien que  lui, forcément. Car, malgré leur apparence d’enfant de chœur, ils se font parfois chopés. Par maladresse ou par souhait? Ça, c’est une toute autre histoire?

     Alors pourquoi pas moi aussi?  me dis-je.

     Et, grâce à mon don d’auto-persuasion et de détermination,  j’ai constaté, il me semble, il me semble je répète, que la femme asiatique bosse du matin au soir et du soir au matin comme une négresse et l’ homme se dandine toute la journée comme un planteur blanc. 

     Vraiment, ils ne foutent rien, les zèbres!  A part tricher aux cartes ou au mah-jong, forniquer sans retenue ni capote et fumer de l’opium à ruiner toute leur famille. Beaucoup moins qu’avant, concernant la dernière activité. Heureusement!

     On dirait que la colonisation a porté ses fruits ailleurs qu’en Amérique. 

     Du coup, je pense à ce Corse qui se croyait plus français qu’un Français. Ou plus franc  qu’un Gaulois.  

     - Maladettu stronzu!

     Et moi donc, suis-je mieux que lui, mieux  d’eux?...

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  • Le démon de treize heures (20, fin)

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     Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgIl y aurait 324 de pays dans le monde mais seulement 195 sont considérés comme des états à part entière et 2, bien que toujours assis sur un strapontin confortable, comme des figurants parlants, des silhouettes par l' O.N.U., le Vatican et la Palestine.

     Notre société est un vrai spectacle, tantôt tragique tantôt comique ou plutôt les deux à la fois. 

     Eh oui! Les princes, les rois, nos dirigeants ancestraux,  à force de se la couler douce, ont fini malgré eux par céder leur trône à leurs valets de chambre, attitrés ou favoris: les bouffons! Qui n’ont pas cessé d’imiter leurs protecteurs... en mieux. Non, en plus gras! je gueulerais les jours de dégoût.

     A mort les carrosses! Vives les limousines!

     Ainsi, les badauds, ainsi que les journalistes et les photographes qui œuvrent pour les revues à sensations, la bouche ouverte, accourent dans les rues pour voir défiler à toute pompe ces automobiles polluantes où sont assis les chefs d’état soi-disant favorables à l’écologie.

     Mais voilà, la sécurité prime avant tout le reste! Le reste vient forcément après, très loin après. En somme, il compte pour du beurre.

     Moi, moi, moi... d’abord! Toi, toi, toi... vas te faire voir par les Grecs de Lesbos et d’ailleurs!

     L’être humain est un drôle d’oiseau qui ne se prend pas pour la queue d’une pie, dirait ma concierge Irma qui fut taxidermiste avant de se faire déplumer par les autorités de sa patrie et de fuir celle-ci pour des raisons politiques. Il adore paraître et faire croire  aux autres qu’il est le plus beau, le plus fort et le plus intelligent de tous. Mais pas nécessairement ou pas du tout le plus sage. 

     Pour preuve:

     Je songe au jeune et imprudent président: Emmanuel Macron.

     Quelle idée il a eu de vouloir embrasser toute la foule d’un seul coup ou presque au risque de se faire poignarder. Pardon, gifler! C’est moins douloureux et plus rassurant. 

     Tu l’as cherchée? Eh bien, tu l’as eue, mon garçon!

     Mais voilà, à nouveau, que la justice, jamais pressée, se presse comme un lavement et condamne aussitôt le gifleur à plusieurs mois de prison. 

     Un crime de lèse-majesté, selon les pharisiens de la noble France. Et un tel crime ne peut mériter qu’une sévère sanction. Bourges de la révolution! Faux maquisards! 

     Pourtant, Jésus aurait tendu l’autre joue. Mais le prodige de Nazareth n’est que le fils de Dieu, dont le royaume semble si douteux aux yeux des républicains.

     Je retranslate donc, en français bien entendu, succinctement mais en toute transparence, les pensées secrètes d’Irma ma douce:

     - Le plus connard des connards adore paraître et faire croire  aux autres qu’il est le plus beau, le plus fort et le plus intelligent de tous. Mais pas le plus sage. Hélas pour lui! Il devra rendre des comptes au guichet du paradis.

     Pour mettre un terme à cet mascarade existentielle, je déclare haut et fort: 

     - La vie est un immense théâtre populaire où l’on joue des pièces absurdes et où les spectateurs sont sur scène et les pauvres comédiens, faute de sincère talent, au chômage. 

     C’est ainsi que j’ai pu interpréter les rôles suivants:

     Le bébé tranquille, l'enfant capricieux, l’adolescent curieux, le premier de classe, l’étudiant paumé, l’amoureux, l’adorateur trahi, le séducteur, le pornographe, le mari fidèle, le père de famille, l’époux infidèle, l’employé sérieux, l’étalonneur, le chef de laboratoire, le romancier, le scénariste brouillon, l’acteur, le monteur  et le réalisateur de films, le bleu en politique, le gréviste, le traitre, le divorcé, le solitaire, le voyageur, l’aventurier, l’enseignant bénévole, le professeur de cinéma, le directeur d’école, le remarié, le retraité et enfin le vidéaste avant-gardiste et l’écrivain libre.

     Ainsi, j’ai passé de la tendre enfance à la dure vieillesse en passant sans regret par les divers démons de midi. Soit: à la trentaine, à la quarantaine et à la cinquantaine.

     Et maintenant?

     Le démon de treize m’habitue, du matin au soir. 

     Souvent, après chaque une bonne sieste, je pète un bon coup et je me dis:

     J’en ai vraiment rien à foutre des diktats et des discours des soi-disant grands de ce monde. Dont la plupart sont des corrompus et des hypocrites. 

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  • Répétitions

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    Composition audiovisuelle ou film expérimental? Des mots, que des mots! Le but de cet exercice est de donner libre cours à l'imagination... du spectateur bien entendu. Davantage qu' à l'habitude, j'espère du moins.

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  • Le démon de treize heures (19, à suivre)

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     Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgSalut l’ami Tauxinelle! Comment vas-tu? Désolé, je voulais dire comment te sens-tu à la gauche de Dieu? Sachant que la droite est occupée par le fils du charpentier, le pire ennemi des pharisiens, et ses petits copains...

     Quel silence!

     Tu refuses de me répondre, toi le Genevois? Que lui est-il arrivé à ta mordache, à ta grande gueule des Pâquis ou de Plainpalais?

      Motus et bouche cousue! Motus pour tous,  au même stade d’égalité. Enfin un peu de justice! Je suppose.

     Ici-bas, rien n’a changé depuis que tu nous as quittés il y a plus d’une année, à l’aube de  de tes soixante-dix-huit ans. Rubis sur l’ongle, voire davantage et sans relâche, les femmes, les féministes surtout,  se  battent toujours pour se trouver au même niveau que les hommes, question salaire et pouvoir, et rien ne bouge aux pays des machos.   Au mieux, les phallocentriques les laissent bêler sans intervenir. Au pire, ils leur coupent l’herbe sous les pieds avant ou après chaque long bêlement. Car la compagne du mâle, pour ces gens-là qui dominent la planète bleue, bientôt noir fumée ou noire de fumée, est toujours considérée comme une chèvre qui n’est bonne que pour être prise par derrière, engendrer et donner de bons  fromages. D’où l’expression: en faire tout un fromage. D’après moi, bien entendu.

     Mais ton nouveau papa, céleste forcément, bien qu’il ne frappe jamais ses enfants à coups de ceinture tel ton ex éducateur et protecteur terrestre, n’est pas toujours au top concernant ses jugements, ses décisions et ses actions.

     Pour preuve, la semaine dernière, je me suis permis de demander à un caissier manchot d’un petit supermarché proche de chez moi:

     - Où et quand avez-vous perdu votre main gauche, en Afghanistan lors d’un combat?

     - Loin de là, je suis né ainsi, m’a-t-il répondu en souriant... C’est dans la famille, ma cousine est venue au monde avec un pied en  moins. 

     - Et... et... cela ne vous affecte pas trop?

     - A l’école peut-être mais plus maintenant. Ni complexe ni problème. Avant de trouver cette place paisible, j’étais conducteur de bus et je conduisais mieux que mes collègues. Sobre et ivre... Pourquoi ces questions?

     - Déplacées selon vous?

     - Niet, inattendues.

     - J’écris des romans entre autres... Puis-je vous citer dans l’un de mes prochains récits?

     - Volontiers! Je m’appelle Dimitri Novokipov et vous?

     Eh oui! La nature, cette infatigable créatrice des êtres et des choses, n’hésite pas à se laisser aller parfois. Créant ainsi des situations terribles, durement surmontables pour certains de ses deniers objets amusants, ses marionnettes vivantes. Quelles énormes différences entre elles souvent! Quel casse-tête pour l’égalitaire?

     C’est le désordre à deux doigts du chaos.

     Justement! En pensant à son contraire, il y a un certain temps, ma tendre épouse a rêvé de feu mon père. 

     Dans son rêve, le vieux lord, oui lord vu sa prestance et son langage prude, lui a dit:

     - L’ordre fait défaut là-haut. C’est pourquoi, j’ai l’intention de revenir sérieusement parmi vous. Mais avant cela, il faut que je fasse quelque chose. Quoi? Je ne sais pas encore...

     Alors après avoir brassé tout cela dans ma petite cervelle, j’ai décidé de faire du rangement dans mes souvenirs et ce en donnant une seconde vie à des images que j’avais abandonnées au fond de mes archives audiovisuelles.

     D’où ma série sur YouTube intitulée: Il était une fois mon vingtième siècle.  

     Tauxinelle! Nous avons découvert ensemble des lieux paradisiaques à pied, en moto, en bateau, en train, en hélicoptère, en avion et à dos d’éléphant. 

     Te souviens-tu de Coca et de Cola, ce couple de proboscidiens qui pétaient sans vergogne dans la forêt vierge ou presque,  au nord du fameux Pont de la rivière Kwaï? Quelle puanteur nauséabonde mais quels rires aussi!

     Vive l’aventure!

     Non, ne repose pas en paix, camarade! Essaie plutôt de suivre les traces célestes de mon géniteur, aventurier dans l’âme lui-aussi. Car j’ai l’impression que le vrai paradis se trouve sur terre. Et nulle part ailleurs.

     Nom de zou!

     

    A la mémoire de Jean-Jacques Tauxe. 

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