Soyons Net

  • Extrême (8, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgToc, toc! Chinta entra dans ma chambre sans la moindre gêne, quasi violemment.

    Je me redresse aussitôt.

    Elle est toute de rouge habillée, plus belle que jamais.

    - Vous partez déjà? je lui demande, un peu estomaqué.

    - Pas tout de suite, me répond-t-elle sèchement.

    - Alors?

    - Alors, alors, alors... on prétend que l’habit ne fait pas le moine. Chez vous c’est tout le contraire. Il suffit qu’un mec se mette une cravate et une nana une robe flamboyante ou un plumeau sur la tête pour que votre langage devienne plus sophistiqué. Adieu les tu, bonjour les vous!...

    - C’est pour me dire ça que vous êtes là? Vous avez interrompu ma séance méditation...

    - Ma nudité, le déchirement et les balbutiements, ce sont mes affaires et pas les vôtres!

    - Ma parole! Vous lisez dans mes pensées et à distance maintenant...

    - Non, c’est vous qui cherchez à lire dans les miennes en pensant à haute voix.

    - Comment ça?

    - On dirait que vous êtes aussi sourd que mon grand-père.

    - Je ne vous suis pas?

    - Le vieil homme est persuadé que de tous ses pets sont silencieux. Même ceux qui le font vibrer.

    - Donc selon vous, j’ai parlé en méditant, n’est-ce pas?

    - Non, en réfléchissant.

    - Non?

    - Oui.

    - Certaine?

    - Presque à cent pour cent.

    - Alors la méditation, c’est quoi pour vous.

    - C’est se laisser bercer par l’harmonie de l’instant présent et non pas par faire de vaines plongées dans le dépotoir du passé, à réveiller tous les singes de la forêt.

    - Et?

    - Et quoi?

    - Je dois m’inquiéter?

    - Surtout pas, vos monologues risqueraient d’augmenter... Cela arrive souvent chez solitaires.

    Et?

    - Pour qui me prenez-vous? Je ne suis pas votre doctoresse mais votre négresse.

    - Justement! Ça tombe bien.

    - Exprimez-vous amplement!

    - Je parie que vous avez déchiré votre blouse de boucher hospitalier, arraché votre masque adoré des staphylocoques dorés et jeté le tout à la poubelle uniquement pour protester contre les diktats du vilain sieur Extrême qui me traite souvent aussi de sale nègre... Non? Je me trompe?

    - Eh bien! Il y a beaucoup de matière grise dans votre petite cervelle de Blanc. Malheureusement, trop souvent chargée d’idées noires.

    - Vous plaisantez?

    - Non, je suis sérieuse, vous me surprenez.

    - Vous voyez, tout n’est jamais tout noir ou tout blanc.

    Elle me lance un regard complice et retourne à ses tristes labeurs...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (7, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgLa sieste! La sieste?

    Pour moi qui suis un peu compliqué ou plutôt un tantinet obsédé par le besoin d’explications, il y en a trois sortes. La banale, la nécessaire et la transcendante.

    La première: on... non, je m’allonge sur le divan du salon ou sur mon lit et, comme un mollusque, j’attends que le temps s’écoule. Les yeux fermés, ouverts ou en trou de pine. Trente minutes, trois quarts d’heure, une heure ou plus selon mes propres prescriptions du moment. Puis, je me lève tout bêtement, persuadé de m’être reposé.

    La deuxième: je me couche et je m’endors pour une durée que mon corps et mon esprit ont décidé ensemble. Puis je bondis les batteries rechargées et convaincu de m’être requinqué.

    La troisième et la plus utile, peut-être pour l’humanité toute entière: je m’étends sur ma couche, si possible habituelle, et je glisse aussitôt dans les bras de Morphée. Au réveil, je croise mes mains derrière la tête et je médite...

    J’essaie de résoudre les équations existentielles d’avant. Car il ne faut pas oublier que la civilisation nous a tous mathématisés. Qu’on le veuille ou non! Notre instinct primitif a perdu toute son efficacité, il s’est transformé en une espèce de machine mentale qui calcule et raisonne à longueur de journée. Souvent de travers ou à contre-courant. Mais! Parfois divinement, après une accalmie de nos tempêtes cérébrales forcées de se faire oublier. Merde, comme c’est complexe tout ça!

    Bref! Me voici donc à nouveau dans la réalité. Avec un petit changement, il y va de soi.

    Je croise non pas mes mains dernière la tête mais mes bras sur ma poitrine tel un pharaon prêt à entrer dans le royaume des divinités et je me mets à ruminer mes guerres perdues.

    En d’autres termes et avec plus de détailles, je me dis:

    Pourquoi s’est-elle présentée toute nue devant moi, ma reluisante Chinta qui ressemble énormément à la fameuse Madeleine peinte par la talentueuse Marie-Guillemine Benoist? C’était quoi ce bruit sec? Et ces balbutiements? Se prend-t-elle ou se prenait-elle pour le modèle de l’artiste. Parlait-elle avec son fantôme? Ou forniquait-elle avec quelqu’un d’autre, la petite dévergondée? Un ou une portraitiste? Un amateur ou une amatrice de femmes à poil. Je sais, l’art émane une énergie bienfaitrice bien à lui... Il augmente l’adrénaline dans le sang, réveille les cellules les plus endormies de notre cerveau et stimule nos chers appétits et tout particulièrement celui qui nous pousse à dévorer le sexe de notre prochain, différent du nôtre ou quasi identique. Tout dépend de notre orientation sexuelle. Question d’hormones, d’éducation ou d’expériences. Rien n’a changé sous le soleil depuis que l’animal à deux pattes existe. Dieu est hors champs. Il refuse toujours de se faire photographier avec les génies de ce monde. Pour lui, les prêtres, les philosophes, les psychologues et les psychiatres pataugent encore tantôt dans la semoule tant dans la mare aux connards...

    Portrait peint par Marie-Guillemine Benoist.jpg

    Portrait d'une négresse, Portrait d'une femme noire

    ou Portrait de Madeleine, selon...

    Portrait d'une négresse, plus tard renommé Portrait d'une femme noire ou Portrait de Madeleine.jpg

    Portrait peint par Marie-Guillemine Benoist (zoom)

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (6, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgElle éclate de rire.

    Subitement, face à ses rires et à sa nudité, je me sens totalement ailleurs. Comme bloqué, coincé entre deux murs ou enchaîné au fond d’une cage, les pieds et les mains liés. Pire que ça! C’est difficile à exprimer. Et je marmonne:

    - Je... tu... nous... que... quoi... s’il... vous... s’il... te plaît...

    Interloquée par mon état anormal proche de l’ivresse ou de l’envoûtement, ni une ni deux, la belle indigène me balance une paire de gifles de toutes ses forces.

    Deux secondes plus tard, insatisfaite sans doute du résultat, elle me donne un coup de poing en pleine figure en criant:

    - Casse-toi d’ici, move lespri!

    Je suis sidéré, abêti, abruti, assommé, tout étourdi, à deux doigts de m’évanouir.

    Alors, elle prend mon ordinateur de mes mains et va le poser sur mon bureau qui se trouve dans la chambre à côté, pendant que je reste de marbre à me demander en boucle:

    C’est la révolte des esclaves ou je fabule pareil à une couille mole?

    Puis elle revient vers moi et m’ordonne gentiment en me caressant le visage:

    - Couchez-vous! Faites une sieste! Le montre n’est plus là, je l’ai chassé pour de bon. Vous regardez parfois trop Internet, vous savez... Allez, allongez-vous!

    Et j’obéis à ses ordres...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (5, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgHeureusement dans la vie, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Mais parfois, ils sont terriblement décalés dans le temps. Comme si hier c’était le printemps et aujourd’hui c’est l’hiver ou l’inverse. A se taper la tête contre les murs. Aucune comparaison rassurante n’est possible. On se croirait suspendu dans le vide. Entre le ciel et nulle part.

    Chintamanee traficote dans son coin, moi dans le mien, avec mon ordinateur sur mes genoux, assis au bord de mon lit.

    Tout à coup, j’entends le bruit sec d’une énorme déchirure et d’étranges balbutiements.

    Pris de panique, je me lève brusquement et, maladroit comme je suis, je laisse glisser mon portable par terre.

    - Quelle guigne! je crie, fou de rage.

    Je le ramasse aussitôt et je constate que mon interlocuteur préféré est encore vivant et en pleine forme.

    Un ouf magistral sort spontanément de ma bouche.

    Curieuse de nature, sans tarder, ma bonne à tout faire entre rapidement dans ma chambre à coucher. Entièrement dévêtue.

    Je tombe des nues.

    Étonnée de mon effarement, elle me lance:

    - Li pa gen pwoblèm, tout se matyè.

    - Oui, tu as raison... rien n’est grave, tout n’est que matière, je répète dans ma langue natale fatalement, en évitant de la regarder... Tu as l’ouïe très fine, tu sais.

    - Wi mesye... J’ai tout entendu.

    Bizarrement, face à une femme à poil, j’ai souvent l’impression que mes yeux vont se mettre à pisser le sang.

    Alors, perdu dans les sphères de mes jubilations douteuses, je lui demande:

    - Ça vient... ça commence?... En français s’il vous plaît en non pas dans votre créole à vous...

    - Ça commence quoi... et vous me vouvoyez maintenant? s’étonne-t-elle.

    - Je saigne au visage?

    - Non, pourquoi?

    - Pour rien... Pourquoi êtes-vous en tenue d’Ève? Vous avez enlevé et déchiré votre blouse, pour quelle raison? C’était ça ce monstrueux bruit sec, n’est-ce pas? Et les balbutiements?

    - Les quoi?

    - Vous parliez avec qui?

    Elle éclate de rire...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (4, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgPas de réponse de ma part. Satisfaisante réponse pour elle.

    Chinta réagit souvent ainsi. Pareille aux amateurs de bonnes nouvelles, elle ne pense jamais au mal après une absence de réplique. Le mutisme de l’autre est aussi sacré que sa vie privée, pour elle. Ça ne regarde que lui.

    Elle cligne plusieurs fois des yeux et se dirige vers la salle de bain. La lessive en premier, la poussière en second et le nettoyage des chiottes en dernier.

    Tout est bien organisé. Selon un programme bien précis. Décidé par elle. Par elle seule. Toujours le même. Moi, je n’ai que le droit de la regarder se dandiner lorsqu’elle balaye ou passe l’aspirateur et de payer, bien entendu. Et le résultat est toujours parfait. Voire plus que parfait.

    Jamais la moindre réclamation n’a osé s’échapper de ma bouche, ni la moindre revendication de la sienne. Tout coule de source.

    Entre l’employée et le patron, c’est la lune de miel avant la tempête, dirait Loubna, la sorcière de l’île...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (3, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgC’est la veille du week-end. Jour de lessive et du grand nettoyage de ma chouette baraque au bord de la mer des Antilles. Et, comme tous les vendredis de l’année, sans la moindre exception, Chintamanee, une indigène de l’îlot, une très jolie jeune femme de couleur noir animal, se pointe chez et me demande:

    - Bonjou mesye Bato, koman ou ye? Mwen travay kòm dabitid?

    Et pour ne rien changer à l’ordre des choses, je lui réponds d’un air absent et avec un humour digne d’un fils à papa:

    - Si le travail d’esclave ne te dérange pas trop, mam’zelle.

    Mais j’ajoute cette fois-ci:

    - Je m’appelle Pirata et non pas Bato...

    - Mwen konnen, murmure-t-elle fébrilement.

    - Je sais que tu sais. Alors pourquoi tu persistes à traduire mon nom de famille? Tu cherches noise ou quoi?

    Chinta, diminutif de Chintamanee, me sourit, jusqu’aux oreilles laissant ainsi apparaître ses belles dents, toutes blanches et en bonne santé, pivote sur elle-même et disparaît de ma vue en courant.

    - Quel con je suis! je crie comme un putois, craignant la perdre à jamais et, forcément, déçu de mon comportement débile.

    Un instant plus tard, elle réapparaît masquée et vêtue d’une blouse verte de chirurgien et m’explique:

    - Majistra Ekstrèm veut que je m’habille désormais ainsi quand je bosse chez vous. Sous peine d’amende. C’est un ordre! m’a-t-il craché au visage.

    - Vrai... ment? je bégaye.

    - C’est vrai bòs, je ne mens jamais.

    - Je te crois.

    - D’après lui, tous les étrangers qui ont vécu en Chine ou en Indochine sont porteurs de vilaines maladies.

    - Jusqu’où ira-t-il, le monstre?

    - Vous aussi, vous avez peur de lui?...

    El Pirate brûlé par le soleil, Hank Vogel.jpg

    El Pirata, brûlé par le soleil, contemple la mer...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Extrême (2, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgBon sang! Mais qui est donc ce type que l’on appelle Extrême? Ou Ekstrèm dans la langue du coin.

    Pour le connaître, ne serait-ce qu’ un peu, il faudra peut-être attendre la fin de ce récit.

    Par contre, pour le reconnaître, c’est très facile. Si vous croisez un mulâtre d’un cinquantaine d’années doublement masqué qui vous crie dessus en courant:

    - Kite isit la, makak blan! Il n’y a plus de place au paradis.

    Traduction: pars d’ici, singe blanc...

    Si vous êtes un Européen, un Américain ou un Australien. De race blanche, je précise.

    Et:

    - Kite isit la, makak nwa! Il n’y a vraiment plus de place au paradis.

    Traduction: pars d’ici, singe noir...

    Si vous êtes un Africain, un Asiatique ou un Aborigène. C’est-à-dire, si votre peau est aussi sombre que l’aile du corbeau, de l’ébène ou du réglisse.

    Vous pouvez être certain que c’est lui.

    Seules les personnes, dont l’épiderme est proche du brou de noix et du cassis, ne risquent pas d’essuyer de tels affronts. Par miracle, elles échappent à sa discrimination ou passent totalement inaperçues. Allez savoir pourquoi! Mais mettront beaucoup de temps avant de l’apercevoir en chair et en os.

    Moralité: le racisme n’est pas forcément une affaire de couleurs mais plutôt de nuances et de préférences...

    Lien permanent 1 commentaire
  • Extrême (1, à suivre)

    Imprimer

    Extrême, Hank Vogel.jpgL’avenir nous dira si nous nous sommes comportés tels de gentils moutons ou tels de vilains pirates face aux autorités, avec leurs éternels diktats, suite à l’épidémie actuelle...

    Diktats?

    Tous les moyens sont bons pour les individus, hommes et femmes, de gauche comme de droite, ravagés par le pouvoir pour rester à la tête du cortège.

    Ces gens-là n’ont point de moral. Ou plutôt, qu’une seule: la leur. C’est-à-dire: qui ne convient qu’à eux. Et si possible à leurs proches et à leurs amis. En apparence, bien entendu.

    Même ici, sur cette île déserte, ou presque, le chef du village, qui écoute la radio le matin, regarde la télévision le soir et pianote sur son ordinateur portable le reste du temps, raisonne et agit identiquement comme eux.

    Il donne des ordres à tout bout de champ, lève le ton quand ce n’est pas nécessaire et fait la gueule à longueur de journée, pour donner l’impression aux autres qu’il ne prend rien à la légère et, surtout, qu’il ne laisse rien aller à la dérive. Tout est sous contrôle! Grâce à lui!

    C’est à cause de cela, sans doute, que les habitants de cette petite terre perdue au milieu de la mer des Caraïbes, où j’ai pris racine depuis la mort de mon grand-père, ont baptisé ce bougre, bientôt une figure légendaire, Extrême.

    Personnellement, ce bonhomme ne m’impressionne pas du tout. Il est anodin à mes yeux comme n’importe quel élu. Il m’intrigue pourtant. Oui, en tant que cryptophatologue diplômé de ma propre école, il excite ma cervelle de chercheur amateur et profane.

    Petite explication: la cryptopathologie, c’est l’art de découvrir chez l’autre ses souffrances cachées. De crypto: caché. Et de pathologie: étude des maladies...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (26, fin)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgQuoi qu'il en soit!

    Maria et moi, nous nous aimons à la folie mais en cachette. A l’abri de la pluie, du vent, du soleil, des mauvais langues et des regards tordus des jaloux.

    Mais une telle relation fabuleuse n’est-elle pas vouée à l’échec après un certain temps? Faute d’espace et de liberté?

    Un soir, les yeux cernés, le visage pâle, épuisé de fatigue pour avoir bossé comme un nègre à l’hôpital, je me laisse tomber près de Maria, allongée sur son lit, qui se presse illico presto à me dorloter et à me chanter à l’oreille, très doucement:

    - Dors Ivan, dors mon prince charmant, dors mon petit Ivan et tu deviendras grand, aussi grand que le Tsar de toutes les Russies...

    Inévitablement, je m’endors et je rêve que je suis le Tsar, un tsar autoritaire et cruel.

    Une trentaine de minutes plus tard, je me réveille et je me demande aussitôt si je ne suis pas plutôt le Tsar et j’ai rêvé d’être Ivan.

    Confus, à cheval entre le monde des songes et celui de la réalité, je pense à la parabole Le rêve du papillon de Tchouang-tseu, je me retourne et je m’étale par terre le nez collé à l’une de mes pantoufles.

    - Mais où est donc passée l’autre? je crie tout effrayé... Sans l’autre, je ne peux aller nulle part.

    Spontanément, mon épouse Natalia sort à moité de son délicat sommeil et me supplie en murmurant:

    - Pour l’amour du ciel, cesse d’écrire à haute voix! Il est tard, mon chéri.

    Pouchkine ex Tsarskoïe Selo, 11 septembre 2020.

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (25, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgLe jeune travailleur de l’aube, comme moi, c’est-à-dire qui commence sa journée de boulot à quatre heures du matin et la termine à midi, a toutes les après-midi pour jouir du farniente. Certes! Mais toutes ses soirées sont courtes, archi courtes voire amputées à sa vie. Les plaisirs de la nuit, qu’ils soient de chairs ou spectaculaires, lui semblent interdits et sa jeunesse à moitié volée.

    C’est frustrant!

    Et la frustration engendre la colère et toute sa suite.

    Heureusement pour moi, je ne fais pas partie de la race de ceux qui subissent et qui se taisent mais plutôt de celle de ceux qui réagissent et cherchent à se faire entendre. Jusqu’à la révolte, si nécessaire!

    Le désir de justice coule dans mes veines, j’espère! Il brûle parfois, en moi, et me rend souvent haineux envers les rien-à-branler et les privilégiés de cette société pourri.

    Je sais, je sens que le père de Maria ne m’aime pas. L’image de sa fille toute petite n’a pas évolué dans son esprit. Elle stagne dans sa cervelle telle une vieille icône cachée dans une église fermée au public.

    On dirait que le fameux cordon ombilical qui reliait, unissait la duchesse à sa mère, c’était lui, c’est encore lui.

    Tsar ou pas, celui qui en perdant une bretelle s’imagine déjà le cul à l’air, est incapable de voir la vérité toute nue, les choses telles qu’elles sont... Il fantasme à perte de vue, le pauvre, malgré son pouvoir et sa richesse...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (24, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgAprès une très longue sieste, ma mère, assise au bout de mon lit, me demande:

    - Comment c’était ton premier jour à l’hôpital? C’était intéressant, inquiétant ou éprouvant?

    - C’était tout ça à la fois... parfois pire.

    - Explique!

    - J’ai vu des malades à perte de vue, des merdes à gogo de toutes les couleurs et la mort en chair et en os...

    - Quelle horreur!... C’est à pourquoi tu n’as pas voulu déjeuner en rentrant?

    - Exact!... Qui pourrait bouffer tes fameuses tripes après avoir découvert un estomac dans un bocal?...

    - Et tes collègues, ils sont au moins sympathiques?

    - De gentils étrangers, la plupart... non, tous sans exception à part moi, je crois... Nos chers compatriotes, eux, du genre de tes copines, préfèrent garder les mains propres et toutes lisses pour jouer aux cartes et mieux compter les billets.

    - Que veux-tu insinuer par là?

    - Rien. Simple constatation... J’ai remarqué une fois de plus...

    - Tu as remarqué quoi?

    - Que le sale boulot, c’est toujours les gens de passage et les moins bien lotis qui le font dans cette foutue société. Ici, en Amérique comme ailleurs. Démocratie ou pas!

    - C’est ainsi depuis toujours. Que pouvons-nous faire?

    - Eh bien... prier ou jeter une bouteille à la mer, avec toutes nos revendications, dans l’espoir que Saint Brentan ou un écolo la ramasse.

    - Tu as beaucoup d’imagination, mon petit.

    - Mieux vaut ça que de se cogner la tête contre les murs.

    - Malgré cela, je constate que le travail te rend de bonne humeur et plein humour.

    - Chacun constate ce que bon lui semble, ma soucieuse et adorable maman...

    Revendications, Hank Vogel.jpg

    Au pire, on ne sait jamais!

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (23, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgJ’ouvre les yeux. Je me sens léger comme l’air et bien dans ma peau. Et je constate sans la moindre inquiétude que je suis allongé sur un brancard.

    L’incroyable s’est produit, me dis-je. Le jamais vécu, la mort! Ce n’est pas aussi dramatique que ça, finalement.

    Je me lève sans hâte, tout rassuré forcément. Mais aussitôt après, coup de massue, je découvre à trois mètres de moi le corps nu et inanimé d’une jeune fille couché sur une table métallique, grise et sale.

    Je m’approche du cadavre, le contemple en grinçant des dents et je murmure:

    - La Grande Faucheuse n’est pas aussi sympa que ça, décidément.

    Un monstre claquement porte!

    Je me retourne sur le champs et qui vois-je à ma plus grande stupéfaction: mon chef, décontracté comme un gai luron.

    - Un laps de temps, j’ai cru que j’étais au ciel, je lui confie, heureux tout de même d’être sur terre.

    - Pas grave, juste un peu plus haut que d’habitude, plaisante-t-il.

    - Mais où sommes-nous?

    - Au service de pathologie.

    - Et la pauvrette à poil qui sent je ne sais quoi...

    - L’alcool ou le formol, pour l’instant...

    - C’était pour me faire me peur?

    - Non, pas du tout, mon cher novice. Avant de séjourner à la morgue, les canards boiteux stagnent quelques heures voire quelques jours ici. Pour les étudiants, les profs et tout le tralala scientifique... On les dissèque, les charcute, on leur arrache ce dont on a besoin selon les cours, les recherches...

    - C’est décevant!

    - C’est décevant et ça pue, camarade... Ça chlingue vraiment les macchabées, tu sais. Mais que veux-tu, le malheur des uns fait le bonheur des autres...

    - Comment se fait-il que j’ai atterri dans cette salle morbide?

    - Tirons-nous d’ici, avant que les chacals se pointent...

    - Qui m’a transporté jusqu’ici?

    - Moi et une belle infirmière avec l’aide de Dieu, tu es satisfait?...

    - Qui ça?

    - Tu les connais toutes?

    - Non, aucune.

    - Alors ferme ton clapet et suis-moi, le plus crade nous attend...

    Lien permanent 7 commentaires
  • Double Tsar (22, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête et lui demande:

    - Et c’est quoi finalement ton épatant secret d’état?

    Il me sourit béatement et m’avoue avec fierté:

    - Je possède également illégalement, par héritage, de père en fils et non pas de mère à fille, un collier non déclaré de la plus belle des reines d’Égypte.

    - Néfertiti?

    - Comment le sais-tu?

    - Néfère hante mes nuits comme Maria mes jours.

    - Raconte!

    - Pas maintenant, dans un livre peut-être, quand je serai écrivain.

    - Comment ça? Je croyais que tu étudiais la médecine.

    - Loin de là, l’architecture mais j’ai décidé de tout arrêter pour me consacrer entièrement à l’écriture.

    - Eh bien! Quelle surprise!

    - Si tu le permets, bien entendu... Puis-je t’interroger sur ta facilité à changer rapidement de style oratoire? Est-ce inné chez toi ou étudié, recherché?

    - Je ne pige rien. Sois moins alambiqué, camarade!...

    - J’ai l’impression que j’ai affaire à un personnage tantôt comme maintenant... et tantôt...

    - Tu insinues que je joue un double jeu? Que je suis double?...

    Brusquement, l’image d’une paire de pantoufles grises, tel un éclair, traverse mon esprit et je m’évanouis presque aussitôt...

    Nefertiti_30-01-2006.jpg

    Néfertiti (cliquez sur la photo)

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (21, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgJ’obéis et il me raconte:

    - Il y a fort longtemps, un jeune chirurgien qui s’appelait Raoul Didier, à ne pas confondre avec Didier Raoult, le remarquable spécialiste des maladies infectieuses tropicales entre autres et professeur de microbiologie, rêvait de devenir le meilleur recoudreur au monde. D’un style tout nouveau. Coudre toute plaie sans laisser apparaître la moindre cicatrice. Du grand art chirurgical. Il était vraiment ambitieux, le jeune homme, mais très professionnel et modeste à la fois, paraît-il. Malheureusement, n’ayant point d’amis de la haute société, ou point d’amis du tout, susceptibles de pouvoir le pistonner afin qu’ils puisse opérer et s’adonner à fond à son métier dans les hôpitaux les mieux équipés du royaume et des colonies, il s’engagea comme rebouteux et omnipraticien dans l’armée napoléonienne. Alors... alors...

    - Alors?

    - Chut! On n’interrompt jamais l’orateur.

    - Pardon...

    - Hé oh!... Comme le diable, fait parfois bien les choses, il se trouva, le 1er et le 2 août 1798 dans la baie d’Aboukir, près d’Alexandrie, sous les feux des canons. Pif, paf, pouf! D’un côté la flotte britannique sous le commandement de l’amiral Horatio Nelson et de l’autre la française sous le vice-amiral François Paul de Brueys d'Aigalliers. Quelle bataille! Quelle folie! Des mains, des bras, des pieds, des jambes et des couilles jaillirent de toutes parts. Par centaines! Par milliers! Des couilles surtout. A ramasser, à rassembler et à recoller, par la suite manifestement. Et c’est grâce à son acharnement à sauver un maximum de testicules, les bourses du Bon Dieu selon lui, que Bonaparte, tout en fauchant des bijoux pharaoniques pour ses sœurs Élisa, Pauline et Caroline ou pour le musée du Louvre, surnomma mon aïeul Sir Couille-ayer, quelques semaines plus tard à l’abri du soleil près de la pyramide de Khéops. J’espère n’avoir commis aucun anachronisme... Soit dit en passant, tous les musées occidentaux devraient restituer aux pays d’origine tous les objets volés aux peuples d’Afrique, d’Amérique, d’Asie... et... et...

    - Et?

    - De fil en aiguille, pour ne jamais oublier ses camarades bonapartistes devenus eunuques par sa faute, son manque d’expérience malgré lui probablement, Raoul Didier, à ne pas confondre avec Didier Raoult, j’insiste, fit changer officiellement son nom de famille.

    Je me gratte la tête et lui demande:...

    800px-HoratioNelson1.jpg

    L'amiral Nelson lors de la bataille d'Aboukir (cliquer sur la photo)

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (20, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgArrivés au moins inquiétant des lieux dits, plus précisément au cabinet du soi-disant docteur timbré, mon maître en techniques d’hygiène me demande sans la moindre hésitation:

    - Peux-tu garder un grand secret, quasi d’état?

    Je ne sais pas quoi répondre, cela me semble tellement incroyable de la part d’un bonhomme que je viens à peine de connaître et mon supérieur hiérarchique par-dessus le marché.

    - Peux-tu garder un grand secret? répète-t-il.

    - Si cela vous libère d’un poids, je susurre.

    - Pas de vous entre nous! crie-t-il... Nous sommes sur le même bateau à la dérive.

    - Quel bateau à la dérive? je m’interroge à haute voix.

    - Chut! murmure-t-il. La surveillante pourrait nous entendre.

    - Qui ça, la gouvernante?

    - Tu n’es pas con, toi... Tu es étudiant, n’est-ce pas?

    - Ça se voit autant que ça?

    - Ta tronche en premier, tes paluches en deuxième.

    - Et en troisième?

    - Je ne suis pas un intello, moi! Ni un flic quand je suis au plus bas de ma forme! Je devine tout tout de suite ou à la Saint-Glinglin...

    - On doit faire quoi ici? Tout paraît si propre, si parfait...

    - Pourquoi, tu as le feu au cul?

    - Non, mais... je suis...

    - Pas de panique, camarade! Nous avons tout notre temps... Si j’ai bien compris, tu penses que ce que j’ai à te dévoiler... c’est du pipi de chameau, n’est-ce pas?

    - Non, pas du tout. Au contraire, je suis très curieux de nature...

    Il s’installe confortablement dans le fauteuil du professeur et m’ordonne en prenant de grands airs :

    - Passe alors la serpillière, mouillée ou pas, dans toute la pièce et sois ultra attentif à ma petite histoire.

    J’obéis et il me raconte:...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (19, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgCinq jours après mon engagement hospitalier, je me lève à trois heures et demie du matin non pas pour pisser mais pour m’habiller en toute hâte, enfourcher mon vélo torpédo et pédaler comme un taré jusqu’à mon boulot. Car Miss Ponctualité et Miss Propreté n’attendent de pied ferme. Et j’arrive forcément à mon poste, toujours entre guillemets, tout essoufflé.

    Mon chef d’équipe, Monsieur Couille-ayer, profite donc pour m’avertir amicalement:

    - A ce rythme-là, camarade novice, tu finiras par devoir te rendre directement au service des urgences et pas ici. Bref! Plaisanterie mise à part, la gouvernante préfère les lèche-culs et les mignons et déteste les retardataires et les... à moins que tu sois...

    - Quoi?

    - Pas de commentaire!

    Puis il me confie mon outil de travail, soit un balai serpillière et un seau muni d'un bac d'essorage, et m’explique gentiment comment l’utiliser le plus efficacement possible. Sans faire le moindre bruit dans les longs et lugubres couloirs.

    - Où ça et tout seul? je lui demande, un peu effrayé.

    - Non, avec moi pour commercer, me répond-t-il tout souriant... Tu me suis? On va au sommet presque de cette tour infernale, direction le bureau du fameux professeur d’épistémologie médicale complètement gâteux et des chiottes les moins fréquentées...

    Lien permanent 2 commentaires
  • Double Tsar (18, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpgQui veut déjà un peu, peut énormément! A condition que le beau fixe est là.

    Et la conjoncture actuelle le permet. Le travail ne manque pas. Au contraire, on réclame partout des petites mains, de gros bras et de fraîches cervelles.

    Après toutes ces années de guerre, de conflits internes et de catastrophes naturelles, dont certaines ont été provoquées par des scientifiques corrompus et non pas par la science, l’homme de la rue souhaite pouvoir marcher de nouveau, librement et allègrement, sur ses trottoirs de tous les jours. Même chargés de crottes de chien.

    Alors, nu comme un verre de terre sorti de nulle part, c’est-à-dire sans certificat ni la moindre lettre de recommandation, je m’envole presque et me présente au bureau du personnel de l’hôpital le plus proche. Et, illico presto, on me propose un poste, entre guillemets, de nettoyeur.

    Ou de technicien de surface. Ou d’agent d’entretien et maintenance. Ou encore d’agent de propreté et d’hygiène. Tout dépend du chef du service des ressources humaines, de son directeur, des ministres de l’économie et de l’éducation en exercice et de la politique en vigueur. Que d’étiquettes élogieuses pour un boulot ingrat et trop souvent mal rémunéré!

    J’accepte évidemment. Et ce pour donner libre cours à la prophétie de ma chère Maman entre autres...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Le professeur Didier Raoult mérite toute notre attention!

    Imprimer

    Didier Raoult magistral face à Laurence Ferrari sur le masque obligatoire, les vaccins, etc.

    Lien permanent 22 commentaires
  • Double Tsar (17, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpg- Je me trouve sur le fil du rasoir, je murmure.

    A ce moment-là, ma mère entre dans ma chambrette et, toute surprise, me demande:

    - Tu pries maintenant?

    Je ne réponds pas.

    Durant un long instant, la vieille femme à mes yeux me regarde tendrement puis, d’une voix inhabituelle, me conseille:

    - Confie-toi à nous si tu as un problème. Ton père et moi, nous sommes là aussi pour ça. Nous ne pensons qu’à ton bien, tu sais. Rien qu’à ton bien. Rester des heures couché là à remuer ciel et terre, ce n’est pas très bon pour ta santé mentale.

    Un petit silence.

    Puis, avec une énergie persuasive quasi prophétique, elle poursuit:

    - Bouge-toi les fesses, enfant gâté! Les vacances scolaires ne sont pas faites seulement pour se reposer et glander. Trouve-toi un petit boulot pour un mois au moins. Dans chantier, une ferme ou à l’hôpital. Parmi ceux qui bossent comme des nègres ou ceux qui souffrent et qui agonisent. Cela te permettra peut-être de comprendre la vraie douleur humaine... As-tu sérieusement l’intention de devenir écrivain?

    - Sans aucun doute, je confirme, très sûr de moi.

    - Alors plonge dans la merde d’abord, fiston! crie-t-elle...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Double Tsar (16, à suivre)

    Imprimer

    Double Tsar, Hank Vogel.jpg- Allongé sur ton lit, tu contemples le plafond de ta chambre telle une vache égarée qui cherche à brouter de l’herbe dans un pré totalement recouvert de neige en plein hiver, me dirait ma concierge biélorusse. Vas chez moi et tu n’auras pas besoin de trouver la moindre fissure quelque part pour t’imaginer que tout est en train de s’effondre. Démocratie, amour, avenir, fortune, mariage, travail... tout est jeu. Et quand on joue, soit on gagne soit on perd. C’est la règle. Il n’y point d’autres voies possibles. Pas de juste milieu comme lorsqu’on plane dans les sphères philosophiques du vaporeux et de l’incertain. A moins que l’on soit un individu de mauvaise foi ou un type amoral des pieds à la tête... même coupée.

    Je ne suis qu’un pion, noir ou blanc, sur l’immense échiquier glacial de la vie, me dis-je. Mon statut ne me permettra jamais d’avancer aussi dignement que le cheval, la tour ou le fou. Et j’ai du mal à me voir porter sérieusement une couronne plus tard. Du matin au soir et du soir au matin...

    Hank Vogel, Double Tsar.jpg

    Lien permanent 11 commentaires