16/11/2016

Les cigognes ont débarqué (47, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgLes “oui, bien sûr” se suivent gentiment à la queue leu leu puis brutalement:

- Les cigognes on débarqué... Mais c’est une blague du premier avril!... Vous êtes certaine que c’est la réalité et non pas une fabulation à la Hitchcock?... Non... Non... Nous n’avons rien entendu...

Elle jette une coup d’œil en direction de la fenêtre.

- Et je ne vois également rien... Malheureusement, nos bureaux sont très loin de nos lieux d’élevage...

- Mais de quoi causez-vous, bon sang? braille-t-il.

- Sainte Mère de Dieu protégez-nous! murmure-t-elle en accrochant.

- Il vous est arrivé quelque chose de grave? lui demande Ming, foncièrement perdu dans un brouillard de phrases incohérentes.

- De mon côté, tout va monsieur Chang. Mais du nôtre...

- Du nôtre?

- C’est la cata...

- La cata?

- La catastrophe!... Des milliers de cigognes, venant d’Afrique, ont atterri tout à l’heure chez nous... Les toits, les arbres, les jardins, les champs... il y en aurait partout. C’est une invasion!...

On se croirait à nouveau chez Madame Tussaud...

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15/11/2016

Les cigognes ont débarqué (46, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Et c’est tout?

- Quand les employés sont très unis, le patron n’a plus qu’à fermer boutique. A vous d’imaginer la suite. A moins que vous souhaiteriez que je vous la dévoile...

Mais le téléphone sonne coupant ainsi court à la conversation.

Eva répond avec courtoisie...

Ming la regarde agir avec beaucoup d’admiration. Il apprécie son savoir-faire professionnel plus que tout le reste.

Pourtant les grâces exceptionnelles de cette bonne à tout faire administrative, aux origines latines, mériteraient tellement que l’on s’y attarde, ne serait-ce que l’espace d’un éclair. Mais, voilà, le biologiste n’est guère du genre à se laisser facilement séduire par la beauté d’une femme. C’est un mari pragmatique, totalement coincé aux antipodes du romantisme. Le travail et la famille avant tout, les fesses des princesses et des maîtresses, ça ne vaut pas le coup, c’est sa devise.

Les “oui, bien sûr” se suivent gentiment à la queue leu leu  puis brutalement:...

15:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/11/2016

Les cigognes ont débarqué (45, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Et après?

- Ses camarades s’arrêtèrent tous de travailler et l’un d’eux, un copain qui avait beaucoup d’esprit, dit au négrier: si Antonio est éjecté, vous haïrez à jamais les concertos un et deux du grand maître.

- Je ne saisis pas.

- Il faisait allusion au printemps et à l’été des “Quatre saisons” de Vivaldi.

- Je ne saisis toujours pas.

- Bien sûr, vous n’êtes d’ici.

- Vous avez raison, je suis de nulle part et j’ai un manque énorme d’instruction...

- Ce n’est pas ce que j’ai dit...

- Bref, oublions!... Simplement, clairement, que voulait-il faire comprendre à ce raciste, le pote de votre papa?

- Que si Antonio Vivaldi, le maçon, passe la frontière avant la fin de son contrat, tous ses amis saisonniers ne reviendront plus aux prochaines belles saisons et il se retrouvera seul comme un con face à ses chantiers.

- Et c’est tout?...

09:12 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/11/2016

Les cigognes ont débarqué (44, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Qu’a-t-il fait? demande l’ancien rescapé de la mer de Chine, totalement déboussolé.

- Durant un certain temps, peut-être trop longtemps, mon cher papa a avalé, le ventre creux car sous-payé, sans faire la moindre grimace, des surnoms à connotation péjorative comme macaroni, mortadella ou tiramisu. Puis, un beau matin, à son directeur, un fils a papa issu d’une vieille famille genevoise, qui venait de le traiter de fainéant de rital pour une bagatelle, croyant que tous les émigrés italiens étaient de parfaits ignorants surtout en matière linguistique, il lui a craché dans la langue de Molière, en roulant les r forcément: Napoléon a certainement eu plus de bâtards que Garibaldi. Ce gros cochon, obsédé en plus par le pouvoir et la France, qui a eu au moins un cinquantaine de maîtresses, sans compter les putes sur les champs de bataille... Ce lâche, qui a abandonné toute son armée en plein hiver en Russie, que vous avez torché à plusieurs reprises, soit avec plaisir soit en sifflant silencieusement la Marseillaise... Elle est bien belle votre mentalité!... Qui ont construit vos routes, vos autoroutes, vos immeubles, vos hôpitaux et vos barrages? Les descendants illégitimes de ce salaud et ses complices ou les pauvres pupilles d’une nation assassinée par la guerre, auparavant brillamment créée par un général barbu qui adorait les chemises rouges? Qui, nom de Dieu?... Je sais que vous le savez. Alors un peu de respect envers ceux qui facilitent et améliorent votre existence.

- Et après?...

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12/11/2016

Les cigognes ont débarqué (43, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgAprès avoir reçu en pleine figure ce bizarroïde compliment, le regard d’Eva se fige... On se croirait chez Madame Tussaud.

Ou elle tombe dans les pommes ou elle me quitte sur le champ, se dit Ming... Qu’est-ce qui m’a pris de lui parler ainsi? Je suis vraiment un crétin! Il faut toujours que je trouve un bouc émissaire pour vite apaiser ma colère. Quel ignoble personnage je suis!

Il se mord les doigts.

La très dévouée employée sort de son état cireux et dit à son esclavagiste de patron, avec un sourire et un courage digne de Spartacus:

- Lâchez vos lions et je les égorgerai tous. Comme l’a fait mon père, Antonio Vivaldi, un simple maçon aux mains rudes et non pas le célèbre compositeur aux doigts de fée, lorsqu’il est arrivé en Suisse.

- Qu’a-t-il fait? demande l’ancien rescapé de la mer de Chine, totalement déboussolé...

10:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/11/2016

Les cigognes ont débarqué (42, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Craignez-vous de perdre tout le pouvoir que avez sur moi?

- Ma chère Eva, je crois que je vais vous faire une confidence qui vous éjectera de votre chaise...

- Dans le bon ou le mauvais sens?

Ming baisse la tête, inspire profondément par le nez, expire lentement par le bouche, puis déclare à sa secrétaire avec désolation:

- Vous êtes la brebis la plus égarée que je connaisse. On a envie, à la fois, de vous prendre dans ses bras pour vous bercer et de vous empoigner pour vous secouer comme un prunier et vous crier dessus: tu n’as pas une autre expression à expulser de ta petite cervelle que de répéter sans cesse bon sens ou mauvais sens?

Après avoir reçu en pleine figure ce bizarroïde compliment, le regard d’Eva se fige... On se croirait chez Madame Tussaud...

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10/11/2016

Les cigognes ont débarqué (41, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgLe lendemain matin, Eva demande à son patron, à peine installée à son poste de travail:

- Vous avez passé un bon weekend, monsieur Chang?

- J’ai passé deux journées bien étranges. Certainement, les plus surréalistes de ma vie, répond-t-il.

- Dans le bon ou le mauvais sens?

- Peut-être d’avantage.

- Cela vous a rendu heureux ou malheureux?

- Plus bourgeois que le plus parfait des bourgeois.

- C’est-à-dire?

- Con.

- Il n’y a rien d’exceptionnel ou d’inouï à cela, n’importe qui peut se trouver dans cet état à n’importe quel moment...

- Je suis d’accord mais... mais...

- Mais?

- Pas à ce point-là... Toutes mes conneries font encore bloc au fond de ma gorge.

- Alors crachez le morceau, si vous permettez cette expression et mon conseil.

- Je veux bien mais à qui?

- A un psychiatre, à une pute ou à moi, si vous avez confiance en moi.

- ...

- Craignez-vous de perdre tout le pouvoir que avez sur moi?...

11:27 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/11/2016

Les cigognes ont débarqué (40, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgString intervient:

- Ne l’écoutez pas, Charly, il vous charrie.

Puis, en s’adressant à son mari:

- Et toi, cesse de plaisanter sur des évènements qui pourraient nous tomber dessus. Au train où vont les choses, il faut s’y attendre à tout de nos jours. Déjà la nuit, il m’arrive de faire des cauchemars à cause de ça.

- A cause des écolos? demande Ming, tout surpris.

- Pas forcément eux. C’est très confus dans ma tête.

- Ce sont les angoisses, les horribles images du passé qui refont surface... La guerre, la fuite, la mer agitée...

- Non, ce n’est pas tout ça, c’est pire... Drôle de pressentiment!

- N’y pense pas, n’y pense plus...

- Alors arrête de plaisanter avec les emmerdes, la maladie ou la mort.

Ming sourit avec beaucoup de tendresse à son inséparable moitié et se dit:

L’homme est un animal qui se nourrit en parlant et écoutant trop d’âneries. S’il était muet comme une carpe, il vivrait plus longtemps...

07:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/11/2016

Les cigognes ont débarqué (39, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgEn Suisse, on mange bien. Disons: normalement. Ni plus ni moins. En France, on goûte, on apprécie, on savoure, on déguste, on jouit, on est aux anges. Mais après! L’estomac gonfle et on pète comme des dieux. Et en Afrique, dans certains endroits abandonnés du Ciel et de nous tous, on meurt de faim le ventre gros comme un ballon, pense Ming en lisant la carte du menu.

Charly s’approche de son beau-père et lui glisse à l’oreille:

- Vous avez vu, on ne vous a pas oublié.

- Concernant quoi? réagit le biologiste à haute voix, d’un air presque outré.

Le chirurgien sursaute et répond aussitôt en bégayant:

- M... m... le foi... le foie gras, pardi!

- Tiens, tiens!...

- Nous savons que vous adorez ça.

- On vous a mal informé, fiston. Je n’aime que mes cuisses de grenouilles dans les grandes occasions. Surtout depuis que les écologistes n’arrêtent pas de m’emmerder.

- Ah bon?

String intervient:

- Ne l’écoutez pas, Charly, il vous charrie...

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07/11/2016

Les cigognes ont débarqué (38, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Alors éclaire ma lanterne!

- Ou ta caverne.

- Me traiterais-tu d’homme de Cro-Magnon?

- C’est fou comme tu peux extrapoler rapidement et négativement tout ce que l’on te dit!

- Continue dans ce sens et tu te mordras bientôt les doigts.

- Pas avant toi.

Ming freine brusquement.

- Tu es dingue ou quoi? lance String, toute effrayée.

- Non, nous sommes tout simplement arrivés à destination, explique-t-il en souriant... Sains et saufs malgré les bosses du sol et les abîmes de nos pénibles âmes...

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06/11/2016

Les cigognes ont débarqué (37, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Regarde devant toi! Tu as failli entrer dans le mur...

- C’est à cause de Charly, il conduit comme un Belge.

- C’est toujours la faute aux autres.

- Concernant les accidents, c’est souvent le cas... Vraiment, il roule comme un pied ce fils de pute.

- Soigne ton langage, chéri... et souviens-toi que c’est le mari de notre Silvia...

- Chéri, chéri! Depuis quelque temps, tu n’as plus que ce mot dans la bouche.

- Ma parole! On dirait que tu perds la mémoire.

- Pourquoi pas la boule pendant que tu y es?

- Tu préfères que je t’appelle Professeur Chang comme ta poule de secrétaire?

- Eva n’est pas du tout une salope. Au contraire. Et elle ne m’a jamais appelé docteur.

- J’ai dit poule et professeur. Et non pas salope et docteur.

- C’est du pareil au même.

- Dans ta tête, pas dans la mienne.

- Alors éclaire ma lanterne!...

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05/11/2016

Les cigognes ont débarqué (36, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgMing conduit prudemment tout en admirant la campagne.

- Tu as l’air bien silencieux, à quoi tu penses? lui demande String, assise à l’arrière de la voiture comme une princesse.

- A ce beau pays, répondit-il rêveusement.

- La Suisse ou la France?

- Comment le savoir? Les frontières ont toutes disparu, ou presque... Non, je sais... Je crois que nous sommes en France.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça?

- Tu ne sens rien?

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

- La voiture.

- La voiture?

- Tu ne sens pas qu’elle vibre un peu plus que tout à l’heure?

- Peut-être...

- C’est à cause de la chaussée. Les routes françaises ne sont pas aussi impeccables que les routes suisses.

- Quelle importante?

- Pour le moral, c’est très important. Et ça explique tout.

- C’est-à-dire?

- Je comprends maintenant pourquoi les Frouzes sont des chauds lapins.

- C’est ce qu’on dit!

- Tu as raison... en comparaison de nos frères bridés et d’après eux, plus en gueule qu’en actes.

- Et selon toi?

- Parce qu’ils ont le cul constamment secoué. Sur les routes, au boulot, par leur parton, leur syndicat, leur président, leur gonzesse, leurs maîtresses...

- Regarde devant toi! Tu as failli entrer dans le mur...

- C’est à cause de Charly, il conduit comme un Belge.

- C’est toujours la faute aux autres...

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04/11/2016

Les cigognes ont débarqué (35, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgMais à ce moment-là Silvia s’approche de ses parents et leur demande:

- Vous avez vos papiers avec vous?

- La carte d’identité et la carte de l’assurance maladie comme tout bon Suisse, répond Ming... Pourquoi on va chez les Frouzes?

- Oui, on déjeune en France.

- Parce que c’est moins chère?

- Non Papa, parce qu’on n’y mange mieux...

- Et moins chère.

- Ça, ce n’est pas mon problème.

- Mais celui des Montandon.

- Qu’est-ce que tu as contre eux?

- Absolument rien, je constate seulement.

- Alors, pour une fois, cherche à ne rien constater du tout! Ferme ta gueule, s’il te plaît! Compris?

- On se croirait au service militaire. Sans la locution de politesse, bien entendu...

- Vous suivez la voiture de Charly. La porsche rouge. Johan et Kim viennent avec moi... Je compte sur toi, Papa. D’accord?

- Ne t’inquiète pas, ma chérie, ton père est un homme très courtois quand il le faut, lui dit sa mère pour la rassurer.

Un jour, ils me forceront à emballer ma merde dans un feuille de cellophane, pense le biologiste...

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03/11/2016

Les cigognes ont débarqué (34, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgAprès le baptême de leur petit-fils, à la sortie de l’église, d’une petite paroisse non loin de la cité austère de Calvin, les Chang s’interrogent sur la suite des opérations.

- On fait quoi après? demande Ming à sa femme.

- Je me pose la même question, répond-t-elle, un peu épuisée par la longueur et la lenteur de la cérémonie.

- On va se goinfrer chez “La Mère Royaume” ou s’emmerder à Soral chez les putes avec ces radins de protestants?

Elle pince son mari.

- Et dire qu’ils ont opté pour Ferdinand après tout le mal que je me suis donné, ricane-t-il.

- Cesse de m’énerver avec ça! lui dit-elle.

- Ferdinand! Comme de Saussure de ma chaussette! Comme Hodler le montagnard! Comme le grand-papa de papa!...

- Cesse de dire des sottises, chéri!

- Cesse, cesse chéri! Chéri? Comment se fait-il?

- Mais de quoi tu parles? Tu es saoul ma parole!

- Pas plus que le pasteur avec ses copier-coller bibliques...

Mais à ce moment-là Silvia s’approche de ses parents...

11:06 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/11/2016

Les cigognes ont débarqué (33, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgJe vais tout vous expliquer avec calme, dit-il en souriant. Si vous le voulez bien, bien entendu.

- Mon désir vous appartient.

Et il raconte:

- Il y a un semaine de cela, avant son accouchement, ma fille Silvia m’a proposé que je choisisse le prénom de son futur enfant. J’ai aussitôt pensé à Fritz, à monsieur Donnerwetter, mon sauveur en quelque sorte. Mais, hier soir, en lui envoyant un sms, j’ai tapé François.

- Mais où est le mal?

- En effet, pour le moment rien n’est grave. Mais quand on me demandera pourquoi ce nom et pas un autre, je serai obligé de mentir et de passer pour un catholique fanatique.

- Je ne vous suis plus.

- Je serai obligé de répondre les mains jointes: c’est parce que j’ai pensé à Saint François d’Assise.

- Et alors?

- Alors? Frantz, ce n’est pas Fritz. Fritz, c’est Frédéric en français. Tandis que François, c’est Frantz. Et maintenant que j’y pense, ça me rappelle ce couillon de Glaronnais qui étais fier de ses vieux cousins qui avaient participé à la création de New Glarus, petit village dans le Wisconsin, aux États-Unis...

- Moi, à votre place, j’aurais tout simplement tapé Fritz.

- Moi aussi, si mon gendre s’appelait Baum, Berg ou Stein. Malheureusement, c’est un Montandon, un Welche, et les Welches n’aiment pas tout ce qui n’est pas welche.

- Le monde est bien compliqué... Ou plutôt, nous le rendons ainsi...

- Moi, spécialement...

08:32 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/11/2016

Les cigognes ont débarqué (32, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgMing éclate de rire.

L’employée regarde son boss avec des mirettes de chouette.

Est-il saoul ou est-il devenu plus con qu’avant? se demande-t-elle.

- Je sais ce que vous pensez, madame Verdi, dit-il sérieusement.

- Vivaldi, corrige-t-elle. Mon nom de famille est Vivaldi et non pas Verdi...

- Voilà! Une fois de plus!

- Une fois de plus quoi, monsieur Chang?

- Je me suis marché sur les bretelles.

- Je comprends mieux.

- A force de trop comparer les êtres et les choses, on risque plus souvent de se tromper de cible... Aujourd’hui, c’est avec Verdi et Vivaldi et hier, c’était avec Fritz et Frantz.

Il prend la figurine dans ses mains, la contemple un bref instant puis la balance par la fenêtre en criant avec colère:

- Allez rejoindre les grenouilles bande de faux culs!

Eva se lève aussitôt de sa chaise. Prête à s’enfuir.

- Rasseyez-vous! ordonne le mandarin.

Elle obéit. Forcément, elle est mieux payée que ses copines qui travaillent à la Migros et à la Coop.

- Oui, monsieur, murmure-t-elle.

- Je vais tout vous expliquer avec calme, dit-il en souriant. Si vous le voulez bien, bien entendu...

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30/10/2016

Les cigognes ont débarqué (31, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgSubitement Ming devient pâle comme un mort.

- Ça va, monsieur Chang? s’exclame Eva, toute affolée, croyant avoir terriblement blessé son patron.

- Fri, fra, tz, tz, bafouille le biologiste.

Puis son visage retrouve ses couleurs. Son esprit également. Et il déclare, clairement et sans la moindre pudeur, à sa précieuse et dévouée collaboratrice:

- Je suis le roi des imbéciles, ma chère amie. Hier soir, je me suis marché sur les couilles en présence de ma femme et elle n’y a va que du feu. Et cet acte d’inattention, de maladresse ou de confusion de ma part va me culpabiliser jusqu’à la fin de mes jours.

- Vous savez, argument-elle pour le rassurer, on peut être le plus brillant des inspecteurs de police et croiser dans la rue le pire des criminels sans s’en apercevoir. Et! Tout mal ne vient pas forcément pour nuire. Il donne parfois un sacré coup de balai bien nécessaire là où la poussière commençait à s’éterniser...

- Mais mon petit-fils, que pensera-t-il de moi plus tard?

- Puis-je vous poser une question indiscrète?

- C’est maintenant ou jamais.

- Et causer avec vous comme je cause avec mon frère.

- Je ne souhaite que ça.

- Concernant les roubignoles, vous parliez au premier ou au second degré?

Ming éclate de rire...

09:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/10/2016

Les cigognes ont débarqué (30, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgConfortablement installé derrière son impressionnant bureau de style anglais en bois d’acajou, Ming demande à sa secrétaire, en caressant une figurine en bronze:

- Savez-vous, Eva, ce que ça représente ces petits ouistitis sur ma table?

- Ce sont les singes de la sagesse, monsieur Chang, répond-t-elle avec assurance, tout en tapant une lettre sur son ordinateur... Ne pas voir le mal partout, ne pas entendre le mal partout et ne dire du mal à et de personne. C’est ma version... L’origine est chinoise pour les Chinois et japonaise pour les Japonais... Figurez-vous que j’en possède également une que j’ai achetée cet été à Bangkok... Presque la même mais symboliquement identique... En or.

- En or?

- Recouverte de feuilles d’or... Mais... Une seconde, s’il vous plaît, il faut que je me concentre sur mon travail...

- Faites, faites!

- Merci beaucoup.

- ...

- Et vous, savez-vous pourquoi je préfère ma statuette à la vôtre?

- Parce qu’elle brille et pas la mienne.

- Non, parce qu’elle me fait plonger dans la réalité chaque fois que je la regarde. Et vous vous y imaginez la raison?

- Non.

- Tout simplement, parce que les trois sages sont des grenouilles.

Subitement Ming devient pâle comme un mort.

- Ça va, monsieur Chang? s’exclame Eva, toute affolée, croyant avoir terriblement blessé son patron...

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28/10/2016

Les cigognes ont débarqué (29, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgTard dans la soirée, String transmet le message à son mari dès qu’il est rentré du travail ou d’ailleurs.

Ming hausse les épaules une fois de plus, c’est devenu une habitude chez lui, presque un tic, et allume aussitôt son portable.

- A cette heure-ci? lui demande-t-elle, un peu inquiète... A cause de moi, tu vas réveiller le petit.

- Aucun risque, un sms est moins bruyant qu’un pet, répond-t-il avec une pointe d’ironie... François ça s’écrit bien avec un c cédille, n’est-ce pas?

- L’Indochine aura servi au moins à ça.

- Ne soyons pas trop vaches avec l’Empire colonial. Les Français nous ont certainement arnaqués, spoliés... mais la France nous a énormément apporté.

- Quoi par exemple? Le bánh mì et leurs pâtisseries? Une petite baguette et des sucreries, tu trouves ça énorme?

- Et que fais-tu de l’écriture latine à la place de ces foutus signes chinois?

- Attention à ce que tu avances! Le Vietnam était un province chinoise, comment peux-tu donc autant détester tes vieux frères?

- Je ne les déteste pas, je hais mes concurrents.

- Alors pourquoi François?

- Quel rapport?

- Aucun... Tu m’expliques ou il faut que je devine?

- Devine! Si cela te fait plaisir.

String hésite un instant puis:

- Ma chère fille, né de ma propre chair, souhaite que son père d’adoption, souvent méprisant à son égard, lui propose un prénom pour son enfant...

- Serais-tu jalouse?

- Non, je trouve ça injuste et absurde.

- Au contraire, la proposition de ta fille est très honorable. C’est un signe de rapprochement, d’amour... et cela m’a donné beaucoup à réfléchir. Silvia ne souhaite que notre bonheur...

- Moralité: on se préoccupe davantage des méchants que des gentils...

10:32 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/10/2016

Les cigognes ont débarqué (28, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Mais il y a ce presque.

- ...

- Qui n’est pas anodin. Alors?

String se frotte l’œil droit, se caresse le nez, se tripote l’oreille gauche puis elle déclare à Sivia, nerveusement:

- Mon jardin secret est cent fois plus vaste et mille fois plus chargé que la caverne d’ Ali Baba. Ton héros préféré lorsque tu étais toute petite, tu te souviens? Cela n’a aucune importance. Malheureusement mes caisses ne contiennent ni pièces d’or ni pierres précieuses mais de lourds mensonges. Tout est faux chez les Chang. De A à Z. Tout! Ton père n’est pas...

Mais à ce moment-là, une femme en blanc entre avec le nouveau-né dans les bras.

Que le hasard soit béni! Face à la beauté de l’innocence, les bouches se ferment et les yeux se mettent à briller.

L’infirmière couche délicatement l’enfant auprès de sa mère et lui conseille:

- Ce serait bien qu’il tète dans cinq minutes, madame.

String s’approche du lit, regarde le poupon d’un air admiratif et s’exclame:

- Il est magnifique, vraiment magnifique!... Que puis-je faire pour toi?

- Rien dans l’immédiat, répond Silvia... Ou si! Dis à papa que nous attendons toujours.

- Vous attendez quoi?

- Il te le dira lui-même.

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |