13/07/2017

Sexbierum (21, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Tu as peur?

- Pourquoi devrais-je avoir peur? Peur de quoi?

Elle se lève, je m’assieds. Elle se rassied, je me lève. Elle se lève de nouveau, je me rassieds. Et ainsi de suite...

- A quoi tu joues-tu? je lui demande.

- A quoi jouons-nous! me corrige-t-elle.

- A quoi?

- Au professeur et à l’étudiante, au pasteur et à la paroissienne, au patron et à l’employée, au gendarme et à la voleuse, au juge et à la criminelle, au fort et à la faible ou... ou...

- Ou?

- A l’homme et à la femme... Mais, mais, mais...

- Mais?

- La révolution est en marche.

- C’est-à-dire?

- Fini ces diktats sans fondements créés de toute pièce par des marabouts châtrés et ces grues en chaleur! Les filles de mon âge revendiquent le droit de penser et d’agir librement...

- Quel âge as-tu?

- Tu joue au flic maintenant?

- Quel âge?

- Je te l’ai dit hier soir.

- En blaguant.

- Peut-être mais c’était la vérité. C’est pourquoi tu m’as conseillé de dormir sous le lit...

- Je doute fort... Ton comportement ne ressemble guère à celui d’une adolescente de quatorze ans.

- Qu’en sais-tu?

- J’ai une soeur.

- Mais elle n’est pas Frisonne.

- Et alors?

- Ça change tout.

- Qu’ont-elles de si particulier les Frisonnes?...

22:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/07/2017

Sexbierum (20, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Cela ne m’étonne pas, tu étais à moitié ou totalement dans les vapes.

- A moitié ou totalement?

- Quelle importance?

- Au fait, vous avez raison, aucune...

- Arrête avec ton vous! Je suis ta chose maintenant.

- Ai-je bien compris?

- Oui, tu as très bien compris... Ton objet, ton machin, ton truc, ton trucmuche, ta poupée gonflable, ta bonne à tout faire ou ton esclave, si tu préfères.

- Est-ce un désir ou un constat?

- Les deux.

- Vous... en somme, tu me menaces?

Telle une enfant capricieuse, elle court s’asseoir sur une chaise, pose ses coudes sur la table et me déclare en pleurnichant:

- Tu es vraiment un connard fini. Tu me pelotes les fesses dans un bar, tu me caresses à fond le pubis, le clitoris et tout le bastringue dans la maison de mes grands-parents et tu oses prétendre que je te menace parce que...

- Mille excuses! je lui coupe la parole. Je suis navré, je me suis mal exprimé... Mais Rose n’est pas...

- Que veux-tu qu’elle soit d’autre, ma petite sœur peut-être? C’est ce qu’elle souhaite souvent. Bref! Avec mon oreille collée involontairement au parquet, j’ai tout entendu. De A à Z. Toute votre conversation de bourgeois à la con... Grand-maman perd la boule par moment. Sourde et à moitié gâteuse! Malencontreusement, tu ne t’es rendu compte de rien. C’est normal, tu es trop axé sur ta personne, d'intello de mes deux... En veux-tu la preuve?

- Comment?

- Allons la voir ensemble!

- Pas la peine, je te crois.

- Tu as peur?

- Pourquoi devrais-je avoir peur? Peur de quoi?...

08:15 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/07/2017

Sexbierum (19, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgEt là, oui bien là et non pas au cinéma face à une scène surréaliste, effrayé et le cœur battant comme un collégien, je découvre Cokkie allongée sur le lit, toute décontractée, les bras derrière la tête.

- M... mais... p... par où... ê... êtes-vous... entrée? je bégaie.

- Par le trou de la serrure, plaisante-t-elle.

- Les portes n’ont pas de serrure dans cette maison.

- Je pensais que vous étiez un piètre observateur.

- J’ai l’impression d’entendre Rose mais avec des termes et des sous-entendus moins éloquents... Par où et quand êtes-vous entrée dans ma piaule?

- C’est un ultimatum?

- Pour la troisième fois, par où...

Brûle-pourpoint, elle se lève, s’approche de moi et me reproche quasi avec furie:

- Tu n’as pas trop insisté cette nuit pour que je ne dorme pas sous le lit après... après...

- Après quoi?

- Nous nous sommes embrassés et un peu plus.

- Un peu plus?

- Nous avons joué à touche-pipi, quoi!

- Vraiment?

- Pourquoi inventerais-je cela?

- Je ne me souviens de rien.

- Cela ne m’étonne pas, tu étais à moitié ou totalement dans les vapes.

- A moitié ou totalement.

- Quelle importance?...

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08/07/2017

Sexbierum (18, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Êtes-vous grand-mère, Rose?

- Oui.

- Combien de petits-enfants avez-vous?

La vieille dame agite ses mains et me répond:

- En comptant mes arrière-petits-enfants.

- Dix? je m’exclame.

- Plus que ça. Un doigt qui trépide en vaut deux.

- Vingt?

- Dix-huit, exactement... Mes pouces sont restés de marbre.

- Fallait le savoir!

- Je vous croyais meilleur observateur.

- Dans la vie, il y a les globalistes et les sérialistes... et, heureusement pour vous et malheureusement pour moi, ou le contraire, je fais partie de la première catégorie. Je ne m’acharne pas sur les détails.

- Vous ne vous y acharnez pas du tout! Et pourtant le diable est dans les détails, disait Nietzsche.

- Vous êtes pire que Cokkie.

- Celle qui se fait un plaisir monstre de clarifier son prénom à tout bout de champ, je présume, non?

- Donc vous la connaissez!... Or, ce n’était pas... ni une hallucination ni un fantôme...

- Ça, je ne peux pas vous le garantir. Avec tous les vents bizarres qui soufflent par là...

- Existe-t-elle, oui ou non?

- Pourquoi n’existerait-elle pas? Attendez ce soir pour le savoir.

- Ce soir?

- Ce soir ou demain... Ou dans un plus proche avenir, qui sait!

A-t-elle l’intention de me faire tourner en bourrique, cette brasseuse de cartes? me dis-je, en l’imaginant en cartomancienne.

Alors, je me lève d’un bond, je la remercie chaleureusement mais peureusement pour ses succulents poffertjes et je retourne comme une flèche dans ma chambre.

Et...

16:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/07/2017

Sexbierum (17, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- A quoi pensez-vous, Monsieur Nobel? On dirait que quelque chose vous tracasse... Avez-vous mal dormi?

- A tout et à rien, je réponds à la Frisonne.

- Impossible! me dit-elle sèchement, en me foudroyant du regard.

Me sentant quasi menacé, je concède:

- Depuis hier, tout s’embrouille dans ma tête. Un chat n’est plus un chat et un chien n’est plus un chien...

- Que voulez-vous qu’ils soient... une vessie pleine et une lanternes éteinte peut-être? m’interroge-t-elle, tel flic désabusé.

- Je vous en prie, soyez plus indulgente envers moi... ou plutôt moins sévère que votre petite-fille.

- Quelle petite-fille?

- Cokkie.

- Cokkie?

- Oui, Cokkie... avec deux k et un seul o.

- D’où sort-elle celle-là?

- Mais c’est votre petite-fille, la fille de votre fils ou de votre fille...

- Cokkie van Gils ou Cokkie van Molen?

- L’une des deux, je suppose.

- Malheureusement, je ne connais ni l’une ni l’autre.

- Comment ça? Pourtant, j’ai eu une conversation avant de...

- Longue et excitante?

- Plaît-il?... S’agit-il de la conversation?

- Quoi d’autre?... Vous pensiez à ses jambes, n’est-ce pas?

- Non.

- Mon œil!

- Pardon?

- Ne cherchez pas jouer à l’autruche avec moi, Monsieur le futur instituteur. Un léger frémissement du popotin est beaucoup plus révélateur que n’importe quelle grosse singerie du visage...

- Je vous l’accorde. Mais revenant à Cokkie, pour l’amour du ciel!

- Si cela vous fait plaisir.

- Êtes-vous grand-mère, Rose?

- Oui.

- Avez-vous des petits-enfants?...

21:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/07/2017

Sexbierum (16, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgAvec le ventre rassasié, on ne raisonne pas de la même façon qu’avec l’estomac vide.

La vision du monde n’est que rarement identique dans les deux cas.

La plupart du temps, on passe d’une extrême à l’autre. Par exemple, du refus catégorique à la complaisance la plus totale.

Les fabricants... les marchands d’avions et de navires de guerre, de canons, de kalachnikovs, de drogues pour adultes malades et adolescents en bonne santé, tous ces hommes d’affaires, dont certains sont bénis par leur dieu et leur état, l’on très bien compris.

Connaissent parfaitement la chanson. Paroles et musique!

Malheureusement là, il manque la poupée après le dessert juste avant la signature...

- A quoi pensez-vous, Monsieur Nobel? On dirait que quelque chose vous tracasse... Avez-vous mal dormi?...

16:17 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/07/2017

Sexbierum (15, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgLa vieille dame, toute souriante, se pointe à l’horizon en brandissant une fourchette à deux dents.

- Suivez-moi vite à la cuisine, m’ordonne-t-elle avec beaucoup de panache, les ultimes poffertjes m’attendent sur le feu.

J’obéis, forcément.

Silencieusement, l’une après l’autre, elle retire les mini crêpes de la poêle, spécialement fabriquée pour cette spécialité typiquement hollandaise, avec sa petite fourche certainement arrachée des griffes du diable, et les pose avec beaucoup de dextérité dans une belle assiette en porcelaine de Chine.

Puis, après avoir badigeonner de beurre frais et saupoudrer de sucre le tout, le plat y compris, elle me dit:

- Installez-vous à table et dévorez-moi ces minuscules soucoupes volantes gastronomiques. Ce n’est pas grand chose mais c’est assez pour calmer les affamés, les ânes et les ufologues.

Je me sens visé.

- Allez, mangez! insiste-t-elle. Ne soyez pas susceptible pour des paroles en l’air!

Je m’assieds sur un tabouret et lui demande naïvement:...

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01/07/2017

Sexbierum (14, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Vraiment?

Je me gratte la tête, l’oreille puis le nez.

Curieusement, j’ai envie de chialer, de crier et de l’insulter, cette donzelle. Mais je ne trouve pas le mot ou les mots adéquats.

Suis-je face à un ange démoniaque?

Soudainement, Cokkie est toute floue. Quasi en train de disparaître.

Puis, c’est...

Le lendemain matin, à mon grand étonnement, je me réveille entièrement nu, recouvert à peine d’un petit drap blanc, terriblement froissé.

Mes habits et mes mocassins sont éparpillés sur le tapis.

Que m’est-il arrivé? Comme l’autre jour, après ma beuverie au Crapaud, je ne me souviens de rien, me dis-je.

Je sors du lit et je ramasse aussitôt ma chemise, mon jeans et ma culotte.

M’a-t-elle hypnotisé puis violé, cette sorcière? je me demande en pensant à Cokkie et en m’habillant.

Fou de rage par cette idée, bien que peu probable, j’enfile mes chaussures en toute hâte, quitte la pièce en claquant la porte et descends l’escalier presque sur les fesses.

Désolé d’avoir omis de vous signaler que ma chambre se trouve au premier.

Et je crie comme un goret:

- Rose! On a abusé de moi!...

09:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/06/2017

Sexbierum (13, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Que cherchez-vous exactement à me faire comprendre, Cokkie?

- La vérité?

- La vérité n’est qu’un leurre pour les compliqués...

- Et nous le sommes tous, diriez-vous. Faits de chair et de complexité! Mais, c’est faux... Il y a vérité et vérité.

- C’est-à-dire?

Elle se lève d’un bond, s’approche du tableau, caresse la toile du bout de ses doigts puis me dit, tout en admirant la peinture:

- Pour moi, c’est Haarlem. Mémé pense que c’est Sexbierum, deux ou trois siècles en arrière. Et Papa et Maman sont persuadés que c’est un coin du vieux Delft. Seul l’artiste qui a peint ce chef-d’œuvre sait exactement où se trouve ou où se trouvait cette place.

Elle se retourne vers moi et ajoute:

- D’un côté, il y a les rêves, les phantasmes avec toutes leurs fioritures, de l’autre, la réalité toute nue... Les intellectuels sont très forts pour nager dans les airs et planer dans les eaux. A l’inverse des gens simples qui, eux, ne fabulent qu’en cas de panique ou de danger...

- Honnêtement, je ne vous suis plus, je lui avoue.

- Vraiment?...

11:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/06/2017

Sexbierum (12, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Moi... connaître... raison... vos projets anthropologiques, m’explique-t-elle en petit-nègre, en haussant la voix.

Dois-je rire ou m’inquiéter? Ai-je affaire à une comédienne ou à une folle?

Mais heureusement, dans chaque mâle il y a un ancestrale chasseur de bêtes sauvages qui conseille au moment opportun de ne pas bouger d’une oreille face à une femelle prête à tout. Ni de pointer le bout de la langue si le danger persiste, d’ailleurs.

Soit raide comme une asperge et muet comme un épouvantail, je m’ordonne alors, étonnamment. L’écho de ses représailles ne tardera à résonner.

- Votre silence suite à mon style de langage est très révélateur, me dit-elle... Pourquoi voulez-vous devenir ethnologue? Est-ce les tributs africaines ou les Africaines avec leur gros cul qui vous attirent? Ou les Amazoniennes avec leurs nénés à l’air?

- Vous dites ça à cause...

- Aucun choix n’est anodin, me coupe-t-elle. Et les motivations ne sont jamais le fruit du pur hasard. On ne devient pas religieux par la grâce de Dieu mais par crainte des démons que nous nous sommes créés...

- Que cherchez-vous exactement à me faire comprendre, Cokkie?...

21:31 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/06/2017

Sexbierum (11, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Vous me troublez, mademoiselle.

- Pourtant, il n’y a pas si longtemps, vous ne vous êtes pas gêné de me mettre la main aux fesses.

- Impossible! Ou alors j’étais saoul.

- Vous l’étiez.

- Où ça?

- A La Haye. Au Crapaud, si je ne me trompes pas...

- Vous étiez dans ce bar de dépravés?

- Ce sont des types comme vous qui le rendent ainsi.

- Vous n’avez pas entièrement tort.

- L’ivresse ne mène nulle part.

- Sans aucun doute mais parfois... parfois...

- Parfois quoi?

- Le désespoir est si grand que l’on ne peut pas échapper à cette tentation... Je venais de me séparer définitivement de ma copine.

- Alors je suis désolée de vous avoir giflé.

- Vous... vous m’avez giflé?

- A deux reprises.

- Je ne me souviens de rien.

- Cela ne m’étonne pas... Dommage! J’aurais dû me taire...

- Et la vieille... pardon, votre grand-maman est au courant de ça?

- Non. Mes faits et gestes ne regardent que moi... Ça sera un secret entre vous et moi, d’accord?

- Vous êtes romantique.

- Pas vous?

Je ne réponds pas.

Nous nous sourions.

Sommes-nous prêts à nous emballer pour le meilleur et pour le pire?

Mais aussitôt:

- Vous n'avez toujours pas répondu à ma première question, me fait remarquer froidement Cokkie.

Je cligne des yeux

- Moi... connaître... raison... vos projets anthropologiques, m’explique-t-elle en petit-nègre, en haussant la voix.

Dois-je rire ou m’inquiéter? Ai-je affaire à une comédienne ou à une folle?...

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24/06/2017

Sexbierum (10, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Et?

Elle me regarde bizarrement.

Je lui fais signe de la main de s’asseoir.

Elle s’installe sur une chaise, les genoux presque collés et la poitrine bombée comme une écolière prête à avaler n’importe quoi de son maître.

Moi sur l’autre, le dos courbé et les jambes écartées.

Elle remarque ma posture nonchalante, voire obscène pour elle.

Je me redresse légèrement.

Un futé sourire s’échappe de son visage.

- Et? je répète.

- La balle est dans votre camp, me dit-elle.

- Quelle balle?

- J’attends pour continuer la partie.

- Quelle partie?

- Êtes-vous souffrant?

- Non, je vais très bien, merci...

- Est-ce que je vous rappelle quelqu’un?

- Probablement.

- Probablement?

- Oui et non.

- Oui et non? Comment est-ce possible?...

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22/06/2017

Sexbierum (9, à suivre)

 Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgOn frappe à la porte.

- Oui, une minute, faites comme chez vous! je crie en me levant brusquement, croyant que c’est ma logeuse.

Un jeune fille d’une beauté inouïe, cheveux longs d'une blondeur platine et yeux vert émeraude, entre prudemment, me sourit timidement et me demande d’une voix un peu tremblante:

- Puis-je connaître la raison de vos projets anthropologiques?

- Par... don?

- Je m’appelle Cokkie.

- Cookie?

- Non Cokkie, avec un seul o et deux k. Rose, c’est ma grand-mère.

- Et?...

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21/06/2017

Sexbierum (8, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgEnfin seul! Loin des bavardages et des interrogatoires domestiques où tout n’est que répétition et justification, où les tristes images du passé refont surface juste pour nuire à la douce insouciance du présent.

Je range mes modestes habits dans l’armoire, balance ma valise dans un coin et plonge sur le lit.

Le bruit fracassant des ressorts me suggère illico presto de me coucher moins excentriquement la prochaine fois.

J’espère qu’elle n’a rien entendu, la vieille, me dis-je... Autrement, j’aurais droit à des remontrances ou à l’expulsion immédiate... A moins qu’elle s’en fout totalement de ce plumard qui crépite au moindre effleurement...

Si je ramène une fille, je... non, nous serons obligés de baisoter sur le parquet.

Mais le plancher craque aussi. Que faire alors?

Ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir capturé!

Imke, Ella, Britt, Hanneke, Sharon et toutes les autres...

Et les putes, les bénévoles, les anonymes des soirées arrosées...

Comme elles raffolaient se faire prendre en levrette! Sur l’asphalte mouillé, le gazon humide ou le sable gelé.

Des chiennes en chaleur au secours d’un chien égaré, abandonné, enragé!

Et tout ça à cause d’une histoire confuse, bâclée, inachevée, poignardée: mon premier amour.

On frappe à la porte...

13:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/06/2017

Sexbierum (7, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- J’ai supprimé la radio, la télévision et l’internet qu’avait fait installer feu mon mari pour regarder des vidéos cochonnes. Toutefois, pour ne pas être totalement écartée de mes semblables et pour le plaisir de conserver en moi la flamme de la contestation et du rire, j’ai gardé mon vieux téléphone fixe auquel que je ne réponds qu’occasionnellement. Soit avant, soit pendant, soit après avoir entendu le ou les messages sur le répondeur. Quand ça me prend! Oui, quand ça me prend l’envie de jouer au chasseur de volatiles volatils.

- Comment ça?

- Mon cher Alfred Nobel, bien que vous ayez une mine à n’avoir rien inventé d’explosif, ni la poudre talc d’ailleurs, vous devez tout de même savoir qu’actuellement nous sommes envahis de pédants corbeaux, de faux rossignols et de nombreux oiseaux de mauvaise augure qui nous pompent l’air toute la journée, parfois même la nuit, non?

- C’est une triste réalité... Et quel type de cartouche utilisez-vous pour essayer d’anéantir ces volatiles volatils, comme vous dites si bien?

- Différents types.

- Lesquels?

- La protestation, la négation, la plaisanterie, la moquerie, la chansonnette ou le rot, seulement après un bon repas.

-  Vous rotez au bout du fil?

- Est-ce un crime?

- Non. Bien sûr que non...

- Mais vous trouvez cela choquant, n’est-ce pas?

- Venant d’une dame distinguée comme vous, un peu.

- Les apparences sont trompeuses, jeune homme!

- Je le sais.

- Hors contexte: pour arriver à ses fins, le diable n’hésite pas à se cacher sous une peau extrêmement douce ou derrière un sublime beau sourire. Souvenez-vous de ça!

- Merci pour la mise en garde.

- A part ça, pas de fiancée ou de copine en vue?

- Personne. Rien. C’est Bérézina depuis trois mois.

- Alors faites attention aux Frisonnes, elles adorent ramasser les épaves...

13:41 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (15) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/06/2017

Sexbierum (6, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgMa chambre! La mienne? Non, une de plus. Au goût des autres. Louée par la force du destin. Bien qu’accueillante, chaleureuse, familière.

Une armoire, une petite table, deux chaises et un lit, forcément. Le tout en noyer de nouvelle Guinée.

Et une splendide peinture à l’huile, malheureusement encadrée d’une corniche dorée un peu kitsch, accrochée au mur, légèrement de travers.

- Magnifique reproduction! je m’exclame, en redressant par réflexe le tableau.

- Si seulement cela n’était autorisé que pour les artistes, nous n’aurions plus besoin de nous cacher pour échapper à la surconsommation, réagit Rose.

- A quoi faites-vous allusion, Madame?

- A la vie que nous menons tous aujourd’hui. Ou plus exactement, que nous devons subir. On nous bombarde de publicité de toute part. A la radio, à la télé, par téléphone et sur Internet. On nous conseille sans cesse de faire ou de prendre ceci à la place de cela. Et le lendemain, c’est le contraire. Le cirque continue sans relâche. On ne nous laisse plus le temps de comprendre, de juger, d’hésiter, de choisir... On dirait que le pouvoir politique a cédé sa place au pouvoir de la finance. Aux multinationales et aux banquiers. Alors...

- Alors?...

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16/06/2017

Sexbierum (5, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- A cause de qui ou de quoi?

Il y a des visages que même en vieillissant gardent toute leur jeunesse. Cet éclat de révolte et d’enthousiasme à la fois. Voire de mépris et de sagesse.

Les cons naissent vieux et meurent abrutis. Collés à leur livre sacré transmis de père en fils. Ou de mère en fille, pour les femelles. Classifiant les êtres et les choses selon des normes bien établies. Gravées à jamais sur les murs de l’ignorance par les barbus frustrés.

Oui, le visage dévoile les paysages de l’âme et, grâce aux rides, les traces des longs ou des rudes chemins parcourus.

Et ceux de Rose sont d’une beauté et d’une fraîcheur encore juvéniles. Quelle bénédiction a-t-elle reçue du Ciel?

- La Frise, ce n’est pas la Hollande, ironise la vieille dame. À Amsterdam, on se saoule à la bière et au genièvre jour et nuit, on fume de la marie-jeanne les doigts dans le nez, on se sodomise au moindre pet, on partouze même dans la rue et le mariage à trois sera bientôt légalisé. Mais ici, à part le vent, rien n’est encore en passe de nous décoiffer. Et encore moins votre ami van Bommel van Vloten avec sa bizarroïde attirance pour la féminité... Moi, personnellement, je n’en contrefous. Éperdument! Mais pas les habitants de Sexbierum  car...

Brusquement, sautant du coq à l’âne:

- Êtes-vous musulman, Monsieur Nobel?

- Ai-je l’air? je lui demande tout surpris.

- Rien ne prouve rien de nos jours. Avec tout se l’on voit aujourd’hui, tout est possible.

- Je suis athée.

- Dieu soit loué!

- Qu’avez-vous contre les musulmans?

- Rien. Mais le dernier que j’ai hébergé m’a esquinté l’un de mes plus beaux tapis avec ses prières.

- En marchant comme un tigre en cage?

- En frottant sa tête contre, pardi!

- La preuve que je ne le suis pas.

- En effet. Mais vous fumez peut-être?

- Je déteste ça.

- A la bonheur! Enfin un homme libre et respectueux chez moi.

- Marché conclu?

- Vous voulez voir votre chambre?

- Je n’attends que ça...

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15/06/2017

Sexbierum (4, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Comment ça provisoirement?

Je me gratte le nez puis je lui explique:

- Pour être sincère, je viens de terminer un master en anthropologie et on m’a propulsé à ce poste le temps que mon collègue, Monsieur van Bommel van Vloten se refasse une santé.

La vieille dame éclate de rire.

Je la regarde comme une bête curieuse.

Quel mot l’a mise dans cet état? Est-ce master, anthropologie, collègue ou santé? Ou bien... Est-ce le premier et le second? Le second et le quatrième? Ou le quatrième et première? Combien d’associations possibles y en a-t-il au fait? Comme j’étais nul aux cours des probabilités et statistiques!...

- Ohé, ohé! Revenez sur terre! m’ordonne-t-elle gentiment.

- Pardon...

- La santé des deux van va à merveille. D’ailleurs, il faut être en parfaite condition physique et psychologique pour se faire remplacer le robinet qui coule normalement par une bonde qui gicle partout...

- Quel robinet? Quelle bonde?

- Je constate que vos études surréalistes vous ont décalé de la réalité. Ou plutôt rendu lent à la dégaine.

- Je ne comprends pas.

- Comme dans le domaine des infos, trop d’études nuisent à la connaissance. Surtout quand elles sont non contradictoires mais redondantes.

- Vraiment, je ne comprends pas.

- Aucune importance!... Votre soi-disant confrère ne reviendra jamais, c’est en consœur qu’il apparaîtra...

- Non?

- Peut-être ou jamais.

- Donc ce qui est provisoire...

- Pourrait durer toute une éternité.

- A cause de qui ou de quoi?...

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14/06/2017

Sexbierum (3, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgFrappez et on vous ouvrira. Je sonne alors.

- Serait-ce le Nobel du téléphone? s’interroge une vieille dame, à haute voix en m’ouvrant la porte.

Un oui, confus mais paradoxalement ferme, sort de ma bouche.

- Mais entrez, entrez donc jeune homme! me propose-t-elle toute empressée. Je me réjouissais de vous voir en chair et en os. J’en ai rêvé toute la nuit.

Nous nous installons au salon.

- C’est bien pour la chambre que vous êtes là, n’est-ce pas? me demande-t-elle.

- Tout à fait, je réponds un peu intimidé.

- Vous me rassurez.

- Le prix de la location n’a pas changé?

- Il y a beaucoup de vent à Sexbierum mais les paroles ne s’envolent pour autant. Les Frisons sont des gens correctes et honnêtes, vous savez...

- Je ne sous-entendais rien de cela, chère Madame...

- Appelez-moi Rose, c’est moins pompeux.

- Avec plaisir!...

- C’était juste un rappel...

- C’est que le tarif me semble d’une générosité inhabituelle.

- J’en suis parfaitement consciente. Ce n’est pour votre agréable frimousse mais c’est dans l’intérêt de notre communauté... Vous êtes bien venu pour remplacer notre maître d’école, n’est-ce pas?

- Provisoirement.

- Comment ça provisoirement?

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/06/2017

Sexbierum (2, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgIl était une fois au pays des oranges et des mandarines...

- Ça suffit, ça suffit! crierait ma sœur Hanna en me relisant. Cesse toujours de te moquer de la royauté! Ils ne t’ont jamais rien fait de mal, ces pauvres élus de Dieu...

Soit, soit! Pour éviter de me brouiller avec ma sœurette adorée et ma chère famille un tantinet traditionaliste, par manque d’imagination sans doute, je tâcherai de m’exprimer d’une façon moins corrosive si possible.

Oui, si possible. Car en moi sommeille un zèbre à moitié apprivoisé qui déteste le cirque.

Donc! Donc?

Je m’appelle Alfred Nobel. A ne pas confondre avec le génial chimiste qui a fait sauter de nombreuses cervelles avant d’en couronner quelques unes. Bref! Nous allons polémiquer la-dessus. On ne sait jamais ce qui pourrait m’arriver.

Je suis né dans un pays où la débilité mentale est largement prise en compte par la classe politique. Que voulez-vous, les esprits conservateurs se soutiennent toujours entre eux. A vous de deviner lequel. Il s’agit de ma patrie, forcément.

J’ai vingt-cinq ans. Une belle allure. De sportif qui ne fait jamais de sport. C’est-à-dire musclé naturellement. Blond. Les yeux bleus. Les fesses un peu plates, désolé pour les intéressés. Les doigts longs, quasi féminins. Les mains un peu baladeuses, cela est dû à ma curiosité phylogénétique de primate insoumis. Et le pied égyptien.

Pour plus d’informations sur mon physique, contactez-moi par mail. Voici mon adresse: alfred@ nobel.com.

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |