23/05/2017

Brouillard (12, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Il raisonne décidément comme un épicier universitaire, murmure-t-il en regardant le ciel.

Et, comme si de rien n’était, nous continuons à déambuler à travers la taïga.

Après avoir parcouru paisiblement deux ou trois centaines de mètres, trépignant de temps en temps un magnifique et souple tapis d’épines de sapin et caressant par ci par là de belles fougères dont raffolent particulièrement les Sibériens, je me demande:

A quand cette surprise annoncée par ce singe travesti en saint?

Pas de réponse, forcément. Trop quémander engendre le mensonge.

A quand la raison de ma présence ici, déguisé en épouvantail?

Heureusement, ce lieu me paraît hostile aux oiseaux. Le ciel semble si lointain. Si dur à atteindre. Et les arbres trop chargés de branches.

Où étais-je avant de m’endormir hier soir?

Hier soir ou un autre jour. Car, en plus de n’avoir ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre, j’ai l’impression de jouer à cache-cache avec le temps et l’espace.

Je me souviens maintenant: j’étais allongé sur mon lit. Non, sur un lit...

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22/05/2017

Brouillard (11, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- C’est vrai que ton oripeau n’est pas très à la mode par ici. Moi, à sa place, j’aurais plutôt choisi le bikini.

- A la place de qui?

Simon se gratte la tête puis, après une très longue hésitation, il me répond:

- J’aimerais bien soulager ta morbide curiosité mais j’ai juré fidélité au silence ou, en d’autres termes, j’ ai promis de me taire.

- A qui? Nom de Dieu sacrée merde! je hurle de colère.

- Ne blasphème pas!

- Plaît-il?

- Par pitié, pas de tel juron!

- Donc, il existe! Et tu m’as menti. Toi aussi... Toi aussi, tu flirtes avec l’incertain et le démentiel.

- Comment ça?

- Tout à l’heure tu m’as dit: tout a été exploré et rien n’a été trouvé. Et maintenant, tu sous-entends le contraire.

- Vérités et mensonges vont de pair comme tous ces jeunes couples continuellement en dispute mais terriblement attirés l’un vers l’autre...

- Tu dérapes, camarade! Ou, par malice, tu cherches à diverger pour ne pas passer pour un menteur vis-à-vis de moi et... et...

- Et?

- Aux yeux invisibles de notre Grand bienfaiteur dictateur.

- Encore un blasphème!

- Et encore une preuve que tu m’as menti!

Je me frotte les mains et je lui dis:

- Ainsi, je suis heureux de mieux te connaître. Ou, plus modestement, de pouvoir mieux cibler mes discours à l’avenir. Afin d’éviter tout argumentation ou épilogue inutile.

- Il raisonne décidément comme un épicier universitaire, murmure-t-il en regardant le ciel...

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21/05/2017

Brouillard (10, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Je ne suis le discipline de personne.

- Et ton kesa alors?

- Interroge le coupable!

- A Dieu selon toi?

- Non, à sa sœur. Il en a peut-être une, qui sait! Non?

- Comment peux-tu garder ton sérieux en colportant de telles inepties?

- Je ne colporte rien, je suis l’auteur à part entière de mes idées...

- Oh que si! Oh que si! Tu n’es qu’un perroquet, pareil à ces bouffons qui cherchent à distraire le public en se moquant des uns pour leurs faiblesses et des autres pour leurs maladresses.

- Qu’ as-tu contre les humoristes?

- Rien.

- Vraiment rien?

- A la longue, ils me les cassent... Car, malgré eux, en banalisant les drames et en dramatisant les banalités, ils propulsent ceux qui les écoutent et les regardent dans une dimension hors pair mais dépourvue de critère et forcément de compassion.

- Eh bien! Quelle performance philosophique! Religieuse même! Je comprends maintenant pourquoi ton grand copain t’a baptisé Pierre.

- Je constate là que Michelangelo Merisi da Caravaggio a parfaitement réussi son coup. Je suis content pour lui...

- Qui es-tu, Simon? Et pourquoi m’a-t-on parachuté dans cette broussaille pendant je dormais, mal fringué comme un bhikkhu?

- C’est vrai que ton oripeau n’est pas très à la mode par ici. Moi, à sa place, j’aurais plutôt choisi le bikini.

- A la place de qui?...

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20/05/2017

Brouillard (9, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon se frotte longuement les yeux. Puis avec beaucoup de grisaille dans son regard, il m’avise:

- Si tu persistes à mentir et à te mentir... et surtout à te comporter comme tu te comportes maintenant, tu finiras dans les flammes de l’enfer illico presto, avant même d’être jugé.

Je fronce le nez.

- Un être sans peur est un être amoral, capable de commettre les pires atrocités, m’explique-t-il. Le peureux n’attaque jamais, il s’échappe. Seul le dépravé agresse, ose bondir...

- Et que fais-tu du héros? je lui demande pour le charrier.

- Le véritable héros se pisse dessus avant d’agir.

- En es-tu certain?

- Par expérience, je peux te l’affirmer.

- Quand on t’a cloué sur la croix? A l’envers!... Il paraît que boire sa propre urine, c’est bon pour la santé. Donc par rapport à ton chef, ils t’ont fait une fleur, ces connards de Romains, non?

- N’importe quoi!... Vivement que tu aies faim et soif!... J’ai l’impression que tes trop nombreuses lectures t’ont légèrement dérangé l’esprit. Parce que je suis poli. En tant de disciple de Bouddha, tu aurais dû songer au juste milieu.

- Je ne suis le discipline de personne.

- Et ton kesa alors?...

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19/05/2017

Brouillard (8, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- A poil? Pourquoi faire?

- Comme la tenue de combat donne des ailes à la recrue et la soutane coupe les moyens au novice, la nudité te permettra peut-être d’être toi-même.

- Tu penses vraiment que notre habit pèse lourd sur notre conscience?

- A fois sabre et bouclier, il nous protège et nous expose à la fois... à la méfiance, à la stupeur, à la jalousie, à la moquerie, au viole même...

- Quelle différence avec le corps?

- La capote triche, la chair jamais.

- Dois-je comprendre cela au premier ou au second degré?

- Comme bon te semble, Le gendarme! La liberté d’expression et la liberté d’interprétation sont les deux mamelles de la délivrance pour les uns et de l’ignorance pour les autres.

- Quel charabia!...

- Mais tout compte fait, ne te débarrasse pas d’un fil! Car le brouillard risque de se lever...

- Pourquoi? Sommes-nous en avril.

- Non, entre Ossinniki et Stalinsk.

- En Sibérie?

- Je croyais que tu ignorais totalement ces deux bleds.

- Je t’ai menti.

- Quelle mentalité!

- Ça t’étonne?

- Pas le moins du monde.

- Warum?...

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18/05/2017

Brouillard (7, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Condamné à mort? Pourquoi le serais-je?

- Nous le serons tous un jour ou l’autre. Sans le savoir ou en le sachant. Mais ta deuxième réaction me prouve bien que tu es encore sous la tutelle d’une éducation basée sur l’ordre et le pouvoir... As-tu faim ou soif?

- Serais-tu un spécialiste de la langue de bois?

- As-tu fait faim ou soif? Bon sang!

- Je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre.

- Tu te répètes, Le flic!

- Comment ça?

- Tes pensées sont parfois si fortes, si amplifiées que même un sourd est capable de les entendre.

- Entendre une pensée, comment est-possible?

- Les scientifiques ont encore pas mal de pain sur la planche... Et, à part tes ni ceci ni cela, n’aurais-tu pas envie, par moment, de forniquer ou, vu ton gabarit et ta santé mentale, de tirer de justesse un petit coup?

- En tout cas pas avec toi.

- Ce qui signifie que tous tes désirs charnels pétillent normalement.

- Tu te trompes carrément, l’ami. Je n’ai plus envie de rien.

- Alors fous-toi à poil!

- A poil? Pourquoi faire?...

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17/05/2017

Brouillard (6, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Pour l’amour du ciel, ne me rappelle pas ma triste adolescence!

- Laquelle?

Je souris.

- Ta réaction est tout à fait naturelle, me dit Simon. Puisque tu ne crois pas à la réincarnation. Du moins pas avec une profonde et sincère conviction. Alors pourquoi portes-tu une robe de moine bouddhiste?

- Je ne sais pas, je lui réponds sèchement.

- Ça t’emmerde autant que ça?

- Le terme est un peu grossier.

- Tu aurais préféré que j'eusse mis des gants en utilisant le verbe agacer, agiter, émouvoir, ennuyer, épouvanter, harceler, préoccuper, tourmenter, tracasser ou troubler?

- J’aurais dû te rencontrer aux heures sombres de ma vie de scoliaste et d’exégète et t’engager comme secrétaire particulier ou correcteur.

- Afin?

- Afin de parfaire mes propres écrits.

- Nous y voilà!

- Nous y voilà?

- Les regrets! Le temps perdu! Consacré aux autres, au travail alimentaire, aux corvées domestiques, aux cérémonies religieuses et autres, à la religion, à la philosophie, aux nombreux casse-têtes et casse-pieds... Un long fleuve agité coule sous ta tunique pourpre de condamné à mort.

- Condamné à mort? Pourquoi le serais-je?...

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16/05/2017

Brouillard (5, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgAprès une incalculable heure de marche, difficile de la définir autrement faute de montre sur moi et d’horloge dans les parages, tantôt Simon devant et forcément moi derrière, tantôt l’inverse, nous nous arrêtons brusquement. Quasi simultanément. Quasi aussi comme deux robots reliés à la même télécommande.

Je demande alors à mon compagnon d' infortune, non sans une pointe d’hésitation:

- Crois-tu que Dieu s’amuse avec nous.

- De quel dieu s’agit-il? me répond-il, tout énervé. Tout a été exploré et rien n’a été trouvé. N’es-tu pas fatigué de te poser continuellement des questions sans queue ni tête?... Sens la vie! Comme tu humes une bonne pomme, une belle rose ou une grosse merde. De vache, de préférence. Laisse venir les choses! Cesse de creuser le fond de ta caverne! La lumière n’apparaîtra jamais au bout du tunnel. Car la galerie est interminable.

- En somme, tu me conseilles de me comporter comme un parfait petit branleur de drapeau.

- Mais tu ne penses qu’à ça!

-  A ça? C’est quoi ce ça?

- La branlette, pardi! Tête de nœud!...

- J’ai dit branleur de drapeau et non pas branleur tout court. Il y a tout de même une sacrée différence entre une quéquette et le passage, entre autres, de la papamobile, par analogie. Non? Et puis, qu’est-ce que tu as contre la masturbation? Serais-tu toi aussi un adepte, soi-disant inconditionnel, du refoulement tous azimuts?

- Pourquoi toi aussi?

- Parce que, dans ma vie, j’ai eu affaire à un tas de prétentieux bonhommes qui, aux yeux de tout le monde, semblaient prôner l’égalité, la fraternité, la liberté, l’amour du prochain et tout le tralala... mais en réalité, dans leur privée, se comportaient comme de vrais salauds. De patentés goujats... sadiques... autocrates... potentats... tyrans... despotes... esclavagistes... führer...

- Ça va, ça va! J’ai compris... Donc, selon toi, je serais un parfait hypocrite. Es is nicht war?

- Pour l’amour du ciel, ne me rappelle pas ma triste adolescence!

- Laquelle?

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15/05/2017

Brouillard (4, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSoudain, j’entends un lointain coup de feu.

- On chasse par ici? je demande à Simon.

- Pourquoi cherches-tu à réveiller en moi mes instincts de primate? me répond-t-il.

- Tu n’as rien entendu?

- J’aurais dû?

- J’ai cru entendre une détonation.

- C’est certainement à cause de ton imagination trop fertile... Et si c’était le cas, aurais-tu peur?

- Nullement... Peur de quoi?

- Qu’ une balle perdue vienne s'écraser contre ton crâne, par exemple.

- Parle pas de malheur, s’il te plaît!

- Donc, tu as peur.

- C’est faux! Je n’ai plus peur de rien.

- Illusion, mon cher ami! Ce démon qui a les couilles d’un ange a été créé par le Grand Farceur avant l’animal et le végétal...

- Baliverne! Celui qui a éradiqué la crainte de la mort de son esprit, plane comme une hirondelle au-dessus du bien et du mal.

- Peut-être mais je n’en suis pas si sûr. Car cette émotion est trop intelligente pour qu’elle se mette en avant inutilement. Pareille pour sa sœurette, la timidité.

- Nous parlons, nous parlons mais en vérité nous n’en savons rien. Que dalle!

- Il faut bien tuer le temps avant que l’ennui ne nous étripe à jamais.

- Belles paroles, belles pensées! Mais elles ne nous apportent pas grand chose... On fait quoi maintenant? On continue à se la branler comme deux intellos face à un panneau publicitaire ou on se bouge les fesses pour de bon?

- Marchons dans la même direction! Je sens qu’une surprise nous attend...

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13/05/2017

Brouillard (3, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon se masse de nouveau la nuque puis il me dit:

- D’après la végétation et l’odeur de l’air, nous devons être quelque part entre Ossinniki et Stalinsk. Tu vois où c’est?

- Pas du tout, je lui réponds en me palpant le cou.

- Toi aussi tu as été forcé de poser pour les barbouilleurs des beaux arts? me demande-t-il avec inquiétude.

- Pas du tout. C’est par pur réflexe de compassion.

- Réflexe de compassion?

- D’apitoiement, d’attendrissement, de commisération ou de partage, si tu préfères.

- Je ne comprends toujours pas.

- C’est pourtant très simple. Exemples: tu clignes de l’œil, je me frotte les yeux; tu te mouches, je me gratte le nez; tu chantes, je siffle; tu pleurniches, je couine...

- Et ça va jusqu’où cette plaisanterie?...

- Tu hurles de douleur, je crie aux secours! Te faut-il plus d’exemples de réactions compassionnelles?

- Non merci, ça va comme ça. Trop de modèles finissent par détruire le modèle lui-même.

- Si l’on veut!

- Entre nous soit dit, avec l’habit que tu portes, te serais-tu échappé d’un asile psychiatrique par hasard?

- Désolé de devoir te contredire doublement, camarade Pétrus perdu au royaume des cumulus! Premièrement, le hasard est le pire ennemi de toute décision, surtout d’évasion. Deuxième: une robe de moine n’est nullement une camisole de force. Bien que... bien que...

- Continue! Ça m’intéresse.

- Plus tard! Je n’ai pas la tête à ça maintenant. Préoccupons-nous plutôt de notre situation géographique... Stalinsk, c’est en hommage à ce grand salopard de Joseph?

- Chut! Les arbres nous observent.

- Toi aussi, tu crois à ses conneries?

- Pas toi?

- Si. Mais je doute constamment.

- Bienvenu au club des paumés!...

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12/05/2017

Brouillard (2, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgEt que vois-je à ma plus grande stupéfaction: un gaillard qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Saint Pierre de Michelangelo Merisi da Caravaggio.

- Désolé de m’être échappé du tableau de Caravage, me dit l’homme en souriant.

- Vous lisez dans mes pensées? je lui demande tout étonné.

- Le visage est la vitrine de l’âme surtout en ce lieu, me répond-t-il en se massant la nuque.

- Cela ne m’étonne pas.

- Plaît-il?

- De la façon qu’il vous a peint, même les visiteurs de l’église Santa Maria del Popolo attrapent le torticolis.

- Pas ceux qu’ y prient?

- Non, car ils sont aveuglés par leurs péchés.

- Bravo!

- Blague à part, à qui ai-je l’honneur? Et que faites-vous là?

- Appelle-moi comme bon de semble.

- Pourquoi? Seriez-vous recherché par la police?

- Quelle police? Ici, nous sommes tous sur le même pied d’égalité, le crime n’est d’aucune utilité. Ce genre d’institution ferait sourire les vers de terre, ce qui ne serait pas bon du tout pour notre prochain avenir.

- Je ne comprends rien à vos salades.

- Alors cesse de poser des questions stupides qui ne font qu’alourdir ta mémoire... Mon nom n’a aucune importance, aucun sens. Avant, pour mes collègues, mes amis, mes ennemis, ma famille et mes proches, il en avait un, peut-être, mais plus maintenant. Il servais... à vrai dire, je ne sais pas du tout à quoi il servait vraiment.

- Donc, tu refuses de me révéler ton identité, n’est-ce pas?

- Dans un autre vie, certainement, tu as dû pratiquer l’obsessionnel métier de gendarme. Je ne suis pas loin d’en être persuadé.

- Qu’est-ce qui t’a poussé à dire ça?

- Ton obstination.

- ...

- Soit! Pour satisfaire ta vie d’homme hyper-organisé, je te permets de choisir entre Pierre et Simon. Ça te va?

- Pourquoi pas entre Paul et Jean ou Thomas, pendant que nous y sommes?

- Ma parole, tu portes encore les séquelles de ton ancienne existence de flic! J’en suis convaincu maintenant... Et... Arrête donc de me vouvoyer! C’est contraire aux bonnes habitudes de la flicaille.

- Je constate que ton imagination frise la folie autant que la mienne.

- Si cela te rassure, j’accepte avec joie ce compliment. Car comme le crime, l’insulte n’impressionne plus personne dans ce trou perdu.

- Parfait, parfait, parfait! Alors tu seras tantôt Simon, tantôt Pierre pour moi, en souvenir de ma première impression et de la peinture de Caravage, et je serai tantôt Le gendarme, tantôt Le flic pour toi... D’accord?

- D’accord. C’est ainsi que fonctionnent nos neurones pour nous éviter toute collision superflue...

- Mais au fait, où sommes-nous?...

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11/05/2017

Brouillard (1, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSubitement, je me retrouve en plein milieu d’un bois, vêtu d’une robe de moine bouddhiste de couleur bordeaux et chaussé de sandalettes comme quand j’avais deux ou trois ans.

Qu’est-ce que je fous là dans un pareil accoutrement? me dis-je... Bizarre! Je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre. Je pourrais même crier haut et fort que je me sens bien et con à la fois.

Mais voilà, j’ai l’impression que les arbres m’observent. Dieu sait ce qu’ils doivent penser de moi. Encore un guignol qui croit aux vertus et à la magie de la forêt! Certainement.

- Cesse de trop imaginer et avance! me chuchote une voix à l’oreille.

Que faire d’autre que d’obéir comme un soldat, un chien ou un mouton face à l’incroyable et à l’incertain.

Je marche, je marche en évitant d’écraser toute plante à peine naissante par respect de la nature.

Ma conscience me semble encore raisonnable. Quasi identique à celle d’un collégien studieux sortant tout droit d’un cours de botanique.

Paradoxalement, je me souviens de l’herbier de mon père et de ses collections de timbres et de papillons.

- Quel massacre inutile au nom de l’éducation! je murmure en grimaçant haineusement.

A cet instant même, je sens le poids d’une lourde main sur mon épaule gauche. Je me retourne donc aussitôt.

Et que vois-je à ma plus grande stupéfaction:...

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09/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (61, fin)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- Et si on passait à autre chose! je lance bêtement pour adoucir l’atmosphère.

Et le visage de la belle se met à rayonner d’une joie sereine. Le temps d’une très brève réflexion.

A-t-elle deviné ce que j’attends d’elle?

Isis croise ses mains et m’avoue avec une profonde désolation:

- Je regrette d’avoir participé à cette mascarade insensée.

Puis elle change brusquement de tactique:

- Mais sans elle que serais-je maintenant?... Ton comportement et ta sincérité à la norvégienne m’ont fondu le cœur. Vous autres Norvégiens, à part Hans Føgel qui est devenu pire que le plus minables des Français, vous êtes le flambeau de l’humanité de demain. Vous avez le sens de l’écoute, du partage et du pardon. C’est pourquoi j’aimerais que tu m’épouses...

- Et...

- La mascarade? J’y viens. J’y suis presque... Il n’y a pas plus pire ennemi qu’un proche lorsqu’il est terriblement jaloux ou méprisant... Entre les peuples et leurs dirigeants, c’est cheval blanc et blanc cheval. En utilisant des combines inspirées des saloperies étatiques, ton compatriote, compagnon de bataillon, voisin de palier, associé et beau-frère de vieille date, cherche à te déstabiliser, à te rendre la vie impossible.

- Dans quel but?

- Afin que tu te décides à foutre le camp de Paris et, par la même occasion, à lui céder ta part du restaurant.

- Le salaud!... Donc François Pays-Bas, le Watusi, la Genevoise, Mahmoud et tous les autres...

- Et moi en partie...

- C’était du bidon?

- Non, des comédiens au chômage.

- Merde alors! Ce n’est pas vrai?

Alors Isis sort de son sac à main un petit cahier d’écolier, l’ouvre à la troisième page et me dit en me montrant un dessin chargé de notes:

- C’est la vérité, la preuve!... La déesse Isis, c’est moi. Et toi, c’est le capitaine sur son bateau... Toutes mes actions y figurent...

- Sauf celles d’aujourd’hui, corrige Charlotte.

Je dévisage la soi-disant terroriste copte et lui demande le sourire aux lèvres:

- On fait quoi maintenant? Je cours chez Hans et je le balance par la fenêtre? Ainsi que sa télé, son ordinateur et son portable? Ou on fonce tout droit à la mairie?

- C’est toi le capitaine! me répond-elle toute rassurée, enfin presque.

- Soit! Toutes voiles au vent et changeons de cap! Il finira bien par comprendre en regardant «L’arroseur arrosé».

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08/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (60, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgEt après m’être promené sauvagement au jardin d’éden bras dessus bras dessous avec Isis et une Ève née du pied bot d’Adam et, surtout, après avoir gouté presque à tous les fruits défendus, avec et sans pépins, je confesse:

- J’ai failli réclamer davantage... Heureusement le raisonnable était là pour me retenir... Mais maintenant ça put... ça put...

Un double quoi sort de la bouche des deux concubines.

J’hésite encore puis je lâche:

- Ça sent les rognons et la langue de bœuf avant la cuisson.

Elles éclatent de rire. Un bon moment.

Puis Charlotte m’explique diplomatiquement, pour effacer certainement mon air niais:

- Plus on est nombreux, plus les émanations sont fortes. Les sueurs succèdent inévitablement aux tremblements. Il y va de soi...

- Cessez de philosopher sur les odeurs d’une partouze! réplique Isis, toute énervée. La mouscaille ne mérite pas une médaille, tout de même!

- Tu es fâchée ma toute belle? miaule sa photocopie.

- Et si on passait à autre chose! je lance bêtement pour adoucir l’atmosphère...

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07/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (59, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgEt, comme toute typesse trop sure d’elle, méprisant exactitude et clarté, Isis se pointe à l’horizon une semaine plus tard, accompagnée de son double.

- Voici Charlotte, mon amie, la crème de la crème, ma doublure, mon sosie, la goutte qui fera déborder le vase aux heures sombres de nos amours, me dit-il pathétiquement.

Puis d’un ton plus léger, ordinaire chargé de quelques soupirs, elle poursuit:

- Si ma mémoire est encore bonne, désolée de m’être éclipsée à l’anglaise l’autre jour sans avoir paraphrasé ce qui sera paragraphé, ou inversement, en chair et en os aujourd’hui... Par avance, je plaide coupable si, par hasard, je sauterai du coq à l’âne lors de mon plaidoyer, d’avocat du diable forcément... Ou peut-être... Vais-je me faire piéger par la redondance? On verra!... Après tout ce que j’ai vu, entendu et encaissé durant ma carrière de fille à papa, d’étudiante et chômeuse de longue durée, de danseuse du ventre, intégralement nue, de racoleuse clandestine et de suceuse de caramels salés, je peux déclarer à cœur ouvert, sans le moindre détour, que tout homme, hormonalement bien confectionné, rêve de faire l’amour avec deux femmes en même temps, au moins une fois dans sa vie... En effet, pour atteindre le firmament de l’extase suprême, le contracte physique ne suffit pas. Il faut pour cela voir et revoir aussi l’objet de ses désirs dans tous ses états... Sentir, voir, re et re... Accepter, partager, céder, confondre, vibrer, planer dans les eaux, nager dans les airs, se perdre, passer sans cesse du noir cassis au noir extrême et... Ainsi soit-il!... Au pays des anges, les concierges n’ont pas droit au balaye... Ni aux ragots, d’ailleurs... Seul encore, merde, fuck, seigneur et maman sont les bienvenus.

Puis, d’un timbre militairement musical, elle m’ordonne:

- Baisse ta culotte, connard de Viking! Et profite pleinement de mon cadeau!...

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06/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (58, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgQue de fausses déclarations! Que de mariages de raison! Que de douces et belles princesses se sont prostituées pour satisfaire l’orgueil ou apaiser la peur de leurs parents! Que de bâtards sont nés loin du berceau familial, privés de toute légitimité et bannis à jamais de la tendre du père! L’humanité est un immense bordel où les moralisateurs commettent souvent les pires atrocités.

J’espère d’Isis dit vrai et ne comporte pas comme la plus déplorable des âmes.

Que le silence des silences efface de ma mémoire les rancunes et préjugés du passé que j’ai fait miennes par faiblesse d’esprit! Ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Le temps d’aspirer au miracle de l’amour. Le souffle de Dieu.

Et, comme toute typesse trop sure d’elle méprisant exactitude et clarté, Isis se pointe à l’horizon une semaine plus tard, accompagnée de son double...

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05/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (57, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgAprès ce baiser aux multiples saveurs et interrogations, Isis me dit:

- Je suis tombée amoureuse de toi, il faut donc que tu saches la vérité. Toute la vérité. Aussi cruelle, soit-elle. Mais avant cela, j’aimerais te faire une surprise.

- Petite ou grande?

- Inoubliable.

- Je suis prêt.

- Pas maintenant.

- Quand ça? A Pâques ou à la Trinité?

- Ne sois pas toujours pressé comme un lavement!

- On dirait que tu me connais depuis l’aube des temps.

- Presque! Assez en tout cas, grâce notre caméra espion, pour prétendre qui tu es.

- Gonflée la mémère!

- Parfaitement! Je te connais des pinceaux au trombone en passant par le sifflet et la trompette...

- Plaît-il?

- De la tête aux pieds.

- Alors quand exactement?

- Laisse-moi trois jours pour organiser la chose. Et quelle chose!...

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03/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (56, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- Voleuse moi? crie-t-elle de toutes ses forces.

Puis elle se met à chantonner, à rire et à gesticuler comme une devadasi.

Mentalement, je me retrouve face à une danseuse hindoue prête à s’offrir à Shiva, à Ganesh ou à Kali.

Il ne manque plus que des vapeurs de souffre ou d’encens pour que cela soit vraiment vrai, me dis-je.

Le sang me monte au cerveau déjà imbu d’images charnelles, érotiques, lubriques, pornographiques...

Quelle salade cérébrale!

L’iceberg, que certaines prétendent que je suis, fondera-t-il entièrement en heurtant un tel volcan?

Alors sans complexe, je me lève d’un bond, tire Isis vers moi, énergiquement, et avec fureur, mes lèvres se collent  aux siennes.

Comme dirait Hans Føgel, la chienne se laisse faire.

Et j’ai droit à l’ail, au pinard et au mensonge. Mais également à la rose, au désir et aux regrets...

17:44 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (55, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- Peux-tu paraphraser à nouveau, c'est-à-dire autrement, le fond de ta pensée?

- On se croirait à la Sorbonne!... Avant ou après les examens?

- Aurais-tu bu?

- Je ne bois que de l’eau sauf au bord du Nil.

- Et là-bas de quoi tu te saoules?

- De bière et de vin?

- Halal ou cachère?

- Ne plaisante jamais avec ça!

- Tu es aussi dingue qu’eux.

- Eux qui?

- Ceux qui aboient en public et qui miaulent en privé.

- Cherches-tu à m’insulter?

- Le souhaites-tu?

- Tu ne comprends rien aux femmes.

- Sans aucun doute.

- Dois-je tout de même reformuler ma fameuse théorie... ?

- Pas avant de m’avoir expliqué comment tu as fait pour entrer pendant que je dormais.

- Je te l’ai déjà dit, la porte était ouverte.

- Ouverte? Ce n’est pas ce que tu m’as dit.

- Entrouverte, exactement.

- Tu mens! Tu es une voleuse, file-moi ma clé!

- Voleuse moi? crie-t-elle de toutes ses forces...

17:49 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (54, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- L’un n’exclut pas l’autre. Ma sœur est bien attirée par les femmes et cela ne l’empêche pas d’adorer son mari.

- Et toi?

Bizarrement, elle dessine en l’air quelques arabesques et me répond toute souriante:

- Le seul moment de véritable égalité dans un couple normal, hétérogène ou hétérosexuel, selon tout et rien, c’est quand les deux ont une subite envie de coucher avec une troisième personne. Majeure de préférence, pour éviter les flammes des hommes et de l’enfer. Quel que soit son sexe, sa taille, son poids, sa couleur, son groupe sanguin, sa religion, son appartenance politique et sa situation sociale.

- Franchement, je ne t’ai pas suivie, je lui avoue en clignant de l’œil droit.

- Encore une escarbille imaginaire? ironise-t-elle.

- Une quoi?

- Non, rien. Bien sûr, tu n’est pas du genre à baisoter près d’une cheminée...

- Peux-tu paraphraser à nouveau, c'est-à-dire autrement, le fond de ta pensée?

- On se croirait à la Sorbonne!... Avant ou après les examens?

- Aurais-tu bu?

- Je ne bois que de l’eau sauf au bord du Nil...

16:15 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |