16/06/2017

Sexbierum (5, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- A cause de qui ou de quoi?

Il y a des visages que même en vieillissant gardent toute leur jeunesse. Cet éclat de révolte et d’enthousiasme à la fois. Voire de mépris et de sagesse.

Les cons naissent vieux et meurent abrutis. Collés à leur livre sacré transmis de père en fils. Ou de mère en fille, pour les femelles. Classifiant les êtres et les choses selon des normes bien établies. Gravées à jamais sur les murs de l’ignorance par les barbus frustrés.

Oui, le visage dévoile les paysages de l’âme et, grâce aux rides, les traces des longs ou des rudes chemins parcourus.

Et ceux de Rose sont d’une beauté et d’une fraîcheur encore juvéniles. Quelle bénédiction a-t-elle reçue du Ciel?

- La Frise, ce n’est pas la Hollande, ironise la vieille dame. À Amsterdam, on se saoule à la bière et au genièvre jour et nuit, on fume de la marie-jeanne les doigts dans le nez, on se sodomise au moindre pet, on partouze même dans la rue et le mariage à trois sera bientôt légalisé. Mais ici, à part le vent, rien n’est encore en passe de nous décoiffer. Et encore moins votre ami van Bommel van Vloten avec sa bizarroïde attirance pour la féminité... Moi, personnellement, je n’en contrefous. Éperdument! Mais pas les habitants de Sexbierum  car...

Brusquement, sautant du coq à l’âne:

- Êtes-vous musulman, Monsieur Nobel?

- Ai-je l’air? je lui demande tout surpris.

- Rien ne prouve rien de nos jours. Avec tout se l’on voit aujourd’hui, tout est possible.

- Je suis athée.

- Dieu soit loué!

- Qu’avez-vous contre les musulmans?

- Rien. Mais le dernier que j’ai hébergé m’a esquinté l’un de mes plus beaux tapis avec ses prières.

- En marchant comme un tigre en cage?

- En frottant sa tête contre, pardi!

- La preuve que je ne le suis pas.

- En effet. Mais vous fumez peut-être?

- Je déteste ça.

- A la bonheur! Enfin un homme libre et respectueux chez moi.

- Marché conclu?

- Vous voulez voir votre chambre?

- Je n’attends que ça...

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15/06/2017

Sexbierum (4, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpg- Comment ça provisoirement?

Je me gratte le nez puis je lui explique:

- Pour être sincère, je viens de terminer un master en anthropologie et on m’a propulsé à ce poste le temps que mon collègue, Monsieur van Bommel van Vloten se refasse une santé.

La vieille dame éclate de rire.

Je la regarde comme une bête curieuse.

Quel mot l’a mise dans cet état? Est-ce master, anthropologie, collègue ou santé? Ou bien... Est-ce le premier et le second? Le second et le quatrième? Ou le quatrième et première? Combien d’associations possibles y en a-t-il au fait? Comme j’étais nul aux cours des probabilités et statistiques!...

- Ohé, ohé! Revenez sur terre! m’ordonne-t-elle gentiment.

- Pardon...

- La santé des deux van va à merveille. D’ailleurs, il faut être en parfaite condition physique et psychologique pour se faire remplacer le robinet qui coule normalement par une bonde qui gicle partout...

- Quel robinet? Quelle bonde?

- Je constate que vos études surréalistes vous ont décalé de la réalité. Ou plutôt rendu lent à la dégaine.

- Je ne comprends pas.

- Comme dans le domaine des infos, trop d’études nuisent à la connaissance. Surtout quand elles sont non contradictoires mais redondantes.

- Vraiment, je ne comprends pas.

- Aucune importance!... Votre soi-disant confrère ne reviendra jamais, c’est en consœur qu’il apparaîtra...

- Non?

- Peut-être ou jamais.

- Donc ce qui est provisoire...

- Pourrait durer toute une éternité.

- A cause de qui ou de quoi?...

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14/06/2017

Sexbierum (3, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgFrappez et on vous ouvrira. Je sonne alors.

- Serait-ce le Nobel du téléphone? s’interroge une vieille dame, à haute voix en m’ouvrant la porte.

Un oui, confus mais paradoxalement ferme, sort de ma bouche.

- Mais entrez, entrez donc jeune homme! me propose-t-elle toute empressée. Je me réjouissais de vous voir en chair et en os. J’en ai rêvé toute la nuit.

Nous nous installons au salon.

- C’est bien pour la chambre que vous êtes là, n’est-ce pas? me demande-t-elle.

- Tout à fait, je réponds un peu intimidé.

- Vous me rassurez.

- Le prix de la location n’a pas changé?

- Il y a beaucoup de vent à Sexbierum mais les paroles ne s’envolent pour autant. Les Frisons sont des gens correctes et honnêtes, vous savez...

- Je ne sous-entendais rien de cela, chère Madame...

- Appelez-moi Rose, c’est moins pompeux.

- Avec plaisir!...

- C’était juste un rappel...

- C’est que le tarif me semble d’une générosité inhabituelle.

- J’en suis parfaitement consciente. Ce n’est pour votre agréable frimousse mais c’est dans l’intérêt de notre communauté... Vous êtes bien venu pour remplacer notre maître d’école, n’est-ce pas?

- Provisoirement.

- Comment ça provisoirement?

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13/06/2017

Sexbierum (2, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgIl était une fois au pays des oranges et des mandarines...

- Ça suffit, ça suffit! crierait ma sœur Hanna en me relisant. Cesse toujours de te moquer de la royauté! Ils ne t’ont jamais rien fait de mal, ces pauvres élus de Dieu...

Soit, soit! Pour éviter de me brouiller avec ma sœurette adorée et ma chère famille un tantinet traditionaliste, par manque d’imagination sans doute, je tâcherai de m’exprimer d’une façon moins corrosive si possible.

Oui, si possible. Car en moi sommeille un zèbre à moitié apprivoisé qui déteste le cirque.

Donc! Donc?

Je m’appelle Alfred Nobel. A ne pas confondre avec le génial chimiste qui a fait sauter de nombreuses cervelles avant d’en couronner quelques unes. Bref! Nous allons polémiquer la-dessus. On ne sait jamais ce qui pourrait m’arriver.

Je suis né dans un pays où la débilité mentale est largement prise en compte par la classe politique. Que voulez-vous, les esprits conservateurs se soutiennent toujours entre eux. A vous de deviner lequel. Il s’agit de ma patrie, forcément.

J’ai vingt-cinq ans. Une belle allure. De sportif qui ne fait jamais de sport. C’est-à-dire musclé naturellement. Blond. Les yeux bleus. Les fesses un peu plates, désolé pour les intéressés. Les doigts longs, quasi féminins. Les mains un peu baladeuses, cela est dû à ma curiosité phylogénétique de primate insoumis. Et le pied égyptien.

Pour plus d’informations sur mon physique, contactez-moi par mail. Voici mon adresse: alfred@ nobel.com.

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12/06/2017

Sexbierum (1, à suivre)

Sexbierum jours tranquils, Hank Vogel.jpgLe temps de la cravate est révolu. Ceux qui la portent encore sont des traine-savates qui pensent que l’élégance dépend d’un simple nœud.

Bien ou mal fringué, un sagouin reste un sagouin et un cowboy un cowboy.

Les femmes qui adorent les hommes habillés à quatre épingles me font penser à ces poules de luxe qui ne soulagent leurs patients qu’entre deux cabinets.

Difficile de comprendre cette stratégie quand on a passé toute son adolescence à soutenir le moral du curé, bien entendu.

Comme disait mon chef de père:

- Pour mieux embrasser la vie, il est préférable de ne pas fréquenter des minables.

Tout ça pour vous dire quoi en somme?

Que j’ai décidé fermement de ne plus jamais me fier aux apparences.

Mais est-ce possible?

On verra!

Pour l’instant: adieu donc à vous,  ma tenue de fanfare, mon uniforme militaire et mon costume de mariage!...

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11/06/2017

Brouillard (27, fin)

Hank Vogel, Brouillard.jpgQu’il est agréable d’être seul! Loin des discours et des dialogues chargés d’interrogations sans queue ni tête, de doutes et d’exclamations hypocrites et insensées. Parfois, bien entendu. Car la solitude nous empêche d’être secoués comme un prunier. Et c’est nécessaire de l’être de tant à autre. Ça nous déplume, nous allège!

Tout adversaire, aussi féroce soit-il, nous permet malgré lui de reconnaître la cruauté de la vie et nous oblige ainsi à résister face à elle.

Sans l’autre, je ne suis qu’une épave flottant sur un océan indifférent, dirait ma concierge.

Ma concierge!

Combien de fois j’ai failli la chopper par derrière, la saillir comme un chien lorsqu’elle lavait les escaliers? Trop de fois. Trop de fois aussi, ma morale m’a tiré par la manche. Dommage. Elle n’attendait peut-être que ça de ma part, la pipelette. Qui sait! Vu son sourire constipé, elle n’avait rien à foutre de ma bouteille de bordeaux et de mon bakchich de fin d’année. Un coup dans l’oignon devait certainement compter plus pour elle qu’une bourgeoise gratification! Non?

Après: tout est possible. Pendant: rien n’est certain. Et avant: tout n’est que rêve.

Zut! Que d’occasions ratées! Que d’amours inachevés! Que de blessures inutiles! Que de défaites et de victoires aussi! La vie est-elle un tableau de chasse?

Un équation de plus qui s’ajoute à mon cahier d’écolier.

Mais l’équation! Celle que Simon prétendait ou sous-entendait pouvoir dénouer. La plus terrifiantes des équations non mathématiques qui me tracasse depuis le décès de mon père. Arriverai-je un jour à la résoudre?

La question est si angoissante que je n’ai jamais pu la prononcer d’une voix intelligible. Tant pis! Je me lance courageusement cette-fois-ci:

- Si après mon agonie, c’est le néant absolu. Comment le saurai-je?

La vie serait une parfaite absurdité, disait le vieux. Et l’ignorance une bénédiction, j’ajoutais.

Inextricablement, à mon insu, mes mains décident de s’effacer de la réalité. Puis mes pieds. Puis le reste mon corps. Mais j’existe encore. Car je vois le brouillard et je sens la fraîcheur de la forêt. Tel une sonde transparente planant dans les airs. Capable d’émettre des sons.

Je me permets donc de murmurer:

- C’est le plus libérateur cadeau que je n’ai jamais eu... Di... Mad... attendez un... warum... horloge... so... ssssssssss...

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10/06/2017

Brouillard (26, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgMon compagnon, plus de disgrâce que d’infortune, se ronge le majeur gauche puis il lève le pouce droit en signe de victoire et m’avoue les larmes aux yeux:

- J’ai failli succomber à la tentation. En voyageant à travers les paysages de ton esprit, qui sont d’une beauté exceptionnelle entre nous soit dit, j’ai croisé une vierge, encore plus vierge que la Sainte Vierge. Mais heureusement le tableau m’a rappelé qui j’étais ou qui je devais être...

- Quel tableau? Le noir ou celui de Michelangelo? je gueule comme un fou furieux. Sois précis! Le manque de clarté crée la confusion, la pagaille, les conflits, les guerres... Tu blackboules, tu t’esquives, tu pleures, tu me racontes des histoires à dormir debout... Crois-tu vraiment que je suis né de la derrière pluie?

- Pourquoi tu me dis tout ça?

- Parce j’ai très bien compris ton manège. Les pervers sont forts dans ce genre d’exercice. Ils recherchent tes faiblesses en fouillant dans ta psyché à moitié esquintée, te prédisent mille glorieuses aventures, te flattent comme personne puis hop!

- Hop?

- A d’autres, camarade de mes deux! Ni mon corps ni mon âme ne sont à vendre. Même pas pour gagner l’éternité.

- Tu n’as rien compris.

- Je sais maintenant qui tu es.

- Qui selon toi?

- Un curé défroqué, maudit, un blasphémateur, un violeur patenté ou à l’état latent, une vagabond chassé de partout, un rôdeur de pleine lune, en quête d’un mystérieux et douteux pardon... Tu es intelligent mais ton intelligence pue la malice, la destruction, la putréfaction des êtres et des choses, la mort.

- Mais nous sommes déjà morts. Ou presque.

- Alors va bouffer avec les types de ton espèce les offrandes posées sur les tombes. Je n’ai besoin de personne pour trépasser en beauté.

- Et ton équation alors?

- Je la résoudrai en temps voulu. Va! Jamais, je ne serai une proie. Car je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre.

Et Simon disparaît de ma vue.

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08/06/2017

Brouillard (25, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon hoche plusieurs fois la tête. Puis il me dit:

- Les inassouvis c’est-à-dire et pourquoi qui sillonnent dans ta cervelle depuis ton enfance ont fait de toi un parfait colleur d’étiquettes. Un archiviste, un collectionneur, un ramasseur de miettes, de débris de mensonges et de vérités... Ce qui t’a poussé à pondre ta bizarroïde théorie sur les contraires. Comme n’importe quel philosophe, ou n’importe quel scientifique pourquoi pas, tu n’obéis qu’à une seule divinité qui s’appelle conclusion.

- Conclusion?

- Ou mise à mort. La mise à mort finale! Afin que... afin...

- Afin?

- Afin que tu puisses dormir sur tes deux oreilles, la tronche enfuie dans un coussin bien douillet. Mais!... Mal...

- Mal?

- Malheureusement, une équation restera toujours inachevée sur ton tableau noir...

- Quelle équation?...

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07/06/2017

Brouillard (24, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- ... Ça ne te fatigue pas à la longue de t’introduire systématiquement dans la matière grise de quelqu’un d’autre, comme un voleur, afin de noircir ce qu’il a de plus sacré?

- Noircir la matière grise, pas mal! Il fallait y songer...

- Tu n’as pas honte?

- Honte de quoi? La rose a-t-elle honte de son parfum? Et l’artiste de son art?... Que t’arrive-t-il, Le flic? Crois-tu vraiment que je suis un disciple du malin, spécialement envoyé pour violer ta conscience? Je ne fais que de lire ce que je vois. Car tu es un livre ouvert. Totalement ouvert. Égaré sur un sentier que tu n’as hélas pas choisi. Un bouquin dont les pages se mettent tourner toutes seules. Ou presque. Ou pas forcément...

- Pourquoi toutes seules ou presque?

- La terre tourne dans l’espace créant ainsi des vents qui permettent aux oiseaux de voler, au pollen de s’échapper, aux nuages de s'entrechoquer, aux tempêtes d’éclater...

- D’accord, d’accord! Je connais déjà tout ça mais...

- Je n’en suis pas si sûr! Car au moindre courant d’air, tu rouspètes comme une concierge qui, malgré ses nombreux grognements, continue de ramasser la merde des autres au lieu d’agir autrement.

- C’est-à-dire?...

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05/06/2017

Brouillard (23, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgUn certain temps plus tard.

Le temps! Le temps?

A quoi bon essayer de le définir avec précision, de le comprendre avec exactitude ou de l’amadouer avec rigueur lorsqu’on sait pertinemment que, même avec toute la meilleure volonté du monde, il ne changera jamais. Sa façon d'agir, pour empêcher toute ambiguïté. Plus indifférent que méprisant pourtant, il nous nargue du matin au soir et du soir au matin.

Face à ça, à cette insulte existentielle peut-être, je souris.

- Tic tac, tic tac, tic tac... c’est notre seul repère et encore! me dit Simon.

- Merde, merde et merde! je crie de colère.

- Qu’y a-t-il?

- Ne joue pas à l’innocent, s’il te plaît! J’ai horreur de l’hypocrisie. Ça me rappelle trop d’individus... Ça ne te fatigue pas à la longue de d’introduire systématiquement dans la matière grise de quelqu’un d’autre, comme un voleur, afin de noircir ce qu’il a de plus sacré?

- Noircir la matière grise, pas mal! Il fallait y songer...

- Tu n’as pas honte?...

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04/06/2017

Brouillard (22, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon se caresse le menton puis il me dit:

- Ici, tout fonctionne différemment qu’ailleurs et ton illustre thèse n’importe qui pourrait la comprendre si tu te décidais enfin à la développer...

- J’ai tout simplement souligner un jour, sans la moindre ambition d’en faire tout un plat, que la notion des contraires a peut-être déformé chez l’homme sa façon initiale de penser, je riposte quasi brutalement... Ni plus ni moins. Alors pour l’amour du Ciel, ne reviens plus jamais sur ce sujet. Compris?

- Compris... Ai-je quand même le droit de poursuivre?

- Poursuis!

- Dès que le brouillard est à son paroxysme, tous les rescapés qui se sont réfugiés, de gré ou de force, dans cette forêt se précipitent joyeusement vers le cimetière qui se trouve à cent mètres devant nous...

- C’est un jeu?

- Un jeu? Quelle idée de bourgeois! C’est par nécessité vitale.

- Ah! Ah!

- C’est pour bouger!

- Bouffer quoi?

- Boire et manger tout ce que les familles ont déposé sur les tombes de leurs défunts pères, mères, frères, sœurs, oncles, tantes, cousins, cousines...

- Pour une fois, les traditions servent à quelque chose...

- Tu peux le dire! Dans un pays non orthodoxe, ils crèveraient tous de faim, les pauvres.

- Et pourquoi attendent-ils le brouillard pour ça?

- A cause des chasseurs... ces rustres individus qui craignent pour leur sécurité et qui tirent sur tout ce qui bouge, souvent avec un plaisir morbide. Mais heureusement la nature est là pour venir en aide aux plus démunis et aux déshérités.

- Si j’ai compris, les salauds ne manquent nulle part.

- Ni au paradis, ni en enfer...

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03/06/2017

Brouillard (21, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Quelle théorie?

- Ta théorie sur les ou des contraires.

- C’était une erreur de jeunesse ou une anticipation philosophique superflue.

- En es-tu sûr?

- Non.

- Pourquoi es-tu si négatif envers toi-même?

- Explique-le moi puisque tu sais tout.

- Ton comportement m’attriste. Un mort est plus vivant que toi.

- Donc, je suis mort, enterré et réincarné...

Mais! Un mais de plus n’est jamais de trop.

Tout à coup, nous entendons des gémissements et des cris de joie.

Oui, nous... car vu la réaction de compagnon, je suis certain cette fois-ci qu’il ne s’agit pas d’un éventuel fruit de mon imagination.

- C’est quoi ce bordel, je grogne.

- C’est la vie! s’exclame béatement Simon.

- La vie?

- La vie à pleines dents.

- Sois plus explicite!

- Je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre... Te souviens-tu encore de ça?

- Quel rapport avec ces manifestions de débiles mentaux?...

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02/06/2017

Brouillard (20, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgEt!

Parole de scout: parole prometteuse!

La terre se met à fumer et les sapins à disparaître les uns après les autres. Par groupe de trois, de quatre ou de cinq.

Quel étrange spectacle! Magique! Unique!

Seul les studios cinématographiques de Hollywood seraient capables de reproduire un tel décor, me dis-je.

Le cinéma?

Il nous transporte et nous déporte. Nous libère et nous emprisonne. Pareille au mot, l’image en cache une autre, son contraire peut-être. Nous rappelle, inconsciemment ou consciemment, que les bons et les méchants s’affrontent constamment et s’affronteront jusqu’à notre dernier spectacle.

Protagonistes et antagonistes?

Des saltimbanques qui adorent les paillettes, les applaudissements et le pognon.

- Tu ne peux pas t’empêcher de penser à elle, me balance Simon.

- Elle qui? je lui demande vaseusement, pataugeant encore dans mes pensées.

- Ta fameuse théorie et non pas ta curé de bonne femme. Un homme qui ignore la gourmandise a le zizi flétri...

- Quelle théorie?...

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01/06/2017

Brouillard (19, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgMais!

Dès que la joie de vivre s’apprête à s’éterniser, tel un chien de garde, la morosité de nos vieilles querelles bondit aussitôt et nous ramène à l’ordre. Comme si la bonne humour n’était réservée qu’ à une minorité. Peu prospère. Hors norme. Hors de tout.

Alors place aux tronches minées!

- Ça mijote, ça mitonne, ça mûrit! s’exclame Simon. C’est bien joli tout ça! Mais l’intellectualisme non rémunéré est une perte de temps et ne mène nulle part.

Il me fixe dans les yeux. Puis il me dit:

- Tu aurait dû enseigner à l’université là où la jeunesse désorienté est incapable de lire une boussole. Mais voilà, avec ton esprit non conventionnel, allergique aux diktats des perroquets, tu as choisi la voie de la liberté pour t’enrichir de connaissances non approuvées par les notables et autres sbires de ta cité. Tu n’as pas été malin, Le flic! Dommage pour toi!

- Tu as raison, je confirme. Mais qu’aurais-je de plus maintenant? Rien, je crois... Mes éventuels nombreux certificats et diplômes d’état m’auraient peut-être permis de me présenter à toi avec une toque et une toge bourrée de médailles au lieu de cette autre robe de carnaval... Dans quel but? Faire jouir les arbres? T’impressionner? Obtenir de toi de plus précises explications? J’en doute. Tu m’as dit: le brouillard risque de tomber mais...

- De se lever!


- Nous sommes en plein dedans.

- Intellectuel.

- Soit!

- Le vrai ne tardera à se manifester et tu seras content de sa présence.

- Quand? Tout de suite? Demain? Ou jamais?

- Ferme ta gueule! Tu déranges la nature avec ton pessimisme de petit révolutionnaire de banlieue...

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30/05/2017

Brouillard (18, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Tu as gagné le gros lot à ta naissance et tu estimes que ce n’est pas grand-chose?

- Oui! Non! Mais c’est tout de même un lourd fardeau à porter. L’ignorance m’aurait convenu davantage.

- Tu te fous de moi ou quoi?

- Pas du tout. Mais je comprends ta réaction, Le gendarme! Sais-tu pourquoi?

Je ne réponds pas.

- Parce que j’ai la faculté de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Et en particulier dans celle de mon voisin jaloux, m’explique Simon.

- En somme, tu es à la fois un thermomètre, un hygromètre et un baromètre, lui dis-je ironiquement.

- Et un altimètre, ajoute-t-il en souriant.

Et nous nous esclaffons de rire.

Mais!...

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29/05/2017

Brouillard (17, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Je n’ai pas besoin de plonger au fond de ton âme pour découvrir ton vécu. L’homme est un volcan qui crache sans cesse des fragments de ses blessures.

- Tu es trop sûr de toi.

- Camarade, mais je suis ton miroir!

Puis, en sanglotant, il poursuit:

- Malheureusement, je ne reflète pas toujours la réalité avec exactitude. J’ai tendance à embellir ou à assombrir l’actualité selon...

- Selon quoi?

- Je ne sais pas, j’ai un blanc...

- Selon l’humour ou l’empathie du moment?

- Non, c’est beaucoup plus subtil que ça... C’est à cause ou grâce... Cela dépend des événements à venir qui se précipitent au portillon.

- Tu prédis l’avenir?

- Absolument pas, je le vois arriver au galop.

- Quelle chance tu as de posséder un tel don!

- Bah!

- Tu as gagné le gros lot à ta naissance et tu estimes que ce n’est pas grand chose?

- Oui! Non! Mais c’est tout de même un lourd fardeau à porter. L’ignorance m’aurait convenu davantage.

- Tu te fous de moi ou quoi?

- Pas du tout. Mais je comprends ta réaction, Le gendarme! Sais-tu pourquoi?...

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28/05/2017

Brouillard (16, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- ... A propos, ne souhaites-tu pas savoir pourquoi j’ai jugé arrogantes les intentions de ta princesse?

- ...

- Non?... Oui?...

- Voulait-elle m’ouvrir la porte pour m’enfermer ensuite dans le cagibi?

- Tu es moins naïf que je le supposais, Le flic... En effet, les marchands de croyances, ces dealers autorisés par l’ignorance étatique, sont d’une malice extrême. Pour t’attirer vers eux, ils te disent timidement que toutes les religions sont bonnes puis, une fois que tu es séduit par leur diabolique sincérité et forcément coincé dans leurs filets, ils te déclare haut et fort que la leur est la meilleure.

- Pas tous.

- Si tous... J’adhère donc je suis convaincu!

- Pas tous!

- Les moins convaincus sont plus préoccupés par leur tourisme intellectuel qu’à te persuader à quoi que ce soit... Tu as failli tomber dans le panneau, n’est-ce pas?

- Aucune femme au monde ne fera de moi une couille mole.

- Donc tu n’as jamais été très amoureux.

- Qu’en sais-tu?... Que décryptes-tu aux confins de ma mémoire?

- Je n’ai pas besoin de plonger au fond de ton âme pour découvrir ton vécu. L’homme est un volcan qui crache sans cesse des fragments de ses blessures.

- Tu es trop sûr de toi.

- Camarade, mais je suis ton miroir!...

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27/05/2017

Brouillard (15, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Cette fois-ci, c’ était bien réel, non? Tu as bien entendu ce que j’ai entendu? je demande à Simon.

- Vaguement, me répond-t-il.

- Pourtant tu as sursauté.

- C’est à cause d’elle.

- Elle qui?

- Suite à son arrogance. Ensuite...

- Mais elle qui?

- Ta diablesse, ta druidesse, ta pythie... la belle, roussie déjà par les flammes de l’enfer, qui t’a soufflé un pater noster version protestante...

- Ce n’était donc pas une blague, tu lis dans mes pensées.

- Enfin tu me crois!

- C’est incroyable! Tu devrais travailler pour les services d’espionnage...

- Afin que les chefs déforment tous mes renseignements? Non, merci. Je déteste ces gens-là. Ce sont les plus grands falsificateurs de l’histoire... Dans ce drôle de métier, on commence toujours comme cafard et l’on termine souvent comme taupe. Tout le monde se méfie de tout le monde. L’ennemi est omniprésent. A force de se retourner à la moindre flatulence, certains finissent également totalement désorientés ou sujets aux torticolis.

- Comme toi en somme.

- Me concernant, c’est à cause des imbéciles comme toi qui ont tendance à s’égarer... A propos, ne souhaites-tu pas savoir pourquoi j’ai jugé arrogants les intentions de ta princesse?

- ...

- Non?... Oui?...

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25/05/2017

Brouillard (14, à suivre)

JHank Vogel, Brouillard.jpge devine... je perçois... je distingue... je reconnais... je saisis:

- Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles, amen!

Puis, bizarrement, des phonèmes, des lexèmes isolés se succédèrent sans auteur apparent:

- Gloire... puissance... règne... mal... tentation... offense... pardon... pain... ciel... terre... père...

Comme si la prière prononcée par la merveilleuse rouquine avait fait marche arrière sans elle.

Je murmurai alors de toutes mes forces:

- Les textes, les phrases sont en train de s’effacer.

- Courage! m’ordonna la vestale, d’un ton sévère mais terriblement innocent... Ayez espérance en Dieu! Quelle que soit votre religion.

- Je suis libre penseur, lui dis-je. Mais si j’étais forcé d’en choisir une, je choisirais le bouddhisme. C’est celle qui a fait le moins de dégâts jusqu’à maintenant...

- Stop! Pause! crie Simon, à ce moment Simon... Tu vas réveiller toute la faune avec tes histoires à la gomme.

La désobéissance serait un luxe dans de pareilles circonstances.

Et trois secondes plus tard: ça pète de partout.

On se croirait dans les Ardennes à l’époque quand le fumant Patton s’entraînait au tire-pipe.

Puis silence.

- Cette fois-ci, c’était bien réel, non? Tu as bien entendu ce que j’ai entendu? je demande à Simon...

17:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/05/2017

Brouillard (13, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgJe me souviens maintenant: j’étais allongé sur mon lit. Non, sur un lit... d’hôpital.

Oui, d’hôpital. Car les draps étaient blancs. Chez moi, ils sont soit bleu ciel, soit roses, soit jaunes, soit gris. Et ça sentait la naphtaline, le chloroforme ou la teinture d’iode.

Je grelottais de froid, me semble-t-il.

Une jeune femme aux cheveux roux me prit la main gauche et me la réchauffa dans les siennes.

Comme était belle!

Ses yeux brillaient. Ils étaient bleu turquoise. Ou plutôt émeraude. Difficile de préciser. J’étais un peu subjugué par sa beauté. Un peu? Peut-être davantage.

La beauté attire et paralyse à la fois...

Déjà blessé, malade ou mourant, il fallait en plus que je me batte contre ce phénomène.

A l’avenir, je conseillerai à ceux qui sont chargés de l’engagement du personnel hospitalier de n’embaucher que des soignantes moches au sourire effacé.

Mais qui était-elle? Une infirmière? Une doctoresse? Ou un aumônière?

Une pasteure, certainement. Les autres n’ont rien à foutre d’un moribond. Pour elles, c’est la vie qui compte pas la mort, cette grande salope qui pète en fauchant, à faire vomir même les rats.

Tire-toi de là, mère des pourritures! L’heure est encore au combat.

Place à la présumée prêtresse des temps libérés!

Mais que me chuchotait-elle?

Je devine... je perçois... je distingue... je reconnais... je saisis:...

15:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |