30/12/2016

L'avaleuse de livres (36, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- ... Bref, changeons de disque! Ou plutôt continue ta petite histoire! Que s’est-il passé pendant le trajet?

- Il lui a donné goût à la lecture.

- Qui ça?

- Le garçon à la petite fille, pardi!

- Désolé, je suis un peu distrait, mon morceau de pain s’est noyé dans la... la soupe...

- La fondue!... Cela est fréquent avec les néophytes.

- Mais j’ai tout de même su le repêcher, le misérable... Alors?

- Il l’a incitée à lire beaucoup, jusqu’à la pousser à avaler des bibliothèques entières de livres.

- En si peu de temps? Lors d’un simple trajet?

- Une trajectoire dans le firmament lorsqu’on est innocent!... Bien qu’en réalité tout cela est advenu par la suite.

- Et qu’a-t-il fait de si mystérieux pour provoquer ça?

- Il a tout bêtement déclaré qu’il allait devenir un grand écrivain.

- C’est tout?

- Non. Il lui a aussi récité un poème.

- Quel poème?

- Un poème de son cru.

- Quel sorte?

- D’amour probablement.

- Comment ça probablement?...

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28/12/2016

L'avaleuse de livres (35, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLa serveuse allume le brûleur, s’en va et revient aussitôt avec deux verres et une bouteille de vin blanc. Un chardonnay à défaut d’un bon fendant, paraît-il.

Entre temps rien que de timides sourires et de légères grimaces, si ma mémoire est bonne.

Je sers à boire. Nous trinquons et nous dégustons.

- Comment tu trouves? me demande Lilit.

- Ça ne me rappelle rien, je réponds... Sans doute parce que je n’ai pas eu la chance comme toi de voyager. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse? Donc, je ne suis qu’un vaurien, un fœtus géant...

- On ne gagne pas beaucoup à courir le monde. Proverbe suisse.

- Voyager, c’est ouvrir l’esprit. Proverbe espagnol.

- Pierre qui roule n’amasse pas mousse.

- Si tu veux être apprécié, meurs ou voyage... Au premier voyage on découvre, au second on s’enrichit. Touareg.

- Il n’y a que les fous et les Européens qui voyagent.

- Qui a beaucoup voyagé est mieux que qui a beaucoup vécu. Marocain.

- La route n’enseigne pas au voyageur ce qui l’attend à l’étape. Adage rwandais. Encore un! Un anglais pour m’approcher éventuellement de toi: les voyages améliorent les sages et empirent les sots.

- Ce qui prouve bien que les hommes ne seront jamais d’accord entre eux. Car ce qui est vrai pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Bref, changeons de disque! Ou plutôt continue ta petite histoire! Que s’est-il passé pendant le trajet?...

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27/12/2016

L'avaleuse de livres (34, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLilit hésite, se caresse le visage puis me narre:

- Il était une fois une petite fille qui se perdit dans un jardin sans barrières ni pancartes. Épuisée de tourner en rond comme une bourrique et déçue de ne pas pouvoir retrouver son chemin, elle s’essaya sur une grosse pierre, ferma les yeux et se mit à prier. Mais comme elle était incapable de construire de longues et belles phrases pour séduire le dieu des enfants égarés, elle se contenta de prononcer simplement les deux mots suivants: ici et maintenant. Au bout de quelques minutes, un garçon de son âge s’approcha d’elle, lui prit la main et la ramena chez elle. Pendant le trajet...

Mais la sommelière, chargée comme une mule d’un tas d’objets bizarres, se pointe à ce moment-là.

- Attention, c’est très chaud, nous dit-elle en posant sur la table un réchaud à alcool suivi d’un lourd caquelon rempli d’une sauce verdâtre et d’une corbeille contenant des bâtonnets de pain et des tranches de pizza sans rien.

- C’est une fondue au fromage et aux herbes, m’explique Lilit. J’aime ça parce que ça me rappelle mes séjours en Suisse. Bien que le goût n’a rien à voir avec celles de là-bas...

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25/12/2016

L'avaleuse de livres (33, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe fronce les sourcils.

- Et si on se disait tout? lance-t-elle joyeusement en regardant mes mains... Ton odeur, tes doigts longs me rappellent mon enfance.

- Heureuse, j’espère, dis-je.

- Partiellement... Tu commences ou je commence?

- Commencer quoi?

- A dévoiler notre identité et un peu plus...

- Toi d’abord puisque ma cheffe t’a déjà raconté la moitié de ma vie.

- Deux ou trois choses sur toi seulement. Et ce n’est pas elle...

- Qui alors?

- Laisse murir le fruit pour mieux le savourer ensuite. Le dévorer comme dans un thriller.

- Tu aimes les romans à suspense?

- J’adore le suspense tout court. Surtout le créer. Car pour moi, les romans c’est du caramel mou...

- Alors vas-y la première.

Lilit hésite, se caresse le visage puis me narre:

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24/12/2016

Joyeux Noël et bonne année 2017 à tous

Chers lecteurs, commentateurs, blogueurs, amis, ennemis, poules et coqs! Je vous souhaite sincèrement de passer de joyeuses fêtes et vous encourage vivement à vous lancer vers 2017 les ailes toutes déployées.   

Mille mercis pour votre fidélité.

Mille mercis également à Monsieur Jean-François Mabut et à la Tribune de Genève pour m'avoir fait confiance.

 

 

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23/12/2016

L'avaleuse de livres (32, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu es sincère?

- Est-ce un défaut?

- Au contraire... mais c’est si rare.

- Question de fréquentation.

La serveuse se dirige vers nous

- Je suppose que tu n’as même pas regardé la carte, me dit la belle rouquine.

Je souris.

- Dans ce cas, je t’invite... j’ai envie de te faire goûter une spécialité qui n’est pas d’ici, si tu acceptes bien entendu, me propose-t-elle.

Un pourquoi pas presque muet sort de ma bouche.

- Comme d’habitude, dit-elle à la barmaid en se débarrassant de la carte des mets et boissons.

 Un silence gênant. Chargé d’une montagne d’interrogations confuses pour ma part. Mais vite abrégé par:

- Lilit Basma. Mieux vaut tard que jamais. Quant à toi: pas la peine de te présenter, je sais déjà comment tu t’appelles et où tu habites.

Je fronce les sourcils...

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21/12/2016

L'avaleuse de livres (31, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMais, heureusement, après cette escapade au jardin d’autrui, la présumée avaleuse de livres rapplique toute essoufflée.

Je me lève par politesse.

Elle s’effondre dans le fauteuil en face du mien, en poussant un soupir énorme.

- Ça va? Rien de grave? je lui demande machinalement et je me rassieds aussitôt.

- Tout va à merveille, me répond-t-elle en souriant... J’ai horreur d’arriver en retard.

- Je ne sais pas quelle heure il est.

- On se dit tu?

- On se dit tu.

- Tu viens d’arriver?

- Non, je suis là depuis un sacré bout de temps.

- Mais... Tu n’as rien commandé.

- Je sais.

- Tu croyais que je n’allais pas venir?

- Cette mauvaise pensée ne m’a effleuré l’esprit à aucun moment.

- Alors pourquoi tu n’as pas pris une bière ou un café en attendant... ?

- Parce que je ne voulais rien choisir sans toi. Pour la première fois.

- Pour la première fois?

- Oui, pour la première fois.

- Tu es sincère?

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20/12/2016

L'avaleuse de livres (30, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgPour tuer le temps, faute d’arme puissante, je sors de la pose de mon blouson, une minuscule plaquette de pensées intitulée «Sur le fil du rasseoir de personne».

Je l’ouvre au hasard et je tombe sur:

A force de fréquenter des sourds, l’on devient muet.

Quelques lignes plus bas:

Entre le vice et le pardon, comme assis entre deux chaises, on risque fort de se retrouver le cul par terre.

Et la page suivante:

Si, par miracle, tous les politiciens devenaient subitement des êtres sages, du moins honnêtes, sincères et lucides, les conflits entre les nations cesseraient aussitôt et les chaînes d’information internationale disparaîtraient les unes après les autres...

16:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/12/2016

L'avaleuse de livres (29, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgFinalement, après cette ridicule sensation ancestrale, je m’installe dans un coin face à la porte d’entrée.

La serveuse trotte vers moi et me tend la carte des mets et des boisons.

- Pas tout de suite, j’attends quelqu’un, si vous permettez, dis-je.

Elle pose la carte sur la table sans prononcer la moindre syllabe et s’en va en balançant les bras...

Tic, tac, tic, tac... Dieu que le temps est long lorsqu’on attend quelqu’un! Surtout quand on a décidé de ne plus faire joujou avec son mobile. C’est pire de que résister à l’envie de fumer ou de boire.

Les images vont et viennent. Des scènes sans queue ni tête. A la fois floues et nettes. Où rien n’est vrai, rien n’est faux. Où le possible et l’impossible se disputent la première place nulle part.

Je suis un enfant de l’absurde, l’angoisse est notre père...

17:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/12/2016

L'avaleuse de livres (28, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJ’entre au Santa Fe. Je tourne sur moi-même comme une girouette. La belle rouquine n’est pas là. Forcément, je suis en avance.

A part une sommelière, toute de noir habillée, munie d’un minuscule tablier blanc, et un pizzaïolo appuyé contre son four éteint, il n’y a pas personne, strictement personne d’autre. Mais par contre un bataillon de chaises et de fauteuils. Tous tapissés de magnifiques tissus mexicains. J’ai subitement l’impression de me trouver à Saint-Pétersbourg. Dans une grande salle de l’Ermitage. Debout comme un pingouin. Forcé d’admirer de flamboyantes et étourdissantes toiles d’une autre civilisation. En attendant l’arrivée de Son Altesse Impériale la Tzarine. Pas question donc de poser mes fesses quelque part. L’admiration et le respect avant le moindre confort!

Finalement, après cette ridicule sensation ancestrale, je m’installe dans un coin face à la porte d’entrée... 

Afin de mieux visualiser le lieu:

12:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/12/2016

L'avaleuse de livres (27, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDix-huit heures zéro six et des clopinettes. Je sors du travail. J’allume mon portable et je tape là où je me trouve et là où je dois me rendre. Au bout de quelques secondes, j’ai toutes les informations nécessaires... Soit: aller tout droit, prendre à droite la rue Lénine puis à gauche la rue Mira. Quinze minutes à pied. Sept en voitures. Mais pas le même chemin. Plus besoin donc de demander quoi que ce soit à qui que ce soit. L’homme d’aujourd’hui est seul avec son téléphone mobile, que l’on devrait plutôt appeler monophone ou quelque chose comme ça, face à son destin. Le sauvage part à la chasse avec son arc et ses flèches, le civilisé avec son iphone ou son smartphone. L’être libre, nu, dépourvu de tout artifice, n’est pas encore né.

Je marche, je vole, je plane. L’avenir m’appartient. Tout est possible même l’impossible. Je vais vers l’autre. L’autre m’attend. Ou l’inverse. Pourvu que... Pourvu que...

J’entre au Santa Fe. Je tourne sur moi-même, comme une girouette. La belle rouquine n’est pas là. Forcément, je suis en avance...

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16/12/2016

L'avaleuse de livres (26, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgVers la fin de la journée, Madame Smirnova me signale, bien à l’écart des clients et de mes collègues:

- D’après la grande Natacha, on aurait fauché plusieurs ouvrages aujourd’hui. Soupçonnez-vous quelqu’un?

- Personne, cheffe, je réponds sèchement.

- Même pas elle?

- Qui ça elle?

- La rouquine, l’avaleuse de livres...

- Surtout pas elle.

- L’amour rend aveugle...

- Sourd et gaga, également. Je sais déjà tout ça, du moins ce que l’on raconte. Malheureusement pour vous, le coup de foudre n’a pas eu lieu. Mais sachez qu’elle est absolument incapable de voler.

- Comment pouvez-vous en être aussi sûr, si convaincu?

- Je le sens.

- Vous le sentez?

- Oui, Irina Guennadievna, je sens certaines choses mieux que quiconque. Par exemple, les fourbes, les voleurs, les violeurs et les criminels dégagent une odeur très spécifique...

- Vous auriez dû vous engager dans la police, pourquoi ne l’avez-vous pas fait?

- Pour deux raisons.

- Lesquelles?

- Qui aurait pistonné un orphelin aux origines douteuses?

- On trouve toujours quelqu’un en balançant quelques gros billets.

- Incontestablement mais les magouilles me donnent la nausée...

- Et la deuxième raison?

- La littérature est ma vocation.

- En vendant des livres?

- Il y a un commencement à tout.

- Certes, si l’on considère cela comme étant la première et non pas la derrière des épreuves à subir... Mais le monde de la flicaille aurait pu ou pourrait encore faire de vous un parfait auteur de romans policiers. N’avez-vous jamais songé à ça?

- Si.

- Alors?

- Je ne suis pas assez sophistiqué pour imaginer des situations tordues et énigmatiques.

- Je vois. Vous préférez les histoires à l’eau de rose.

- Question d’âge ou de mentalité...

- Bref, soyons sérieux! Si vous voyez quelqu’un de bizarre, faites-moi signe. OK?

- Vos désirs sont des ordres.

- Non, pas ça, s’il vous plaît!... surtout venant de vous...

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15/12/2016

L'avaleuse de livres (25, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Bonjour mademoiselle, puis-je vous aider dans vos recherches? dis-je.

La belle rousse sursaute. Je m’excuse.

- Non, c’est moi... c’est de ma faute, j’étais trop absorbée pas cette histoire, s’accuse-t-elle.

- Quelle histoire?

- Celle que je tiens dans mes mains.

Elle semble toute troublée.

Elle hoche la tête et elle rectifie:

- Celle du roman que je tiens dans mes mains, bien entendu.

Puis elle me dévisage et m’explique:

- Vous me rappelez terriblement quelqu’un.

- Quelqu’un de bien?

- Forcément.

- Pourquoi forcément?

- Parce que je suis trop flemmarde pour me souvenir des autres.

- Qui ça les autres?

- Les méchants et les cons.

- Précisez!

- Les jaloux, les sadiques et les tyranniques. Mais aussi les flics, les esprits conventionnels, les fanatiques et les extrémistes.

Je sourit.

- Pourquoi souriez-vous? me demande-t-elle.

- Parce que ce que je constate que je ne suis pas le seul à tenir le même discours. Nous avons dû subir une éducation si...

Subitement, elle me coupe la parole et me demande:

- Puis-je sentir vos cheveux?

- M... mais... mes cheveux sont sales? je lui réponds, tout interloqué.

- Aucune importance... C’est ainsi que la femelle reconnaît son mâle et vise versa. Et la mère ses petits.

- ...

- Laissez-vous faire et il n’y a plus de pourquoi ni de parce que entre nous. D’accord?

Je m’approche d’elle et je baisse la tête.

Elle aspire et expire deux fois, me repousse gentiment puis, avec un étrange sourire, elle me dit:

- C’est ce que je pensais... Accepteriez-vous que l’on se revoit ce soir vers huit heures au Santa Fee?

- Je ne sais pas où c’est mais je trouverai...

Elle court vers la caisse et me crie presque:

- A tout à l’heure donc et dites à KGB deux que j’achète aujourd’hui et que j’ai l’oreille très très fine!

Mais qui est-elle cette beauté inespérée? Plus adorable qu’un ange. Plus mystérieuse qu’une fée. L’orphelin que je suis a-t-il une chance de trouver chaussure à son pied?...

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14/12/2016

L'avaleuse de livres (24, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Une librairie n’est pas une demi bibliothèque... Alors, s’il vous plaît, allez le lui faire comprendre. Avec fermeté et diplomatie.

Désastreuse est cette demeure où l’on accueille le visiteur avec tant de scrupule et de méfiance. Sombre est sa lumière et ses murs semblent dégouliner de peur. Les vieilles tombes sont nettement plus avenantes.

Fléchir aux plus miteuses recommandations de son supérieur hiérarchique, c’est se soumettre à sa volonté comme un gentil petit toutou. Mais que faire lorsque l’on n’a aucune réserve pour remplir sa gamelle?

J’ai bien beau aboyer, miauler ou crier comme un putois mais qui comprendra mon désarroi? Les hommes sont soit désemparés soit indifférents face aux hurlements du désespéré et Dieu est sourd comme une carpe. Seul le héro est prêt à brûler ses ailes.

Mais pourquoi faut-il que je me comporte comme lui pour vaincre ce désordre qui en moi. Un désordre engendré par un ordre. Cette angoisse qui flirte souvent avec le vide et la mort. Ne suis-je pas assez rusé pour éviter ce titan? Si, je le suis.

- Bonjour mademoiselle, puis-je vous aider dans vos recherches? dis-je...

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13/12/2016

L'avaleuse de livres (23, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Ivan, approchez-vous le plus possible de moi, chuchote-t-elle.

J’avance lentement. Fébrilement.

- Et soyez tout ouï.

Mon oreille gauche est presque collée à ses lèvres.

- Je vous écoute, Madame.

- Surtout ne vous retournez pas. A votre droite, il y a une jeune fille qui bouquine comme une folle.

- La jolie rousse qui a une petite cicatrice sur le front?

- Eh bien! Vous êtes plus observateur que je croyais...

- Admiratif.

- Vous la trouvez vraiment belle?

- Splendide. Et vous, pourquoi la trouvez-vous cinglée?

- Parce qu’on dirait qu’elle est en train d'avaler le livre.

- Comment ça?

- Elle lit à une vitesse effarante. Les pages tournent, tournent...

- Elle feuillète donc?

- Non, elle ingurgite les mots, les phrases, les paragraphes, des chapitres entiers comme un crève-la-faim.

- Est-ce un crime d’avoir faim de connaissance?

- C’en est un quand on gobe tout de cette façon.

- Comment peut-on juger quelqu’un aussi rapidement que ça?

- Le récidiviste plaide forcément coupable sans le savoir.

- Ce qui signifie?

- Qu’elle passe régulièrement au magasin... et c’est toujours la même scène. De ce fait, on l’a baptisée l’avaleuse de livres.

- Qui on?

- Moi.

- Et les autres?

- N’y voient que du feu.

- Et elle n’achète jamais rien?

- Si. Une fois sur deux ou sur trois.

- Dans ce cas, où est le problème?

- Une librairie n’est pas une demi bibliothèque... Alors, s’il vous plaît, allez le lui faire comprendre. Avec fermeté et diplomatie...

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12/12/2016

L'avaleuse de livres (22, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMadame Smirnova se pointe à l’horizon.

Qu’est-ce qu’elle veut encore cette vieille starlette?

D’après ce que j’ai espièglement entendu, on la surnomme aussi: soviet suprême, KGB deux, troisième œil, tigresse de Sibérie, fausse jupe, zèbre à deux pattes, pet du Caucase et tant d’autres sobriquets farfelus et dégoûtants que j’ai volontairement oubliés. Ou bannis à jamais de ma mémoire par respect pour cette dame. Car malgré sa sévérité et son arrogance, il y a quelque chose qui me plaît en elle. Quant à savoir exactement quoi: mystère et boule de gomme. Mais, afin de satisfaire la curiosité et le voyeurisme de n’importe quel psychiatre, je dirais ironiquement: sa démarche de mannequin légèrement handicapé et son popotin dansant.

- Ivan, approchez-vous le plus possible de moi, chuchote-t-elle.

J’avance lentement. Fébrilement.

- Et soyez tout ouï.

Mon oreille gauche est presque collée à ses lèvres.

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11/12/2016

L'avaleuse de livres (21, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMais après la douche, chaude ou froide, le corps et l’esprit réagissent différemment. Subissent le sort de la normalité. Les sensations, les émotions abandonnent rapidement leur place en faveur des éventuelles réflexions.

Une sauterie en mon honneur, pour le seul fait d’avoir signé un bout de papier est, pour moi qui n’ai connu la moindre fête d’anniversaire, un cadeau démesuré, surréaliste, absurde. Jamais de vie, on m’a mis sur un piédestal. Au contraire, j’ai subi plus de critiques que n’importe quel type de mon espèce. A vomir de rage et de honte.

Un enfant sans père ni mère, condamné a vivre dans un orphelinat, que l’on force jour et nuit à garder ou à cacher ses larmes sous peine d’être puni ou mal vu par ses camarades, se forge inévitablement un avenir plein de retenues. La liberté, tant proclamée par les poètes, les philosophes et les pédagogues au grand cœur, aura beaucoup de difficulté à fleurir dans sa cervelle.

Dieu que l’éducation parentale est tellement vitale et bénéfique pour chaque individu! Même maladroite ou inachevée. Celle de l’état et de l’école n’est qu’un ramassis de connaissances et de contraintes. Car l’ombre de l’amour, ce n’est pas l’amour. Et ne le sera jamais...

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10/12/2016

L'avaleuse de livres (20, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDurant toute la journée, mes collègues présentes ne cessent de me sourire et de me féliciter. Deux fois au minimum. Les autres, celles qui sont en congé vu que le magasin est ouvert sept jours sur sept et que nous ne travaillons que quarante heures par semaine, ne tarderont pas à les imiter. Car le téléphone arabe ou pas arabe marche à merveille avec elles.

Je me demande ce qui se passe dans leur petite tête à ces belles créatures nées toutes à l’époque soviétique?...

Ah oui, j’ai oublié de vous signaler: j’en ai compté douze mise à part la responsable. Douze libraires comme les douze complices du Nazaréen roi des Juifs. Ça fait treize maintenant avec moi. Le Judas de la compagnie selon la mère supérieure, pardon Madame Smirnova. C’est ce que je pense qu’elle pense. Car au pays des vierges impures le visiteur mâle n’est autre que le serpent engendré par Satan. Prêt à les mordre, les salir davantage, les rendre folles, les propulser totalement hors d’elles-mêmes.

Oui, j’en ai compté douze. Cinq Tatiana, trois Natacha, deux Elena et deux Svetlana. Heureusement que la vieille s’appelle Irina.

La plus jeune des Tatiana, me semble-t-il, s’approche de moi, m’embrasse et me dit:

- Bienvenu au royaume des forêts assassinées...

Une écolo probablement.

- Mes copines et moi avons décidé d’organiser une sauterie pour l’occasion. Tu es d’accord?

- Oui mais, je réponds ému et désemparé.

- C’est le fric qui t’inquiète?

- Je suis fauché actuellement.

- Nous le sommes tous. Mais sache qu’ici la personne qui propose casque. Compris?

- Compris... Où et quand?

- Tu recevra une invitation en bonne et due forme, camarade libraire attitré!...

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09/12/2016

L'avaleuse de livres (19, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLe lendemain matin, je m’éclipse de la maison comme un voleur. Pour éviter toute conversation, orageuse ou chargée d’interminables excuses, avec les Hofmann.

Je prends le bus 21, descends quelques arrêts plus loin, traverse la rue Kirova et me dépêche de rejoindre mon poste minable.

A peine arrivé, Madame Smirnova m’appelle:

- Kurkunof, dans mon bureau!

J’obéis. Le contraire serait une erreur fatale. La rue, la mendicité, le vol, la prison ou la mort. Nous sommes tous des condamnés à vie. Dont la plupart condamnés à bosser pour des gnognotes. Elle est belle cette égalité!

- Qu’est-ce j’ai encore fait de mal, cheffe? je demande, crispé comme un bleu face son caporal.

- Que vous arrive-t-il? Souffrez-vous d’un excès de culpabilité? me demande-t-elle.

- Non, madame.

- Alors détendez-vous! Je vous préfère arrogant, un peu voyou sur les bords...

- En somme... non rien.

- Si.

- Non.

- Si... Je vous t’écoute.

- Je voulais dire... il m’arrive de me raidir temps en temps. Surtout quand un ordre fait boum dans ma tête.

- Boum dans votre tête?

- Parfaitement.

- Décidément, j’aurais tout entendu dans ce magasin. Bref! Soyons sérieux!... Ça vous plaît de travailler avec nous?

- Avec vous et davantage, oui.

- C’est-à-dire?

- J’aimerais aussi être en contact avec les clients. Les conseiller, leur proposer tel ou tel autre ouvrage à la place de...

- C’est justement pour cela que mon canon a sonné.
- Je ne comprends pas.

Et Irina Guennadieva Smirnova, me déclare solennellement:

- Cher Ivan, après deux semaines de stages convaincantes, la patronne que vous n’avez jamais vue mais dont l’œil est aussi vigilant que celui de Moscou, désire que vous soyez nommé officiellement libraire à la Maison du livre de Guelendjik. Le désirez également?

- Fermement, je réponds le sourire jusqu’aux oreilles.

- Cela étant, elle vous propose un salaire de vingt mille roubles par mois à partir de tout de suite. Êtes-vous d’accord avec cette proposition?

- Sans la moindre hésitation.

- Dans ce cas, veuillez signez ici.

Et je signe ainsi mon premier contrat de travail...

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08/12/2016

L'avaleuse de livres (18, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe m’allonge sur mon lit. Je regarde le plafond. On dirait une page blanche. Vierge. Prête à s’offrir à celui qui désire s’exprimer. Telle une complice amoureuse et silencieuse. Telle une adolescente follement curieuse de découvrir la sensation d’un langoureux baiser. Sur son tendre sein. C’est palpitant. Excitant. Encourageant. Prometteur. Pour la récidive: on se bouscule déjà au portillon... Un mot en cache un autre. Fait appel à un autre. Mais lequel se jettera le premier à l’eau, osera plonger dans cette mare des incertitudes? Commencera à dévergonder cette blancheur immaculée? Sera-t-il seul ou accompagné? Le solitaire n’a aucune chance de survivre. D’engendrer. S’agira-t-il d’un article suivi d’un nom commun, d’un pronom suivi d’un verbe, d'un verbe suivi d’un point interrogation ou d’un adverbe suivi d’un point d’exclamation? Il y a tant de questions honorables. Malheureusement, toutes pour des réponses suspectes. Les livres m’ont ouverts les portes du savoir mais aussi celle du doute et de la méfiance. Et je remercie le Ciel pour m’avoir permis de m’égarer sur les colossales et périlleuses étagères de la connaissance. N’obligeant ainsi à me répéter tous les matins en me rasant: je sais tellement de choses sur toi, pourtant je ne te connais pas assez voire pas du tout. Misérable est donc mon destin!...

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