23/01/2017

L'avaleuse de livres (56, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMa cheffe me dévisage longuement puis s’apprête à me suggérer:

- Finalement, rien... ce n’est ni le lieu ni le moment... Ah, oui! Les filles m’ont parlé d’un petit festin qu’elles veulent organiser, j’attends l’accord de la patronne... Allez! Passons aux choses sérieuses!

Tout est sérieux et rien ne l’est.

Travail, travail, travail! Elle n’a que ça dans son crâne d’obus, la pauvre. Que de la matière grise réduite en poussière. Pour servir comme un larbin les patrons profiteurs et magouilleurs. Ce sont des femmes comme elles qui ont permis Lénine, Staline et leurs complices de grimper quasi jusqu’au ciel...

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21/01/2017

L'avaleuse de livres (55, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgComme tous les matins ou presque, Madame Smirnova se précipite vers moi et m’ordonne, comme si j’étais personnellement responsable du désordre des livres causé la veille par les clients:

- Rangez-moi votre bordel!... Tous les bouquins déplacés doivent retourner à leur place et à leur position initiales. Toutes seules ces fichues œuvres, malgré toute l’intelligence qu’elles émanent, en sont totalement incapables. Combien de fois encore dois-je vous le répéter?

- O.K. Irina mais ce n’est pas mon bordel, pour la ixième fois, je riposte.

- O.K.? Vous jouez à l’amerloque maintenant?

- Qu’avez-vous contre les Américains?

- Rien mais... c’est un peuple de dégénérés.

- C’est pour cela que presque les trois tiers de la planète les imitent?

- ...

- Vous écoutez trop nos chers politiciens exaltés à la télévision ou à la radio...

- Pas de politique ici!

- Je peux disposer?

- Non. J’ai une nouvelle à vous annoncer.

- Bonne ou mauvaise?

- Nom de Dieu! Ne soyez pas aussi crétin que la plupart des gens... Angoissé...

- Je vous écoute, Irina Guennadievna.

Ma cheffe me dévisage longuement puis s’apprête à me suggérer:...

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20/01/2017

L'avaleuse de livres (54, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgL’écrivain, l’éditeur, le libraire, le lecteur, et le bibliothécaire.

L’auteur, ses juges, ses bourreaux et son cimetière.

Le ruisseau, la rivière, le fleuve et l’océan.

Quand je contemple la mer, je comprends tout. Du moins, je crois comprendre ce tout. Ce tout qui n’est peut-être rien. Ou... le trou noir de l’existence. Le judas de l’éternité. Par lequel, Dieu nous observe.

Qu’attend-t-il de nous, ce voyeur invisible, ce farceur impérissable? Question absurde, réponse irrationnelle...

Lilit et Denisa se mêlent à cette salade cérébrale.

Merde! Cassez-vous! Du balai, il faut que j’aille à mon gagne-pain...

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19/01/2017

L'avaleuse de livres (53, à suivre)

Mon île, mon refuge, ma chambre!Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg

Loin du tumulte et de la folie des hommes. Où chacun tire la couverture à soi, sans vergogne, persuadé d’être le meilleur, le plus méritant.

Loin des jugements hâtifs et des préjugés innés, transmis viscéralement de père en fils.

Loin des sourires forcés, des compliments douteux, des discours hypocrites et des fausses et contradictoires promesses.

Éloigné de tout cela, j’évite de me comporter comme une épave. De me laisser trimballer par les vagues de mes propres tiraillements.

Je m’étends sur mon lit douillet, la plus belle plage déserte de mon îlot. Et je m’endors...

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18/01/2017

L'avaleuse de livres (52, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Ton horloge biologique est-elle en train de te ronger la cervelle?

La banalité, comme la stupidité, est parfois une épée qui pourfend les cœurs malgré elle.

Alors Denisa alias Lilit alias je ne sais quel démon me répond froidement:

- Il vaudrait mieux que tu t’en ailles.

- Mais... mais...

- Cesse avec tes mais à la con! La sortie est à gauche, au bout du couloir. Et, par respect envers les morts, ne pique rien en partant!

- Pf!

La porte claque, l’ascenseur m’échappe, l’escalier m’interpelle, les marches défilent à grande vitesse, l’air frais m’accueille... enfin sauvé!

J’ai envie de pleurer. Déçu de moi, d’elle, de tout. Mais mes larmes sont toujours sèches. D’aucune utilité selon ma condamnable éducation. Ma face est celle d’un rat qui vient tout juste d’éviter un piège. Lequel? Trop bête pour le savoir! Je donne préférence à la gueule de bois. On ignore moins ses causes.

- Et, par respect envers les morts, ne pique rien en partant! je mâchonne comme un vieillard aigri... Que voulait-elle insinuer par là? Encore une énigme merdique!...

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17/01/2017

L'avaleuse de livres (51, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgFace à la femelle en chaleur, le mâle joue le jeu. Il se laisse emporter par les sensations de la chair. Mais le poète réagit différemment. Désemparé, voire totalement déconnecté de la réalité et singulièrement de ses attentes, il reste de marbre car il se sent manipuler comme un morceau de pâte à modeler. Désagréable! Insupportable! Intenable! Odieux! Au point où tous ces qualificatifs ne lui suffisent pas pour définir et comprendre une telle situation. Ainsi:

- Attends, attends, s’il te plaît! dis-je en la repoussant gentiment... Avant d’aller plus loin, il faut que je te dise quelque chose.

Le ricochet est immédiat.

- Tu as quelqu’un d’autre, j’en suis certaine, j’aurais mieux fait de t’ignorer, débite-t-elle comme un robot, l’élocution monotone et le regard absent.

- Je t’aime, Denisa, je lui avoue... Tu te trompes complètement, je n’ai personne d’autre à part toi...

- Alors pourquoi tu me repousses?

- Parce que je préfère la brise à la tempête. Les petits pas aux enjambées d’ogre...

- Mais je suis une femme, je n’ai plus l’âge de patienter. J’ai déjà perdu assez de temps comme ça... Et je ne sais que faire des belles et rassurantes phrases maintenant!

- C’est-à-dire?

- ...

- Ton horloge biologique est-elle en train de te ronger la cervelle?...

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16/01/2017

L'avaleuse de livres (50, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgAmant! Ce lemme composé de deux phonèmes provoque en moi un sentiment inhabituel, paradoxal. Quasi inexplicable. Une sensation de bien-être et de malaise à la fois. Désir et acerbité. Plaisir et chagrin. Douceur et brutalité. Panache et fuite. Allez savoir pourquoi!

Alors, suite à cette nébuleuse mentale, je lui déclare d’un ton facétieux:

- Je te trouve belle, splendide, superbe... et j’aimerais tous les surpasser, ces ersatz du bout de l’enfer. Mais! Quand les mais se mêle au miel, le vinaigre accoure aussitôt et je patauge prestissimo dans la mélasse.

Lilit me regarde d’un air interrogatif.

- Non, ne crains rien, je ne suis pas encore fou, je lui explique... Tu me troubles au plus haut de degré.

- Tu parles trop comme tous les hommes, me dit-elle.

Et, ni une ni deux, l’ex ingénue de mes phantasmes enfantins, se jette sur moi, me caresse et me dévore de baisers...

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15/01/2017

L'avaleuse de livres (49, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Allons nous perdre maintenant dans mon royaume, me propose-t-elle en me tendant les bras.

- Où ça?

- Dans ma chambre personnelle.

Nous suivons un long couloir tapissé d’un tissu baroque de couleur turquoise. Interminable!

Pathologiquement, je crois entendre Les Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi. Hallucinant!

J’explose de béatitude. Ou presque. Je suis aux anges.

Lilit pousse une porte et c’est la stupéfaction dans toute sa splendeur. Je suis à deux doigts de m’évanouir.

Le livre est partout. Omniprésent. Dominant. Debout, penché, couché, fermé, ouvert... qu’importe, c’est lui le roi. Égoïstement, il ne laisse qu’une ridicule petite place à un misérable matelas jeté sur le sol. Heureusement, les draps, bien que très froissés, semblent propres.

- Voilà, c’est ici, me dit-elle... Je te présente mes amants...

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13/01/2017

L'avaleuse de livres (48, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgA quoi ça sert tous ces objets de collection? Ces bibelots religieusement déposés sur d’étincelantes étagères? Et ces trucs figuratifs et ces machins abstraits crucifiés contre les murs? A plaire? Faut-il encore avoir le sens artistique ou l’attirance inné des belles choses! A rassurer? Seul le cupide a besoin d’assurance. A raconter? A raconter quoi? Des histoires? Quelles histoire? Celles des créateurs, celles du ou des acquéreurs ou celles que l’on se force à imaginer?

Tout cela me rappelle étrangement un magnifique gâteau de chocolat confectionné de pain moisi et de fruits pourris que l’on nous offrait à l’orphelinat les jours de fête. Les officiels étaient toujours là pour la photo de groupe mais n’en goûtaient jamais.

A gauche du démesuré canapé sur lequel je me suis effondré par pur plaisir, je découvre, posé sur un chevalet, le portrait d’un clown tirant la queue d’un âne.

- Quel con! je murmure en soupirant.

La poudre, le fard camoufle les blessures. Mais le soir, après le spectacle, que redécouvre-t-il ce bouffon en se démaquillant?

Mais Lilit arrive sur le plateau, si vous permettez prématurément cette expression.

- A quoi tu penses? me demande-t-elle.

Est-ce une obsession chez elle? Ou un tic verbal comme ça va la santé, le boulot ou la famille? Qu’est-ce ça peut te foutre, nous ne couchons pas encore ensemble?

- A ton appart, je lui réponds. J’ai l’impression de m’être égaré dans un studio de cinéma. Ou plus exactement dans le local d’un accessoiriste.

Elle rigole. Et moi donc au fond de moi-même!...

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12/01/2017

L'avaleuse de livres (47, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgUne demi-heure plus tard, après avoir trainé le long de la corniche comme deux collégiens timidement amoureux, nous entrons dans un spacieux et luxueux appartement de la rue de la Révolution. Où des toiles de maître, des bouquins reliés et des statuettes anciennes semblent avoir appartenu à l’aristocratie pré-soviétique.

- Tu travailles ici? je demande à ma copine d’enfance, candidement et à voix basse, ébloui par la splendeur du décor.

- Non, j’habite ici, me répond-t-elle, avec un petit sourire plein de fierté.

- Dans ce... musée?

- Oui, dans ce capharnaüm exceptionnellement rangé.

- Ça appartient à qui?

- À de richissimes fabricants de basturma.

- Tu es leur locataire?

- En quelque sorte. Provisoirement.

- Et eux où vivent-ils?

- Ailleurs?

- Où ça?

- C’est trop tôt pour t’en parler.

- Chaque chose en son temps, n’est-ce pas?

- Tu as soif?

- Pas trop. Où est ta chambre?

- Serais-tu du genre rapide?

- Tu me sous-estimes, ma chère Denisa.

- Désolée.

- On peut s’asseoir quelque part ou c’est défendu comme dans les musées?

- Doublement désolée. Fais comme chez toi. Je vais vite quelque part. Débarrasse-toi de ton blouson si ça te chante...

- Et des chaussures?

- Ce n’est pas une obligation chez moi.

Elle disparaît de ma vue...

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11/01/2017

L'avaleuse de livres (46, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Je n’abuserai jamais de toi, me dit-elle... Comment le pourrais-je après de si nombreuses années de recherches et de lourds silences?

Tant d’alliances ont volé en éclats. Rares sont ces promesses d’amitié, d’association, d’union, d’éternel concubinage ou de pieux mariage qui ont tenu la route. Intactes, sans blessures ni égratignures. L’homme est un animal assoiffé de sexe et de pouvoir. L’autre n’est souvent pour lui qu’un produit de consommation, d’achèvement. Il promet monts et merveilles pour attendrir, hypnotiser et ainsi mieux attraper sa proie, ses proies. Le vrai héros n’existe que dans les légendes. Beau, grand, fort et forcément castré afin de ne pas avoir le moindre penchant pour qui que ce soit. Neutre, objectif, impartial, impassible, je le serai jamais. Car je suis incapable de trahir mon âme au nom d’une chimère. Thèse et foutaise riment si bien ensemble.

- A quoi et à qui tu penses? s’inquiète Lilit.

- A Dieu et aux hommes, je réponds calmement, le regard vague.

- Viens! me dit-elle d’emblée, en se levant. J’ai envie de te montrer quelques unes de leurs œuvres...

11:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/01/2017

L'avaleuse de livres (45, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLilit semble toute horrifiée.

- Savonnette humaine? marmotte-t-elle.

Pourquoi faut-il de j’exagère toujours, que je dramatise tout et que j’invente souvent des termes ou des expressions nouvelles? Est-ce une tare héréditaire? Ou une qualité nécessaire pour devenir romancier?

Il n’y a aucune riposte aux cris de l’étranger perdu en plein désert, au milieu de nulle part. Aucune tribu au lointain, aucun berger prêt à se sacrifier pour retrouver la brebis égarée. Personne. Rien. Car ces lamentations proviennent d’un orphelin. Créature, création dépourvue de racines.

- Savonnette humaine, répète-t-elle... Qu’est-ce que ça signifie?

- Que je sens la rose et le muguet mais que je glisse facilement des mains lorsqu’on m’utilise trop, je lui explique.

- Je n’abuserai jamais de toi, me dit-elle... Comment le pourrais-je après de si nombreuses années de recherches et de lourds silences?...

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09/01/2017

L'avaleuse de livres (44, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Telle Denisa, telle Lilit!

- Tu trouves vraiment que je n’ai pas changé?

- Aussi mutine qu’auparavant.

- Toi, par contre, c’est l’eau et le vin. Qu’ont-ils fait pour te rendre ainsi... aussi... aussi différent?

- Ils qui?

- Les éducateurs de l’orphelinat.

- Ils m’ont écrasé, rabaissé, étouffé, humilié, offensé, réprimé, mortifié... domestiqué, dressé comme on dompte un animal ultra sauvage. Jusqu’à ce que je me métamorphose en une vraie savonnette humaine.

Lilit semble toute horrifiée.

- Savonnette humaine? marmotte-t-elle...

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08/01/2017

L'avaleuse de livres (43, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLangoureux baiser où nous mènes-tu?

Après tout acte amoureux toute déclaration est superflue. Mais souvent hors de propos. Que faire alors? On rote et on pète bien après un dîner d’affaire, non?

- Au fait, comment dois-je t’appeler, Lilit ou Denisa? je lui demande.

- Selon ton humeur ou ton humour du moment, me répond-t-elle toute joyeuse.

- Et au fait, pour en finir avec les au fait, qu’est-ce que tu fabriques dans la vie à part avaler des livres comme prétend ma cheffe?

- Elle t’a répété ça, la gouine? Cela ne m’étonne pas d’elle. C’est moi qui lui ai parlé de ma dépendance à la littérature, aux récits romanesques...

- Mieux vaut ça... que d’être alcoolique ou droguée...

- C’est pire.

- Pire?

- Oui, pire.

- Comment ça?

- Parce que tous les abrutis de psys pensent le contraire. En tout cas tous ceux je connais. Donc, donc et donc... pas moyen de trouver remède, même en suppliant ou en priant.

- Tu es sérieuse ou tu te moques de moi?

- Je plaisante à moitié.

- Telle Denisa, telle Lilit!

- Tu trouves vraiment que je n’ai pas changé?

- Aussi mutine qu’auparavant...

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07/01/2017

L'avaleuse de livres (42, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgComme décidé, Lilit règle la note et nous quittons le Santa Fe.

A un cinquante de mètres du restaurant, il y a un banc. Nous nous asseyons. L’un à coté de l’autre. Pas trop près. Face à la mer. Plus noire, plus inquiétante que jamais. Ses flux et reflux aiguisent mon appréhension. Tels les battements de cœur d’un monstre prêt à me dévorer. Pour le plaisir. Quel monstre? Quel plaisir?

La peur est là dans toute sa gloire. Victorieuse à l’extrême. Avec toute son armée. Tous ses généraux et ses incalculables petits soldats déguisés en affolements, frayeurs, frissons, paniques et autres phobies.

Tout à coup, Denisa se colle à moi et pose ses lèvres sur les miennes.

L’héroïne prend la fuite aussitôt. Lâchée en une fraction de seconde par ses fidèles.

Alors nos bouches n’hésitent pas un seul instant à faire connaissance. Plus amples et profondes connaissances que d’habitude. Les mots et les phrases ont donc cédé leur place aux mouvements et à la fluidité de la langue.

Langoureux baiser où nous mènes-tu?...

10:06 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/01/2017

L'avaleuse de livres (41, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgStop! Impossible d’absorber quoi que ce soit de plus. J’en ai pris plein l’estomac. Plein la cervelle. Émotion sur sensation sur émotion sur sensation!

- On paye? Je suis saturé, dis-je avec agacement.

- Saturé? Saturé de quoi? me demande Lilit, toute étonnée.

- De tout et de rien.

- Tu n’aimes pas la fondue?

- Il ne s’agit pas de ça.

- De quoi alors?

- J’ai besoin de voir la mer.

- Il te suffit de tourner la tête.

- Pour toi tout est facile, vite réglé.

- Qu’y a-t-il Ivan, tu es déçu de nos retrouvailles?

- Je ne sais pas, je me sens tout bizarre...

Illico presto, je me lève, je cours aux latrines et je vomis presque mon âme.

Ciel que le corps et l’esprit sont si soudés!....

07:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/01/2017

L'avaleuse de livres (40, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDenisa alias Lilit me sourit. Puis elle me dit:

- Il n’ y a que les montagnes qui ne changent pas. Les photographies jaunissent, rosissent, palissent et s’éclipsent quand elle sont de très mauvaise qualité. Et nos plus beaux souvenirs ne sont que des images que nous préservons contre l’usure du temps en les remuant sans cesse dans notre tête. Nous les embellissons souvent, probablement, de peur qu’elles disparaissent.  À tort ou à raison? Notre sensibilité est notre seul juge. Suis-je faible? Suis-je forte? Je suis ce que je suis. Le jugement de l’autre m’importe peu ou guère. Car il n’est ni mon miroir ni mon guide. Et les guides, je ne sais qu’en faire, à part ceux des hauts sommets, il y va de soi pour une grimpeuse comme moi.

Mon cœur se met à palpiter comme un fou.

- Le verbe serait-il plus puissant l’image? je murmure.

J’ai envie de pleurer. Malencontreusement mes larmes sont sèches. Forcées à l’être par éducation. Mon éducation. Malmenée.

Alors je répète:

- Oui, c’est toi.

Et j’ajoute:

- Jusqu’aux entrailles...

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03/01/2017

L'avaleuse de livres (39, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Elle était rousse et sa rousseur dérangeait quelqu’un qui considérait que le roux était destiné aux sorcières et aux prostituées.

- Peut-être.

- Non, pas peut-être mais certainement.

- Je n’en suis pas convaincu.

- Moi, si!

- Qu’est-ce qui te pousse à l’être?

- C’était moi.

- Toi qui?

- Cette espiègle qui t’a marqué pour toujours selon toi.

- Tu plaisantes?

- Non, Ivan Kurkunov, c’est la vérité.

- Impossible, elle s’appelait...

- Denisa Belova... C’est moi. C’était moi. Mes parents adoptifs ont souhaité que je change de prénom et que je prenne leur nom de famille.

Merde alors! Dieu est vraiment un sacré farceur. Plein de subtiles intentions. Tantôt douces, tantôt salées. On dirait qu’il nous cuisine à sa guide, selon son humeur.

- C’est toi, vraiment toi? je lui demande, profondément ému, bouleversé, à la fois content et déçu de moi-même... Oui, c’est toi... Mais comment est-ce possible que je ne t’ai pas reconnue tout de suite?

Denisa alias Lilit me sourit. Puis elle me dit:...

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02/01/2017

L'avaleuse de livres (38, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu l’as aimé? je lui demande.

- Je l’aime encore, me répond-t-elle en me foudroyant du regard.

Puissante et bouleversante expression! Aucune fille, aucune femme ne m’a regardé auparavant avec une telle intensité. Suis-je ce galopin frimeur qu’elle a coudoyé dans ce fabuleux jardin sans barrières ni pancartes? Ma mémoire s’est-elle insurgé contre ses nobles et propres obligations? Les brumes du passé nous empêchent-elles parfois d’apercevoir le passé lui-même?

- Ton anecdote m’a dérangé et me dérange encore, je lui avoue curieusement... Car quand j’étais gosse, j’ai connu une adorable gamine qui m’a marqué à jamais.

- Blonde, brune, noiraude, rousse, mince, grosse? me sonde-t-elle.

- Difficile de préciser, on lui colorait souvent les cheveux. Tantôt en blond foncé, tantôt en noir ou presque...

- Pourquoi?

- Je l’ignore.

- Elle était rousse et sa rousseur dérangeait quelqu’un qui considérait que le roux était destiné aux sorcières et aux prostituées.

- Peut-être.

- Non, pas peut-être mais certainement.

- Je n’en suis pas convaincu.

- Moi, si!

- Qu’est-ce qui te pousse à l’être?...

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31/12/2016

L'avaleuse de livres (37, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLilit baisse les yeux, comme pour se concentrer, et me dit:

- Le son de sa voix était si doux, si mystique, si envoûtant que les mots, trop savants pour elle en ce temps-là sans doute, ne semblaient faire que de la figuration. Puis... Mais... Aussitôt séparée de lui par de cruelles et inattendues décisions, au fond de l’abîme par ses larmes, l’innocente se jura de le retrouver un jour pour le supplier de lui relire ce poème. Et ce afin de comprendre la signification de son message. Entre autres... en autres...

Elle relève les yeux et poursuit, plus décontractée:

- Les années passèrent. Les enfants grandirent. Devinrent adultes, ou presque. Malheureusement... Pas d’écrivain célèbre en vue. Trop tôt. Ou jamais. Car la célébrité émerge plus facilement du scandale que du talent. Et le garçon était d’une simplicité, d’une pureté exemplaire... Mais la brûlante nébuleuse composée de lemmes bizarroïdes était toujours là. Dans la tête de l’ex fillette. Que faire alors pour anéantir ce monstre affligeant, consternant, démoralisant, navrant, pitoyable né de l’ignorance? Lire, lire et lire. Dans l’espoir de...

- Dans l’espoir de...

- De revivre grâce aux textes cet instant précieux.

- Tu l’as aimé? je lui demande...

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