11/04/2018

Mes voisines concubines (33, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Malheureusement, sans un complice extérieur, il nous est impossible d’agrandir notre famille. Alors nous avons penser à toi.

- C’était donc ça?

- Ça quoi?

- La proposition que vous vouliez me faire.

- Quelle proposition?

- Oublie ça! J’ai sans doute rêvé. Ça m’arrive assez souvent...

- Rêvé ou pressenti?

- Rhabille-toi et rentre chez toi! Tu commences sérieusement à me désorienter.

- Déboussoler, fourvoyer, embrouiller, embarrasser, déranger, troubler... c’est bon signe, non?...

- Ce n’est pas amusant...

- La bête humaine finira-t-elle par sortir de sa grotte?

- Me pousserais-tu au viol?

- Je n’attends que ça.

- Rejoins ta copine!

- Impossible, elle n’est pas à la maison.

- Alors rentre chez toi pour la deuxième fois...

- Impossible, j’ai perdu mes clés. Ou quelqu’un me les a fauchées.

Séance tenante, Sturm jaillit dans mon esprit et je m’écroule sur le tapis...

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09/04/2018

Mes voisines concubines (32, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgRegarder, contempler, admirer, juger, reconnaître, apprécier, flatter, toiser, critiquer, justifier, ironiser, insulter...

Que de possibilités pour un naïf clin d’œil! Que d’obstacles à franchir avant de pouvoir anéantir une banale spéculation!

- C’est ainsi que tu me vois? me demande Rosetta, toute en enflammée en découvrant mon croquis.

- Ce n’est qu’une vulgaire ébauche, je temporise. Demain, avec l’aquarelle, je tâcherai de dévoiler ta vraie et grande beauté.

- Tu es sincère, tu me trouves belle?

- Plus que ça.

- Jusqu’où irais-tu si tu étais amoureux de moi?

- Je t’épouserais sur le champ si... si...

- Si quoi?

- C’est...

- Si je ne partageais pas mon plumard avec une gouine, n’est-ce pas?

- Que...

- Oui, nous sommes des gouines, des gougnotes, des homosexuelles, des lesbiennes, des inverties, des tribades, des gerbeuses, des brouteuses, des visiteuses de gorges profondes et profanes...

- Ça va, j’ai compris!

- Désolée, je croyais que tu collectionnez les synonymes.

- Pas autant que les antonymes, vu mon esprit de contradiction...

- Pierrette et moi, nous nous aimons.

- Félicitations!

- Ça te dérange?

- Quelle stupide question!

- Malheureusement, sans un complice extérieur, il nous est impossible d’agrandir notre famille. Alors nous avons penser à toi.

- C’était donc ça?

- Ça quoi?

- La proposition que vous vouliez me faire.

- Quelle proposition?...

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08/04/2018

Mes voisines concubines (31, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLe peintre qui n’adore peindre que des femmes nues est certainement le plus patient et le plus malin des prédateurs. Au nom de l’art, sa proie accepte volontiers de frissonner sagement sur un piédestal avant de passer à la casserole...

- Tu as l’air soucieux, me dit l’étudiante en psychologie. A quoi tu penses?

- A rien, je mens. Je culpabilise peut-être.

- Alors dessine-moi! En gris, en noir, en couleur, qu’importe! Crache le morceau sur le papier!

Avec empressement, je sors mon bloc à croquis Bristol et un crayon gras de ma commande et me concentre un bref instant sur la feuille blanche, le désert de toute création.

Puis, après une profonde respiration, tantôt en scrutant le corps bien proportionné de Rosetta et tantôt en griffonnant, je murmure:

- Mer. Bord de mer. Lieu fréquenté par beau temps. Enfants au bord de l'eau? Non. Femmes et chiens? Dans le lointain. La plage est à moi. Les hommes sont ailleurs. Au travail en principe. Tout semble fait pour le repos. Le repos de l'esprit. Étrange machine qui fonctionne jour et nuit. Qui fonctionne avec le temps. Sa nourriture...

- Je peux voir?

- Ne bouge pas!... Nourriture passée. Nourriture en état de putréfaction. Je contre tout. Face à l'infini. Face aux infinies possibilités de vaincre. Là est la question. Vaincre quoi? Vaincre pourquoi?... Mer. Mer de mon enfance. Enfance: paysages de mes larmes, mes tristesses, mes sourires, mes joies... où les parfums et les odeurs s’imposent pour l’éternité. Mer, ma mère, je me jette dans tes vagues. Qui vont et viennent dans l’indifférence la plus totale. Fais attention de ne pas te noyer! me dirait ma concubine si elle était là. Ce serait triste qu’une histoire sous les tropiques se termine ainsi. Pour un caprice. Et voilà!...

Femme nue.jpg

Rosetta vue par Charly, aquarelle d'après le dessin, le lendemain...

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06/04/2018

Mes voisines concubines (30, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgToc! Toc! Toc!

- C’est qui? je hurle spontanément.

- C’est moi, ton adorable voisine, me répond Rosetta, en criant.

Adorable? Depuis quand?

J’ouvre la porte.

- Tu es seul?

Je hausse les épaules.

- Je peux entrer?

Même singerie musculaire.

- Tu es fâché contre moi? me demande-t-elle en pénétrant dans mon appart.

- Pour quelle raison le serais-je?

- Alors pourquoi tu me regardes de travers?

- Je déteste que l’on débarque chez moi à l’improviste...

- Ne sois pas vieux jeu, mon cher Charly... C’est jolie chez toi.

Elle se hisse sur la pointe des pieds, pirouette gracieusement comme une danseuse d’opéra et se laisse tomber sur mon lit.

- Je suis profondément amoureuse de toi, me déclare-t-elle en me tendant les bras... Fais-moi vite un enfant!

Je n’en crois pas mes oreilles. Je reste de marbre.

- A poil, tu verras, tu changeras d’avis, râle-t-elle brusquement en se mettant debout.

Je ne réagis pas.

Elle se déshabille avec rage.

Même le plus maladroit des strip-teases est plus excitant. J’ai presque pitié d’elle.

- Alors? me lance-t-elle une fois toute nue... Toujours aucun effet?... Mon corps mérite au moins de faire plaisir à tes pinceaux, non?

- A quoi tu joues, Rosetta?

Elle s’apprête à s’approcher de moi.

- Pas un pas! je rugit aussitôt.

Elle panique.

- Tu veux que je te peigne ou pas?

- Je ne comprends pas.

- De peindre et non pas de peigner. La peinture et non pas la coiffure...

- Que je suis bête!

- Non, tu n’es bête. C’est la langue française qui nous induit souvent en erreur à cause de ses homonymes... Tu veux ou quoi?

- Quoi donc?

J’hésite un instant puis je propose à Rosetta en souriant:

- Un coup de peigne après tout avant que je te peigne, d'ac?... Avec un peu chance ou de malchance, le modèle et l’artiste finiront par se trouver dans de beaux draps...

14:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

03/04/2018

Mes voisines concubines (29, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgChez moi, il n’y a rien ou presque rien. Mais il y a moi et ça c’est très important pour me retrouver.

Seul et chez moi, je gesticule librement. Mes gestes sont libres.

Ailleurs et avec quelqu’un, surtout avec une personne de sexe féminin, je surveille terriblement mes mouvements et mon langage. J’ai l’impression d’être un figurant maladroit, un mauvais acteur ou la doublure de moi-même. Et ne n’aime pas ça.

J’ai la sensation aussi d’être une poupée gonflable sous haute surveillance, prête à exploser au moindre agacement.

Mes relations intimes et clandestines avec Denise en sont probablement la cause essentielle.

Trop de baisers volés à la lueur de la lune ne permettent pas toujours à un amour de s’épanouir. Au contraire, ils ont souvent tendance à l’étouffer. J’en suis quasi certain. Mes vieux jours me le confirmeront.

Toc! Toc! Toc!

- C’est qui? je hurle spontanément.

- C’est moi, ton adorable voisine, me répond Rosetta, en criant.

Adorable? Depuis quand?

J’ouvre la porte.

- Tu es seul?...

Je hausse les épaules.

- Je peux entrer?...

23:22 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/04/2018

Mes voisines concubines (28, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgSi la mort, ce n’est que du vent, alors la vie n’est qu’une tempête.

Personne n’est revenu de l’au-delà les mains pleines et la cervelle chargée de beaux souvenirs. Les écrits ne sont que des fantasmes rapportés. Où le crédible flirtent souvent avec l’absurde.

Pourtant, le poète n’abandonne jamais l’idée d’un paradis possible.

J’ouvre les yeux.

Où suis-je?

Dans une chambre d’hôpital à ma connaissance. Grâce à l’odeur et à la blancheur du plafond qui ne correspond à celui de mon studio.

Mais qu’est-ce que je fous là?

J’incline ma tête vers la droite.

Aussitôt, Rosetta et Pierrette accourent vers moi.

- Il est vivant! crient-elles simultanément.

Une fois de plus, elles sont synchrones les concubines, me dis-je.

Une infirmière, d’une beauté quasi divine, se jette presque sur moi et me conseille:

- Ne vous remuez pas trop. Pas pour l’instant... Tout va bien, soyez rassuré.

- Mais que faites-vous là? je demande à mes voisines.

- Nous sommes venues te rendre visite? me répond Pierrette. Nous t’aimons beaucoup, tu sais...

- Je me suis cassé la figure avec mon solex, n’est-ce pas?

- Oui.

- Je me souviens de rien... J’ai failli mourir?

- Plus que ça.

- Comment ça?

- Tu étais mort lorsque tu es arrivé aux urgences.

- Non?

- Si.

- Mort, vraiment mort?

- Oui... d’après le médecin de l’ambulance.

- Mais comment se fait-il que tu sois au courant de tout ça?

- Plus tard, plus tard! intervient ma soignante attitrée. Il faut que je lui fasse un brin de toilette maintenant.

On dirait qu’elle me veut à elle toute seule, la belle créature. Vais-je succomber à son charme?

Mon sexe se met subitement à frémir.

A priori, pas le moindre dégât à ce niveau-là, je conclus... Je suis toujours vivace, Dieu que tu es bon!...

11:57 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/03/2018

Mes voisines concubines (27, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLa serveuse, toute tremblante, court vers moi et me glisse à l’oreille:

- Sortez d’ici et appelez la police. Ils vont s’entre-tuer comme des pédés.

Craignant d’être mêlé à un scandale policier inaccoutumé et de me trouver entre les griffes d’une justice corrompue pour des décennies, je ne suis qu’à moitié les recommandations de la jeune femme.

Qu’ils aillent se faire frire en enfer, ces deux branleurs de poulets, me dis-je, une fois dehors. L’humanité n’a nullement besoin de cette race-là pour survivre.

Et ni une ni deux, j’enfourche mon petit cheval à moteur et à fond les gaz.

La ville est belle à regarder à trente à l’heure. Tout paraît plus propre. Tout coule de source.

Les mégots, les crachats, les chewing-gums et les crottes de chien, ce n’est pas pour moi mais pour les piétons.

Je roule, je circule, je vole presque.

Voler et voler. Qui des deux a volé le premier?

Hors contexte, la langue cause souvent des problèmes voire de cruels quiproquos.

Je roule, je circule, je me balade en toute liberté. Tantôt en respectant tant en bravant les règles de la circulation.

Je roule en sifflant, en chantonnant...

En pensant à Denise, à Rosetta, à Pierrette, à ma concierge, à la pute du coin...

A leurs mains, leurs bras, leurs jambes, leurs pieds, leurs seins...

Soudain, j’entends un bruit sourd, je vois des étoiles de toutes les couleurs... puis plus rien...

18:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/03/2018

Mes voisines concubines (26, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLe pain sec se lève, s’approche de moi et me dit:

- Brigadier Favre. On se connaît?

Les images d’un esclavagiste et d’un creuseur de tunnel succèdent à celle du comique. Vais-je lui dévoiler tout mon cinéma intérieur? L’autre est souvent un film confus et obscur projeté pour un seul spectateur.

- Du poste de police? poursuit-il.

L’ombre de Sturm agrippant le fameux trousseau de clés assombrit davantage mon spectacle.

- Hein? ajoute-t-il en bêlant.

- Je ne crois pas, je réponds tout désemparé.

- Alors pourquoi tu m’as zieuté comme un azimuté, tout à l’heure?

- Azimuté? C’est quoi?

- Ne joue pas au con avec moi! Celui qui a essayé dernièrement s’est retrouvé à l’hosto bien amoché...

- A cause d’un mot?

- Tu insistes?

- Non, je persiste.

- Tes papiers?

- Quels papiers?

- Carte d’identité ou permis de conduire.

- Je ne conduis pas.

- Alors la carte.

Et à la vitesse d’un folivora à moitié endormi, je sors mon passeport de la poche de mon blouson et je le lui tends.

Il me l’arrache de la main tel un sagouin tout excité et se met à le feuilleter.

- Beaucoup de voyages chez les bougnoules, murmure-t-il en examinant les visas.

- Les Jordaniens et les Syriens ne sont pas des bougnoules et les Libanais encore moins, je lui fais remarquer.

Il bredouille une phrase dans une langue autre que l’italien. L’espéranto est d'emblée écarté vu sa personnalité. Préjugé oblige! Le corse ou le valdôtain, d’après ma mémoire auriculaire.

- Ça va, t’as besoin d’aide? lui crie son coéquipier en sirotant sa bière grenadine.

- Non merci, je peux m’en sortir tout seul, le rassure mon interlocuteur... J’ai tout de même étudié les hiéroglyphes à l’école.

- Vraiment? s’étonne le gros lard... Quand ça? Où ça? A l’école primaire ou à l’école de police.

- A l’une des deux. Je ne me souviens pas très bien... Tu sais, les périodes, les dates, les anniversaires, tout ce bastringue et moi, ça fait deux.

- Je l’ai souvent constaté. Particulièrement ce matin.

Pain sec me rend sèchement mon passeport, me remercie par un haussement de sourcil, si l’on veut bien surestimer ce mouvement, et va vite se rasseoir en face de son collègue.

Les frères d’armes se dévisagent tels deux chiens en faïence prêts à se métamorphoser en bouledogues enragés.

Du sang, du sang et encore du sang! hurlerait le fils de ma concierge.

Il y a vraiment de la colère dans l’air. Qui dure, qui dure... Le crime n’est pas loin.

La serveuse, toute tremblante, court vers moi et me glisse à l’oreille:

- Sortez d’ici et appelez la police. Ils vont s’entre-tuer comme des pédés...

22:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/03/2018

Mes voisines concubines (25, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgMaladroitement, les deux hommes accrochent leur képi au portemanteau et prennent place près de l’entrée.

Fatalement, je songe à Laurel et Hardy.

Et un tas de scènes de mon enfance refont surface.

Muettes et sonores. Non, silencieuses et bruyantes. Nettes et floues. Non, impressionnantes et inquiétantes.

Et j’ai une envie folle d’étaler sur le papier, brutalement: salle de projection, cinéma, ice cream cloclo, chocolat Royal, anniversaire, innocence et insouciance.

Puis délicatement: je plane au-dessus des jardins de mes récréations préférées. Sans barrière ni pancartes. Pas de vigile ni d’enseignant. Pas de maître à bord. Le bateau navigue librement. Le «un pour tous, tous pour un» ne figure forcément nulle part. Le «chacun pour soi et Dieu pour tous» s’est donc imposé d’office...

Office: quel horrible mot! Il me conduit à orifice qui me conduit à trou noir qui me conduit à trou de balle. Quelle trajectoire intellectuelle due à... à quoi au fait?

À cause d’eux, ces deux harengs saurs coincés dans leurs costumes gris, inévitablement.

Le pain sec se lève, s’approche de moi et me dit:

- Brigadier Favre. On se connaît?

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23/03/2018

Mes voisines concubines (24, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgJe me frotte les yeux et lui propose:

- Fermez boutique et allons ensemble, la main dans la main, chasser la solitude qui règne dans votre chambrette, sans bruit ni trompette, très chère fillette!

Elle sourit puis elle grimace.

- Si seulement, je pouvais, maugrée-t-elle.

- Mais il n’y pas un chat dans ce troquet.

- Pour le moment.

- Alors asseyez-vous en face de moi.

- Je n’ai pas le droit.

- Consigne du patron?

- De qui d’autre?... Votre café est tout froid.

- Tant que le cœur ne l’est pas, le reste ne compte pas.

- Vous êtes un sacré baratineur...

- A quelle heure vous finissez votre service?...

- Et dragueur, par-dessus le marché!

- L’un ne va pas sans l’autre... A quelle heure?...

Mais à ce moment-là, la porte s’ouvre violemment, deux gendarmes entrent, un grand grassouillet et un petit maigrelet, et tout d’un coup, la salle me semble bizarrement toute occupée.

Quel frisson! Hitchcock en serait tout ravi.

Maladroitement, les deux hommes accrochent leur képi au portemanteau et prennent place près de l’entrée.

Fatalement, je songe à Laurel et Hardy.

Et un tas de scènes de mon enfance refont surface...

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21/03/2018

Mes voisines concubines (23, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgJe cadenasse mon quarante-neuf-centimètres-cubes, entre dans un bistro et m’installe tout gaiement dans un coin.

- Bière, rouge ou café? grogne la serveuse qui se trouve derrière le comptoir.

- Un ristrette avec deux crèmes et un verre d’eau, s’il vous plaît, je réponds calmement mais froidement.

- Croissant?

- ...

- Un, deux ou zéro?

- Beurre ou margarine?

- Il faut demander ça au boulanger.

- Alors rien.

- Comme bon te semble, ma chochotte.

Mais chochotte: à peine audible. Tout de même!

Mal assouvie ou mal réglée, me dis-je.

Trois minutes plus tard, en posant le tout sur la table, la rabat-joie me demande à mon grand étonnement:

- Vous aussi vous avez vécu avec les sauvages?

- Les sauvages? je m’exclame... Quels sauvages?

- Ces gens qui vivent à poil et des plumes dans le derrière... comme ceux de Monsieur Paul.

- Paul comment?

- Lambrusco, je crois... L’explorateur qui écrit parfois des pièces...

- C’est Paul Lambert.

- Oui, c’est ça, je me souviens maintenant...

- Il vient souvent ici?

- Pourquoi, vous voulez que je vous le présente?...

- Ah, je vois maintenant! Café et double crème, n’est-ce pas?

- Vous connaissez?

- Un peu, un peu plus mais pas trop... Nous nous sommes souvent rencontrés au Blues Bar. Chez Madame Scarlett, la maman de Bouby.

- Qui ça?

- Bernard Gugelmann, le batteur rock.

- Connais pas.

- Dommage.

- Et maintenant?

- Depuis que je n’habite plus chez mes vieux, je ne fréquente plus personne.

- Personne personne?

Finalement pas si gueuse que ça, je corrige mon jugement. Je me la ferais bien, cette rouquine...

- Personne personne? répète-t-elle.

Je me frotte les yeux et lui propose:

Fascinante Amazonie (1965).jpg

A la mémoire de Paul Lambert...

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19/03/2018

Mes voisines concubines (22, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgCoup de fil de Sergio Ussario. Mon solex est réparé. Je cours le récupérer.

Avec ma pétrolette, je passe devant le commissariat.

Quel triste hasard! Non, suite à une inconsciente décision de ma part! Sturm sort de son usine à souricières juste à ce moment-là.

Naturellement, comme il n’a personne à mettre au violon dans cette lacustre république balnéaire où ne vivent que de gentils petits musiciens à la croix de bois, excepté moi, il me fait signe de m’arrêter, le vilain prédateur.

Mais comme j’ai envie de jouer au gendarme et au voleur, je lui fais un doigt d’honneur.

Signe pour signe, dent pour dent, je rumine... Pour qui tu te prends, fils de pute? Je peux être plus vache qu’une vache quand je veux. Moi, je n’ai rien à perdre. Rien. Pas comme toi, tête de nœud! Ni grade, ni poste. Ni galons, ni casquette. Strictement rien, espèce de pistonné de père en fils!

Et je poursuis gentiment mon chemin.

Mais voilà! Un flic est un flic et, tel un loup aux aguets, il ne perd jamais de vue sa future proie.

A moins que la politique ne s’en mêle!

Cependant, la plupart du temps, les élus du peuple, ceux qui tiennent les ficelles, sont de mèche avec la police.

«Je te protège, tu me protèges. Tu me protèges, je te protège.» Cette rengaine ne cesse pas de circuler dans l' acide désoxyribonucléique du corps politico-policier.

Quand osera-t-on mettre le feu dans cette fourmilière?

21:24 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/03/2018

On a voté en Russie!

Vladimir Poutine est presque sur toutes les lèvres. Un Poutine sans parti ni débats. Quant au programme, on verra ça plus tard. C'est fou comme l'homme a confiance en l'homme, en Russie! On se croirait sur une autre planète. Quasi au paradis.

Oui, Poutine est sur toutes les lèvres sauf sur celles du chat de ma concierge et sur celles de Baba Alla, la sœur d'Ali Baba, cet ennemi de la corruption forcé de se camoufler avec ses copains dans les bois.

On est en plein dans la légende!

12:49 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/03/2018

Mes voisines concubines (21, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgAvant d’écrire, l’homme a peint. Mais avant de peindre, il a regardé.

Regardé, observé, scruté, contemplé, dévisagé, fixé, estimé, jugé, toisé, admiré, touché, palpé et Dieu sait quoi encore! Pour le pire et le meilleur.

On ne devient pas artiste, on épouse l’art malgré soi pour l’éternité.

- C’est la seule compagne qui a su partager tes pires secrets sans jamais pleurnicher, me fera certainement remarquer le Saint Père, le jour du jugement dernier.

J’ouvre ma boîte de peinture et je caresse les tubes. Mes tubes! Car je les ai personnellement choisis. Avec amour. Avec attention et intension...

J’adore le blanc de titane, le jaune de chrome, le vert émeraude, le bleu de cobalt, le rouge vermillon et le noir d’ivoire.

Aucun problème de racisme dans cet univers-là. Les blancs, qu’ils soient de titane ou de zinc, se marient très bien avec les noirs d’ivoire ou de vigne. Jamais on évoquera par méchanceté le chocolat. Et quand les rouges et verts se mélangent, c’est vraiment marron!

Sur une plaque de carton, je peins mes voisines. Au pinceau et à la spatule. Nues et coquines.

Résultat: mystère et boule de gomme! Nues: c’est certain. Coquines: il faut y mettre du sien.

Je conclus donc que mes outils picturaux sont moins révélateurs que mon stylo.

Merde! Quelle frustration!...

Mes voisines concubines.jpg

Rosetta et Pierrette...

12:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/03/2018

Mes voisines concubines (20, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- OK, OK!... Alors allons tous nous coucher. Chacun dans son lit douillet, pour notre sécurité et empêcher toute ambigüité. Car demain, Rosetta et moi, nous avons un cours avec Piaget.

- L’homme à la bicyclette et au béret basque?

- Tu connais?

- De vu et de loin. Comme une hirondelle qui essaye de ne pas trop zigzaguer.

Le temps passe, les doutes s’entassent et les mensonges nous lassent. L’autre est souvent un piège bien camouflé.

Que veulent-elles réellement de moi, ces deux concubines? je me demande au réveil, le lendemain matin.

Et des scènes, les unes plus extravagantes que les autres, se déroulent dans ma cervelle. Tel un film réalisé par un auteur provocateur, méprisant logique et censure. Pour qui seul le frisson compte.

Je vois ainsi mes voisines en train de faire l’amour sous le regard méditatif de leur professeur tant apprécié.

Pourquoi les lesbiennes n’excitent autant?

Rupture de stock! Pas de carabine ni de cartouches pour tuer les ennemis de la compréhension!

Je suis sur un terrain hostile. Au moindre toussotement, je risque d’être pris pour cible et fusillé sur-le-champ.

Au diable donc toute investigation courageuse! L’ignorance préservera ma vertu...

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12/03/2018

Mes voisines concubines (19, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Hvorfor?

- Pardon?

- Hvorfor, c’est pourquoi en norvégien... Alors?

- Pour rien. Ou par pulsion ontogénétique, plausiblement... Ai-je l’air d’un iceberg pour toi?

- Ne psychanalyse pas tout, bon sang!

- Je ne peux pas m’en empêcher.

- Je te comprends. C’est le défaut de toute personne obsédée par sa profession. Le curé voit le mal partout, le banquier nulle part et le flic suspecte même son chef. C’est pour cela que je m’abandonne tantôt à l’écriture, tantôt à la peinture, en passant brièvement par la photographie et le cinéma. Pour n’être prisonnier qu’aucun art, d’aucun style...

- Tu peins aussi?

- Oui... A l'huile et à l’acrylique.

- Des nus surtout, je m’imagine. Non?

Soudainement, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu ce moment-là. Ici, dans cette chambre mais il y a très longtemps.

- Prodigieux, je murmure.

Pierrette reprend le flambeau de leur étrange interrogatoire:

- Ce qualificatif exagéré concerne qui? Elle ou moi?

Je dodeline la tête comme un Indien.

Elle hausse les sourcils.

- Ni l’une, ni l’autre, je réponds finalement, en dodelinant de nouveau ma tirelire... Je viens d’avoir une sensation de déjà-vu. C’était vraiment prodigieux...

- Cela est dû à...

- Non merci! Je ne veux rien savoir. Comme dit souvent mon père, je préfère la lune du poète à la lune du scientifique...

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10/03/2018

Mes voisines concubines (18, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Malheureusement, vu mon profil, je ne mérite pas pareille mission. Je plane quand il faut nager et je nage quand il faut planer.

- En somme, tu es un éternel naufragé qui hésite entre deux rives?

- Quelles rives?

- La gauche et la droite.

Je me gratte la tête et je libère ouvertement ma pensée:

- Un jour peut-être, j’irai gouter la sauce tomate et le cervelas des communistes mais pour l’instant, grâce ou à cause de mon statut de connard et de fils à papa, je me contente de la cuisine parfaite de ma maman car elle me permet de faire joujou avec mes plumes, mes pinceaux et mon appareil de photo tout en mangeant.

- Tu dois forcément avoir un problème avec l’univers du travail ou ton travail, déduit Rosetta.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça?

- Statut, profil, précision, rationalité, information, activité... et ta langue a failli fourcher avant que tu ne prononces ces mots-là.

- Serais-tu psychologue?

- Étudiante en psycholinguistique pour l’instant... Toutes les deux.

- Fabuleux!... Hélas! Tu as fait chou blanc.

- Vraiment?

- Même la plus maligne des sciences n’arrivera jamais d’une seule jambée à la cheville de la vérité.

- Tu ne bosses pas?

- Sérieusement: non... C’est fou comme les gens n’étendent que ce qu’ils veulent entendre! Combien de fois encore dois-je me foutre à poil pour que vous me croyez?

- C’est bon! Je constate que tu n’es pas un menteur.

- C’est si important pour toi, pour vous?

- Très!

- Hvorfor?

- Pardon?...

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09/03/2018

Mes voisines concubines (17, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgHeureusement pour moi, je n’ai nullement besoin de marie-jeanne ou l’une de ses sœurs pour voyager dans les sphères de l’imaginaire, deux ou trois pages vierges d’un cahier d’écolier et une cartouche d’encre me suffisent largement pour me shooter.

L’imagination est une arme qui combat toutes les influences. Elle est juge et bourreau à la fois.

- Tu fumes? m’interroge sèchement l’aînée de ces deux taxones, tel un médecin militaire anti-tabac.

- Très peu, je réponds un peu refroidi. La pipe de temps à autre, après une satisfaisante inspiration.

- Tu écris alors?

- Tous les jours.

- Tu es journaliste? Tu travailles pour un journal? Lequel? Tu fais donc partie de cette bande de rigolos qui préfèrent la fesse à la confesse...

- Spot! Repos! Cesse de me mitrailler avec de fausses accusations! Je ne suis qu’un indépendant stylophile.

- Un quoi?

- Quelqu’un qui s’exprime librement avec son stylo... Le journalisme, surtout d’investigation, est probablement l’activité la plus salvatrice au monde pour notre société. Car, sans elle, nous serions tous sous la botte d’une confrérie de dictateurs. Divulguer une information, avec précision et rationalité, toute crue, sans la moindre amputation ni critique, c’est préserver le public de toute fausse interprétation et lui permettre ainsi de prendre sainement conscience de la réalité des faits. Mal...

- Mal?

- Malheureusement, vu mon profil, je ne mérite pas pareille mission. Je plane quand il faut nager et je nage quand il faut planer.

- En somme, tu es un éternel naufragé qui hésite entre deux rives?

- Quelles rives?...

14:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

07/03/2018

Mes voisines concubines (16, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Petite Pierre, sur toi je bâtirai ma première liberté.

- Chut! Pas d’ironie ni de blasphème, l’heure est l’amour. Voici donc notre histoire: nos parents se fréquentaient quand ils étaient jeunes. Ils se voyaient souvent à la Société des amis de l’Égypte, une sorte club privé où tous les admirateurs et adorateurs de Champollion, Lord Carnarvon, Toutânkhamon, Néfertiti, Cléopâtre et de falafels se réussissaient une fois par mois pour manger à l’égyptienne, sans couteau ni fourchette, avec les doigts et non pas avec les mains, des plats pimentés à faire pleurer l’ange Gabriel... et participer aux palabres des éminents professeurs d’histoire et d’archéologie de passage. Un soir, ivres de discours et de pinot noir assurément, après une de ces conférences interminables sur la fameuse pierre de Rosette découverte par le camarade Jean-François, mes futures géniteurs promirent à leurs amis fidèles de nommer leur premier enfant Pierre ou Pierrette...

- Et dans le délire général, poursuit sa copine, les miens promirent à leur tour de baptiser leur prochaine progéniture Rosette ou Ross.

- Et nous naquîmes, nues et dépourvues de tout hymne! reprend la blonde, gaiement. A quarante-deux jours et six heures d’écart. Moi d’abord. Et, bien entendu, nos adorables lascars à toute épreuve tinrent leur promesse. Mais, juste après la naissance de Rosetta, ils se perdirent malheureusement de vue... Mais, comme les malheurs, les mais n’arrivent pas obligatoirement pour conclure définitivement tout, seize années plus tard, toujours aussi fans des pharaons et de leur momie, pendant que nous étions certainement en train de rêvasser en écoutant des chansons de Brenda Lee, Del Shannon ou Ricky Nelson, émises par Radio Veronika, nos chers cocos se croisèrent par hasard aux musée des antiquités et, de fil en aiguille, de plaisanterie ahurissante en déclaration pompeuse, de oui mais en non si et vice versa, finirent par décider de passer des vacances ensemble, au bord de la mer méditerranée. En Égypte naturellement. Entre parenthèses, nos paternels, contrairement aux élus de notre merdeuse république, n’attendent pas des siècles avant d’accomplir leurs rêves, aussi fous soient-ils. Ce sont de vrais mecs, eux! Pas des couilles molles! L’été qui suivit donc cette rencontre hasardeuse, pour des raisons de calendrier, ma famille partit la première...

- Et c’est à l’aéroport d’Alexandrie que notre vie amoureuse débuta! avoue Rosetta, avec fierté et joie. Par de petits regards malicieux... N’est-ce pas, Pierrot?

Cette narration vaut plus qu’un pétard, me dis-je...

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05/03/2018

Mes voisines concubines (15, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgL’alcool à forte dose est un couteau sans manche. Je blesse et je me blesse. Suis-je vraiment ce monstre avide de bestialité?

- Z zuis dézolé, je zozote, à moitié par exprès.

- C’est nous qui le sommes et tout est de ma faute, s’accuse Pierrette. Je n’aurais jamais dû monter ce bourgogne de la cave...

- Non, c’est moi le fautif. J’étais sur le bon chemin mais au lieu de marcher droit devant moi, je me suis amusé à marcher sur les plates-bandes.

- En moins poétique? Si possible.

- Je ne sais pas ce qui m’a pris de vous manquer de respect. Je suis allé un peu trop loin dans mes propos.

- Juste un peu? Pas davantage?...

- Ce peu cachetait-il quelque chose? intervient Rosetta.

- Quoi par exemple?

- Un désir inévitable engendré par un préjugé ou un fantasme, peut-être?

- J’opterais pour le moins violent... mais changeons de disque, s’il vous plaît! Parce que ni vous ni moi avons les compétences adéquates pour analyser les paysages les plus obscurs de ma libido. Et tant mieux! Car il n’y a plus déprimant que de jouer au sexologue.

- Comment le sais-tu?

- Je le sais par expérience, ma chère Rosetta.

- Alors raconte!

- Pour que je devienne ton esclave par la suite? Non merci. Me dénuder le premier, cela te permettra de mieux t'attaquer.

- Tu as raison, ça devient chiant, m’avoue Pierrette. Passons donc à notre fabuleuse rencontre, de Rosetta et moi. Si cela t’intéresse toujours?

- Oui, bien sur.

- Cela t’aidera à mieux nous localiser dans ton esprit et, qui sait, à nous ranger dans un coin privilégié de ton jardin secret.

- Petite Pierre, sur toi je bâtirai ma première liberté.

- Chut! Pas d’ironie ni de blasphème, l’heure est l’amour. Voici donc notre histoire:...

17:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |