10/02/2018

Au pied de mon père (10, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgVa-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!

A ton tour de jouer au soldat de l’armée du salut, je me somme. Sans grade ni uniforme, bien entendu.

D’un seul coup, je la serre fortement contre moi et pose mes lèvres sur les siennes.

Par manque d’oxygène sans doute, elle me repousse légèrement, ouvre sa bouche toute grande, la referme en cul de poule et lâche un pet vocal.

Puis elle éclate de rire.

Je suis tout stupéfait.

Le romantisme est-il mort? je m’inquiète. Le féminisme à fortes doses l’a-t-il anéanti à jamais?

Ébranlée par ma stupeur, Juliette, telle une poupée à piles à moitié esquintée, clignote de l’œil droit, et me déclare solennellement:

- Les hommes de la préhistoire partaient régulièrement à la chasse abandonnant femmes et enfants sous prétexte qu’ils étaient les seuls à pouvoir vraiment affronter et tuer le mammouth, l’ours ou le sanglier. Et que ramenaient-ils la plupart du temps après leurs très longues et douteuses balades? Des taupes, des lézards ou des escargots... Ils se sont bien moqués de leurs femelles, ces mâles des cavernes avec leur soi-disant courage et leurs biceps tout juste bons à servir d’oreillers... Et ce cirque dura, sous d’autres formes, jusqu’au jour où...

- Où?...

22:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/02/2018

Au pied de mon père (9, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande.

- Tout de suite? je murmure.

- Oui, tout de suite.

- Devant vous aussi? C’est que... c’est que... Et si quelqu’un se pointe?

Juliette vient à mon secours, en quelque sorte.

- Il ne s’agit pas de ton petit zizi mais du sobriquet que tes zinzins t’ont attribué, m’explique-t-elle.

- Ah bon!

Elle s’adresse à la serveuse:

- Verstehst du jetzt pourquoi, sans la spécification des êtres et des objets, les mecs ont tendance à fantasmer et perdent souvent les pédales?

A moi:

- Ce n’est pas un nom d’origine biblique, j’espère?

Merde! Comment le saurais-je? Je n’ai jamais ouvert ce bouquin-là...

- Tu as besoin de ton ordi pour ça?

On dirait qu’elle devine tout cette salope.

Et si... et si... je décidais enfin de mentir? Il n’est jamais trop tard de changer son fusil d’épaule.

Au royaume de la femme, cachotteries et mensonges ne sont-elles monnaies courantes? Le camouflage de l’âge est quasi un exercice quotidien.

- Roméo! je crache presque du fin fond de mes entrailles.

- Roméo? s’interroge Juliette, à voix basse. Dommage! Ça ne m’évoque rien.

A haute voix, à la serveuse:

- Maintenant que tu as rempli ton rôle de bonne samaritaine, tu peux retourner derrière le comptoir, au lieu de rester là plantée comme une girafe effarée.

Vexée, la jeune femme se retire illico presto et disparaît de notre vue.

Zut! De nouveau seuls. Comme sur une île déserte. Les chaises et les tables à la place des cactus et des cocotiers.

Trop longtemps éloigné des gens de la ville et des médias, j’ai perdu le sens du combat et de la confrontation.

Face à une femme provocante, j’ai l’impression de me trouver dans les arènes de Rome, à l’époque des vrais césars. Sans bouclier ni épée. Sans filet ni trident. Totalement désarmé, à la merci d’une tigresse affamée de chair et de sexe.

Cool Raoul! Relax max! Retire ton nez du trou du robinet, gros dadais! La fontaine ne risque pas de déborder. Juliette, comme la lune, a certainement un côté caché mais pas forcément mal éclairé ou mal intentionné.

Alors, inspiré par une force inconnue mais géniale, avec l’aide de ma gestuelle, je lui dis:

- Si tu veux mon bras, voici ma main. Si tu veux ma jambe, voici mon pied. Si tu veux, mon corps, voici ma tête. Si tu veux mon âme, voici mes yeux. Si tu veux briller comme un soleil, permets-moi de tourner autour de toi comme une planète. Celui qui veut est déjà entré dans le sillage de Dieu.

Juliette tombe des nus.

Va-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!...

15:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/02/2018

Au pied de mon père (8, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgJuliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?

- Tul... con... déjà, je balbutie.

- Ne parle pas comme un abruti de moine!

- Legov, pour la deuxième fois...

- Ton prénom, bon sang! Celui de ta dynastie, je n’en ai rien à cirer. Au fait, pour ta gouverne de vieux bouc, sache que le patriarcat a passé à la trappe chez nous, depuis au moins une décennie. Fini le temps où le masculin l'emportait sur le féminin à tous les point de vue! Fini la suprématie du machisme! Enfin nous avons droit à tous les podiums!

- ...

- Alors, ça vient ou quoi?

- Ou quoi?

- Je t'expédie sous les jupes de ton papa.

- Mon père n’est pas écossais.

- Je croyais. C’est sans doute à cause de ta tronche de cake.

- Merci!

- Pardon, je voulais dire de pain d’épices.

- Pourtant, je ne suis pas roux.

- Presque.

- Je poserai plainte pour injure, calomnie et diffamation.

- Alors dépêche-toi de te teindre les cheveux!

- Et toi d’apprendre à distinguer le vrai du faux comme la blondeur de la rousseur...

- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande...

10:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/02/2018

Au pied de mon père (7, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?

Je ne réponds pas. Je contemple son visage. Je le trouve splendide et irréel à la fois.

C’est un paysage idyllique, d’un autre monde où le soleil ne se couche jamais, me dis-je bizarrement. Est-ce cela le paradis sur terre, explorateur égaré que je suis?

- Su quoi? répète Juliette.

- Je serais resté là où j’étais, je stipule. Loin de tout et tous. Comme un sauvage, diraient certains. Mais quand on est seul, le primitif et le civilisé ne font plus qu’un. L’homme se retrouve face à lui-même. Pas de comparaisons, de contradictions, d’oppositions, de discussions possibles, il n’y a plus que le silence de l’âme et ses gargouillis.

- Mais ce n’est pas un vie!

- Tu as raison mais en même temps tu as tort.

Brusquement, Juliette me foudroie du regard, se déplace rapidement, s’assied à côté de moi et m’ordonne:

- Ouvre tout de suite ta braguette, il faut absolument que je fasse joujou avec ton robinet.

- Mais c’est une tentative de viol! je m’exclame.

La serveuse accourt aussitôt et, toute fébrile, dit à Juliette:

- La justice, bien que dans les mains de tes copines, finira un jour par ne plus être de ton côté. Et encore moins du nôtre ou du mien. Tu abuses trop ne nos acquis.

- Acquis, acquis, oui mon kiki! Malheureusement rien n’est véritablement acquis, ironise-t-elle... Je n’ai commis aucun acte illégal, ma chérie.

Vingt secondes de silence, inattendu celui-ci. Semblable à une éternité d’interrogations multi-directionnelles. Dieu est un farceur parfois, accidentellement forcément.

Juliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?...

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05/02/2018

Au pied de mon père (6, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgAprès avoir avalé son hamburger et léché ses doigts, la blonde, Juliette ou Jo désormais, me dit:

- Nous sommes tous de sacrés hypocrites... Tu déclares haut et fort que tu défends la cause animale et que fais-tu pour ça, tu te grilles des saucisses à la moindre occasion.

- Toi mais pas moi? je conteste.

- Comment ça pas toi?

- C’est toi qui as déclaré haut et fort au fond de ta conscience ceci et cela. Moi, je n’ai jamais rien déclaré. Comme un gamin ou un vieux con, j’ai simplement englouti le petit pain rondelet fourré de je-ne-sais-quoi que tu as commandé.

- C’était de la viande!

- Maintenant, je le sais.

- Mais d’où tu sors toi? De prison ou de... de...

- Ne cherche pas plus loin, tu te répètes pour des prunes, ma jolie. Mais pour dissiper tes inquiétudes, sache j’ai atterri cette nuit en parachute, à un quart d’heure d’ici. Ou à un dix-sept minutes à pied, pour être plus précis, verstanden? Avec une petite valise que j’ai perdue en chemin à cause d’une bouse de vache, de bison ou d’éléphant...

- Dans le jardin zoologique, certainement...

- Merci! Cela m’explique enfin pourquoi j’ai cru entendre des ricanements, des hurlements, des barrissements, des beuglements...

- Mais pourquoi en parachute?

- Pour des raisons économiques et écologiques.

- Tu plaisantes?

- Ai-je l’air? La vérité se lit sur mon visage, paraît-il...

- Ont-elles osé aller jusque là?

- Qui ça et où ça?

- Nos élues, nos politiciennes. Au-delà du sommet.

- Je ne comprends rien à tes salades.

- Tu n’es au courant des évènements? De notre situation politique?

- Comment le serais-je, je viens à peine de débarquer...

- Les femmes ont pris le pouvoir depuis quelque temps.

- Et?... Ça va bien?

- Beaucoup mieux qu’avant. Mille fois mieux. En tout cas, pour les femmes. Pour les hommes, c’est le retour de manivelle. Mais c’est de leur faute! Ils nous ont trop chauffé les oreilles avec leurs sales histoires de harcèlement et de viol à répétition. Avec leurs mensonges absurdes, à nous faire mourir de rire! Avec leurs juges partiaux et leurs avocats corrompus! Ou l’inverse... Dieu a enfin écouté les siens.

- Les siennes!

- Oui, tu as raison, les siennes... je parle encore comme à l’époque des machos.

- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?...

11:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/02/2018

Au pied de mon père (5, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgLa blonde et la serveuse s’échangent quelques petits sourires pleins de malice.

Selon moi encore et toujours! Éternel observateur obsessionnel!

J’aurais dû être flic ou espion. Au service d’une Majesté. Pure des oreilles aux orteils. Hélas introuvable sur le marché!

La belle s’attaque à sa Mort Subite. Car, après chaque gorgée, elle grimace puis elle rote. Quelle classe! On se croirait dans un Grand Palace après trois heures du matin.

- Qu’est-ce tu as à me regarder ainsi? Tu n’as jamais vu une nana en train de se relaxer? me crache-t-elle tout à coup à la figure, après avoir pour de bon craché par terre.

- Double face, double jeu! je contre-attaque.

- C’est trop tôt ou trop intello pour moi. Cause comme un mec normal ou un mac et non pas comme un linguiste qui s’agrippe sans cesse à la jupette de son Latino...

- Comment tu t’appelles?

- Tu veux vraiment connaître mon pedigree? De A à Z?

- Le Z me suffirait.

- T’es moins con que je le pensais.

- Et tu n’as pas encore rien vu ni entendu.

- Mon prénom, c’est Juliette mais on m’appelle souvent Jo. Surtout ici.

- Ici ici?

- Non, ici là-bas!... Pourquoi, qu’est-ce tu as contre les éplucheuses de lentilles?

- Tu veux dire les gougnottes?

- En tant que lexicologue, tu ne dois pas être un érudit. D’un côté, je te comprends, le bourrage de crâne n’a jamais engendré des génies...

- Je ne suis pas tout ça. Mais...

- Mais?

- Il m’arrive d’écrire de temps en temps.

- Donc, je n’étais pas très loin de la vérité. Je suis fière de moi...

- Et c’est quoi qui t’a permis de deviner? Mes mots, mes phrases ou ma façon de m’exprimer?

- Tes belles mains?

- Mes mains?

- Oui, tes mains de gynécologue ou de pianiste.

- Quel rapport avec la littérature?

- Tout et rien. Ou plutôt, rien et tout.
- Sois plus explicite!

- Explicite, explicite! Tu commences à me faire chier avec ton explicite. Bouffons d’abord notre burger!

Nous mangeons sans dire un mot. Dans le silence le plus total. Ou presque. On se croirait à la messe lors de la distribution et de l’engloutissement des hosties...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/02/2018

Au pied de mon père (4, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?

- Non, je hume l’odeur de ton âme.

- Mouche-toi d’abord!

Après avoir bousculé une centaine de personnes voire plus, des hommes aux cheveux longs et des femmes à la chevelure courte et au visage bourré de piercing, nous entrons dans un bar-resto dont le nom, bien qu'interminable, ne suscite aucune ambigüité, selon moi. Soit: A Lesbos, jamais on te forceras à tourner le dos.

Nous nous nous installons dans un coin tranquille, à l’abri de tout regard indiscret. Bien qu’il n’y ait aucune chatte à l’horizon à part le personnel. Salaire oblige! Tout le monde est à la manif. Solidarité inflige!

- Comme d’habitude, ma jolie? demande la serveuse à la blonde, d’un air quelque peu complice.

- Également un ham et une Mort Subite pour mon jeune ami, répond-t-elle, sèchement. Mais cette fois-ci, je ne partagerai pas.

- Okay, okay! On verra tout ça.

- Excuse-moi, je n’ai pas bien entendu, je suis sourd d’une oreille suite à explosion, dis-je, une fois la barmaid partie. Tu t’appelles Marjolie ou Jolie comme Angelina Jolie?

- Qui c’est celle-ci? Une de tes concubines?

- Si seulement! Non, c’est une actrice américaine qui a réalisé quelques films engagés...

- Quand ça?

- Dans les années dix.

- Tu nages en plein dans l’antiquité, mon gars! Sois dans le présent, bordel! Les vieilles princesses ne m’ont jamais fait jouir.

- Mais dans quel siècle sommes-nous?

- Celui du consentement et de l’oubli.

- En deux mots?

- C’est en deux mots.

- Je voulais dire plus explicitement.

- Ma parole, tu n’es pas d’ici toi! D’où tu viens? D’ Arabie ou de la lune? Tu n’es pas un roi mage par hasard?...

On apporte les bières et les burgers. Sans verre ni assiette. Le tout sur un plateau rose...

15:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/02/2018

Au pied de mon père (3, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Cessez de vous chamailler, les amoureux! crie sa voisine, une rousse... Vous avancez à grands pas là où l’on piétine. C’est injuste.

- Pourquoi, tu es jalouse, ma grosse? lui lance ma blonde.

Ma blonde? A moi tout seul? Pas encore ou jamais. A moins que nous n’ayons baisoté ensemble un soir d’été, il y a fort longtemps. A l’époque où je buvais comme un trou. Trou de mémoire ou mémoire trouée! Hélas!

- Grosse toi-même! Pour qui tu te prends, pouffiasse? rétorque la rousse.

La blonde me tire alors par le bras et me dit:

- Viens, allons vapoter du cannabis à la périphérie de la manif! Il est plus facile de reculer que d’avancer dans ce merdier.

- Comme dans tous les merdiers, je murmure.

- Je n’ai pas compris, tu n’aimes pas ça?

- Pas spécialement.

- Dans ce cas-là, allons bouffer un hamburger, je crève de faim. Ça te dit?

Elle fume, elle bouffe du fast-food, ce n’est certainement pas une hypocondriaque. Excepté si elle est en train de délirer. Non? Ou? Excepté aussi si la féminité a basculé dans la masculinité? Oui? A force que vouloir à tout prix changer l’ordre des choses, on va droit vers défenestration.

- Oh! Ça te dit ou niet?

- ...

- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?...

22:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

31/01/2018

Au pied de mon père (2, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Eh bien, le monde a bien changé! je m’exclame.

- Et alors, ça te dérange, petit coincé? me demande une blonde, sur un ton menaçant.

- Non mais...

- Mais quoi?

- C’est vous?

- Pourquoi forcément moi? Parce que j’ai osé te répondre la première? Tu ne sais pas que quand un geste est anonyme, c’est tout le monde ou personne?

- C’est bien nouveau tout ça.

- Nouveau? D’où tu sors, Einstein?

- Je ne m’appelle pas Einstein mais Legov.

- Le contraire n’aurait étonnée.

- Je ne comprends rien à vos salades.

- C’est toi qui ne comprend rien à rien. Certainement, tu as dû passer trop de temps au pied de ton père comme un chien qui a perdu la faculté d’aboyer...

- Quel rapport avec Einstein?

- Quel rapport?

- Oui, quel rapport?

- Tutoie-moi d’abord.

- Explique!

- Tu as tout à fait la tronche du fou des étoiles qui s’est baladé toute une année dans l’espace, avec sa petite fusée géniale qui fonce à la vitesse de la lumière.

- Et?

- Quand il retourne au bercail, il constate que sa femme n’est plus là mais que son fils est déjà grand-père. D’où Albert!

-  Je vois maintenant... On m'a déjà bassiné avec cette théorie. L’espace-temps et ses soi-disant risques...

- Où étais-tu tout ce temps? En prison ou sur une île déserte?

- On se connait?

- Tu aimerais bien le savoir, n’est-ce pas? Tu mettrais ainsi fin à ta problématique question.

- Quelle question?

- Qui est la salope qui a osé me caresser les fesses?

- Cessez de vous chamailler, les amoureux! crie sa voisine, une rousse... Vous avancez à grands pas là où on piétine. C’est injuste...

16:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

30/01/2018

Au pied de mon père (1, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- En vérité, je vous le dis, allez tous vous faire voir! Il n’y a plus de place au paradis. Mais comme vous avez fini par découvrir le numérique et que vous vous êtes soumis à lui sans la moindre contestation, je vous suggère de vous transformer en fichiers, vous aurez peut-être une chance ailleurs...

Qui est-il? Où est-il? je me demande.

Je suis en plein dans une foule et je n’arrive pas à apercevoir l’orateur de cet étrange discours.

- Pardon!... Excusez-moi!... Laissez-moi passer, s’il vous plaît!... Pardon!... Pardon, bon Dieu!

Impossible d’avancer. Nous sommes serrés comme des sardines.

Mais qu’est-ce qui m’a pris de venir ici?

Merde! On m’a foutu la main au cul. Quelle bizarre sensation!

Je me retourne forcément: que des femmes. Belles, souriantes et intelligentes. Blondes, brunes et rousses.

- Eh bien, le monde a bien changé! je m'exclame...

15:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/01/2018

Ils se sont tant aimés (59, fin)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Soit! Si ça t’amuse... La première fois que tu m’as flanqué une peur bleue, c’est quand tu as failli perdre Tania dans la taïga...

- J’étais trop acharné à trouver des champignons. L’acharnement est synonyme d’œillères.

- La deuxième... c’est après ce terrible coup de grisou où l’on t’a arraché des entailles de la terre, miraculeusement, avec une légère égratignure sur le front...

- C’est vrai, j’ai eu beaucoup de chance. Plusieurs collègues ne sortirent pas vivants.

- La troisième... c’est quand tu as puni notre chienne Strielka en l’abandonnant en pleine forêt attachée à un arbre...

- Elle n’arrêta pas de tuer les poules de la voisine, la vilaine! Pour rien. Pas par faim, par plaisir. Mais j’ai aussitôt fait marche arrière, n’est-ce pas?

- Oui, mais c’était trop tard!... Tu avais sans doute oublié que l’endroit de ton supplice était très fréquenté des ours et des bagnards.

- La colère rend à moitié aveugle.

- Ça tombe bien. La fois où tu m’as vraiment fichu la trouille, à deux doigts de m’enfuir, c’est quand Tania n’a pas pu s’inscrire à la faculté de droit, à cause de ses faibles notes. Tu as explosé comme une bombe...

- Non, pas à cause de ses notes insuffisantes mais à cause de ses soi-disant notes médiocres.

- Peut-être.

- Alors, comment se fait-il, qu’une de ses camarades de classe, moins bien classée qu’elle, a été admise?

- Par copinage, probablement.

- Parfaitement! Et cela m’a foutu les boules à un tel point, bref!... Tu sais bien, je ne supporte ni l’injuste, ni la corruption, ni le mensonge, ni le vol... Notre pays est devenu une oligarchie et non pas une véritable démocratie, comme nous l’avions tous souhaité, et cela me désole énormément... Vivement que la jeunesse réagisse! Prenne le taureau par les cornes et le fasse tomber à terre, cet animal à grosses cornes et à grosses merdes. Elle seule peut faire changer les choses. Oui, elle seule. Les autres, l’argent les tous rendus aveugles, sourds et muets. De parfaits objets de décoration. Inoffensifs. De jolies petits bibelots. C’est triste!



Zoïa Dmitrieva Nekhorocheva ferma ses yeux à jamais le 22 août 2016.

Et, comme elle l’avait curieusement prédit, Guennadi Antonovich Nekhorochev fit de même neuf jours plus tard.

La veille de sa de mort, l’ancien mineur et communiste convaincu, vit des ombres roder autour de lui et entendit des voix, de lointaines voix.

Était-ce son adorée chamane qui cherchait à alléger ses souffrances? Était-ce Maria, la jeune fille des bois, la fille du Tsar, qui lui répétait par joie qu’elle avait enfin réussi à retrouver son chemin? Était-ce l’oncle Vania qui essayait de se faire pardonner? Étaient-ce ces trois-là suivis par les copains qui n’ont pas survécu aux coups de grisou? Était-ce Lénine ou Staline encadré par des agents du KGB? Était-ce Dieu accompagné de son fils et de quelques anges?

Tout est possible dans l’univers de l’invisible. Un monde bien meilleur que celui que l’on convoite déjà, jour et nuit. En tout cas, plus agréable à vivre, j’espère!

Tombe Nekhorochev.jpg

Guennadi et Zoïa.

16:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/01/2018

Ils se sont tant aimés (58, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLa chamane, malgré elle, s’assit à côté de son mari, prit ses mains dans les siennes et lui dit:

- De quoi as-tu peur? De la mort ou de mourir avant moi et de m’abandonner ainsi à mon sort? Ce que t’a raconté le médecin n’est pas forcément la vérité. Alors à bon bon s’affoler avant l’heure. Bien que... au moment fatal, tu seras léger comme une plume, il y a de fortes chances. Et je serai là pour te porter.

- Comment ça? Tu partiras avant moi? lui demanda Guennadi, un peu surpris.

- Nous quitterons ce monde ensemble, répondit son éternelle compagne. Comme Roméo et Juliette. En moins exaltés, cela va de soi.

- Comment le sais-tu?

- Je le sais. Tout simplement et c’est largement assez... Et nos filles pourront crier sur tous les toits: ils se sont tant aimés nos vieux. Oui, tant aimés! A la perfection. Car ils se sont obéis. Ils ont obéi à leur nous. En dansant et en chantant souvent. Sans la moindre discussion mais avec des regards et des clins d’œil... Jamais, tu m’a déçue, désappointée, vexée, trompée ou quoi que ce soit d’autre dans ce style...

- Jamais?

- Jamais. Sauf peut-être trois ou quatre fois. Mais c’est dans tout autre registre. Laissons tomber!

- Quel registre? Tu commences à parler maintenant comme ton beau-fils...

- Quel beau-fils?

- Le Suisse, pardi!

- Entre nous soit dit, j’aimerais bien que Natacha rentre au pays, pas toi?

- Si.

- Elle serait plus en sécurité ici, tu ne crois pas?

- Pas du tout. C’est tout le contraire. La Suisse fait partie des pays les sûrs au monde. Pour l’instant. Jusqu’à quand? Ça, c’est un autre mystère... Mais n’essaie pas de t’esquiver! Ouvre ton fameux registre! Qu’est-ce que j’ai combiné de si fâcheux?

15:33 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/01/2018

Ils se sont tant aimés (57, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgA l’âge de ses soixante-dix bougies, à peine visibles, après sa traditionnelle visite médicale de début d’année, Guennadi, les jambes toutes tremblantes, rentra comme un cinglé à la maison.

Il oublia ainsi de retirer le courrier de la boite aux lettres, n’osa pas frapper à la porte mais mit une temps fou avant de trouver sa clé au fond de l’une des ses poches, fonça tout droit au salon sans s’être déchaussé et s’écroula sur le canapé en criant:

- Je vais mourir bientôt.

Zoïa, qui était en train de fabriquer des pérajoks à la cuisine, accourut aussitôt et, toute décontracte et souriante, comme si de rien n’était, lui demanda:

- Alors! Qu’est-ce qu’il t’a encore baratiné de si dramatique le scientifique?

- Cette fois-ci, c’est sérieux. Le diagnostic est sévère. Je suis foutu. J’ai la silicose.

- Et c’est tout?

- Mais la silicose, c’est le cancer des poumons!

- En es-tu certain que c’est la même chose?

- Quelle importance? Tout ce que je sais c’est que je dois me faire opérer et que je n’aurai plus que quelques années à vivre.

Zoïa sourit.

- Merci, c’est sympa, murmura le mineur.

La chamane, malgré elle, s’assit à côté de son mari, prit ses mains dans les siennes et lui dit:...

Zoïa en train de fabriquer des pérajoks entre autres...

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26/01/2018

Ils se sont tant aimés (56, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgUne décennie passa...

En novembre 1989, le fameux mur de Berlin, ou de la honte pour certains et de protection antifasciste pour les autres, tomba définitivement et l’Union soviétique, tel un ringard épuisé d’interpréter constamment son propre rôle, ne tarda pas à improviser.

Entre temps, Tatiana, Natalia et Zoïa Guennadieva se marièrent, eurent des enfants, se séparèrent de leur conjoint et finalement divorcèrent.

Les Russes se rouvrirent au monde et bien vite les trois filles épousèrent en secondes noces des étrangers.

La première, un Kazakh. La deuxième, un Suisse. Et la troisième, un Arménien.

A bas le communisme! Vive le libéralisme! A bas Leningrad! Vive Saint-Pétersbourg. Fini salut camarade! Bonjour à peine! Et les gens coururent se faire baptiser. Comme s’ils allaient rencontrer Jésus en personne, tout juste sorti de prison.

Tout n’était plus comme avant. Les folies du passé avaient cédé leur place aux folies de l’avenir.

Ils se sont tant aimés, famille.jpg

La famille Nekhorochev et Cie avant la perestroïka.

 

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25/01/2018

Ils se sont tant aimés (55, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLes enfants grandissent et prennent de plus en plus de place. Chacun veut son coin à lui, sa chambre à lui, tout juste pas ses propres toilettes. Filles comme garçons.

Le confort n’est pas un luxe mais un ajout pour vivre plus aisément. Seul l’ermite n’aspire pas à cela. Sa croyance l’a forcément gâté à jamais.

Alors Guennadi dit à sa femme:

- Zoïtchka, nos chères pipelettes ont besoin d’espace et méritent de pouvoir s’isoler. Nous allons vendre cette baraque et acheter ou construire une plus grande. Avec nos économies. Je te le jure!

Et ce qui est dit est fait et vite fait! Car Guennadi Antonovich Nekhorochev tenait toujours ses promesses. Et avait hâte à les réaliser.

Mais voilà!

Quelques années plus tard, la municipalité décida s’installer une nouvelle ligne de tramway. Donc adieu, adieux, par centaines, aux belles chaumières construites à la sueur du front!

La modernité est souvent un déluge pour les plus exposés au changement. Excepté pour les autorités et les va-t-en-guerre.

Affecté par cette décision irréversible, Guennadi se rendit au bureau du parti et dit au responsable du service du logement:

- Mon deuxième chez-moi est frappé d’alignement et que me propose-t-on pour me consoler? Des cacahuètes! Trois fois rien! Une misère!

- Les lois sont les lois et les tarifs sont les tarifs, expliqua le bureaucrate. Tel un robot au service d’une statue, si vous permettez cette expression.

- Tout de même!... Je pourrais bénéficier d’un appartement gratuit comme beaucoup de mes collègues, n’est-ce pas?

- Certes! Mais à chacun son tour.

- Comment ça à chacun son tour?

- La liste est longue. Il faudra attendre.

- Attendre combien de temps?

- Le temps qu’il faudra.

- Faudra, faudra! Combien approximativement?

- Six mois, une année, peut-être plus...

- Alors comment se fait-il que Machin-truc-chouette, un Moscovite non membre du parti, qui vient tout juste d’ être engagé à la mine, a déjà reçu un petit appart pour lui et sa famille. Question d’urgence ou de copinage?

Le bureaucrate, se sentant visé, se gonfla comme un crapaud et, tout agité, bégaya:

- Tu... tu... m’ac... cuses... à tort.

- Je n’accuse personne, rétorqua Guennadi.

- Je suis en bas de l’échelle et tous prennent plaisir à me piétiner, se lamenta le fonctionnaire, après s’être calmé. Tu trouves ça normal, toi?... J’obéis aux ordres, un point c’est tout. Sauf...

- Sauf?

- Sauf quoi?

- Sauf si...

- Sauf si quoi?

- Tu as besoin que je te fasse un dessin?

Alors, Antonovich, en tant que fidèle fils de son père, sans crainte ni regret, sortit de la poche de son veston sa carte de membre du parti, la déchira et la jeta par-dessus son épaule.

Pour lui, le communisme, le vrai communiste, le sien mourut à cet instant...

Ils se sont tant aimés, camarades.jpg

Guennadi, au centre, avec deux camarades mineurs.

15:14 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/01/2018

Ils se sont tant aimés (54, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Qu’est-ce que tu fabriques dans la vie? demanda-t-il à Pavel.

- Malheureusement rien? répondit l’ersatz d’Apollon.

- Comment rien? s’étonna-t-il. Rien du tout?

- Je voulais dire rien de très intéressant, d’amusant.

- Parce que tu crois que je m’amuse au fond de ma mine? Pardon, de notre mine, avant que l’on m’accuse de vouloir me l’approprier...

- Bien sûr que non. Je travaille à l’usine, au bureau.

- Alors pourquoi cet accoutrement?

- Quel accoutrement?

- Cette fausse salopette.

- Cette fausse salopette, comme tu dis si bien, je suis obligé de la porter quand j’inspecte les lieux de production...

- Compris, compris! Tu es ingénieur ou un inutile contrôleur des travaux finis, comme il y en a beaucoup?

- Ingénieur.

- Ingénieur?

- Oui, ingénieur.

- Et tu trouves ça pas très passionnant. Tu aurais préféré être à ma place?

- Peut-être.

- Et pourquoi?

- Parce que mon rêve, c’est la géologie. C’était la géologie. Malheureusement mes professeurs, mes parents et mes amis m’ont influencé... et j’ai choisi une autre voie.

- Moi, c’est tout le contraire, jamais personne n’a osé m’influencer dans ma tendre jeunesse. D’après ce que je pense. Mais, en fin de compte, je suis au même point que toi. Les bons conseilles n’arrivent que rarement. Et quand ils arrivent, l’on ne se rue pas dessus.

- Je comprends mieux le sens profond de tes critiques...

- Est-ce que tu es déjà allé à Moscou ou Léningrad?

- Oui, à Moscou.

- Alors dis-moi pourquoi là-bas les rues sont propres, bien asphaltées et les femmes élégamment habillées... et ici on se croirait au Moyen Âge?

- Je n’y ai jamais fait cas... L’asphalte et l’élégance, est-ce vraiment important pour toi?

- Non et oui.

- Oui ou non?

- Cela prouve que le gâteau est mal partagé...

15:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/01/2018

Ils se sont tant aimés (53, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgIl regarda furtivement les mains de son prétendu admirateur. Elles avaient l’air trop bien soignées pour un manuel.

Les plus belles femmes n’ont pas forcément les plus âmes. Et c’est davantage déconcertant concernant les hommes.

Pavel Korotchenko était très beau et semblait très intelligent, très instruit. Il avait tout pour plaire. À la planète entière. Comme si les dieux de l’Olympe l’avaient façonné exprès pour cela.

Mais cette réussite divine était insuffisante voire insignifiante pour Nekhorochev.

Le diable a souvent la peau douce et le regard angélique, pensait-il fréquemment... La valeur d’un individu se mesure à ses actes présents et non pas à ses apparences, aussi sublimes soient-elle, et encore moins à ses magnifiques médailles ou à ses élogieux diplômes, certificats et lettres de recommandation. Celui qui prétend être quelqu’un n’est finalement personne. N’est qu’une épave d’orgueil abandonnée à son sort. Et tout le monde fabule sur tout le monde. Sur soi en premier. A qui la faute?

Le cerveau de Guennadi fonctionnait probablement comme le cœur d’un volcan que l’on suppose éteint.

Son magma n’était pas très loin de la surface, il attendait tranquillement le moment propice pour jaillir.

Un magma qui n’obéit qu’à son propre destin. Un magma surchargé de méfiance, d’incompréhension, de doutes, de révoltes et de souhaits.

- Qu’est-ce que tu fabriques dans la vie? demanda-t-il à Pavel...

16:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/01/2018

Ils se sont tant aimés (52, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgEt comme toujours: quelques timides applaudissements et des ricanements. Quand la vérité blesse et ébranle l’ego de nombreux auditeurs.

Ont-ils compris au moins le sens de mes propos, de toutes mes phrases? s’interrogea Guennadi. Les gens ont souvent tendance à déformer tout. Ou à transformer les choses à leur convenance. Le bleu ciel devient vite bleu roi et le rose vite rouge sang. Ou l’inverse.

Quelqu’un, un ouvrier sans doute, vu qu’il portait encore sa salopette de la journée, s’approcha de lui et lui dit:

- Bravo, camarade. Je t‘admire pour ton courage. Mais méfie-toi quand même des jaloux. Certains sont comme cul et chemise avec Vania.

- Quel Vania? s’inquiéta le mineur en sursautant. Qu’est-ce qu’il vient foutre ici, cet emmerdeur? Vania comment?

- Vania, Vania... excuse-moi, j’ai un blanc.

- Vraiment un blanc ou c’est à cause de ma violente et stupide réaction?

- Non, oui, c’est...

- Il n’y a pas de Vania dans notre groupe et le seul qui porte ce maudit nom que je connais, ou plutôt que je connaissais, est certainement mort et enterré. Et que Dieu ou le diable le garde bien au chaud auprès de lui!

- Pourquoi? Il t’ aurait fait des misères...

- A qui ai-je l’honneur?

- Mille excuses! Je m’appelle Pavel Korotchenko.

- Moi, c’est...

- Pas la peine, je sais qui tu es.

Les deux hommes se serrèrent la main.

Serait-il un agent du KGB déguisé en manoeuvre? pensa Guennadi.

Il regarda furtivement les mains de son prétendu admirateur. Elles avaient l’air trop bien soignées pour un manuel...

20:22 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/01/2018

Ils se sont tant aimés (51, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgMais un soir, épris fortement de justice, il interrompit le directeur d’une usine, qui était en train de louer pour la centième fois les exploits de Lénine, Staline et consorts, et dit à ses camarades:

- Lors d’une fête d’anniversaire, enfants comme adultes, membres de la famille comme amis, maigrelets comme obèses, ont tous droit à une part du gâteau. Les tranches sont toutes identiques, à quelques miettes près. Les gens biens ne viennent pas là pour s’empiffrer de sucreries et de kalbassa et de s’enivrer de vodka mais pour participer dans la joie et l’allégresse à un moment unique dans le temps...

- C’est vraiment nouveau tout ça, ironisa un partisan.

- Je n’ai pas fini, camarade. Ce n’était que l’introduction, un amuse-gueule avant le festin... Personnellement, bien que ce terme irrite terriblement les soviétiques et tous les esprits anti-bourgeois d’ici et d’ailleurs, j’estime que le fait seul de n’attribuer des récompenses et des privilèges qu’aux champions, aux plus forts, c’est-dire aux plus chanceux physiquement ou mentalement, prouve bien que nous n’avons pas encore atteint le sommet de la montage. Et peut-être que nous l’attendrons jamais. Pourquoi? Oui, pourquoi? Parce que l’élitisme n’a pas fini de nous pourrir l’âme. Sans la moindre hésitation, nous avons décimé la chatte de la voisine atteinte du typhus, en la battant et en la balançant plusieurs fois à travers le jardin mais nous n’avons pas osé abattre notre chien qui a attrapé la rage d’un unique coup de fusil. Nous sommes tous devenus de petits bourgeois de seconde zone. Car nous mentons, nous trichons, nous soudoyons... et dans la rue, nous nous comportons comme des malpropres Nous crachons et nous nous mouchons avec les doigts. Sans jamais nous préoccuper des saletés et aux autres merdes infectieuses que nous laissons derrière nous. Qu’importe la collectivité! La camaraderie, la solidarité et tout le bastringue! Je m’en fous des autres, n’est-ce pas?... Et, pour imiter presque quelqu’un que nombreux d’entre vous le détestent et pourtant qui arriva déjà à son époque à la cime des cimes, je termine en vous disant: que celui qui n’a jamais craché par terre, me crache à la figure...

22:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/01/2018

Ils se sont tant aimés (50, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgAux séances du parti, les cols blancs prenaient plus souvent la parole que les ouvriers.

Est-ce à cause du farniente des premiers et de la fatigue due à des tâches trop épuisantes des seconds ou à cause de l’intelligence des uns et de l’ignorance des autres?

Ce doute, cette suspicion surchargée d’indignation agaçait éperdument Guennadi. Mais, pour ne pas passer pour un semeur de zizanie, en réveillant ce vieux problème discriminatoire bien endormi, il préférait rester muet sur ce sujet.

Mais un soir, épris fortement de justice, il interrompit le directeur d’une usine, qui était en train de louer pour la centième fois les exploits de Lénine, Staline et consorts, et dit à ses camarades:

- Lors d’une fête d’anniversaire, enfants comme adultes, membres de la famille comme amis, maigrelets comme obèses, ont tous droit à une part du gâteau. Les tranches sont toutes identiques, à quelques miettes près. Les gens biens ne viennent pas là pour s’empiffrer de sucreries et de kalbassa et de s’enivrer de vodka mais pour participer dans la joie et l’allégresse à un moment unique dans le temps...

- C’est vraiment nouveau tout ça, ironisa un partisan...

12:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |