19/02/2018

Mes voisines concubines (5, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgActe manqué! Acte manqué? Qui suis-je, où vais-je? Nul ne le sait sauf les prétentieux. Et les inspecteurs des impôts! Qui sont moins bobets que ceux de la police car eux, ils savent au moins compter. Je suis vraiment un révolté!

- Mais pourquoi donc ai-je accepté ce foutu trousseau de clés? je murmure.

Oui, je l’ai accepté. Acceptation, acquisition, marché conclu, marché noir, vol, voleur, condamnation, prison...

- Le fait seul de l’avoir mis dans la poche sans trop protester prouve bien qu’une petite crapule se cache en toi, me dirait le commissaire Sturm.

Rien à voir avec la famille du remarquable Charles Sturm devenu suisse quand Genève entra dans la Confédération helvétique.

- Mieux vaut tard que jamais! soulignerait Lolita, ma concierge espagnole qui a étudié l’histoire de France à la Sorbonne. C’est pour cela que Rousseau est toujours Jean-Jacques pour les Frouzes. En plus clair: français.

Mais revenons à Madame Tussauds... pardon, à mon trousseau!

J’examine les clés. Quatre au total. Plates. Des Yale. Ou des paracentriques pour cylindre à goupille, préciserait le collectionneur de serrures. Sur l’une d’elle, il est gravé en petit caractère, quasi microscopique: solex.

- Quel con! Je comprends maintenant! je crie de joie.

Le raisonnement de Sturm est digne d’un fonctionnaire pistonné par son parti. Très libéral ou top insouciant à tous les points de vue.

Le sieur a simplement tiré un trait d’union entre mon arrestation nocturne suite à un zigzag en pleine rue avec mon vélomoteur et les soi-disant passe-partout dont l’un d’eux porte la même marque que ce dernier. Objets trouvés sur le lieu de l’incident et ramenés aux commissariat quelques instants plus tard par un passant qui croit encore dur comme fer au sérieux de la police, je n'en doute pas une seconde.

Analogie, affinité, lien, complicité, culpabilité...

Mon ciel s’assombrit tout-à-coup.

Vite, vite une banane ou une tête-de-nègre pour me remonter le moral! Vite avant que les associations anti-racistes ne viennent semer leur crème là où il n’est nullement nécessaire.

Je me contente d’une barre de chocolat blanc qui m’a été offerte par un mon ami Robert, un extrémiste de droite qui a perdu toutes ses dents lors d’une manif.

On ne choisit ses amis, ce sont eux qui nous choisissent. Pour ne pas sombrer dans le désespoir. Ou pour justifier leurs sottises.

Dieu a le même problème que moi, paraît-il. Ils sont nombreux à vouloir lui lécher les bottes. Lui, qui adore se promener pieds nus. Ils l’obligent ainsi à se comporter comme quelqu’un d'autre.

Prières par-ci, prières par là! On n’arrête pas de le saouler. Il va finir par disparaître pour de bon.

Que c’est succulent le chocolat! Vive les Belges! Vive les Suisses! Déjà pour cela...

21:20 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/02/2018

Mes voisines concubines (4, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Je me prénomme Rosetta, poursuit-elle. Et elle, elle s’appelle Pierrette.

- Mais entre nous, c’est Pierre, précise la blonde... On se tutoie?

- On se tutoie...

- Et toi, quel est ton nom?

- Charles-Antoine pour les officielles et Charly pour les intimes... Puis-je vous poser une question un peu particulière?

Les paupières des filles se mettent à trembler.

- Mais je vous rassure... je vous rassure...

Elles clignotent maintenant à fond.

- Pas du tout indiscrète.

Elles s’immobilisent d’un seul coup.

Quel synchronisme! me dis-je. Elles sont vraiment faites l’une pour l’autre ces deux-là, malgré leurs différences.

J’ose finalement:

- Est-ce que vos parents professent ou professaient l’archéologie? Ou vous vous êtes rencontrées en Égypte?

Des sourires et des grimaces s’entrecroisent sur leur visage.

- K... co... k’ment... le... sais-tu? bégaie la blonde.

- Comment je le sais?

- Oui, comment le sais-tu? intervient la rousse. Personne n’est au courant de notre passé...

- Ni de notre enfance, ni de notre adolescence. Elle a retrouvé ses esprits, la grande.

- Malheureusement, permettez-moi d’être grossier, il nous colle au cul qu’on le veuille ou pas.

- Comment ça?

- Rien qui fut décidé n’est anodin à notre destin. Pour preuve, vos prénoms, ils m’ont aussitôt fait penser à la pierre de Rosette. Surtout le tien, Rosetta. D’où j’ai imaginé tout le reste. A moins que...

- Que quoi? en duo, évidemment.

- Que j’arrive à décrypter sur les visages des gens les traces que leur vécu.

- C’est monstrueux!

- Alors c’est vrai? J’ai vu juste?

- Oui, c’est vrai, me certifie la grande blonde. Mais il y a tout de même un léger bémol.

- Un bémol?

- Concernant notre rencontre, tu es tombé pile. Mais concernant nos parents, tu n’as que partiellement deviné...

- Cela nécessite forcément une longue discussion.

- Sans aucun doute... Passe donc ce soir boire un verre à la maison.

Elle s’adresse à sa copine:

- N’est-ce pas, Rosetta? Et grignoter aussi quelque chose à l’heure du souper, pourquoi pas?

La petite rousse hoche deux fois la tête en signe d’affirmation...

Les origines probables de ce récit...

12:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/02/2018

Mes voisines concubines (3, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgAprès avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je me rends illico presto chez mon garagiste.

- Tu as encore voilé ta bécane! me lance Monsieur Sergio Ussario.

- Ça se voit autant que ça? je lui demande tout surpris.

- Tu sais bien que je vois tout, devine tout, même quand le moteur est éteint.

J’aime beaucoup cet Italien. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’il me rappelle mon grand-père quand il me chantait:

- Garibaldi è andato in guerra, è caduto il culo per terra... *

Allez savoir!

Il suffit parfois d’une poussière d’étoile, d’une coquecigrue, d’une bagatelle, d’un rien pour que des liens de sympathie se tissent entre deux individus forts différents et opposés à bien des sujets.

Lui, il adore les voitures, le foot et les grosses. Moi, les voyages, la lecture et les maigrelettes. Lui, il prend plaisir à se tuer au boulot. Moi, moins je travaille mieux je me porte. Lui, le dimanche il va à la messe. Moi, je ronfle jusqu’à midi. Lui, il sait se taire quand il le faut. Moi, je la ramène constamment.

La seule chose que nous avons en commun... Niet, niet! Oublions ça! La fraternité ne réclame aucune garantie.

- Je t’arrange ça pour demain, me dit-il. Va bene?

- Molto bene.

- Chi va piano va sano e lontano.

Et sur ces belles paroles, je m’éloigne de mon réparateur.

En montant la Grand’Rue, à une minute du bercail, deux jeunes filles, un grande blonde et une petite rousse, d’à peu près mon âge, m’accostent et me récitent, quasi simultanément en souriant:

- Ah! te voilà toi, ça faisait longtemps que nous attendions ce moment-là...

- Plaî... t-il? je bafouille.

- Nous sommes vos voisines, c’est là que nous habitons, m’explique la blonde en me montrant du bras la fenêtre de leur studio.

- Et là, c’est vous? me dit la rousse en pointant du doigt celle du mien.

C’est-à-dire, pour être clair et tans pis pour la redondance: la fenêtre de mon chez-moi qui se trouve en face de la fenêtre de leur chez-elles...

*Pour ceux qui aimeraenit entendre la mélodie...

21:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/02/2018

Mes voisines concubines (2, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLes flics sont de sacrés péteux. S’ ils ne l’étaient pas, ils ne se baladeraient pas toute la journée avec leur pétard à la ceinture. Comme à l’époque des cowboys et des Indiens. Dans cette petite ville calviniste où les trois quarts des portes d’entrée ne sont pas munies d’une serrure.

Je vis dans un paradis sur terre. Presque! Où, pourtant, l’on a interdit aux enfants de jouer au gendarme et au voleur, à saute-mouton et à la bague d’or.

- Belle princesse, avez-vous la bague d'or? Si oui, avec un doux baiser vous l'aurez. Si non, prenez ma place et j'irai la chercher...

Silence! Verboten!

L’unique métal qui essaie d’imiter le soleil, tant convoité par les pharaons, est maudit dans ce pays. Seul l’argent mérite considération. Spécialement en papier.

C’est con un calviniste. Ça se couche et ça se lève tôt en récitant toujours la même prière. Comme si le Bon Dieu était sourd ou dur à la comprenette. Aucun respect envers son vrai supérieur. Pire qu’une grenouille de bénitier, un crapaud déguisé!

Cendrillon ne repassera jamais par là, c’est certain.

Après avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je vais directement chez mon garagiste...

16:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/02/2018

Mes voisines concubines (1, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgBref avertissement:

L’érotisme, comme le sport, mieux vaut le vivre que de se contenter de le regarder à la télévision.

Ou, pour les abandonnées de tous, les surexcités et les accros, mieux vaut s’en abstenir que de le consumer en visionnant des vidéos.

Oui, consumer et non pas consommer, préciserait ma psychiatre catholique.

Le chapitre est clos!

Je m’appelle Charly. J’ai vingt-deux ans. L’âge de tous les rêves, de toutes les chances mais aussi de tous les dangers. Et je vous parle en connaissance de cause. Pour preuve, je viens de sortir de cellule pour avoir roulé en état d’ivresse, en... excusez-moi, le commissaire de police a encore besoin de moi.

- Tiens... et sois sobre la prochaine fois! me dit-il en me lançant un trousseau de clés.

- C’est quoi ça? je lui demande tout étonné.

- Les sésames de ta bagnole.

- Ma voiture? Mais je n’ai pas de voiture!

- Apparemment si.

- Et je ne sais pas conduire.

- Ce n’est pas mon problème.

- J’ai un solex moi! Un vieux solex qui...

- Fiche le camp d’ici! L'affaire est classée...

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13/02/2018

Au pied de mon père (13, fin)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgMiraculeusement, je me retrouve mentalement couché sur le ventre, au pied de mon père, en train de jouer avec mes soldats de plomb. Sur la lune, mars ou sur une autre planète.

Le vieil homme est confortablement installé dans son éternel fauteuil. Contraste oblige! dirait ma concierge.

Le bon patriarche me relève gentiment et me souffle d’une voix poétique:

- Mon petit roi, sache que rien n’est anodin chez l’humain, tout est malin. A moins qu’il ne soit un saint. Et ceux qui sont au gouvernail, se comportent souvent comme des canailles. As-tu retenu la leçon, mon garçon?

Et je lui réponds:

- Oui Papa, je prends mon envol vers un monde meilleur mais le voyage sera long.

- Sois prudent, fiston! La rivière n’a pas creusé son lit en une seule nuit.

De retour sur terre, je constate que l’horreur s’est amplifiée. Les larmes et le sang coulent à flots.

La souffrance ne devrait pas exister. Dieu a décidément dû marchander son pouvoir lors de son premier grand ouvrage.

Et, entre pleures et gémissements, j’entends murmurer de-ci delà:

- Elles n’étaient prêtes, les filles... En jupe ou en pantalon, c’est du pareil au même... La révolution, c’est surtout bon pour les révolutionnaires... On nous autorise ceci mais on interdit cela... Trop vite, trop tard... On colle, on décolle et on recolle... Les flics, toujours aussi cons...

Juliette et la serveuse, chacune de leur côté, se préoccupent enfin des autres. Elles lavent, elles désinfectent, elles pansent, elles soulagent avec des mots tendres et réfléchis.

- Face au pire, c’est fou comme l’on peut devenir meilleur, je marmonne.

Jo s’approche de moi et me dit:

- Tu avais raison. Tu as vu juste. Est-ce par hasard ou es-tu un espion?

- Un argent très secret au service d’un état très désintéressé, je plaisante... Au fait, c’est quoi cette histoire de partage entre ton ex et toi.

Elle sourit et m’avoue:

- Elle voulait que l’on fasse l’amour ensemble.

- ?

- Elle, toi et moi. Mais vu les circonstances, elle a changé d’avis.

- Zut! Merde! Scheisse! A deux doigts de gagner le gros lot, il faut toujours qu’une catastrophe viennent piper les dés.

Alors Juliette, profondément déçue de mon libéralisme intellectuel ou de mon progressisme charnel, me balance un magistral coup de pied au cul.

Je me réveille séance tenante.

- Dors, le réveille n’a pas sonné, ronchonne ma nouvelle petite amie à moité endormie, en remuant sa jambe droite.

- C’était toi? je lui demande.

- Moi quoi?

- Le coup de pied.

- Quel pied... et arrête de jouer avec mes fesses.

- Ce n’était donc pas toi?

- Tu rêves encore, Legov?

- Je m’appelle Vogel.

- Alors cesse de parler en dormant.

- C’est vrai... je parle en rêvant?

- C’est très agaçant... Surtout quand... tu renverses et inverses... presque tout.

- Je suis vraiment désolé.

- Je te pardonne.

- Taisons-nous maintenant!

- C’est qui cette Juliette?

- Dors! Je te raconterai tout ça demain. Si je n’aurai pas tout oublié.

- Tu as de la chance que j’ai terriblement sommeil... Bonne nuit, Raoul!

- Bonne nuit, Jo!

Souvent, les rêves trahissent les traitres mais anticipent la réalité.

21:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/02/2018

Au pied de mon père (12, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Rien n’a vraiment changé en somme, dis-je avec un petit sourire au bout des lèvres. Une poule a pris la place du coq mais le poulailler est resté intact. Et forcément avec de nombreux artifices tout fonctionne. Mais comme rien n’est constant, le retour ou le repassage aux sources est fort probable. Ainsi va le monde. Une bizarroïde sinusoïde des événements et des comportements que le Grand Barbu a dessinée sur son tableau noir. Une nébuleuse, un brouillon, une esquisse que même lui n’est plus en mesure d’effacer...

- Mais tu dénigres notre Seigneur! réagit Juliette avec violence.

- Tu vois! Même là vous avez échoué.

- Mais de qui parles-tu?

- De toi et de toutes celles qui ont lutté pour la même cause.

- Où exactement avons-nous échoué?

- Presque partout mais principalement dans l’univers de la liberté. Car sans liberté, il ne peut y avoir de véritable nouveauté. Votre révolution n’a été, comme toutes les révolutions d’ailleurs, qu’une simple prise de pouvoir après que vous ayez longuement comploté. Un parfait copier-coller de l’histoire!... Ils coupèrent des têtes, vous coupâtes des couilles. Moralement ou physiquement, c’est le même crime.

- Pour vous messieurs, pas pour nous.

- Des mots, rien que des mots!

- Nous avons transformé la société.

- Foutaise! Mensonge! Illusion!

- Explique!

- Les fabriques d’armements sont toujours là. Les camps de réfugiés sont toujours là. Les prisons sont toujours là. Les écoles sont toujours là. Les temples et les églises sont toujours. Les chômeurs qui font la queue derrière les guichets de l’office de l’emploie sont toujours là. Les misérables qui mendient dans la rue et les passants bourrés aux as qui les regardent de haut sont toujours là. Les mauvais médecins et les charlatans sont toujours là. Les infirmières proches du diable sont toujours là. Les mal soignés, les maltraités, les mal-aimés, les violés et les volés sont toujours là...

- Il y en a de moins en moins, d’après les statistiques.

- Elles ont toujours été truquées.

- C’est faux! Tout va dans le bon sens...

- Alors pourquoi cette manif?

- Quelle manif?

- Là où tu m’as peloté les fesses.

- Ce n’était pas moi et ce n’était pas une manif.

- C’était quoi alors?

- Une manifestation pacifique.

- Tu joues avec les mots.

- Pacifique, je répète.

- Cet adjectif est un ajout ridicule. Il ne sert qu’ à berner soit le public soit les autorités.

- Tu sais tout toi, évidemment!

- Je n’ai jamais prétendu cela.

- Pourtant, c’est ce que tu cherches à me faire croire, perroquet égarée!

- Qu’est-ce qui t’incite à me traiter ainsi?

- Ton assurance sur tant de connaissances dont tu ignores tout d’elles.

- Je ne comprends rien à ton charabia.

- Alors, explique-moi, comment un type qui a atterri, il y a à peine quelques heures, dans un zoo et qui a failli...

- Là aussi, vous avez échoué! Les zoos, les animaux...

- ... se faire bouffer par les crocodiles, puisse s’estimer capable d’analyser notre situation politique et oser nous en délivrer un aperçu. As-tu une explication à cela?

- Oui, les bouses.

- Le caca des vaches?

- Entre autres.

- Tu déconnes?

Mais, heureusement, à cet instant précis, mon ange gardien secoue l’arbre de tous les dangers et me chuchote à l’oreille:

- Pas un mot! La réponse, elle l’aura dans...

Et ni un, ni deux, ni trois, la porte du bar vole en éclats et une foule, composée de bras cassés, de têtes brûlées, de casseurs, de prostituées, de pépés, de mémés, de journalistes, de secouristes, d’enfants de cœur et Dieu sait quoi encore, tous ensanglantés, envahit l’établissement...

21:09 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/02/2018

Au pied de mon père (11, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Où?

- Où la vengeance collective des femmes a eu lieu, finalement et heureusement.

La serveuse apparaît subitement au fond de la salle. Elle se dirige lentement vers nous en brandissant un mouchoir blanc.

- Pas de trêve après un divorce! proteste Juliette.

- Mais au fait, qui est-elle pour toi? je lui demande.

- Mon ex femme, me répond-t-elle en grimaçant.

- Ton ex... ton ex-épouse?

- Non, un des mes anciens boulets et une de mes imprévisibles boulettes!

- Comment ça?

- Je me suis mariée trois fois. J’ai donc dû supporter deux fainéants à moité alcooliques et cette enquiquineuse.

- C’est le ou la dernière.

- L’avant-dernière.

- Mais quel âge as-tu?

Notre conversation est interrompue par la présence de la barmaid qui se tortille telle une chatte en chaleur.

- Il faut absolument que l’on partage, miaule-t-elle.

- Je ne suis plus d’accord, lui explique Jo. Je t’ai avertie dès que nous sous sommes installés.

- Mais l’autre jour...

- L’autre jour, c’était un autre jour. C’était comme un cadeau d’adieu.

- C’était si bon, si merveilleux...

- Je ne te le fais pas dire!

- Alors?

- Pas question.

- Peut-être que monsieur est un cas à part...

- Fiche le camp d’ici avant que je t’étrangle!

La serveuse s’éclipse sur le champ...

21:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/02/2018

Au pied de mon père (10, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgVa-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!

A ton tour de jouer au soldat de l’armée du salut, je me somme. Sans grade ni uniforme, bien entendu.

D’un seul coup, je la serre fortement contre moi et pose mes lèvres sur les siennes.

Par manque d’oxygène sans doute, elle me repousse légèrement, ouvre sa bouche toute grande, la referme en cul de poule et lâche un pet vocal.

Puis elle éclate de rire.

Je suis tout stupéfait.

Le romantisme est-il mort? je m’inquiète. Le féminisme à fortes doses l’a-t-il anéanti à jamais?

Ébranlée par ma stupeur, Juliette, telle une poupée à piles à moitié esquintée, clignote de l’œil droit, et me déclare solennellement:

- Les hommes de la préhistoire partaient régulièrement à la chasse abandonnant femmes et enfants sous prétexte qu’ils étaient les seuls à pouvoir vraiment affronter et tuer le mammouth, l’ours ou le sanglier. Et que ramenaient-ils la plupart du temps après leurs très longues et douteuses balades? Des taupes, des lézards ou des escargots... Ils se sont bien moqués de leurs femelles, ces mâles des cavernes avec leur soi-disant courage et leurs biceps tout juste bons à servir d’oreillers... Et ce cirque dura, sous d’autres formes, jusqu’au jour où...

- Où?...

22:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/02/2018

Au pied de mon père (9, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande.

- Tout de suite? je murmure.

- Oui, tout de suite.

- Devant vous aussi? C’est que... c’est que... Et si quelqu’un se pointe?

Juliette vient à mon secours, en quelque sorte.

- Il ne s’agit pas de ton petit zizi mais du sobriquet que tes zinzins t’ont attribué, m’explique-t-elle.

- Ah bon!

Elle s’adresse à la serveuse:

- Verstehst du jetzt pourquoi, sans la spécification des êtres et des objets, les mecs ont tendance à fantasmer et perdent souvent les pédales?

A moi:

- Ce n’est pas un nom d’origine biblique, j’espère?

Merde! Comment le saurais-je? Je n’ai jamais ouvert ce bouquin-là...

- Tu as besoin de ton ordi pour ça?

On dirait qu’elle devine tout cette salope.

Et si... et si... je décidais enfin de mentir? Il n’est jamais trop tard de changer son fusil d’épaule.

Au royaume de la femme, cachotteries et mensonges ne sont-elles monnaies courantes? Le camouflage de l’âge est quasi un exercice quotidien.

- Roméo! je crache presque du fin fond de mes entrailles.

- Roméo? s’interroge Juliette, à voix basse. Dommage! Ça ne m’évoque rien.

A haute voix, à la serveuse:

- Maintenant que tu as rempli ton rôle de bonne samaritaine, tu peux retourner derrière le comptoir, au lieu de rester là plantée comme une girafe effarée.

Vexée, la jeune femme se retire illico presto et disparaît de notre vue.

Zut! De nouveau seuls. Comme sur une île déserte. Les chaises et les tables à la place des cactus et des cocotiers.

Trop longtemps éloigné des gens de la ville et des médias, j’ai perdu le sens du combat et de la confrontation.

Face à une femme provocante, j’ai l’impression de me trouver dans les arènes de Rome, à l’époque des vrais césars. Sans bouclier ni épée. Sans filet ni trident. Totalement désarmé, à la merci d’une tigresse affamée de chair et de sexe.

Cool Raoul! Relax max! Retire ton nez du trou du robinet, gros dadais! La fontaine ne risque pas de déborder. Juliette, comme la lune, a certainement un côté caché mais pas forcément mal éclairé ou mal intentionné.

Alors, inspiré par une force inconnue mais géniale, avec l’aide de ma gestuelle, je lui dis:

- Si tu veux mon bras, voici ma main. Si tu veux ma jambe, voici mon pied. Si tu veux, mon corps, voici ma tête. Si tu veux mon âme, voici mes yeux. Si tu veux briller comme un soleil, permets-moi de tourner autour de toi comme une planète. Celui qui veut est déjà entré dans le sillage de Dieu.

Juliette tombe des nus.

Va-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!...

15:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/02/2018

Au pied de mon père (8, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgJuliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?

- Tul... con... déjà, je balbutie.

- Ne parle pas comme un abruti de moine!

- Legov, pour la deuxième fois...

- Ton prénom, bon sang! Celui de ta dynastie, je n’en ai rien à cirer. Au fait, pour ta gouverne de vieux bouc, sache que le patriarcat a passé à la trappe chez nous, depuis au moins une décennie. Fini le temps où le masculin l'emportait sur le féminin à tous les point de vue! Fini la suprématie du machisme! Enfin nous avons droit à tous les podiums!

- ...

- Alors, ça vient ou quoi?

- Ou quoi?

- Je t'expédie sous les jupes de ton papa.

- Mon père n’est pas écossais.

- Je croyais. C’est sans doute à cause de ta tronche de cake.

- Merci!

- Pardon, je voulais dire de pain d’épices.

- Pourtant, je ne suis pas roux.

- Presque.

- Je poserai plainte pour injure, calomnie et diffamation.

- Alors dépêche-toi de te teindre les cheveux!

- Et toi d’apprendre à distinguer le vrai du faux comme la blondeur de la rousseur...

- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande...

10:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/02/2018

Au pied de mon père (7, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?

Je ne réponds pas. Je contemple son visage. Je le trouve splendide et irréel à la fois.

C’est un paysage idyllique, d’un autre monde où le soleil ne se couche jamais, me dis-je bizarrement. Est-ce cela le paradis sur terre, explorateur égaré que je suis?

- Su quoi? répète Juliette.

- Je serais resté là où j’étais, je stipule. Loin de tout et tous. Comme un sauvage, diraient certains. Mais quand on est seul, le primitif et le civilisé ne font plus qu’un. L’homme se retrouve face à lui-même. Pas de comparaisons, de contradictions, d’oppositions, de discussions possibles, il n’y a plus que le silence de l’âme et ses gargouillis.

- Mais ce n’est pas un vie!

- Tu as raison mais en même temps tu as tort.

Brusquement, Juliette me foudroie du regard, se déplace rapidement, s’assied à côté de moi et m’ordonne:

- Ouvre tout de suite ta braguette, il faut absolument que je fasse joujou avec ton robinet.

- Mais c’est une tentative de viol! je m’exclame.

La serveuse accourt aussitôt et, toute fébrile, dit à Juliette:

- La justice, bien que dans les mains de tes copines, finira un jour par ne plus être de ton côté. Et encore moins du nôtre ou du mien. Tu abuses trop ne nos acquis.

- Acquis, acquis, oui mon kiki! Malheureusement rien n’est véritablement acquis, ironise-t-elle... Je n’ai commis aucun acte illégal, ma chérie.

Vingt secondes de silence, inattendu celui-ci. Semblable à une éternité d’interrogations multi-directionnelles. Dieu est un farceur parfois, accidentellement forcément.

Juliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?...

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05/02/2018

Au pied de mon père (6, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgAprès avoir avalé son hamburger et léché ses doigts, la blonde, Juliette ou Jo désormais, me dit:

- Nous sommes tous de sacrés hypocrites... Tu déclares haut et fort que tu défends la cause animale et que fais-tu pour ça, tu te grilles des saucisses à la moindre occasion.

- Toi mais pas moi? je conteste.

- Comment ça pas toi?

- C’est toi qui as déclaré haut et fort au fond de ta conscience ceci et cela. Moi, je n’ai jamais rien déclaré. Comme un gamin ou un vieux con, j’ai simplement englouti le petit pain rondelet fourré de je-ne-sais-quoi que tu as commandé.

- C’était de la viande!

- Maintenant, je le sais.

- Mais d’où tu sors toi? De prison ou de... de...

- Ne cherche pas plus loin, tu te répètes pour des prunes, ma jolie. Mais pour dissiper tes inquiétudes, sache j’ai atterri cette nuit en parachute, à un quart d’heure d’ici. Ou à un dix-sept minutes à pied, pour être plus précis, verstanden? Avec une petite valise que j’ai perdue en chemin à cause d’une bouse de vache, de bison ou d’éléphant...

- Dans le jardin zoologique, certainement...

- Merci! Cela m’explique enfin pourquoi j’ai cru entendre des ricanements, des hurlements, des barrissements, des beuglements...

- Mais pourquoi en parachute?

- Pour des raisons économiques et écologiques.

- Tu plaisantes?

- Ai-je l’air? La vérité se lit sur mon visage, paraît-il...

- Ont-elles osé aller jusque là?

- Qui ça et où ça?

- Nos élues, nos politiciennes. Au-delà du sommet.

- Je ne comprends rien à tes salades.

- Tu n’es au courant des évènements? De notre situation politique?

- Comment le serais-je, je viens à peine de débarquer...

- Les femmes ont pris le pouvoir depuis quelque temps.

- Et?... Ça va bien?

- Beaucoup mieux qu’avant. Mille fois mieux. En tout cas, pour les femmes. Pour les hommes, c’est le retour de manivelle. Mais c’est de leur faute! Ils nous ont trop chauffé les oreilles avec leurs sales histoires de harcèlement et de viol à répétition. Avec leurs mensonges absurdes, à nous faire mourir de rire! Avec leurs juges partiaux et leurs avocats corrompus! Ou l’inverse... Dieu a enfin écouté les siens.

- Les siennes!

- Oui, tu as raison, les siennes... je parle encore comme à l’époque des machos.

- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?...

11:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/02/2018

Au pied de mon père (5, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgLa blonde et la serveuse s’échangent quelques petits sourires pleins de malice.

Selon moi encore et toujours! Éternel observateur obsessionnel!

J’aurais dû être flic ou espion. Au service d’une Majesté. Pure des oreilles aux orteils. Hélas introuvable sur le marché!

La belle s’attaque à sa Mort Subite. Car, après chaque gorgée, elle grimace puis elle rote. Quelle classe! On se croirait dans un Grand Palace après trois heures du matin.

- Qu’est-ce tu as à me regarder ainsi? Tu n’as jamais vu une nana en train de se relaxer? me crache-t-elle tout à coup à la figure, après avoir pour de bon craché par terre.

- Double face, double jeu! je contre-attaque.

- C’est trop tôt ou trop intello pour moi. Cause comme un mec normal ou un mac et non pas comme un linguiste qui s’agrippe sans cesse à la jupette de son Latino...

- Comment tu t’appelles?

- Tu veux vraiment connaître mon pedigree? De A à Z?

- Le Z me suffirait.

- T’es moins con que je le pensais.

- Et tu n’as pas encore rien vu ni entendu.

- Mon prénom, c’est Juliette mais on m’appelle souvent Jo. Surtout ici.

- Ici ici?

- Non, ici là-bas!... Pourquoi, qu’est-ce tu as contre les éplucheuses de lentilles?

- Tu veux dire les gougnottes?

- En tant que lexicologue, tu ne dois pas être un érudit. D’un côté, je te comprends, le bourrage de crâne n’a jamais engendré des génies...

- Je ne suis pas tout ça. Mais...

- Mais?

- Il m’arrive d’écrire de temps en temps.

- Donc, je n’étais pas très loin de la vérité. Je suis fière de moi...

- Et c’est quoi qui t’a permis de deviner? Mes mots, mes phrases ou ma façon de m’exprimer?

- Tes belles mains?

- Mes mains?

- Oui, tes mains de gynécologue ou de pianiste.

- Quel rapport avec la littérature?

- Tout et rien. Ou plutôt, rien et tout.
- Sois plus explicite!

- Explicite, explicite! Tu commences à me faire chier avec ton explicite. Bouffons d’abord notre burger!

Nous mangeons sans dire un mot. Dans le silence le plus total. Ou presque. On se croirait à la messe lors de la distribution et de l’engloutissement des hosties...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/02/2018

Au pied de mon père (4, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?

- Non, je hume l’odeur de ton âme.

- Mouche-toi d’abord!

Après avoir bousculé une centaine de personnes voire plus, des hommes aux cheveux longs et des femmes à la chevelure courte et au visage bourré de piercing, nous entrons dans un bar-resto dont le nom, bien qu'interminable, ne suscite aucune ambigüité, selon moi. Soit: A Lesbos, jamais on te forceras à tourner le dos.

Nous nous nous installons dans un coin tranquille, à l’abri de tout regard indiscret. Bien qu’il n’y ait aucune chatte à l’horizon à part le personnel. Salaire oblige! Tout le monde est à la manif. Solidarité inflige!

- Comme d’habitude, ma jolie? demande la serveuse à la blonde, d’un air quelque peu complice.

- Également un ham et une Mort Subite pour mon jeune ami, répond-t-elle, sèchement. Mais cette fois-ci, je ne partagerai pas.

- Okay, okay! On verra tout ça.

- Excuse-moi, je n’ai pas bien entendu, je suis sourd d’une oreille suite à explosion, dis-je, une fois la barmaid partie. Tu t’appelles Marjolie ou Jolie comme Angelina Jolie?

- Qui c’est celle-ci? Une de tes concubines?

- Si seulement! Non, c’est une actrice américaine qui a réalisé quelques films engagés...

- Quand ça?

- Dans les années dix.

- Tu nages en plein dans l’antiquité, mon gars! Sois dans le présent, bordel! Les vieilles princesses ne m’ont jamais fait jouir.

- Mais dans quel siècle sommes-nous?

- Celui du consentement et de l’oubli.

- En deux mots?

- C’est en deux mots.

- Je voulais dire plus explicitement.

- Ma parole, tu n’es pas d’ici toi! D’où tu viens? D’ Arabie ou de la lune? Tu n’es pas un roi mage par hasard?...

On apporte les bières et les burgers. Sans verre ni assiette. Le tout sur un plateau rose...

15:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/02/2018

Au pied de mon père (3, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Cessez de vous chamailler, les amoureux! crie sa voisine, une rousse... Vous avancez à grands pas là où l’on piétine. C’est injuste.

- Pourquoi, tu es jalouse, ma grosse? lui lance ma blonde.

Ma blonde? A moi tout seul? Pas encore ou jamais. A moins que nous n’ayons baisoté ensemble un soir d’été, il y a fort longtemps. A l’époque où je buvais comme un trou. Trou de mémoire ou mémoire trouée! Hélas!

- Grosse toi-même! Pour qui tu te prends, pouffiasse? rétorque la rousse.

La blonde me tire alors par le bras et me dit:

- Viens, allons vapoter du cannabis à la périphérie de la manif! Il est plus facile de reculer que d’avancer dans ce merdier.

- Comme dans tous les merdiers, je murmure.

- Je n’ai pas compris, tu n’aimes pas ça?

- Pas spécialement.

- Dans ce cas-là, allons bouffer un hamburger, je crève de faim. Ça te dit?

Elle fume, elle bouffe du fast-food, ce n’est certainement pas une hypocondriaque. Excepté si elle est en train de délirer. Non? Ou? Excepté aussi si la féminité a basculé dans la masculinité? Oui? A force que vouloir à tout prix changer l’ordre des choses, on va droit vers défenestration.

- Oh! Ça te dit ou niet?

- ...

- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?...

22:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

31/01/2018

Au pied de mon père (2, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Eh bien, le monde a bien changé! je m’exclame.

- Et alors, ça te dérange, petit coincé? me demande une blonde, sur un ton menaçant.

- Non mais...

- Mais quoi?

- C’est vous?

- Pourquoi forcément moi? Parce que j’ai osé te répondre la première? Tu ne sais pas que quand un geste est anonyme, c’est tout le monde ou personne?

- C’est bien nouveau tout ça.

- Nouveau? D’où tu sors, Einstein?

- Je ne m’appelle pas Einstein mais Legov.

- Le contraire n’aurait étonnée.

- Je ne comprends rien à vos salades.

- C’est toi qui ne comprend rien à rien. Certainement, tu as dû passer trop de temps au pied de ton père comme un chien qui a perdu la faculté d’aboyer...

- Quel rapport avec Einstein?

- Quel rapport?

- Oui, quel rapport?

- Tutoie-moi d’abord.

- Explique!

- Tu as tout à fait la tronche du fou des étoiles qui s’est baladé toute une année dans l’espace, avec sa petite fusée géniale qui fonce à la vitesse de la lumière.

- Et?

- Quand il retourne au bercail, il constate que sa femme n’est plus là mais que son fils est déjà grand-père. D’où Albert!

-  Je vois maintenant... On m'a déjà bassiné avec cette théorie. L’espace-temps et ses soi-disant risques...

- Où étais-tu tout ce temps? En prison ou sur une île déserte?

- On se connait?

- Tu aimerais bien le savoir, n’est-ce pas? Tu mettrais ainsi fin à ta problématique question.

- Quelle question?

- Qui est la salope qui a osé me caresser les fesses?

- Cessez de vous chamailler, les amoureux! crie sa voisine, une rousse... Vous avancez à grands pas là où on piétine. C’est injuste...

16:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

30/01/2018

Au pied de mon père (1, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- En vérité, je vous le dis, allez tous vous faire voir! Il n’y a plus de place au paradis. Mais comme vous avez fini par découvrir le numérique et que vous vous êtes soumis à lui sans la moindre contestation, je vous suggère de vous transformer en fichiers, vous aurez peut-être une chance ailleurs...

Qui est-il? Où est-il? je me demande.

Je suis en plein dans une foule et je n’arrive pas à apercevoir l’orateur de cet étrange discours.

- Pardon!... Excusez-moi!... Laissez-moi passer, s’il vous plaît!... Pardon!... Pardon, bon Dieu!

Impossible d’avancer. Nous sommes serrés comme des sardines.

Mais qu’est-ce qui m’a pris de venir ici?

Merde! On m’a foutu la main au cul. Quelle bizarre sensation!

Je me retourne forcément: que des femmes. Belles, souriantes et intelligentes. Blondes, brunes et rousses.

- Eh bien, le monde a bien changé! je m'exclame...

15:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/01/2018

Ils se sont tant aimés (59, fin)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Soit! Si ça t’amuse... La première fois que tu m’as flanqué une peur bleue, c’est quand tu as failli perdre Tania dans la taïga...

- J’étais trop acharné à trouver des champignons. L’acharnement est synonyme d’œillères.

- La deuxième... c’est après ce terrible coup de grisou où l’on t’a arraché des entailles de la terre, miraculeusement, avec une légère égratignure sur le front...

- C’est vrai, j’ai eu beaucoup de chance. Plusieurs collègues ne sortirent pas vivants.

- La troisième... c’est quand tu as puni notre chienne Strielka en l’abandonnant en pleine forêt attachée à un arbre...

- Elle n’arrêta pas de tuer les poules de la voisine, la vilaine! Pour rien. Pas par faim, par plaisir. Mais j’ai aussitôt fait marche arrière, n’est-ce pas?

- Oui, mais c’était trop tard!... Tu avais sans doute oublié que l’endroit de ton supplice était très fréquenté des ours et des bagnards.

- La colère rend à moitié aveugle.

- Ça tombe bien. La fois où tu m’as vraiment fichu la trouille, à deux doigts de m’enfuir, c’est quand Tania n’a pas pu s’inscrire à la faculté de droit, à cause de ses faibles notes. Tu as explosé comme une bombe...

- Non, pas à cause de ses notes insuffisantes mais à cause de ses soi-disant notes médiocres.

- Peut-être.

- Alors, comment se fait-il, qu’une de ses camarades de classe, moins bien classée qu’elle, a été admise?

- Par copinage, probablement.

- Parfaitement! Et cela m’a foutu les boules à un tel point, bref!... Tu sais bien, je ne supporte ni l’injuste, ni la corruption, ni le mensonge, ni le vol... Notre pays est devenu une oligarchie et non pas une véritable démocratie, comme nous l’avions tous souhaité, et cela me désole énormément... Vivement que la jeunesse réagisse! Prenne le taureau par les cornes et le fasse tomber à terre, cet animal à grosses cornes et à grosses merdes. Elle seule peut faire changer les choses. Oui, elle seule. Les autres, l’argent les tous rendus aveugles, sourds et muets. De parfaits objets de décoration. Inoffensifs. De jolies petits bibelots. C’est triste!



Zoïa Dmitrieva Nekhorocheva ferma ses yeux à jamais le 22 août 2016.

Et, comme elle l’avait curieusement prédit, Guennadi Antonovich Nekhorochev fit de même neuf jours plus tard.

La veille de sa de mort, l’ancien mineur et communiste convaincu, vit des ombres roder autour de lui et entendit des voix, de lointaines voix.

Était-ce son adorée chamane qui cherchait à alléger ses souffrances? Était-ce Maria, la jeune fille des bois, la fille du Tsar, qui lui répétait par joie qu’elle avait enfin réussi à retrouver son chemin? Était-ce l’oncle Vania qui essayait de se faire pardonner? Étaient-ce ces trois-là suivis par les copains qui n’ont pas survécu aux coups de grisou? Était-ce Lénine ou Staline encadré par des agents du KGB? Était-ce Dieu accompagné de son fils et de quelques anges?

Tout est possible dans l’univers de l’invisible. Un monde bien meilleur que celui que l’on convoite déjà, jour et nuit. En tout cas, plus agréable à vivre, j’espère!

Tombe Nekhorochev.jpg

Guennadi et Zoïa.

16:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/01/2018

Ils se sont tant aimés (58, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLa chamane, malgré elle, s’assit à côté de son mari, prit ses mains dans les siennes et lui dit:

- De quoi as-tu peur? De la mort ou de mourir avant moi et de m’abandonner ainsi à mon sort? Ce que t’a raconté le médecin n’est pas forcément la vérité. Alors à bon bon s’affoler avant l’heure. Bien que... au moment fatal, tu seras léger comme une plume, il y a de fortes chances. Et je serai là pour te porter.

- Comment ça? Tu partiras avant moi? lui demanda Guennadi, un peu surpris.

- Nous quitterons ce monde ensemble, répondit son éternelle compagne. Comme Roméo et Juliette. En moins exaltés, cela va de soi.

- Comment le sais-tu?

- Je le sais. Tout simplement et c’est largement assez... Et nos filles pourront crier sur tous les toits: ils se sont tant aimés nos vieux. Oui, tant aimés! A la perfection. Car ils se sont obéis. Ils ont obéi à leur nous. En dansant et en chantant souvent. Sans la moindre discussion mais avec des regards et des clins d’œil... Jamais, tu m’a déçue, désappointée, vexée, trompée ou quoi que ce soit d’autre dans ce style...

- Jamais?

- Jamais. Sauf peut-être trois ou quatre fois. Mais c’est dans tout autre registre. Laissons tomber!

- Quel registre? Tu commences à parler maintenant comme ton beau-fils...

- Quel beau-fils?

- Le Suisse, pardi!

- Entre nous soit dit, j’aimerais bien que Natacha rentre au pays, pas toi?

- Si.

- Elle serait plus en sécurité ici, tu ne crois pas?

- Pas du tout. C’est tout le contraire. La Suisse fait partie des pays les sûrs au monde. Pour l’instant. Jusqu’à quand? Ça, c’est un autre mystère... Mais n’essaie pas de t’esquiver! Ouvre ton fameux registre! Qu’est-ce que j’ai combiné de si fâcheux?

15:33 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |