Soyons Net - Page 3

  • La Nubienne (8, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgMais voilà! J’ai souvent la hâte qui me poursuit subitement aux fesses.

    - Quelle est donc cette mouche tsé-tsé qui t’a piqué? me demandait souvent notre bonne soudanaise. Tu es toujours pressé comme un vomissement. Un jour, tu finiras par te mordre sérieusement les doigts, Blanc à cuire!

    Vomissement au lieu de lavement!

    Ce vocable, elle l’avait certainement lu dans un cahier de pataphysique que mon père avait dû laisser trainer sur son bureau, ma belle et tendre négresse. Pardon, femme de ménage de couleur! D’après les civilisés et les honnêtes gens d’ici.

    Ils sont allés jusqu’à bannir de leur langage les mots nègre et tête-de-nègre, les hypocrites!

    Moi, j’ose encore prononcer ces termes de mon enfance sans vergogne. Bien entendu à l’abri de la foule déchaînée. Par crainte de me faire traiter à tort de raciste et lyncher par les anti-touts-azimuts, il y va de soi. Car, bébé, je préférais téter les seins de ma Soudanaise que ceux de ma mère. Au point de jouir déjà dans mon berceau, parfois. Et ce avant de m’endormir comme un ange.

    Probablement, très probablement, voire plus, grâce au velouté et au coloris de sa peau. Elle était si douce, si rassurante et si proche de l’obscurité.

    Bref! Ce n’était qu’une brève intrusion dans mon passé secret...

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  • La Nubienne (7, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- C’est qui?

    - Quelqu’un.

    - Un ou une?

    - ...

    - Mâle ou femelle?

    - Surprise! Tu verras bien si tu veuilles bien patienter.

    Retour au capharnaüm des âmes bouillantes.

    Harriet court dans tous les sens pour servir cette jeunesse en totale frénésie, prête à se prostituer au moindre tendre sourire.

    Quant moi, pendant ce temps-là, collé au bar, je patiente forcément, j’attends un verre à la main, offert celui-ci par ma future bienfaitrice et complice, peut-être...

    Oui, j’attends, je stagne, quasi immobile, branlant par moment la tête, le regard hagard, perdu entre le rêve et la réalité, en me répétant sans cesse comme un idiot:

    Quelle est donc ce mystérieux personnage que je dois rencontrer? Est-ce une jeune fille ou un jeune homme?

    L’idée du voyage est toujours plus envoûtante que le voyage lui-même. Et la pensée de la conquête plus glorieuse que la victoire.

    Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou! Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou!

    On tue l’impatience à coups de gorgée. Malgré le feu ardent et sacré qui brûle dans nos veines.

    Jamais de ma vie, je n’ai senti une soif de vivre aussi grande. Bizarre!...

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  • La Nubienne (6, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe m’apprête à partir, elle me retient, par le bras.

    - Votre société me fatigue, tout est compliqué ici, je me lamente... Je rentre chez moi avant que le dernier bus me passe sous le nez.


    - Il y a des taxis à gogo dans le coin.

    - Trop chers pour moi.

    - Je demanderai à un copain de te ramener.

    J’hésite.

    - Non, reste, reste jusqu’à la fermeture, s’il te plait, me supplie-t-elle... J’ai quelqu’un à te présenter.

    - Quand ça ou ça?

    - Dans un quart d’heure tout au plus, ici-même si tu acceptes... D'accordo?

    - Okay!

    Illico presto, elle dégaine son portable, de son étui accroché à sa ceinture, l’allume et toute excitée se met à taper tout un discours.

    Ces armes de communication me font peur parfois, me dis-je en fixant du regard son iPhone ou smartphone. Vite fait sur le gaz, on annonce, on dénonce et on accuse. A juste et à mauvais titre. On jubile au moindre évènement. Souvent avec des mots élidés, mal orthographiés, vulgaires, vides de sens ou mal appropriés. J’ai la fâcheuse impression que la vérité et le mensonge se sont pacsés ou mariés au temple sacré du mariage pour tous! Que les journalistes ont moins accès... ou plutôt s’adressent de moins en moins aux bonnes sources de renseignements! Et que dans les salles de rédaction des journaux, des radios et des télévisions, on y passe plus de temps à plaisanter et à baisouiller qu’à se préoccuper sérieusement de l’actualité.

    - C’est fait, c’est parfait, elle arrive dans une vingtaine de minutes, me confirme-t-elle toute souriante.

    Je clignote des yeux...

     

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  • La Nubienne (5, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête.

    - Bien sûr, toi tu n’as pas besoin d’étudier, tu sais tout et ta vie est assurée jusqu’à la fin de tes jours, me dit Harriet. N’est-ce pas, fils à papa et à chère maman?

    Vexé, j’ai une envie folle de la traiter de tous les noms.

    Mais, heureusement, par miracle, une phrase de mon père me vient subitement à l’esprit et sort aussitôt de ma bouche:

    - A Babylone, quoi que tu fasses, tu seras toujours un étranger!

    Et j’ajoute:

    - Il est donc temps que tu quittes cette tour infernale, brebis égarée!

    Probablement, étonnée de ma réaction, la sociologue ou la politologue en herbe tempère:

    - C’était nullement pour te faire du mal... C’était pour mieux te connaître.

    - En me crachant dessus des vérités purement imaginaires et blessantes?...

    - Je suis désolée.

    - Tu te désoles comme tu respires, on dirait.

    Et je lui avoue pour mettre un terme à ses supputations obsédantes:

    - Mes parents vivent actuellement au pays des zèbres et des gazelles là je suis né. Ils sont hors circuit. Mon père est archéologue, à la retraite forcément, mais comme l’archéologie est un vaste empire sans fin, il continue de travailler dans la poussière sous un soleil de plomb. Ma mère est médecin de brousse spécialisée dans les maladies tropicales. Mais vu son âme de bonne sœur défroquée, elle soigne encore gracieusement tous ceux qui ont sérieusement besoin de ses services. Mais... Mais!... Comme notre existence est plus chargée de mais que de mois de mai, sa plus grande passion, c’est seconder son cher et tendre mari dans ses recherches. Quant à moi, élevé entre les chèvres, les momies, les estropiés et les cadavres, je suis venu ici, dans ma soi-disant patrie, dans le but d’acquérir un master en je ne sais quoi. Dans la même casbah que la tienne puisqu’il n’y en a qu’une dans cette ville ou village de pécheurs.

    Harriet tombe des nues.

    - Néfertiti, murmure-t-elle...

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  • La Nubienne (4, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgPas de réponse. Elle me toise un bref instant. Puis brusquement, quasi avec rage, elle sort de la poche arrière de son short en jeans une boîte métallique dorée, l’ouvre et me la tend en me proposant:

    - Un petit cubain?

    Je secoue la tête en signe de refus.

    Elle s’allume un cigarillo et m’explique:

    - Tout est là... dans la façon d’être, de se comporter. La société dans laquelle nous avons pris racine a eu une grande influence sur nos faits et gestes. Elle nous a conditionné malgré nous et ce...

    Je lui coupe la parole:

    - Que fais-tu dans la vie, à part bosser dans cette boîte à culs?

    Elle me sourit et me corrige:

    - Pas ça mais une souricière pour les naïfs de ton genre.

    - C’est-à-dire?

    - As-tu trouvé chaussure à ton pied?

    - Tu parles des filles?

    - Non, des gouines.

    - Des quoi?

    - Des bottines, des inverties, des lianes, des saphiques, des tribades, des visiteuses, des lesbiennes, des homosexuelles... si tu préfères...

    - Non?

    - Si.

    - Pourtant...

    - Nos tendances sexuelles ne figurent pas sur notre front.

    - Où ça alors?

    - Tout bon observateur trouve.

    - Donc, selon toi, je me suis planté...

    - Carrément!

    - Alors?

    - Alors quoi?

    - Tu fais quoi d’autre dans la vie?

    - Je suis étudiante à l’université.

    - Quelle faculté?

    - Sciences sociales et politiques.

    Je me gratte la tête...

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  • Micha, un flic qui crève de soif

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    En attendant que la belle Nubienne décide de faire son apparition, voici un mini-reportage que j'ai réalisé hier (Vendredi saint 2019) avec mon deuxième stylo (caméra):

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  • La Nubienne (extra, à suivre)

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    Tous les personnages, existants et à venir, de La Nubienne ainsi que l'auteur vous souhaitent de joyeuses fêtes de Pâques.

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  • La Nubienne (3, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgPlus la musique est débile, plus on s’éclate, disent souvent les copains du coin.

    Ils n’ont rien à foutre des belles paroles, romantiques ou bien pensées.

    C’est pour les vieux, les ringards, ajouteraient-ils à leurs lamentables discours.

    Heureusement, je ne fais pas partie de cette race d’individus accros aux arts superficiels du marché. Oui, heureusement!

    Pourtant, je suis là avec eux. En plein dans leurs délires. Suis-je un explorateur aux abîmes de ma génération, malgré moi? Quel métier suis-je en train de me forger?

    - Viens, on sort, j’ai besoin d’une pause, m’ordonne gentiment Harriet après mon troisième ballon.

    J’obéis, forcément.

    Au pays des bouseux et des montagnards, seul l’air n’est pas vicié, me dis-je dehors.

    Je respire donc profondément par le nez et expire par la bouche. Je répète cet exercice trois fois.

    - A ce point-là? me demande la rescapée des Vikings, en souriant.

    - Je ne comprends pas, précise! je lui réponds.

    - Tu adores à ce point-là l’odeur de la merde? reformule-t-elle.

    - La merde! Quelle merde?

    - Je viens de péter.

    - Je n’ai rien senti.

    - C’est que tu commences à m’aimer.

    - A t’apprécier peut-être...

    - Mais non! Je plaisantais... Chez moi, on ne fait jamais ça entre amis. Comme le font gens d’ici, pour soi-disant amuser la galerie.

    - Mais je ne suis pas d’ici.

    - Je sais.

    - Comment le sais-tu?...

    Pub!

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  • La Nubienne (2, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgA cinq mille kilomètres de mon lieu de naissance, là où les Négroïdes ont en apparence totalement blanchi au fil des millénaires, j’entre dans un bar bondé et commande en hurlant, vu le bruit:

    - Une boisson! Pourvu qu’elle soit alcoolisée! Très alcoolisée!

    La barmaid, une belle fille du type scandinave, coiffée d’une perruque rose et vêtue d’une chemisette quasi transparente s’approche de moi en se dandinant et me demande:

    - Pourquoi, tu cherches à noyer ton chagrin, beau gosse?

    - Quel chagrin? Non, j’ai l’intention de tirer un coup sans moralité.

    - Alors un verre de piquette, c’est largement suffisant.

     - Va alors pour le rouge!

    On bois, on fume, on se drogue, on danse, on gesticule plutôt, on s’embrasse, on se caresse, on se pelote, les fesses surtout, on frime sous les flashs et les projecteurs multicolores... c’est déprimant tout ça parfois mais c’est ma jeunesse et j’aime ça, bordel.

    - Encore un autre? me crie la barmaid... Tu as fait ton choix?

    Je ne réponds pas.

    Elle se faufile dans la foule déchaînée, si vous permettez cette expression, en zigzaguant et se dirige vers moi.

    - Quelle folie! je lui dis... Tu es toute seule pour servir?

    Elle esquisse un sourire douteux.

    Puis elle m’explique:

    - Nous sommes deux d’habitude mais ma copine est malade.

    - Personne ne la remplace?

    - Personne... Le patron ne le souhaite pas. Trop compliqué administrativement... Les temps sont durs pour tout le monde.

    - On se croirait au Moyen Âge.

    - Tout le contraire... Il y aurait au moins quatre belles pucelles autour de chaque chevalier vaillant.

    - Mais c’est ce qui se passe ici...

    - Sans aucun doute mais ces gamines n’ont pas connu la moindre ceinture de chasteté.

    - Heureusement!

    - Pour qui?

    - Serais-tu du genre...

    Elle me coupe la parole:

    - Je m’appelle Harriet Anderson et toi?

    - Comme la fameuse actrice suédoise des films de Bergman?

    - Presque... mais mon patronyme s’écrit avec un seul s... Et toi?

    - Ramy.

    - Ramy comment?

    - Officiellement, c’est Ramsès... Toucourt.

    - Ramsès tout simplement?

    - Non... Toucourt, c’est mon nom de famille.

    La belle Harriet reste trois secondes bouche bée puis elle éclate de rire.

    J’assume, je suis de marbre. Tel la plus sublime des statues égyptiennes du Musée du Caire.

    Surprenante pensée!

    Pas autant que ça pour le fils d’un archéologue, finalement.

    - Pardon, je suis vraiment désolée, c’était plus fort que moi, s’excuse la miss en essuyant ses larmes...

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  • La Nubienne (1, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgCertains scientifiques prétendent que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Je veux bien. Peut-être, probablement, certainement...

    Alors, j’ajouterai que la Nubie est celui de la civilisation. La vraie!

    Je tâcherai donc de vous expliquer le pourquoi.

    Je suis un Africain blanc. C’est-à-dire un individu de race blanche né sur le continent africain.

    Pour plus de détailles, mes cheveux sont blonds et lisses comme le sable du désert et mes yeux bleus comme le ciel. Un ciel bleu ciel, bien entendu.

    Une chance et une malchance à la fois!

    Aussi, je tâcherai de vous expliquer le pourquoi.

    Que de pourquoi et que de parce que durant toute notre vie!

    Malheureusement, nos questions sont plus nombreuses que nos réponses. Car nous laissons souvent aux autres la possibilité de conclure à notre place. Par manque de persévérance ou de concentration.

    Bref, passons plutôt à mon épopée sauvage...

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  • Flash-back (28, fin)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgJ’ai menti, elle a menti, nous avons menti...

    Du jour au lendemain, je me retrouve au chômage. La crise! Selon mon patron... pardon, mon ex exploiteur. Il fallait bien qu’il trouve une excuse, le pauvre bougre.

    Je suis donc obligé de cesser toute activité cinématographique. Car le cinéma, c’est avant tout de l’argent. Bien ou mal acquis. Surtout mal acquis par ceux qui flirtent comme des femmes indignes avec les donateurs gouvernementaux, patriotes aux idées bien établies.

    Je tire finalement un trait sur un art qui aurait pu être celui de liberté.

    Hélas, hélas! Il a choisi, on a choisi... celui de la facilité, de la conclusion.

    Mais heureusement tout est remplaçable en ce triste et bas monde. Patrie, épouse, époux, métier, passion et art.

    Je dégaine alors mon stylo et j’entre dans le saloon de la littérature où...

    Où?

    Vérités et mensonges se côtoient comme des poissons rouges dans un minuscule bocal. Ils s’embrassent souvent faute d’espace. L’océan, ce n’est pas pour demain.

    Alors! Forcément!

    Nous nous inventons des histoires pour expier nos péchés, nous rassurer... Peut-être pour nous faire pardonner par un dieu invisible plein de miséricorde.

    Et nous fabriquons des récits, en mots ou en images pour ceux qui le peuvent, afin que le public nous accorde son pardon à son tour.

    Je vous demande donc pardon, cher lecteur, chère lectrice.

    ±

    Dix ans plus tard, je lis par hasard dans une revue de cinéma:

    Flash-back, un film réalisé par la talentueuse Conchita...

    L’élève a réussi là où le maître a échoué, me dis-je en souriant.

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  • Flash-back (27, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgDans la rue, je croise Arne, un cinéaste suédois que j’avais rencontré dans un festival aux heures glorieuses de mon existence.

    Glorieuses, c’est trop bien dire. Mais quand on rêve de succès, de célébrité ou simplement de reconnaissance, le moindre applaudissement dans une salle obscur vous propulse à cent mille lieues de la réalité. On lâche des vents à faire rougir le Vésuve, dirait Marcello, le cousin de Pagnol. Et on s’y croit déjà! Où ça? Difficile de le savoir.

    - Ça va?

    - Ça va. Et toi, ça va?

    - Couci-couça.

    - Couci-couça? Tu as des problèmes?

    L’ami se gratte la tête, le nez, la joie droite... puis il m’explique, profondément inquiet:

    - Notre cinéma va bientôt disparaître.

    - Notre cinéma? je lui demande tout étonné. Le mien n’est pas encore né.

    - Je parle techniquement.

    - Comment ça?

    - Il n’y aura plus de pellicule. Sa mort est proche, très proche.

    - Tu plaisantes?

    - Non, c’est la vérité. Qui vivra, verra!... Et à part ça, quoi de neuf?

    - Rien de particulier. Et toi?

    - J’ai engagé une jeune assistante qui semble avoir de bonnes connaissances sur le métier...

    - Conchita... ?

    - Oui, pourquoi, tu la connais?

    - Vaguement. Elle a postulé chez moi... mais comme tu sais, je suis fauché comme un clou.

    - Bon, à bientôt!

    - Bonne chance!

    Futée la petite, me dis-je en pensant à Conchita. Pour se faire embaucher, elle a dû déballer tout je lui ai enseigné... Avec malice et beaucoup de charme, certainement. Elle ira loin la salope...

    Extrait Désert

    (mon dernier film en 35mm, pellicule)

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  • Flash-back (26, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgLe temps passe et l’homme trépasse, disait souvent ma concierge. Ce qui restent ruminent comme des vaches les souvenirs des doux moments qu’ils ont vécus malgré la merde qu’il ont avalé.

    Je tourne mes séquences que j’ai dans la tête sans la présence de Conchita.

    Que de flash-back dans la cervelle dans une journée!

    Nous conjuguons plus au passé qu’au présent. Surtout nos d’actions.

    Conchita! Conchita?

    Son visage, ses fesses, ses jambes, ses seins... me viennent régulièrement à l’esprit. Tel le tic tac d’une horloge par instant.

    Elle est rudement faible, cette sacrée cervelle. Elle a constamment soif et faim. Il suffit pour cela de lui donner goût à une fraction de seconde de sensation particulière. Mémorable, fascinante, sécurisante...

    Encore, encore et encore!

    Nous sommes tous condamnés à être des éternels drogués. Des machines à remonter le temps.

    Flash-back après flash-back, je fais mon cinéma.

    Que le silence me vienne en aide!

    Pas de nouvelle de la belle: mauvaise ou bonne nouvelle?

    Je regrette, je culpabilise, je me mords les doigts...

    Imbu, prisonnier de mes idées moralisatrices, je passe peut-être à côté de mon destin...

    Extrait Insultes et caresses

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  • Flash-back (25, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpg- Ne désespère pas, ma chère! Aucune loi ne t’oblige à maîtriser tout cela.

    - Tu me rassures.

    - OK! C’est tout pour aujourd’hui. Passons à autre chose!

    Quelle chose?

    Après chaque leçon, qu’elle soit formelle, informelle, imprévue ou improvisée, j’ai droit à de vifs remerciements, de langoureux baisers, de sublimes caresses, d’inoubliables papouilles ou, la plus part du temps, carrément à une invitation à une partie jambes en l’air hors norme. Venant automatiquement de sa part, forcément.

    Bien que ce type d’échange soit monnaie courante dans bien des milieux artistiques et professionnels, je trouve cela totalement indigne, inapproprié aux fondements de ma propre philosophie.

    Selon l’enfant qui vit secrètement en moi, le savoir que nous transmettons aux autres est une graine de connaissance que nous semons pour l’humanité. Et cet acte qui nous est permis d’accomplir représente un cadeau que nous venons de recevoir du ciel. Donc l’idée seule de vouloir encaisser à nouveau frise sérieusement la malhonnêteté et la trahison envers les étoiles.

    Mais voilà! Nous vivons dans une société mercantile où tout se vend et tout s’achète. Où la gratuité est synonyme de nullité, de médiocrité voire de ruse.

    Et toute cette salade éducative chargée de contradictions, de morales et de fausses morales, m’a perverti!

    Lorsque le petit singe sort de sa cage pour faire son numéro de cirque, une cacahuète dorée brille déjà dans ses yeux.

    Et dans les mieux que scintille-t-il? Flatteries et incitations aux plaisirs intimes?

    Ainsi!...

    Le sexe est prêt à nous harponner à chaque instant. Jour et nuit. C’est le bakchich du pauvre envers le pauvre, du minable envers le minable.

    Merde, Bon Dieu! Suis-je devenu une pute parmi les putes?

    Alors! Alors?

    Après une longue explication sur les types de pellicules, je dis à Conchita, embarrassé:

    - La baise entre nous, c’est fini.

    - Pourquoi, tu aimes une autre? me demande-t-elle calmement, lentement, quasi au ralenti, en se mordant les lèvres.

    J’ai subitement l’impression d’être en face d’une cannibale.

    Comme c’est étrange! Du jamais ressenti.

    Mais qui donc abuse de l’autre, profite de la situation pour apaiser sa libido? je me questionne. Elle ou moi? Plus elle que moi?

    L’homme s’invente des pièges, la femme des remèdes. Non? Oui? Non? Oui?...

    - Pourquoi, tu aimes une autre? me redemande-t-elle autrement, différemment, difficile à définir.

    La femme est double, multiple. L’homme trop singulier.

    - Là n’est pas la question, je réponds pour répondre.

    - Ce qui veut dire?

    - Nous dérapons.

    - Nous dérapons?

    - Nos échanges sont disproportionnés.

    - Tu veux plus?

    - Je ne veux rien... Tes sourires sont largement suffisants.

    - Tu es tombé amoureux que l’une de tes actrices, n’est-ce pas?

    - Ce n’est pas demain la veille.

    - Tu mens comme tu respires.

    - Souvent mais pas aujourd’hui.

    - Mais où est le problème?... J’aime me donner à toi... Peut-être parce que je me suis habituée à toi... Et puis merde!... Va te faire voir par les Grecques!

    Et elle disparaît de ma vue...

    Extrait Un cactus sous la neige

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  • Flash-back (24, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgJe hausse les épaules.

    - Et après? me demande mon assistante adorée.

    - Après quoi?... je baille.

    - On dirait que tu t’en fous.

    - Loin de là, c’est que... j’ai mal dormi cette nuit.

    - ...

    - On dit loin de là ou loin de ça?

    - Ce n’est pas important... Dans les films, les gens ne parlent pas comme dans les romans. La parole est moins contrôlée...

    - Pas toujours car le public n’aime pas beaucoup ça. Il a trop été habitué à la lecture.

    - Peut-être aussi parce que la plupart des dialoguistes sont des intellos.

    - Aussi... Mais l’essentiel, c’est de montrer, d’intriguer... et non pas de tout expliquer.

    Un long silence. Digne du maître des maîtres, le regretté Ingmar Bergman.

    - Et après? me redemande-t-elle.

    - Ap... apr...

    - Dans un second temps, après les égocentriques et les bourrés de techniques, qui dirige-t-il ton fameux chef d’orchestre cinématographie?

    - Eh bien, le compositeur de la musique, le monteur et parfois l’étalonneur.

    - L’étalonneur? C’est quoi pour un métier.

    - C’est quelqu’un qui travaille au laboratoire et qui corrige souvent les maladresses des chefs de la photo... en filtrant chaque prise de vue.

    - Comme c’est compliqué tout ça.

    - Ne désespère pas, ma chère! Aucune loi ne t’oblige à maîtriser tout cela...

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  • Flash-back (23, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgRouge, vert, bleu... Le noir et le blanc n’existent pas vraiment sur les écrans. L’un, c’est la somme de ces trois couleurs de base. L’autre, l’absence totale de celles-là.

    Inconsciemment, cela a sans doute permis aux plus assidus des cinéphiles de tirer un trait final sur le racisme. Non? Oui?...

    Cela n’est qu’un rêve!

    22, 16, 11, 8, 5,6, 4, 2,8, 1,4... Ô, diaphragmes!

    Télé, normal, grand angle, oeil de poisson... Ô, objectifs!

    Arriflex, Auricon, Beaulieu, Bolex... Ô, caméras!

    Jour, nuit, intérieur, extérieur, séquence, plan, fixe, panoramique, le zoom est interdit voire maudit... Silence, on tourne!

    - Le metteur en scène n’est autre qu’ une sorte de chef d’orchestre qui dirige des acteurs et des techniciens, j’explique à Conchita. Dans un premier temps, si c’est un auteur.

    - Sinon? réagit-elle en grimaçant.

    - Il vole des idées à son ou à ses scénaristes et dialoguistes. Et il les fait siennes.

    - Ils sont nombreux à se comporter ainsi?

    - La réponse se trouve peut-être à la cinémathèque.

    - Notre cinémathèque?...

    - A condition que tous les génériques ont été scrupuleusement répertoriés. Par des archivistes compétents. Parfaitement, compétents!

    - On dirait que tu détestes ces gens-là.

    - C’est tout le contraire! J’ai beaucoup d’admiration pour ces vautours intellectuels qui s’acharnent sur les cadavres du septième art afin de les immortaliser.

    - Je doute que tu sois sincère.

    Je hausse les épaules.

    - Et après? me demande mon assistante adorée...

    Extrait Le désert des médiocres

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  • Flash-back (22, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgMon prochain n’est mon prochain que lorsqu’il est proche de moi. A mes côtes ou en face de moi. Physiquement. Alors ainsi, je suis prêt à le secourir de toutes mes forces quand le malheur s’abat sur lui. Au péril de ma vie si nécessaire. Peut-être! Oui, peut-être, car la lâcheté est un serpent qui sommeille en chacun nous jour et nuit. Mais aider pour aider, en carte postale comme dirait la plus sainte des saintes, est un concept qui me donne l’envie de vomir.

    - Ça va? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas dire? me demande Alfred.

    - Pas du tout, je lui répond d’un air vaseux.

    Sur terre et rêveur à la fois:

    - J’étais sur une autre planète... Ça m’arrive souvent. Très souvent. Peut-être trop...

    - C’est ce qu’il te reproche.

    - Qui ça?

    - Mais notre chef! Qui d’autre à part lui... Il... il....

    - Il?

    - Il croit que tu fais exprès.

    - Exprès?

    - Juste pour l’emmerder.

    - Eh bien! Il n’est pas chef pour des prunes.

    - Que veux-tu insinuer?

    - Que certaines fonctions finissent par déformer le sens des réalités chez certains individus. Surtout... d’intelligence moyenne et propulsés sur un podium immérité.

    - C’est trop compliqué tout ça pour moi.

    - Alors contente-toi de te boucher les oreilles régulièrement...

     Extrait Mémoires d'un philosophe

    Un film différent

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  • Flash-back (21, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpg- C’est qui qui t’a parlé de mes activités privées? Le dirlo ou le chef?

    - Les deux. Le premier, en des termes élogieux. Le second, narquoisement.

    - Cela ne m’étonne pas de lui.

    - Question de jalousie, probablement.

    - Va savoir!

    Il n’y a pas plus dangereux qu’un être jaloux, me dis-je. Il est capable de commettre les pires atrocités. Coups tordus à l’extrême, tortures, crimes...

    La jalousie est une maladie très contagieuse, qui ignore totalement le temps et l’espace. Il suffit pour cela de la cultiver régulièrement avec rage et conviction. De père en fils, de mère en fille, de cousin en cousine, d’ami en ami, de couple en couple, de cercle en cercle, de chapelle en chapelle, au-delà des montagnes, des mers et des océans!

    Nos inoubliables dictateurs disparus et leurs chers complices étaient-ils tous porteurs de ce virus mental?

    Seuls les indifférents aux idées et au bonheur des autres et les paresseux de naissance échappent à ce type de contamination.

    Certainement!

    J’en ai rien à foutre de mon voisin! Qu’il soit plus grand, plus beau, plus riche ou plus bronzé que moi. Il est ce qu’il est et je suis ce que je suis. Il a ce qu’il a et j’ai ce que j’ai. Chacun a sa propre vision des choses et sa part de responsabilité sur cette terre. Responsabilité! Si l’on peut appeler cela ainsi! La mienne est peut-être de ne m’inquiéter et de ne prendre soin que de ma misérable personne.

    Mon prochain n’est mon prochain que lorsqu’il est proche de moi. A mes côtes ou en face de moi. Physiquement. Alors ainsi, je suis prêt à le secourir de toutes mes forces quand le malheur s’abat sur lui. Au péril de ma vie si nécessaire. Peut-être! Oui, peut-être, car la lâcheté est un serpent qui sommeille en chacun de nous jour et nuit. Mais aider pour aider, en carte postale comme dirait la plus sainte des saintes, est un concept qui me donne l’envie de vomir...

    Extrait de L'horloge sauvage

    Extrait de Rêve russe

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  • Flash-back (20, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgA la mine, comme dirait le mari de ma concierge, là où je travaille la semaine pour gagner ma croûte, mon chef me regarde souvent bizarrement.

    Que voulez-vous, c’est un calviniste pur sang qui est persuadé que tous les artistes sont habités par le démon! est la seule réponse plausible que je puisse vous donner, chers amis aux idées sans frontière.

    Les accros aux livres sacrés bavent comme des crapauds face à la réalité toute nue mais n’osent jamais l’affronter en toute liberté. De peur, sans doute, de frire en enfer.

    On obéit à la lettre aux diktats du dimanche matin. A l’église, au temple ou par la radio.

    Pourtant, Dieu et ses complices n’ont pas encore offert la moindre parcelle de leur soi-disant parfaite terre promise à qui que ce soit.

    Mais heureusement, c’est l’heure de la pause où les sourires sont un peu plus sincères et les pensées moins refoulées.

    Au réfectoire, Alfred, un jeune collaborateur récemment embauché, s’assied à côté de moi et me demande:

    - C’est vrai que tu fais du cinéma?

    - Non, c’est faux, je tourne des films seulement, je lui réponds d’un air désabusé... Des longs métrages de fiction en couleur ou en noir et blanc quand je suis très fauché.

    - En huit ou en super huit?

    - En seize et en trente-cinq millimètres.

    - Non!

    - Si. Et si possible avec de la pellicule Eastmancolor!

    - C’est du sérieux alors?

    - Si l’on veut.

    - Quoi comme genre?...

    - A propos... non, rien.

    - ...

    - C’est qui qui t’a parlé de mes activités privées? Le dirlo ou le chef?

    - Les deux. Le premier, en des termes élogieux. Le second, narquoisement.

    - Cela ne m’étonne pas de lui...

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  • Flash-back (19, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgFlash-black! Retour en arrière dans le temps!

    Comme Paul, je contemple le plafond.

    Les traitres et les bourreaux, on ne les oublie jamais, me dis-je. A condition d’être vivant, bien entendu. On se souvient d’eux comme de la dernière tempête. Pire que ça, ils nous collent au cul, quasi jour et nuit. Plus souvent la nuit que le jour.

    Les amis, les vrais amis, ça n’existe pas. Nous avons toujours affaire à des concurrents. Et à ces gens-là, il est préférable de ne rien confier. Ni projets, ni désirs, ni douleurs, ni forces, ni faiblesses... rien, strictement rien.

    Nos malheurs feront leurs bonheurs!

    J’ai sans doute trop parlé à Paul de mon premier amour, de la femme de tous mes rêves. Et c’est lui qui l’a épousée.

    Maintenant, tous les Paul sont des salauds à mes yeux. Ainsi fonctionne la cervelle d’un homme blessé. Blessé par sa propre naïveté.

    Oui, je fus confiant et naïf tel un soldat prêt à mourir pour sa patrie.

    Patrie? Foutaise! Foutaises!

    Mon pays ne m’a jamais rien donné. Rien de particulier. Rien de plus que les autres. Aucun soutient financier extraordinaires, ni moral. Au contraire, il m’a insulté à chacune de mes œuvres réalisées, à chacune de mes demandes de subvention.

    Sans doute, j’étais un enfant de nulle part et le fils de personne. Car je ne portais sur le revers de mon veston pas le moindre signe distinctif, politique ou religieux.

    Aujourd’hui, je suis mentalement encore plus nu. Libre mais méfiant. Est-ce la crainte d’une nouvelle félonie?

    Et aussitôt s’inscrit dans ma mémoire:

    La peur et le doute coulent dans nos veines. Le courage et la certitude ne font que traverser notre esprit...

    Le soleil des pauvres (extrait)

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