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  • Pondichéry un jour d'automne (5, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgJe visionne le mini-reportage. Il me paraît simpliste. Ou trop proche de la réalité, une réalité bien superficielle. Question de choix?

    Dans ce genre d’exercice, les choses cachées sont généralement commentées. En bien ou mal. Selon les avis du réalisateur et du producteur. Ce qui pousse souvent le bon cinéphile à douter de leur conjointe vérité, de l’objectivité de l’œuvre.

    La plupart des cinéastes n’hésitent pas à tricher avec la vie. La vraie vie! Dans leurs films, il n’y a jamais, ou presque jamais, le moindre désir de trahison entre deux actions héroïques. Tout doit... tout va trop vite pour envoûter le spectateur et sauver ainsi la morale établie. Le bon n’est que bon et le mauvais n’est que mauvais. Pas de juste milieu.

    Les histoires de pédés et de lesbiennes, interdites hier, se multiplient comme des petits pains aujourd’hui. Leurs auteurs, frileux face à la plus banale des censures, suivent comme des moutons les mouvements de l’actualité. Tout ce qui dans le vent est bon pour leurs poches.

    Selon le FBI, aux États-Unis, dans 40% des cas, les auteurs des meurtres ne sont pas arrêtés. Donc quasi un agent sur deux est nul ou incompétent. Et pourtant, on nous montre de plus en plus des flics doués voir surdoués au cinéma et à la télévision.

    Il y a beaucoup de faux-culs dans les milieux artistiques où le nerf de la guerre a tendance à ramollir tous les autres nerfs. Et aussi beaucoup d’individus qui carburent à l’héroïne, à la cocaïne ou à d’autres stupéfiants à la mode.

    Riche je le suis, dupe pas encore ou plutôt jamais. L’héritage de mon grand-père doit servir pour une bonne cause. Laquelle? Je l’ignore pour l’instant...

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  • Pondichéry un jour d'automne (4, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgDedans on pense trop. Dehors, pas assez, on cherche surtout à ne pas écraser les crottes de chien.

    Heureusement, sur cette île paradisiaque, les indigènes sont des êtres totalement décomplexés qui n’ont pas besoin d’un animal de compagnie pour s’exprimer. Donc on peut marcher dans la rue tout décontracté et rêver les yeux braqués au ciel.

    Mais il faut que je dise la vérité! Au bout d’un certain temps, on finit par s’emmerder à cent sous l’heure.

    C’est pourquoi tous les matins, après avoir posé mon cul dans l’eau au bord de la plage et admiré mes couilles flotter, je me presse de rentrer chez moi pour allumer mon ordinateur.

    Les actualité en premier, youtube en deuxième...

    - Mince, une vidéo du couillon qui a osé écrire un roman sur moi! me m’exclame.

    Désolé pour ma trivialité!

    - Il a dû se lever du pied cloué au mur, le pauvre diable, vous dirait Carla.

    Je visionne le mini-reportage:

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  • Pondichéry un jour d'automne (3, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgOn gagne, on perd, on gagne, on perd! Tout s’effrite au fil temps. Rien ne dure éternellement, si ce n’est que la cruauté humaine.

    La guerre par-ci, la guerre par-là!

    De peur de heurter leur misérable foi, certains médiocres individus n’osent pas compter et encore moins imaginer le nombre d’orphelins qu’il y a dus aux bombardements mais ils n’hésitent nullement à calculer, dans la jubilation la plus extrême, les bénéfices dus à la vente des fusils, des bombes, des canons et des avions de combat.

    Au nom de Dieu, de la patrie ou du fric, les généraux et leurs complices se gargarisent avec le sang des innocents. Maudits soient-ils!

    Et, à ma plus grande stupéfaction, je découvre dans la presse que les plus grands marchands d’armes dans le monde sont: la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie.

    Que puis-je faire, moi simple péquenaud fortuné, face à ce gigantesque bourbier?

    Le diable n’attendra pas pour me répondre...

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  • Pondichéry un jour d'automne (2, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgJe me gratterais la tête puis lui expliquerais en des termes simples, nullement sophistiqués:

    - Celui qui n’a rien et ne veut rien est plus riche que celui qui a tout et qui veut davantage. Être riche, c’est comme être libre. Je ne dois rien à personne et je n’attends rien de quiconque. Le vieillard en bonne santé qui touche une retraite confortable, c’est-à-dire suffisante pour se loger dignement, se nourrir convenablement et se payer de temps à autres un petit voyage pour se changer les idées, est plus riche que le plus riche des milliardaires cloué au lit... dans la plus somptueuse des chambres de la plus magistrale des cliniques. Finalement, tous ces plus ne valent guère plus que des clous. Car tout est dans le ciboulot avant de sombrer dans les poches. Et là encore rien n’est vraiment joué, terminé, classé.

    Et, en s’essuyant le front, elle réagirait:

    - Méfie-toi du soleil d’ici, on pète parfois les plombs en l’admirant!

    Mais, me connaissant trop bien, je contre-attaquerais:

    - A force de balayer, on finit souvent par vouloir tout nettoyer voire tout balancer.

    Subitement, je passe du conditionnel au présent.

    Les absents ont toujours tort, me dis-je. Ils comprennent tout de travers. Comme les politiciens entêtés... Je ferais mieux d’aller plonger...

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  • Pondichéry un jour d'automne (1, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgLa vengeance est un plat qui se mange froid.

    Personnellement, j’aurais tendance à penser:

    La vengeance est un bon vin que l’on laisse vieillir au fond de sa cave jusqu’au jour où son dernier ennemi casse sa pipe.

    Les blessures de l’âme ne s’effacent jamais. Pareilles aux nuages, elles vont et viennent au gré des évènements. Et encore: au gré du vent, de la pluie, du froid ou du chaud!

    Mon stylo n’est guère différent que le scalpel d’un chirurgien. Pas forcément apprenti.

    Il, je... nous charcutons pour extraire le pire qu’il y a dans l’homme.

    Je m’appelle El Rath de Saint-Pie. Ce qui ont lu El Pirata de mon confrère Hank Vogel me connaissent déjà, les autres me découvriront au fil du temps, au fil des pages. Certainement mieux. Car les préjugés ne perdent jamais une seconde pour brouiller les cartes.

    Je suis content d’être riche et en bonne santé.

    - C’est quoi être riche et en bonne santé pour toi, tête de noeud? me demanderait Carla, mon ex concierge quand je n’étais pas loin de vouloir sauter du balcon.

    - C’est être soi-même, je lui répondrais.

    - C’est tout?

    - Oui, c’est tout.

    - Explicite, Bon Dieu!... Tu me prends pour une conne ou quoi?...

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  • El Pirata (33, fin)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgSix mois plus tard. L’héritage de mon Grand-père m’a terriblement transformé. Je ne suis plus le même homme. Je souris tous les matins en me levant et j’éclate de rire tous les soirs en me couchant. Jamais la moindre goutte d’alcool fort ou de trace de drogue dure dans mon sang!

    Mes parents et ma soeur Julie se sont installés à New York. Mon frère Georges, son épouse Annita et leur fille Astrid, récemment née en Suisse lors d’un séjour touristique, à Stockholm. Et moi, sur une des îles des Caraïbes. Laquelle? Désolé, toute précision mettrait ma sécurité en danger!

    J’écris, j’ai décidé de devenir écrivain.

    Quand tu est plein aux as, presque tous les éditeurs te trouvent intéressant, imaginatif ou intelligent excepté les bons qui n’osent à peine te regarder en face, m’a-t-on prévenu.

    Alors, après de troublantes constations et de vives réflexions, j’ai opté pour l’auto-édition. Donc: aucun contrat, aucun diktat, aucune pression, aucune préméditation... mais la liberté littéraire dans toute sa splendeur!

    Je suis sur le balcon de ma petite villa. J’admire la mer. A l’horizon: un voilier. Je m’imagine en pirate. Qui suis-je ou vais-je? Un récit est en gestation...

    Soudainement, mon téléphone mobile se met à vibrer.

    Je le sors de ma poche tel un pistolet de flibustier... et je réponds sans trop tarder:

    - Rath de Sainte-Pie le dernier vous écoute. Vous désirez?

    - C’est moi?

    - Vous qui?

    - Mickael Macdonald, votre ancien patron.

    - Micmac!

    - Pardon?

    - Non, rien... Vous êtes dans le coin?

    - Non, dans mon labo.

    - Que voulez-vous?

    - Puis-je vous poser une question? Malgré que nous nous sommes...

    - Posez, posez! Le passé est dernier nous...

    - Avez-vous fait le fameux test ADN?

    - Pas encore. Pourquoi?

    - Parce que j’aurais un petite Sarah à vous présenter.

    - Je vois. C’est sans aucun doute une fille juive dont les parents souhaitent qu’elle épouse un jeune homme juif, n’est-ce pas?

    - Vous avez tout compris.

    - Désolé, je préfère vivre comme un moine pour l’instant...

    - Vous n’avez l’intention de changer de bord? Avec tous les beaux négros qu’il y a sur votre île...

    - Comment savez-vous que je suis sur une île?

    - Votre ami vous a localisé grâce à votre portable...

    - Quel ami?

    - Adolf Hiller.

    - Comment le connaissez-vous?

    - Il travaille maintenant pour moi.

    - Mais c’est un flic pur sang!

    - Un ancien flic. Les guignoles l’on foutu dehors. Il était trop doué pour eux.

    - Cela ne m’étonne pas.

    - Il aimerait vous appeler mais il n’ose pas. Il se sens un peu coupable.

    - Dites-lui de ma part que c’est un con et que je suis prêt à lui envoyer un billet d’avion en gage d’amitié. Ainsi qu’à Carla.

    - Carla? Quelle Carla?

    - Madame Carla Amélia de Carvalho, sa copine, mon ex concierge...

    - Merde alors! Il se tape ma maîtresse.

    Et il met fin à la communication.

    On n’a pas besoin d’inventer des histoires, ce sont elles qui nous inventent, me dis-je.

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  • El Pirata (32, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgMa mère s’interpose:

    - La vérité ne peut venir que d’une personne totalement neutre. C’est-à-dire: objective et pleinement attentive... El et Denise n’ont jamais rompu. C’est elle qui a changé de partenaire...

    - Elle ou El? glisse mon père, tout paumé.

    - Tu vois comme tes idées soi-disant originales peuvent nous foutre dans la merde? lui fait remarquer sa fidèle épouse mal récompensée.

    Elle suit sa lancée:

    - El, mon fils, je précise pour les esprits trop vagabonds, parle parfois la nuit. En tout cas quand il vivait encore sous ce toit. Et j’ai entendu beaucoup de choses.

    - Qu’est-ce que tu as entendu, Maman? je lui demande, un peu inquiet.

    - Rien de graves te concernant, mon mignon, me rassure-t-elle.

    Elle poursuit:

    - Le dad de Denise, un bourgeois conservateur à l’extrême, craignant que sa fille ne décide un jour d’épouser un jeune homme dont seul le nom déjà pourrait lui porter préjudice, a tout fait pour séparer les deux tourtereaux. A force de taper sur le clou, on finit par l’enfoncer. Proverbe québécois. D’après ce que j’ai conclu... Eh oui! Le paronyme Pirata porte finalement la poisse. La plupart des gens ne nous prennent pas au sérieux, malgré leur bonne volonté. Je l’ai souvent constaté.

    Mon père se tord dans tous les sens, tel un lombric qui sort de terre, et ronchonne:

    - Tous des bâtisseurs de murs en béton et de cathédrales en carton, ces bourges!

    - Pas forcément tous, je temporise. N’agissons pas comme eux, en mettant tous nos adversaires dans le même sac. Certains méritent notre respect. Le paternel de mon premier n’est pas le seul responsable de ce fiasco amoureux... J’aurais dû me battre jusqu’à la mort mais j’ai préféré baisser les bras... Tout était si embrouillé lors notre première et dernière grande dispute... S’aimer en cachette ne dure jamais longtemps, le sexe finit toujours étouffer les plus tendres sentiments. Plus poétiquement: à la longue, un amour sans espace n’est guère plus amusant qu’ un banal tour de passe-passe.

    - Mais tout ce chaos ne se serait peut-être pas arrivé si tu t’appelait Rockfeller ou tout simplement Rath de Saint-Pie comme ton grand-père, souligne tristement ma chère maternel.

    - L’homme blesse et se blesse, la femme panse toutes les plaies, déclare joyeusement le chasseur de poules à jarretières, en levant son couteau.

    Ma mère sourit étrangement et retourne à ses fourneaux, comme d’habitude.

    Le braconnier, repenti peut-être, en nous regardons droit dans les yeux, tantôt Julie tantôt moi, profite alors pour nous avouer:

    - Je retourne au bercail, comme tu l’as si bien pressenti et formulé, fiston. Pour deux raisons. La première: parce que j’aime votre mère du fond de mon âme. Je l’adore. C’est une sainte, une Madone en chair et en os. Moi je ne suis que le dernier des larrons, prêt pourtant a expier mes péchés... Je fais... non, je faisais partie de ces types instables qui font une crise tous les dix ans. Celle de la trentaine, celle de la quarante, celle de cinquantaine... je les ai toutes faites, toutes subies. J’espère que j’échapperai à celle le la soixantaine. La seconde:... j’ai décidé de donner un sacré coup de balaie dans le foutoir que j’ai crée à l’époque des années folles de ma jeunesse. C’était uniquement pour emmerder le Grand-Père dont je ne partageais nullement ses idées, trop nobles, trop aristocratiques ou trop statiques selon moi. Donc, mes chers enfants, nous allons redevenir des Rath de Sainte-Pie à part entière. Car aucune raison ne vient sans raison. Le vieux loup de Wall Street et de Zurich aurait caché aux Îles Caïmans une énorme caisse de lingots et de pièces d’or d’une fortune colossale. A nous les Pirata d’aller la déterrer...

    Julie saute plusieurs fois au plafond. Moi, je demeure perplexe.

    - En somme, dis-je ironiquement, rien ne changera jamais au royaume des singes. On doit toujours baisser son pantalon pour enfiler une nouvelle chemise. Ou inversement.

    - Exactement, approuve mon père. Identité, nationalité, passeport, patriotisme, partis politiques, religions, diplomatie... tous ça c’est du bidon. Du cocktail pour les crétins. Seul l’argent est puissant et efficace en ce bas monde. Ce sont les riches qui gouvernent notre société. Battons-les!...

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  • El Pirata (31, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDimanche! Jour du Seigneur pour les uns, jour de repos pour les autres. Dans une société chrétienne où l’on respecte la famille, bien entendu.

    Pour moi, qui stagne dans les sphères du doute et de la fainéantise, c’est ni plus ni moins vingt-quatre heures supplémentaires à devoir subir les gaz des voitures, les pets des passants et les mauvaises odeurs des égouts.

    Et ce depuis que j’ai cessé de fumer et entraîné mon nez à dénicher les meilleurs parfums au labo.

    Ah la belle et grande famille réunie! Si seulement! Il y a toujours une brebis galeuse qui refuse de suivre le troupeau. Pour une fois, ce n’est pas moi mais mon frère aîné Georges, Jorge officiellement, marié à Annita, une belle et blonde Suédoise enceinte de six mois. Il doit probablement faire la gueule à l’un de mes parents pour une histoire à la con. C’est son style. Il est rancunier comme un chameau.

    Nous nous installons à table.

    La Mamma a préparé des braciole di vitello al sugo et des macaronis au four. Deux parmi ses nombreuses spécialités culinaires que nous adorons tous.

    Ma mère me sert le premier. C’est normal, je suis son chouchou paraît-il.

    - Quel met succulent! je m’exclame. Si tu savais combien de fois j’ai regretté d’avoir quitté la maison...

    - La liberté coûte parfois très chère, lance mon père.

    - C’est ce qui t’as décidé à retourner auprès ton épouse? je lui demande sèchement.

    - Rien n’a été conclu jusqu’à maintenant, intervient Julie.

    Elle s’adresse particulièrement à moi:

    - Leur guerre et paix, ça ne regarde qu’eux. Ta zizanie, tu peux la garder pour la semer ailleurs.

    A notre Vieux, en posant sa main sur son bras:

    - Dis-nous ce que tu as à nous dire, Papa chéri! Ne fais pas attention à lui. El a beaucoup souffert, il n’est plus le même... surtout depuis qu’il a rompu avec Denise?

    - Pas possible! s’étonne le quinquagénaire. Ils étaient pourtant faits l’un pour l’autre... Qu’as-tu fait de si impardonnable pour en arriver-là, fiston?

    - Moi rien mais toi tout.

    - Comment ça? Je ne suis jamais mêlé de tes affaires...

    - Dis-nous ce que tu as à nous dire, Pa... répète Julie.

    - Cesse de vouloir tout banaliser, ma fille! crie-il... L’accusation est trop grave. J’ai droit à des explications.

    - Soit! Je vais te les donner ces explications, je lui dis.

    - Je veux des preuves!

    - Tu auras tout ce que tu voudras. A condition que tu me fasses confiance...

    - La vérité, toute la vérité, rien que la vérité...

    Ma mère s’interpose:...

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  • El Pirata (30, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgEn attendant dimanche, je passe le reste de la semaine à végéter.

    Soit: croupir, languir, m’encroûter, stagner, traîner, vivoter, survivre...

    - Tu fais quoi exactement quand tu végètes? me demanderait Carla... Végéter, ça vient de végétation?

    Et maintenant que je suis fier d’avoir osé lui coller mes mains aux fesses, je lui répondrais:

    - Je lis, je rêvasse, je crayonne, je griffonne, je ponds des textes personnels, impersonnels et asexués, je regarde des films pornos sur internet, des vidéos de lesbiennes de préférence, je me masturbe, je me promets de ne plus m’amuser à ce jeu-là, en vain, et... et...

    - Et?

    - Je recommence.

    - C’est tout?

    - Non! Bien sûr que non! Quand j’ai du fric à jeter par les fenêtres, je fais la tournée des bars et je me paye une pute. Ou l’inverse. C’est moins décevant. Mieux vaut tirer un coup les poches encore pleines à craquer qu’à moitié vides... aussi bien au sens propre qu’au figuré, n’est-ce pas?...

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  • El Pirata (29, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg

    Dans la rue, je reçois un message sur mon téléphone mobile, de la part de ma sœur cadette Julie:

    slt dim pointe ton pif chez Ma Pa sera là ça urge il faut que je te parle il y aura de la bragiole à la salsa pour te consoler :-*

    Bientôt, nous serons obligés de décrocher un doctorat en égyptologie pour nous comprendre ou du moins pour déchiffrer certaines abréviations, me dis-je. Dieu soit loué! Heureusement, la frangine n’en abuse pas trop. Pour être franc, uniquement lorsque elle s’adresse à moi vu que j’ai tendance à ironiser toute nouveauté. Suis-je né vieux?...

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  • El Pirata (28, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDans l’après-midi, lors de notre pause habituelle, moment unique de la journée où nous cherchons à mieux nous connaître comme partout ailleurs et, forcément à ressusciter ainsi nos qualités intellectuelles, culturelles et sociales mortifiées pendant les tristes et insupportables heures de boulot, surtout quand il est terriblement chiant, Micmac me dit en servant le thé:

    - Désolé, j’ai oublié d’acheter votre pain au sucre.

    - Est-ce l’exception qui confirme la règle ou la règle qui confirme l’exception? je lui demande, un peu confus et déçu.

    - Le mot charabia... ça vient de l’espagnol ou des Arabes? rétorque-t-il présomptueusement.

    - Laissez vos cousins tranquilles! Ne les accablez pas davantage...

    - Vous n’avez pas répondu à ma question...

    - Et vous à la mienne.

    - Vous d’abord. Je suis votre supérieur à bien des échelons...

    - D’après les dernières nouvelles, ça viendrait du marquis de Saluces, un rital au service du roi de France François the first.

    - Un traitre à la patrie de plus!

    - A vous maintenant...

    - Tout crime mérite châtiment.

    - Eh bien! vous n’y allez pas de main morte. Rien ne justifie une telle décision. Je vous croyez au-dessus de ça...

    - C’était l’occasion de lancer la discussion sur la punition.

    - A d’autres!... Demain, j’achèterai moi-même ma petite brioche.

    Micmac me foudroie du regard puis il m’avoue, en me tutoyant:

    - Tu as raison, j’ai réagi par pure colère. Il fallait bien que je trouve un coupable. Et le plus probable c’était toi... J’ai pensé que la frustration, c’était le meilleur moyen pour...

    - Spot! je crie... C’est minable de votre part. Et tout ça pour quelques kilos de crème ratée!

    - C’est tout de même une sacrée perte d’argent...

    - A la vente seulement! Pas à la fabrication.

    - Tu fouilles dans mes documents maintenant, affreux pirate?

    Trop, c’est trop!

    Sali comme jamais, je bondis alors de ma chaise, j’enlève ma blouse blanche et lui crie dessus en la lui jetant à la figure:

    - Trouve-toi un autre bouc émissaire, espèce d’esclavagiste britannique.

    Et, forcément, je quitte le laboratoire en courant, l’esprit quasi perdu dans les ténèbres...

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  • El Pirata (27, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgCertaines personnes ont le sens, inné et profond, du commerce et des économies. C’est plus fort qu’elles.

    - C’est héréditaire ou congénital, dirait Carla à haute voix.

    Monsieur Mickael Macdonald fait partie de ces gens-là. Pour preuve: le chimiste n’a qu’un seul employé qui doit tout faire ou presque, ma pomme, et n’a aucun scrupule à acheter régulièrement un litre l’huile d’arachide pour des cacahuètes, chez l’épicier minable d’en face, pour le revendre ensuite, au prix d’un saladier en cristal, aux fofolles de l’institut de beauté de sa chère épouse.

    Après que j’ai légèrement parfumé et minutieusement transvasé le produit dans de petits flacons joliment étiquetés, il y va de soi!

    - Tant qu’il y aura des moches et des têtes de nœud sur terre, les marchés de la cosmétique et de la guerre auront de beaux jours devant eux, me répète souvent Micmac. Quant à moi, étant pacifiste, je préfère verser de l’huile dans de l’eau que de jeter de l’huile sur le feu.

    Petite parenthèse, pour ceux qui ignorent tout de la fabrication des produits de soin:

    Une crème, chère ou à deux balles, qui sent bon ou intrigue les narines, colorée ou pas, c’est le résultat d’un vulgaire brassage de flotte, d’huile, de paraffine la plus part du temps, et d’un émulsifiant. Dans lequel on a ajouté, secrètement vu la concurrence, des particules soi-disant miraculeuses.

    En effleurant l’univers des secrets, je profite de vous signaler sans vergogne que mon patron anticonformiste, farouche adorateur de la lune par période, pourtant diplômé de l’université de Saint Andrews en Écosse, cache discrètement ses formules dans les toilettes de son labo, derrière la bride de rinçage. Tous les soirs, avant de rentrer chez lui.

    Mais voilà, il y a des jours où l’astre sacré des sorcières a tendance à déboussoler ses adeptes les plus savants.

    - Vous n’avez pas vu mon cahier? me demande l’alchimiste occasionnel, tout affolé.

    Je ne réponds pas. Je plane dans les airs avec Leeloo.

    Il poursuit, tout énervé:

    - Vous avez bien lavé et rincé plusieurs fois l’évier, les béchers, les erlenmeyers et les éprouvettes? N’est-ce pas?

    - Comme d’habitude, je lui réponds.

    - C’est-à-dire?

    - Deux ou trois fois.

    - Ce n’est pas une réponse scientifique.

    - Alors quatre fois, si ma mémoire est bonne.

    - Je ne vous crois pas.

    - Pourquoi?

    - La chantilly refuse de monter.

    - Quelle chantilly?

    - C’est notre jargon, à ma femme et moi.

    - Je ne vous suis pas.

    - La lotion anti-âge est ratée.

    - A cause de quoi?

    - Une infime trace de détergent due à un mauvais rinçage...

    - Ou à un oubli de votre part.

    - J’aurais oublié quoi selon vous?

    - L’émulsifiant peut-être.

    - Impossible!

    - Impossible n’est pas scientifique.

    - Vous avez raison.

    Et il disparaît de ma vue...

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  • El Pirata (26, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgCassure, fracture, rupture, séparation, divorce, changement de cap... Quand le mur tombe, toutes les fenêtres s’ouvrent. La vue est belle. Les espaces sont immenses. On galope déjà vers l’avenir.

    Il suffit parfois qu’une seule de nos cellules cérébrales, sage ou rebelle, se mette à vibrer autrement que ses consœurs pour que notre cerveau se libère aussitôt de la lourdeur de son passé.

    Une cellule seulement! Telle une étoile nouvelle, flamboyante, jamais observée dans le firmament.

    Tout se passe en un laps de temps et ne dure qu’une fraction de seconde. L’illumination! Ou un moment infime de silence, de vide et d’éternité.

    Je regarde Madame Carla Amélia de Carvalho et Monsieur Adolf Hiller. Je regarde Carla et Adolf. Je regarde ma concierge et mon nouvel ami le flic. Je regarde une femme et un homme. Mon regard n’est jamais le même, il est multiple. Il est influencé par mon jugement qui, lui aussi, varie selon mon humeur, mon humour ou mes préjugés du moment.

    Rien n’est stable dans la cervelle, tout vacille. Telles des barques sur un océan agité, nos pensées s’orientent vers une mer d’huile. En vain!

    Dieu est-il cruel? La réaction est très personnelle. Malheureusement préméditée, souvent conditionnée depuis l’enfance.

    Malgré son inhumanité voulue, selon moi, comme seul et parfait remède, le Seigneur des seigneurs et des vauriens, nous a pourtant permis d’espérer. L’espérance! Source de toute croyance, toute religion quand nous manquons de rames. Soit d’idées créatrices.

    Je souris et, tel un voyeur assouvi et rassuré de ne pas s’être fait repéré, je referme la fenêtre en marmonnant:

    - Que la culpabilité ne vous anéantisse pas trop, petits voyous.

    Retour au texte que j’ai recopié. Je le relis très attentivement, puis, les yeux dans le vague, je déchire la feuille en me disant:

    C’est bien joli tout ça, très envoûtant mais mon ADN ne m’autorise pas tout...

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  • El Pirata (25, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgSans le moindre scrupule, soigneusement, je recopie cette déclaration sur une nouvelle feuille de papier, filigrané Clairefontaine haut de gamme de teinte ivoire, et...

    - Zut, zut! je ronchonne. Je n’ai ni timbre, ni enveloppe. Et encore moins son adresse.

    Non, c’est faux, j’exagère, je divague, j’ignore seulement le numéro postale de la région où elle habite.

    Un silence. C’est le vide total. L’absence de tout. Je me sens perdu au milieu de nulle part. J’ai peur. Je m’affole. La folie me guette à l’horizon. Avec ses absurdes réponses. Sans tête ni queue. Ou plutôt sans queue ni tête, dans mon cas où... où quoi?

    Je m’essuies le front avec ma main, il est en sueur.

    Que se passe-t-il? Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour en arriver là? Qui pioche trop dans ses pensées creuse-t-il sa tombe malgré lui?

    Vite un verre d’eau, la douche ou un grand bol d’air!

    Fainéant comme je suis, j’ouvre vite la fenêtre qui se trouve juste en face de moi.

    Et qui vois-je en bas dans la cour? Madame Carla Amélia de Carvalho en train de flirter avec Monsieur Adolf Hiller.

    Illico presto, toutes mes interrogations n'ont plus aucune raison d'être. Mais d'autres points de fuite se mettent à se multiplier à la vitesse grand V. C’est la cata, la confusion ne fait que de changer de peau. Manque de pot!...

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  • El Pirata (24, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgChère Leeloo,

    Bien que je n’ai pas le courage patriotique d’un Eli Cohen ni l’audace décomplexée d’un Toru Muranishi, je tâcherai de t’aimer à la folie et de te protéger de tout danger, tout ennemi au péril de ma vie. Je suis donc prêt à me soumettre aux pires disciplines soit les plus contraignantes afin que notre couple puisse fonctionner en parfaite harmonie.

    - Et... et puis, je susurre.

    C’est ridicule tout ça, me dis-je.

    Soudainement, la Lettre d’amour d’un écrivain, un texte écrit par mon grand-père, se met à onduler dans ma cervelle.

    Je bondis alors de mon siège, je cours vers ma bibliothèque et, tel un inspecteur de police surexcité mais très chanceux, je fouille et je trouve le recueil où figure l’œuvre en question. Je l’ouvre, tourne quelques pages, délicatement, comme si c’était une pièce à conviction, et, après un long soupir, je lis à voix basse:

    - Il y a... Cela n'a aucune importance. Un jour, j'ai allongé des mots sur le papier. Puis des phrases. Puis de petits textes. Puis de grands textes. Puis les textes sont devenus des nouvelles, des pièces et des romans. En allongeant les mots, j'ai rencontré de petits personnages. Puis ces petits personnages sont devenus grands. Et en grandissant, ils sont devenus riches, pauvres, savants, idiots, sages ou indifférents. J'ai aussi rencontré de nombreuses femmes. Des belles, des laides, des désirables, des intouchables. Au fil des pages, certaines perdirent leur charme, leur jeunesse ou mon attachement. Que de larmes, que de joies, que de rêves, que de bavardages, que d'explications, que de mots pour arriver au mot fin! J'ai écrit avec de l'encre noire, bleue, verte, rouge, violette et maintenant avec de l'encre bordeaux. J'ai écrit pour tout le monde et pour personne à la fois. J'ai écrit la plupart du temps en buvant du café et de l'eau. Rarement de l'alcool. J'ai écrit le matin très tôt, le soir très tard, la journée, en plein soleil, en plein désert, à l'ombre, à l'abri du vent, à l'abri du froid. J'ai énormément écrit dans les cafés et j'ai pu ainsi observer le monde avec ses contradictions et son éternelle solitude. Au-delà de mon papier blanc et de mes mots, j'ai vu l'amour et la haine. Que j'ai aussitôt transformés en mots. J'ai aussi vu le plaisir et la souffrance que j'ai aussi aussitôt transformés en mots. Dans chaque ville où j'étais de passage, j'ai acheté des cahiers pour les charger de mots. Des mots et des mots! J'ai aussi acheté de nombreux stylos. Que de marques! Que de becs différents! Toujours pour allonger des mots. Que de ratures! Que de mots arrachés à mon passé! Que de mots faux! Que de mots corrigés! Que de mots barrés! Que de mots sans le savoir! Et maintenant que je découvre le merveilleux, j'hésite d'écrire... J'ai peur. J'ai peur d'inventer un faux personnage. J'ai peur d'allonger des mots peu convaincants. Mais j'ai surtout peur de tuer le silence, la tendresse et le souvenir d'un si beau sourire, le tien...

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  • El Pirata (23, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgFions-nous de nouveau à notre chère montre, les amis! A elle seule. Car les aiguilles de notre horloge biologique ont souvent tendance à tourner dans le vide et à se prendre parfois pour celle d’une boussole capricieuse.

    Me revoici donc sur les sentiers palpitants mais incertains qui devraient me mener au mariage. Que d’arrangements et de concessions m’attendent pourtant au bout du chemin!

    Marié, je ne serai plus moi-même, un homme à part entière mais... une terre à moitié occupée. Que Dieu me préserve de l’esclavage matrimonial!

    Après Joslyn, passons à la suivante. Qui ça? Kenzie, Leeloo ou Ella?

    Ces temps-ci, je fantasme sur les rousses.

    - Mais elles sont toutes rouquines tes femelles de prédilection! s’exclamerait Madame Carla Amélia de Carvalho, l’oeil de Moscou du quartier et la lorgnette de l’immeuble pour ceux qui ignorent tout de notre relation... Serais-tu en train de devenir amnésique, mon coquelet sauvage?

    Elle aurait raison. Elle a toujours raison, la marginalisée, l’écartée de ma liste. Je commence à perdre la tête.

    Qui sera ma prochaine douce victime?

    Comme c’est le deuxième jour de pleine lune, bien que cet évènement ne dure qu’un bref instant, j’opte pour Leeloo.

    - Leeloo... L... Lune, je murmure pour me rassurer de ma décision paranormale.

    Coup de fil ou visite surprise? Non. J’ai une meilleure idée, une excellente idée, à l’opposé du plus sublime des textos que n’importe quel abruti surexcité peut composer et envoyer de nos jours, en tremblant comme une feuille: la missive amoureuse. Les fillettes ne rêvent que de ça. Les mots priment sur les actes. Et dans chaque femme, bien ou mal dans ses baskets, propres ou sales, il y a une petite fille qui sommeille.

    Alors, alors, alors...

    Ni une, ni deux, pressé comme un lavement, je m’installe confortablement à mon bureau en me dandinant comme un babouin sur la chaise, j’ouvre le tiroir à fournitures, j’arrache mon stylo préféré, un Montblanc acheté à un drogué pour trois fois rien, de son long isolement non mérité à cause mon prétentieux ordinateur, je le décalotte, je pointe son bec sur une feuille de papier vierge qui se trouve là par hasard, miraculeusement, et je crache le morceau:...

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  • El Pirata (22, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Ça vient ou merde?

    Tante Wanda, la sœur cadette de mon paternel, la personne la plus dévergondée de toute la famille, m’a souvent soufflé aux oreilles dans mon adolescence, en me caressant le bas-ventre:

    - Face à une situation diabolique, il n’y que deux possibilités pour t’en sortir, mon chéri. Soit tu fuis, soit tu te comportes divinement en improvisant un plan de bataille.

    Ce conseil répété avec beaucoup de panache et de volupté a finalement marqué d’un fer rouge ma mémoire.

    Alors, en pensant à cette préconiseuse de bon aloi et au plus Grand Incitateur à la formication de tous les temps, celui qui a poussé sans vergogne les enfants du jardin d’Éden à se multiplier à tire larigot, je me déshabille en toute hâte et, une fois totalement nu, sans la moindre hésitation, je saute sur Carla, tel un crapaud qui plonge dans sa mare natale et qui ne songe qu’à faire des brasses.

    Sa robe et sa culotte jaillissent au plafond.

    - Oui, oui! Non, non! Mais si, mais si! gémit la belle Portugaise, les jambes en l’air et les bras au ciel... Ne t’inquiète pas, El, je déteste les longs préliminaires et les interminables discours. Tu as fait le bon choix... Brûle-moi de tes ailes ardentes, fils du démon! Dévore-moi!... J’adore les pirates, les motards, les tatoués, les voyous, ceux qui ne... ceux qui ne...

    - Ceux qui n’ont rien dans le crâne mais tout dans le sexe, je poursuis à sa place en nasillant, mon visage enfoui entre ses seins.

    - Dieu que c’est bon! Continue ton manège, amant d’une nuit de pleine lune. Que c’est merveilleux! La bouffe c’est du pipi de chameau à côté de ça...

    Tout-à-coup, au bout d’une demi-heure d’ébats amoureux et de débats tous azimuts, ma concierge si dévouée me repousse violemment, se met debout et me demande:

    - Tu n’as pas faim, toi?...

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  • El Pirata (21, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgElle balance ses jambes. Ses pieds sont nus. Une incontrôlable excitation me monte au ciboulot. J’ai une forte attirance pour ces parties du corps, que voulez-vous. Elle remarque cela. Sans doute à cause de mes yeux qui semblent pisser du sang.

    - Ils sont sales, n’est-ce pas? me demande-t-elle, un peu embarrassée... Eh bien sachez... non sache... ton comportement pervers me déstabilise. Cesse de zieuter mes panards! Ils sont moches...
    - C’est tout le contraire, je lui réponds en relevant la tête. Ils sont propres et beaux... Eh?

    - Et quoi?

    - Non, eh bien sachez ou sache... quoi?

    - Ça?

    - Oui, ça!

    - J’ai oublié.

    - Vous mentez!

    - D’accord, je mens mais arrête de me vouvoyer.

    - Je t’écoute.

    Et Madame de Carvalho ou Mademoiselle Carla Amélia, ne sachant pas si elle est mariée ou pas, me déclare en toute sérénité:

    - Eh bien sache, mon cher ami, que l’on ne m’achète pas avec deux sourires et trois compliments. Et encore moins avec de l’argent. Je ne suis et ne serais jamais la proie de quelqu’un, aussi sublime soit-il ou aussi divin puisse-t-il devenir. Mais je suis prête à jouer au jeu des extases les plus extrêmes avec le dernier des cons, si l’occasion et l’envie se présentent. Tu me suis?

    - Je te suis.

    Et elle poursuit quasi avec rage:

    - Les concierges portugaises ne sont pas toutes des ramasseuses de merdes et des ôte vite ta gaine que je dégaine. Il y a en beaucoup, comme moi, qui ont fait des études. Mais voilà, pour le connard souillé de préjugés, elles sont toutes sorties du cul de l’enfer...

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  • El Pirata (20, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgNous nous installons au salon. Elle sur son éternel divan, vu l’usure du velours. Moi dans un des deux fauteuils qui se trouvent face à elle.

    Le Japonais moyen ou non fortuné en serait terriblement jaloux. Espace et simplicité. Je me crois presque dans une salle d’attente d’un musée.

    - C’est vraiment très beau chez vous, je lui dis en panotant du regard.

    Pas de tapis. Très peu d’objets, forcément. Deux immenses vases en porcelaine de Satsuma ou de Chine et trois sculptures africaines à hauteur d’un Pygmée, à faire fuir le plus blasé des chats. Et au milieu, au millimètre près, de la parois centrale, posé à l’équerre: le portrait d’un bel homme moustachu, à l’huile certainement, entouré d’une superbe corniche dorée. Ni plus ni moins.

    - C’est vraiment très beau chez vous, je répète.

    - Vous ne trouvez pas que c’est tout de même un peu trop... trop misérable tout ça? réagit-elle, toute irritée.

    - Misérable? je m’étonne. Je ne vous comprends pas.

    Elle se lève et, comme si de rien n’était, me propose:

    - Porto, vodka, russe, finlandaise ou tout simplement un petit verre de schnaps pour ne pas vous différencier de vos amis du coin?

    - Non merci, les alcools forts ce n’est pas dans mes habitudes, je lui réponds en prenant un air dégoûté.

    - Pas nécessaire de faire une tête pareille!

    - Désolé mais c’est plus fort que moi.

    - Tant pis pour toi! Malheureusement, je n’ai que ça. Le coca fait grossir et la bière fait gonfler le ventre.

    Et elle se rassied.

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  • El Pirata (19, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDe fil en aiguille. Ou plutôt: de questions confuses en réponses absurdes. Ou encore: de tentations inquiétantes en désirs brûlants. Que voulez-vous, une situation frisant la folie, déstabilise forcément le sens du raisonnement et les organes les plus performants voire les plus intimes.

    Trois minutes avant l’heure, conformément à ce qui a été dit et promis, je sonne à la porte de Madame ma concierge. Honorabilité oblige!

    Dring pouette! Dring pouette! Dring pouette-pouette!

    En effet, un quatrième coup aurait été de trop, me dis-je en souriant. Humour et modernité, la vieille!

    La porte s’ouvre sur-le-champ.

    - Bonsoir Madame Cavallo, je gémis presque.

    - Carvalho, corrige-t-elle. Carla Amélia de Carvalho pour ne rien te cacher... Tu refuses mon invitation?

    - Non, au contraire!

    - Chez moi bonsoir c’est au revoir.

    - Non, je voulais juste vous...

    - Entre alors!...

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