10/03/2018

Mes voisines concubines (18, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Malheureusement, vu mon profil, je ne mérite pas pareille mission. Je plane quand il faut nager et je nage quand il faut planer.

- En somme, tu es un éternel naufragé qui hésite entre deux rives?

- Quelles rives?

- La gauche et la droite.

Je me gratte la tête et je libère ouvertement ma pensée:

- Un jour peut-être, j’irai gouter la sauce tomate et le cervelas des communistes mais pour l’instant, grâce ou à cause de mon statut de connard et de fils à papa, je me contente de la cuisine parfaite de ma maman car elle me permet de faire joujou avec mes plumes, mes pinceaux et mon appareil de photo tout en mangeant.

- Tu dois forcément avoir un problème avec l’univers du travail ou ton travail, déduit Rosetta.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça?

- Statut, profil, précision, rationalité, information, activité... et ta langue a failli fourcher avant que tu ne prononces ces mots-là.

- Serais-tu psychologue?

- Étudiante en psycholinguistique pour l’instant... Toutes les deux.

- Fabuleux!... Hélas! Tu as fait chou blanc.

- Vraiment?

- Même la plus maligne des sciences n’arrivera jamais d’une seule jambée à la cheville de la vérité.

- Tu ne bosses pas?

- Sérieusement: non... C’est fou comme les gens n’étendent que ce qu’ils veulent entendre! Combien de fois encore dois-je me foutre à poil pour que vous me croyez?

- C’est bon! Je constate que tu n’es pas un menteur.

- C’est si important pour toi, pour vous?

- Très!

- Hvorfor?

- Pardon?...

21:33 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/03/2018

Mes voisines concubines (17, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgHeureusement pour moi, je n’ai nullement besoin de marie-jeanne ou l’une de ses sœurs pour voyager dans les sphères de l’imaginaire, deux ou trois pages vierges d’un cahier d’écolier et une cartouche d’encre me suffisent largement pour me shooter.

L’imagination est une arme qui combat toutes les influences. Elle est juge et bourreau à la fois.

- Tu fumes? m’interroge sèchement l’aînée de ces deux taxones, tel un médecin militaire anti-tabac.

- Très peu, je réponds un peu refroidi. La pipe de temps à autre, après une satisfaisante inspiration.

- Tu écris alors?

- Tous les jours.

- Tu es journaliste? Tu travailles pour un journal? Lequel? Tu fais donc partie de cette bande de rigolos qui préfèrent la fesse à la confesse...

- Spot! Repos! Cesse de me mitrailler avec de fausses accusations! Je ne suis qu’un indépendant stylophile.

- Un quoi?

- Quelqu’un qui s’exprime librement avec son stylo... Le journalisme, surtout d’investigation, est probablement l’activité la plus salvatrice au monde pour notre société. Car, sans elle, nous serions tous sous la botte d’une confrérie de dictateurs. Divulguer une information, avec précision et rationalité, toute crue, sans la moindre amputation ni critique, c’est préserver le public de toute fausse interprétation et lui permettre ainsi de prendre sainement conscience de la réalité des faits. Mal...

- Mal?

- Malheureusement, vu mon profil, je ne mérite pas pareille mission. Je plane quand il faut nager et je nage quand il faut planer.

- En somme, tu es un éternel naufragé qui hésite entre deux rives?

- Quelles rives?...

14:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

07/03/2018

Mes voisines concubines (16, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Petite Pierre, sur toi je bâtirai ma première liberté.

- Chut! Pas d’ironie ni de blasphème, l’heure est l’amour. Voici donc notre histoire: nos parents se fréquentaient quand ils étaient jeunes. Ils se voyaient souvent à la Société des amis de l’Égypte, une sorte club privé où tous les admirateurs et adorateurs de Champollion, Lord Carnarvon, Toutânkhamon, Néfertiti, Cléopâtre et de falafels se réussissaient une fois par mois pour manger à l’égyptienne, sans couteau ni fourchette, avec les doigts et non pas avec les mains, des plats pimentés à faire pleurer l’ange Gabriel... et participer aux palabres des éminents professeurs d’histoire et d’archéologie de passage. Un soir, ivres de discours et de pinot noir assurément, après une de ces conférences interminables sur la fameuse pierre de Rosette découverte par le camarade Jean-François, mes futures géniteurs promirent à leurs amis fidèles de nommer leur premier enfant Pierre ou Pierrette...

- Et dans le délire général, poursuit sa copine, les miens promirent à leur tour de baptiser leur prochaine progéniture Rosette ou Ross.

- Et nous naquîmes, nues et dépourvues de tout hymne! reprend la blonde, gaiement. A quarante-deux jours et six heures d’écart. Moi d’abord. Et, bien entendu, nos adorables lascars à toute épreuve tinrent leur promesse. Mais, juste après la naissance de Rosetta, ils se perdirent malheureusement de vue... Mais, comme les malheurs, les mais n’arrivent pas obligatoirement pour conclure définitivement tout, seize années plus tard, toujours aussi fans des pharaons et de leur momie, pendant que nous étions certainement en train de rêvasser en écoutant des chansons de Brenda Lee, Del Shannon ou Ricky Nelson, émises par Radio Veronika, nos chers cocos se croisèrent par hasard aux musée des antiquités et, de fil en aiguille, de plaisanterie ahurissante en déclaration pompeuse, de oui mais en non si et vice versa, finirent par décider de passer des vacances ensemble, au bord de la mer méditerranée. En Égypte naturellement. Entre parenthèses, nos paternels, contrairement aux élus de notre merdeuse république, n’attendent pas des siècles avant d’accomplir leurs rêves, aussi fous soient-ils. Ce sont de vrais mecs, eux! Pas des couilles molles! L’été qui suivit donc cette rencontre hasardeuse, pour des raisons de calendrier, ma famille partit la première...

- Et c’est à l’aéroport d’Alexandrie que notre vie amoureuse débuta! avoue Rosetta, avec fierté et joie. Par de petits regards malicieux... N’est-ce pas, Pierrot?

Cette narration vaut plus qu’un pétard, me dis-je...

13:22 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

05/03/2018

Mes voisines concubines (15, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgL’alcool à forte dose est un couteau sans manche. Je blesse et je me blesse. Suis-je vraiment ce monstre avide de bestialité?

- Z zuis dézolé, je zozote, à moitié par exprès.

- C’est nous qui le sommes et tout est de ma faute, s’accuse Pierrette. Je n’aurais jamais dû monter ce bourgogne de la cave...

- Non, c’est moi le fautif. J’étais sur le bon chemin mais au lieu de marcher droit devant moi, je me suis amusé à marcher sur les plates-bandes.

- En moins poétique? Si possible.

- Je ne sais pas ce qui m’a pris de vous manquer de respect. Je suis allé un peu trop loin dans mes propos.

- Juste un peu? Pas davantage?...

- Ce peu cachetait-il quelque chose? intervient Rosetta.

- Quoi par exemple?

- Un désir inévitable engendré par un préjugé ou un fantasme, peut-être?

- J’opterais pour le moins violent... mais changeons de disque, s’il vous plaît! Parce que ni vous ni moi avons les compétences adéquates pour analyser les paysages les plus obscurs de ma libido. Et tant mieux! Car il n’y a plus déprimant que de jouer au sexologue.

- Comment le sais-tu?

- Je le sais par expérience, ma chère Rosetta.

- Alors raconte!

- Pour que je devienne ton esclave par la suite? Non merci. Me dénuder le premier, cela te permettra de mieux t'attaquer.

- Tu as raison, ça devient chiant, m’avoue Pierrette. Passons donc à notre fabuleuse rencontre, de Rosetta et moi. Si cela t’intéresse toujours?

- Oui, bien sur.

- Cela t’aidera à mieux nous localiser dans ton esprit et, qui sait, à nous ranger dans un coin privilégié de ton jardin secret.

- Petite Pierre, sur toi je bâtirai ma première liberté.

- Chut! Pas d’ironie ni de blasphème, l’heure est l’amour. Voici donc notre histoire:...

17:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/03/2018

Mes voisines concubines (14, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Oui, déroule-nous toutes tes activités... passées, présentes, futures, études, réussites, échecs, projets d’avenir, hobbies...

- Mes attirances sexuelles également?

Une expression mitigée se dessine aussitôt sur leur visage. Indescriptible, pour être honnête. Du jamais vu, en d’autres termes.

Je suis totalement déstabilisé.

Ai-je prononcé un mot tabou ou le vocable inespéré, tant attendu?

Mais heureusement, au top des circonstances les plus troubles, au bord de la faillite mentale, les anges de mon enfance se précipitent au portillon de mon encéphale et me forcent de me mettre à nu.

- Au diable le cévé! dis-je. J’ai une envie folle de vous baiser toutes les deux.

Et les masques tombent. Ève renaît de ses cendres et le serpent glisse sous le tapis.

- Mais, bêle Rosetta.

- Mais, béguète Pierrette.

- Êtes-vous vierges ou lesbiennes?...

09:57 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/03/2018

Mes voisines concubines (13, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgUne silence extraordinaire s’installe entre nous. Est-ce la minute de silence avant l’indifférence totale ou la minute d’angoisse avant le peloton d'exécution?

Tout à coup, j’ai l’impression d’être sur le tournage d’un film surréaliste. En train de jouer ou d’essayer d’interpréter le rôle d’un berger perdu au sommet d’une montagne des Alpes ou de l’Himalaya face à deux brebis égarées ou celui de Tarzan face à Jane et Chita juste avant d’aller se coucher. Qui choisir, elle ou elle? Ou en plein dans une production bollywoodienne dont le metteur en scène ne n’exprime qu’en japonais ou en chinois.

Que de ou dans ma carafe! me dis-je. C’est sans aucun doute à cause du pinot noir.

- Et encore de ce divin breuvage pour l’épilogue? me suggère Rosetta, malicieusement en remplissant presque à raz bord mon verre de vin.

- Tu veux, vous voulez que je déroule la fine bouche de mon curriculum vitae? je bafouille.

- Oui, déroule-nous toutes tes activités... passées, présentes, futures, études, réussites, échecs, projets d’avenir, hobbies...

- Mes attirances sexuelles également?...

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28/02/2018

Mes voisines concubines (12, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Et si on faisait meilleure connaissance, propose Pierrette entre la poire et le fromage. Rosetta et moi-même, nous sommes farouchement curieuses de savoir qui tu es réellement. De A à Z. Selon toi. Car selon nous... très yeux bleus ne cessent de brouiller nos jugements. Tu es à la fois ange et démon.

- Comme tout individu, j’avoue.

- Non, tout le monde n’est pas comme toi. Il y a chez toi... quelque chose de très envoûtant.

- Se laisse envouter celui qui le souhaite...

- Qui es-tu Charly? De Z à A, si tu préfères. Pour l’amour du ciel, libère-nous de ce poids qui nous a été curieusement infligé et nous te dirons tout.

Et, tel un libérateur de tout supplice, pour satisfaire l’étrange désir de mes voisines, je me déshabille intellectuellement avec beaucoup de prudence:

- Charles-Antoine Christian Erik Ødegård. Je suis né quelque part en Afrique, entre un dattier et un figuier, juste après la guerre. C’est sans doute pour cela que je raffole les dattes et les figues. Mon père est norvégien et ma mère italienne. Ils se seraient rencontrés à Venise à l’époque du fascisme, sur le vaporetto, et m’auraient conçu sur une gondole. Ou l’inverse. D’où j’ai souvent le mal de mer. Ce qui expliquerait aussi pourquoi je suis souvent dans la lune. Voire parfois vraiment sur, là où l’eau est absente. Donc point d’eau bénite, par la même occasion. Ce qui signifie que je n’ai nullement besoin d’une religion pour me désaltérer. Pour moi, Dieu passe sans cesse par nos poumons et quand il en a marre, il nous expédie direct, sans le moindre scrupule, en enfer. Les termes patrie, armée et autorité me chatouillent plus le trou de balle que l’esprit. Actuellement, je suis amoureux d’une fille qui aurait honte de moi à cause de son père, membre du parti libéral qui put plus le crottin que la liberté. On me dit souvent que je suis de gauche ou d’extrême-gauche. Du fond de mon âme, j’estime que je ne suis de nulle part. Pourtant, si on me forçait à me positionner, je coudrais sur les revers de mon paletot toutes les étoiles de la misère et sur le dos, je peindrais: pour la veuve et l’orphelin. Je suis prêt à aider ou à défendre la pire des ordures si elle est véritablement loyale envers moi. Tout être a droit au pardon à condition qu’il reconnaisse ses erreurs et promet et se promet de ne plus les répéter. Et...

- Et?

- Non, rien, je commence à déraper... A vous maintenant, mes demoiselles...

14:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (11) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/02/2018

Mes voisines concubines (11, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Et la deuxième fois, poursuit Pierrette, il offre une rose à la belle odalisque puis l’aide à s’allonger.

Pas connes ces gonzesses! me dis-je, tout caqueux. Elles sont peut-être plus instruites que moi.

- Ça t’étonne? dit-elle.

- Concernant quoi?

- Tout et rien.

- Je ne comprends pas.

- Tu es sérieux ou tu plaisantes?

- Ne fais pas attention à elle, intervient Rosetta. Elle est de mauvaise humeur à cause d’une histoire bête et méchante qui ne mérite pas d’être racontée.

Elle s’adresse à sa copine:

- S’il te plaît, ma chérie, oublie tout ça et vas chercher plutôt la pasta al forno e la bragiola que j’ai préparées...

- La bragiola! je m’exclame en faisant les yeux ronds.

- Tu aimes?

- J’adore! C’est mon plat préféré.

J’ai l’impression de manger chez mes vieux mais en meilleur compagnie. Forcément, ils ne sont pas là avec leurs éternelles questions et remarques. Comme: est-ce que tu suis régulièrement tes cours? Tu bricoles toujours chez ton Juif écossais deux fois par semaine? Quand est-ce que tu trouveras un boulot mieux rémunéré? Pourquoi tu t’accroches toujours à elle? Ce n’est pas une fille pour toi. Tiens-toi droit! Mange moins vite, tu n’as pas un train à prendre, que nous sachions! Tu t’es lavé les mains au moins? Les coudes, pour l'amour du ciel! Og så videre e ancora e ancora.

Quel régal! On bouffe, on boit et on divague. Les soucis partent en fumée et les rêves arrivent au galop. Adieu tabous et marabouts, tous les jardins sont libres d’accès...

22:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/02/2018

Mes voisines concubines (10, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgL’heure H moins dix sonne et me frappe la cervelle. Telle la bombe à hydrogène. Anéantissant tout. Tout est à reconstruire, à réinventer. Passé comme avenir. Je tremble comme une feuille morte, l’inquiétude m’a envahie.

Que dois-je apporter à ces concubines? Une bouteille de vin ou une boite de bonbons? Je n’ai ni l’une ni l’autre en réserve et je suis terriblement fauché.

Tans pis, je me présenterai les mains vides mais le cœur gros comme une maison. Je leur proposerai donc de laver la vaisselle après le festin, si repas il y aura. Et j’insisterai en cas de refus de leur part. Si les plats ne sont en carton et les verres en plastique, bien entendu.

Que de si et de pensées folles pour un simple rendez-vous!

Tel un zombie, revenant de nulle part, je m’extirpe de chez moi, je traverse la ruelle, je monte un étage et je sonne à une porte. Heureusement, c’est la bonne!

On m’accueille comme un grand frère parti explorer des terres lointaines. C’est-à-dire, en m’embrassant ardemment plusieurs fois et partout sauf sur la bouche.

Dommage! Ça viendra peut-être avec le temps.

Et comme un prince plus que charmant, on m’installe à table.

- Mais qui suis-je pour mériter tant égards? je demande à mes voisines, rayonnantes de joie... Je débarque chez vous comme un pingre et vous me recevez comme si j’étais Jean-Auguste-Dominique Ingres. Poésie oblige!

- C’est ainsi qu’agit tout bon peintre, m’explique Rosetta. La première fois, il ne fait que d’observer...

- Et la deuxième fois, poursuit Pierrette, il offre une rose à la belle odalisque puis l'aide à s’allonger.

Pas connes ces gonzesses! me dis-je, tout caqueux. Elles sont peut-être plus instruites que moi...

16:44 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/02/2018

Mes voisines concubines (9, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgN’en déplaise à certains, quand on est jeune et en bonne santé, on n’a rien à foutre des spécialistes du corps et encore moins de ceux de la psyché. Car on est prêt à mourir pour une bonne cause. Mais faut-il encore la trouver...

Pourris jusqu’à l’os! Politiciens, élus, avocats, juges, magistrats, fonctionnaires, banquiers, patrons, directeurs, chefs, contre-maîtres, ils sont tous corrompus dans cette cité.

Corruption, débauche, dépravation, perversion, dérèglement, décomposition, putréfaction, pourriture...

Je ne me battrai jamais pour les riches et les trop bien installés mais toujours pour les pauvres et les misérables.

Mais comment faire? Je me sens tellement impuissant face cette injustice sociale. Et je n’ai qu’un solex et sept stylos pour lutter. Bien qu’un tantinet conformistes.

Un Cross, un Montblanc, un Shaeffer, un Parker, un Waterman et deux Pelikan. Tous des cadeaux d’anniversaire.

Mais faciles et pratiques pour mes géniteurs depuis qu’ils savent que leur rejeton ne pense qu’à écrire. Entre autres. Comme la drague ou la baise. Mais là c’est zone interdite pour eux et secret défense pour moi.

Comme vive les Belges et les Suisses pour le chocolat, vive l’encre noire, la bleue, la verte, la rouge, la bordeaux et la violette pour l’écriture!

20:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/02/2018

Mes voisines concubines (8, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgMais comme tout mal ne vient pas forcément pour nuire, je saute sur mon plus beau stylo et j’écris sur le dos vierge d’un papillon publicitaire:

Passe l'animal avec son général

On s'agite
On agite
Les autres
On met en branle
Ses cordes vocales
Et tout s'ébranle
Surtout les autres
Et on a peur
Très, très peur
Car arrive le général
Sur son animal
Ou sur son vélo
Ou sur son pédalo
On s'agite
On s'agite
Intérieurement
Comme dans un enterrement
On veut rire
On veut sourire
Au mort qui sourit
Comme une souris
Mais on n'ose pas
On est tous au même pas
Pas à la même enseigne
Puisque le général est là
Et tous ceux qui nous enseignent
Tout le tralala
On s'agite
On s'agite
Comme des sardines
En conserve
Immobiles dans l'huile
C'est triste une sardine
En conserve
Immobile dans l'huile
Ça ne bouge pas
Le général passe
Pas au pas
Lui, il a tous les droits
Attention, il repasse
Il regarde sans regarder
Et on ne le regarde pas
Comme il est petit
Sans son cheval
Il a l'air d'un petit animal
Qui a mangé ses petits
Quel animal!
Ce général!
Il mange tout le monde
Même ses ennemis

Soyons sérieux! Trop plaisanter finit par donner le vertige, répétait souvent Sœur Graziella, la cousine de ma mère. Quand j’étais gamin et qu’elle était encore vivante, la sainte femme, je ne savais jamais comment l’appeler. C’est pourquoi, je me contentais de lui sauter au cou chaque fois qu’elle venait rendre visite à mes parents.

Ach, mes parents! L’eau et le vin. La lumière et l’obscurité. Le calme et la tempête. Le ciel et l’enfer. Le mâle adouci et la femelle endurcie.

Que de caresses par mon père! Que de gifles par ma mère! Heureusement, l’inverse n’aurait conduit vers les hommes. Paroles d’un expert en psychologie comportementale et, peut-être, cognitive...

21:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/02/2018

Mes voisines concubines (7, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgDring, dring, dring!...

Je décroche et, par plaisanterie ou par prudence imprévue, je décide de prendre l’accent d’une vieille Anglaise:

- Oui, allô! C’est qui? C’est toi mon petit fiston?

Et une voix au bout du fil me répond:

- Non, c’est Annette, l’assistante du commissaire Sturm...

- Mes hommages, Madame.

- Idem.

- Plaît-il?

- J’ai dit pareil.

- Parlez plus fort, je suis à moitié sourde de cette oreille.

- Alors écoutez par l’autre.

- L’autre ne fonctionne plus du tout.

- Je suis désolée...

- Êtes-vous en train de faire un sondage sur les durs de la feuille?

- Non, j’aimerais parler à votre fils ou petit-fils.

- Il n’est pas là, il est allé faire du cheval avec le général.

- Quel général?

- Le général Guisan, pardi!

- Mais ça fait plus de sept ans qu’il est mort.

- Qui ça?

- Le général, bon Dieu!

- Pourquoi, quelqu’un l’a assassiné? Encore un coup des communistes sûrement...

- Personne n’a assassiné personne, nous cherchons un trousseau de clés.

- Un trousseau de quoi?

- De clés.

- Elles sont là, bien au chaud...

- Dieu soit loué!

- Venez donc les chercher.

- C’est que nous sommes très débordés...

- A cause des Ritals et des Tapas?

- R...

- Alors envoyez-moi le couillon qui a eu hâte de s’en débarrasser.

- S...

- Bon! Dans ce cas, je dirai à Charly de vous rappeler.

Et je raccroche. Sans attendre le moindre remerciement. Il faudrait être fou pour l’espérer.

Mais comme tout mal ne vient pas forcément pour nuire, je saute sur mon plus beau stylo et j’écris sur le dos vierge d’un papillon publicitaire:...

20:09 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/02/2018

Mes voisines concubines (6, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgJe guigne par la fenêtre. Rideau!

Je n’ai donc rien perdu jusqu’à maintenant, je me rassure.

Le savoir engendre la curiosité, l’ignorance l’incompétence. Ou la tranquillité.

Elles m’ont mis la puce à l’oreille, ces drôles de voisines. Moi qui a tendance à m’endormir au moindre soupçon. Non pas par indifférence mais par négligence. Je m’en fous de tout.

Vraiment?

L’amour est la cause de tous mes échecs et la source de toutes mes réussites, m’a déclaré un soir un vieux clochard. Il était assis par terre agrippant une bouteille de pinard.

Pour le moment, je ne peux qu’additionner mes dégringolades. Mais les paroles de ce vieillard me donnent parfois espoir.

Sans espoir, la vie n’est qu’un pissoir! Autre rengaine de ce vétéran des trottoirs.

Je pense à Denise. A la fois ma prochaine conquête et mon ex petite amie. Les relations humaines, c’est parfois terriblement compliqué. Surtout quand le père de la fille en question est un bourgeois jaloux. Du type sicilien à la puissance x.

- Mais je l’aime! je hurle.

Bien sûr! Mais il ne m’entend pas. Et il ne m’entendra jamais. Tu nais bourge et con, tu meurs con et bourge.

Je me m’éloigne de la fenêtre, range le trousseau de clés dans un tiroir, je plonge sur mon lit et je ferme les yeux.

Dring, dring, dring!...

19:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/02/2018

Mes voisines concubines (5, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgActe manqué! Acte manqué? Qui suis-je, où vais-je? Nul ne le sait sauf les prétentieux. Et les inspecteurs des impôts! Qui sont moins bobets que ceux de la police car eux, ils savent au moins compter. Je suis vraiment un révolté!

- Mais pourquoi donc ai-je accepté ce foutu trousseau de clés? je murmure.

Oui, je l’ai accepté. Acceptation, acquisition, marché conclu, marché noir, vol, voleur, condamnation, prison...

- Le fait seul de l’avoir mis dans la poche sans trop protester prouve bien qu’une petite crapule se cache en toi, me dirait le commissaire Sturm.

Rien à voir avec la famille du remarquable Charles Sturm devenu suisse quand Genève entra dans la Confédération helvétique.

- Mieux vaut tard que jamais! soulignerait Lolita, ma concierge espagnole qui a étudié l’histoire de France à la Sorbonne. C’est pour cela que Rousseau est toujours Jean-Jacques pour les Frouzes. En plus clair: français.

Mais revenons à Madame Tussauds... pardon, à mon trousseau!

J’examine les clés. Quatre au total. Plates. Des Yale. Ou des paracentriques pour cylindre à goupille, préciserait le collectionneur de serrures. Sur l’une d’elle, il est gravé en petit caractère, quasi microscopique: solex.

- Quel con! Je comprends maintenant! je crie de joie.

Le raisonnement de Sturm est digne d’un fonctionnaire pistonné par son parti. Très libéral ou top insouciant à tous les points de vue.

Le sieur a simplement tiré un trait d’union entre mon arrestation nocturne suite à un zigzag en pleine rue avec mon vélomoteur et les soi-disant passe-partout dont l’un d’eux porte la même marque que ce dernier. Objets trouvés sur le lieu de l’incident et ramenés aux commissariat quelques instants plus tard par un passant qui croit encore dur comme fer au sérieux de la police, je n'en doute pas une seconde.

Analogie, affinité, lien, complicité, culpabilité...

Mon ciel s’assombrit tout-à-coup.

Vite, vite une banane ou une tête-de-nègre pour me remonter le moral! Vite avant que les associations anti-racistes ne viennent semer leur crème là où il n’est nullement nécessaire.

Je me contente d’une barre de chocolat blanc qui m’a été offerte par un mon ami Robert, un extrémiste de droite qui a perdu toutes ses dents lors d’une manif.

On ne choisit ses amis, ce sont eux qui nous choisissent. Pour ne pas sombrer dans le désespoir. Ou pour justifier leurs sottises.

Dieu a le même problème que moi, paraît-il. Ils sont nombreux à vouloir lui lécher les bottes. Lui, qui adore se promener pieds nus. Ils l’obligent ainsi à se comporter comme quelqu’un d'autre.

Prières par-ci, prières par là! On n’arrête pas de le saouler. Il va finir par disparaître pour de bon.

Que c’est succulent le chocolat! Vive les Belges! Vive les Suisses! Déjà pour cela...

21:20 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/02/2018

Mes voisines concubines (4, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Je me prénomme Rosetta, poursuit-elle. Et elle, elle s’appelle Pierrette.

- Mais entre nous, c’est Pierre, précise la blonde... On se tutoie?

- On se tutoie...

- Et toi, quel est ton nom?

- Charles-Antoine pour les officielles et Charly pour les intimes... Puis-je vous poser une question un peu particulière?

Les paupières des filles se mettent à trembler.

- Mais je vous rassure... je vous rassure...

Elles clignotent maintenant à fond.

- Pas du tout indiscrète.

Elles s’immobilisent d’un seul coup.

Quel synchronisme! me dis-je. Elles sont vraiment faites l’une pour l’autre ces deux-là, malgré leurs différences.

J’ose finalement:

- Est-ce que vos parents professent ou professaient l’archéologie? Ou vous vous êtes rencontrées en Égypte?

Des sourires et des grimaces s’entrecroisent sur leur visage.

- K... co... k’ment... le... sais-tu? bégaie la blonde.

- Comment je le sais?

- Oui, comment le sais-tu? intervient la rousse. Personne n’est au courant de notre passé...

- Ni de notre enfance, ni de notre adolescence. Elle a retrouvé ses esprits, la grande.

- Malheureusement, permettez-moi d’être grossier, il nous colle au cul qu’on le veuille ou pas.

- Comment ça?

- Rien qui fut décidé n’est anodin à notre destin. Pour preuve, vos prénoms, ils m’ont aussitôt fait penser à la pierre de Rosette. Surtout le tien, Rosetta. D’où j’ai imaginé tout le reste. A moins que...

- Que quoi? en duo, évidemment.

- Que j’arrive à décrypter sur les visages des gens les traces que leur vécu.

- C’est monstrueux!

- Alors c’est vrai? J’ai vu juste?

- Oui, c’est vrai, me certifie la grande blonde. Mais il y a tout de même un léger bémol.

- Un bémol?

- Concernant notre rencontre, tu es tombé pile. Mais concernant nos parents, tu n’as que partiellement deviné...

- Cela nécessite forcément une longue discussion.

- Sans aucun doute... Passe donc ce soir boire un verre à la maison.

Elle s’adresse à sa copine:

- N’est-ce pas, Rosetta? Et grignoter aussi quelque chose à l’heure du souper, pourquoi pas?

La petite rousse hoche deux fois la tête en signe d’affirmation...

Les origines probables de ce récit...

12:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/02/2018

Mes voisines concubines (3, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgAprès avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je me rends illico presto chez mon garagiste.

- Tu as encore voilé ta bécane! me lance Monsieur Sergio Ussario.

- Ça se voit autant que ça? je lui demande tout surpris.

- Tu sais bien que je vois tout, devine tout, même quand le moteur est éteint.

J’aime beaucoup cet Italien. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’il me rappelle mon grand-père quand il me chantait:

- Garibaldi è andato in guerra, è caduto il culo per terra... *

Allez savoir!

Il suffit parfois d’une poussière d’étoile, d’une coquecigrue, d’une bagatelle, d’un rien pour que des liens de sympathie se tissent entre deux individus forts différents et opposés à bien des sujets.

Lui, il adore les voitures, le foot et les grosses. Moi, les voyages, la lecture et les maigrelettes. Lui, il prend plaisir à se tuer au boulot. Moi, moins je travaille mieux je me porte. Lui, le dimanche il va à la messe. Moi, je ronfle jusqu’à midi. Lui, il sait se taire quand il le faut. Moi, je la ramène constamment.

La seule chose que nous avons en commun... Niet, niet! Oublions ça! La fraternité ne réclame aucune garantie.

- Je t’arrange ça pour demain, me dit-il. Va bene?

- Molto bene.

- Chi va piano va sano e lontano.

Et sur ces belles paroles, je m’éloigne de mon réparateur.

En montant la Grand’Rue, à une minute du bercail, deux jeunes filles, un grande blonde et une petite rousse, d’à peu près mon âge, m’accostent et me récitent, quasi simultanément en souriant:

- Ah! te voilà toi, ça faisait longtemps que nous attendions ce moment-là...

- Plaî... t-il? je bafouille.

- Nous sommes vos voisines, c’est là que nous habitons, m’explique la blonde en me montrant du bras la fenêtre de leur studio.

- Et là, c’est vous? me dit la rousse en pointant du doigt celle du mien.

C’est-à-dire, pour être clair et tans pis pour la redondance: la fenêtre de mon chez-moi qui se trouve en face de la fenêtre de leur chez-elles...

*Pour ceux qui aimeraenit entendre la mélodie...

21:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/02/2018

Mes voisines concubines (2, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLes flics sont de sacrés péteux. S’ ils ne l’étaient pas, ils ne se baladeraient pas toute la journée avec leur pétard à la ceinture. Comme à l’époque des cowboys et des Indiens. Dans cette petite ville calviniste où les trois quarts des portes d’entrée ne sont pas munies d’une serrure.

Je vis dans un paradis sur terre. Presque! Où, pourtant, l’on a interdit aux enfants de jouer au gendarme et au voleur, à saute-mouton et à la bague d’or.

- Belle princesse, avez-vous la bague d'or? Si oui, avec un doux baiser vous l'aurez. Si non, prenez ma place et j'irai la chercher...

Silence! Verboten!

L’unique métal qui essaie d’imiter le soleil, tant convoité par les pharaons, est maudit dans ce pays. Seul l’argent mérite considération. Spécialement en papier.

C’est con un calviniste. Ça se couche et ça se lève tôt en récitant toujours la même prière. Comme si le Bon Dieu était sourd ou dur à la comprenette. Aucun respect envers son vrai supérieur. Pire qu’une grenouille de bénitier, un crapaud déguisé!

Cendrillon ne repassera jamais par là, c’est certain.

Après avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je vais directement chez mon garagiste...

16:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/02/2018

Mes voisines concubines (1, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgBref avertissement:

L’érotisme, comme le sport, mieux vaut le vivre que de se contenter de le regarder à la télévision.

Ou, pour les abandonnées de tous, les surexcités et les accros, mieux vaut s’en abstenir que de le consumer en visionnant des vidéos.

Oui, consumer et non pas consommer, préciserait ma psychiatre catholique.

Le chapitre est clos!

Je m’appelle Charly. J’ai vingt-deux ans. L’âge de tous les rêves, de toutes les chances mais aussi de tous les dangers. Et je vous parle en connaissance de cause. Pour preuve, je viens de sortir de cellule pour avoir roulé en état d’ivresse, en... excusez-moi, le commissaire de police a encore besoin de moi.

- Tiens... et sois sobre la prochaine fois! me dit-il en me lançant un trousseau de clés.

- C’est quoi ça? je lui demande tout étonné.

- Les sésames de ta bagnole.

- Ma voiture? Mais je n’ai pas de voiture!

- Apparemment si.

- Et je ne sais pas conduire.

- Ce n’est pas mon problème.

- J’ai un solex moi! Un vieux solex qui...

- Fiche le camp d’ici! L'affaire est classée...

21:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/02/2018

Au pied de mon père (13, fin)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgMiraculeusement, je me retrouve mentalement couché sur le ventre, au pied de mon père, en train de jouer avec mes soldats de plomb. Sur la lune, mars ou sur une autre planète.

Le vieil homme est confortablement installé dans son éternel fauteuil. Contraste oblige! dirait ma concierge.

Le bon patriarche me relève gentiment et me souffle d’une voix poétique:

- Mon petit roi, sache que rien n’est anodin chez l’humain, tout est malin. A moins qu’il ne soit un saint. Et ceux qui sont au gouvernail, se comportent souvent comme des canailles. As-tu retenu la leçon, mon garçon?

Et je lui réponds:

- Oui Papa, je prends mon envol vers un monde meilleur mais le voyage sera long.

- Sois prudent, fiston! La rivière n’a pas creusé son lit en une seule nuit.

De retour sur terre, je constate que l’horreur s’est amplifiée. Les larmes et le sang coulent à flots.

La souffrance ne devrait pas exister. Dieu a décidément dû marchander son pouvoir lors de son premier grand ouvrage.

Et, entre pleures et gémissements, j’entends murmurer de-ci delà:

- Elles n’étaient prêtes, les filles... En jupe ou en pantalon, c’est du pareil au même... La révolution, c’est surtout bon pour les révolutionnaires... On nous autorise ceci mais on interdit cela... Trop vite, trop tard... On colle, on décolle et on recolle... Les flics, toujours aussi cons...

Juliette et la serveuse, chacune de leur côté, se préoccupent enfin des autres. Elles lavent, elles désinfectent, elles pansent, elles soulagent avec des mots tendres et réfléchis.

- Face au pire, c’est fou comme l’on peut devenir meilleur, je marmonne.

Jo s’approche de moi et me dit:

- Tu avais raison. Tu as vu juste. Est-ce par hasard ou es-tu un espion?

- Un argent très secret au service d’un état très désintéressé, je plaisante... Au fait, c’est quoi cette histoire de partage entre ton ex et toi.

Elle sourit et m’avoue:

- Elle voulait que l’on fasse l’amour ensemble.

- ?

- Elle, toi et moi. Mais vu les circonstances, elle a changé d’avis.

- Zut! Merde! Scheisse! A deux doigts de gagner le gros lot, il faut toujours qu’une catastrophe viennent piper les dés.

Alors Juliette, profondément déçue de mon libéralisme intellectuel ou de mon progressisme charnel, me balance un magistral coup de pied au cul.

Je me réveille séance tenante.

- Dors, le réveille n’a pas sonné, ronchonne ma nouvelle petite amie à moité endormie, en remuant sa jambe droite.

- C’était toi? je lui demande.

- Moi quoi?

- Le coup de pied.

- Quel pied... et arrête de jouer avec mes fesses.

- Ce n’était donc pas toi?

- Tu rêves encore, Legov?

- Je m’appelle Vogel.

- Alors cesse de parler en dormant.

- C’est vrai... je parle en rêvant?

- C’est très agaçant... Surtout quand... tu renverses et inverses... presque tout.

- Je suis vraiment désolé.

- Je te pardonne.

- Taisons-nous maintenant!

- C’est qui cette Juliette?

- Dors! Je te raconterai tout ça demain. Si je n’aurai pas tout oublié.

- Tu as de la chance que j’ai terriblement sommeil... Bonne nuit, Raoul!

- Bonne nuit, Jo!

Souvent, les rêves trahissent les traitres mais anticipent la réalité.

21:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/02/2018

Au pied de mon père (12, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Rien n’a vraiment changé en somme, dis-je avec un petit sourire au bout des lèvres. Une poule a pris la place du coq mais le poulailler est resté intact. Et forcément avec de nombreux artifices tout fonctionne. Mais comme rien n’est constant, le retour ou le repassage aux sources est fort probable. Ainsi va le monde. Une bizarroïde sinusoïde des événements et des comportements que le Grand Barbu a dessinée sur son tableau noir. Une nébuleuse, un brouillon, une esquisse que même lui n’est plus en mesure d’effacer...

- Mais tu dénigres notre Seigneur! réagit Juliette avec violence.

- Tu vois! Même là vous avez échoué.

- Mais de qui parles-tu?

- De toi et de toutes celles qui ont lutté pour la même cause.

- Où exactement avons-nous échoué?

- Presque partout mais principalement dans l’univers de la liberté. Car sans liberté, il ne peut y avoir de véritable nouveauté. Votre révolution n’a été, comme toutes les révolutions d’ailleurs, qu’une simple prise de pouvoir après que vous ayez longuement comploté. Un parfait copier-coller de l’histoire!... Ils coupèrent des têtes, vous coupâtes des couilles. Moralement ou physiquement, c’est le même crime.

- Pour vous messieurs, pas pour nous.

- Des mots, rien que des mots!

- Nous avons transformé la société.

- Foutaise! Mensonge! Illusion!

- Explique!

- Les fabriques d’armements sont toujours là. Les camps de réfugiés sont toujours là. Les prisons sont toujours là. Les écoles sont toujours là. Les temples et les églises sont toujours. Les chômeurs qui font la queue derrière les guichets de l’office de l’emploie sont toujours là. Les misérables qui mendient dans la rue et les passants bourrés aux as qui les regardent de haut sont toujours là. Les mauvais médecins et les charlatans sont toujours là. Les infirmières proches du diable sont toujours là. Les mal soignés, les maltraités, les mal-aimés, les violés et les volés sont toujours là...

- Il y en a de moins en moins, d’après les statistiques.

- Elles ont toujours été truquées.

- C’est faux! Tout va dans le bon sens...

- Alors pourquoi cette manif?

- Quelle manif?

- Là où tu m’as peloté les fesses.

- Ce n’était pas moi et ce n’était pas une manif.

- C’était quoi alors?

- Une manifestation pacifique.

- Tu joues avec les mots.

- Pacifique, je répète.

- Cet adjectif est un ajout ridicule. Il ne sert qu’ à berner soit le public soit les autorités.

- Tu sais tout toi, évidemment!

- Je n’ai jamais prétendu cela.

- Pourtant, c’est ce que tu cherches à me faire croire, perroquet égarée!

- Qu’est-ce qui t’incite à me traiter ainsi?

- Ton assurance sur tant de connaissances dont tu ignores tout d’elles.

- Je ne comprends rien à ton charabia.

- Alors, explique-moi, comment un type qui a atterri, il y a à peine quelques heures, dans un zoo et qui a failli...

- Là aussi, vous avez échoué! Les zoos, les animaux...

- ... se faire bouffer par les crocodiles, puisse s’estimer capable d’analyser notre situation politique et oser nous en délivrer un aperçu. As-tu une explication à cela?

- Oui, les bouses.

- Le caca des vaches?

- Entre autres.

- Tu déconnes?

Mais, heureusement, à cet instant précis, mon ange gardien secoue l’arbre de tous les dangers et me chuchote à l’oreille:

- Pas un mot! La réponse, elle l’aura dans...

Et ni un, ni deux, ni trois, la porte du bar vole en éclats et une foule, composée de bras cassés, de têtes brûlées, de casseurs, de prostituées, de pépés, de mémés, de journalistes, de secouristes, d’enfants de cœur et Dieu sait quoi encore, tous ensanglantés, envahit l’établissement...

21:09 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |