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  • El Pirata (2, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgMais comme les mirages et les miracles ne durent qu’un laps de temps, le flic patenté qui est en lui se réveille et m’ordonne:

    - Permis de conduire, passeport ou carte d’identité!

    - Je ne conduis pas et je n’ai nullement l’intention de traverser la frontière, je lui explique sincèrement. Surtout qu’il est de plus en plus difficile de la distinguer.

    - Alors nom et prénoms... ou l’inverse...

    - El Pirata.

    - Ça, je le sais déjà.

    - Alors pourquoi me forcez-vous à le répéter?

    - Répéter quoi?

    - Mon nom et mon prénom ou, si vous préférez, mon prénom et mon nom de famille.

    - Soyez précis dans vos allégations!

    - Allégations?

    - Affirmations, confessions, déclarations, preuves, alibis...

    - Vous me soupçonnez déjà?

    - De quoi?

    - D’avoir braqué mon propre héritage.

    - Je ne comprends rien à vos salades.

    - Moi non plus aux vôtres.

    - Sur ces entrefaites, commençons par le commencement. Nom?

    - Pirata.

    - Prénoms?

    - Un seul... El.

    - Avec un seul L aussi? Je suppose.

    - Forcément. Si j’étais né fille, mes parents m’aurait sûrement baptisé Elle, Elléa, Ellen, Ellia, Ela, Else, Ely, Eole, Erelle, Evaëlle ou...

    - Vous êtes espagnol?

    - Qu’est-ce qui vous pousse à penser ça?

    - El pirata veut bien dire le pirate en espagnol, non?

    - Tout à fait!

    - Donc?

    - Le coup de mon père fonctionne toujours.

    - Soyez plus explicite! Je ne suis pas un intello, moi!

    - Pourtant, votre langage semble vous trahir parfois.

    - Comme le rouge à lèvres sur les lèvres d’une donzelle.

    - Vous voyez? Notre éducation est un gros boulet que l’on tire derrière soi toute sa vie. Et nos apparences le fruit de nos arrangements.

    - Seriez-vous philosophe?

    - Nous le sommes tous aux heures creuses de notre existence ou quand nos petits colonels jouent aux paresseux.

    - Les petits colonels? Quels colonels?

    - Le côlon et le rectum.

    Le brigadier ou le sous-brigadier sourit. Puis il grimace tel un gamin curieux de connaître la suite.

    Petite marche arrière, au sens figuré. Je reviens à mon paternel:

    - Le Vieux a toujours été un original. Tantôt communiste, tantôt anarchiste. On dirait que le Bon Dieu l’a fait venir sur terre pour emmerder son prochain. Bien que d’une générosité et d’un courage hors-norme. Envers les souffrants et les démunis. Contrairement à la plupart des hommes politiques et de mes concitoyens, c’est quelqu’un qui ne supporte ni l’injustice ni hypocrisie. Dans sa jeunesse, à deux ou à trois reprises, il a changé de nationalité et transformé son patronyme, camouflant ainsi les traces de ses véritables origines ancestrales. Par déception ou par peur? Mystère! Fuyait-il la brigade des stupéfiants ou celle des mœurs? Je ne crois. Ma seule drogue et mon seul défaut sexuel, si l’on peut appeler ça un défaut, c’est la masturbation à outrance depuis que tu as trébuché chez ton curé! criait-elle souvent à ma mère lorsqu’il vivait encore avec elle. Quant à ma chère maman, elle est à l’opposé de son mari. La pauvre, elle n’a pas eu la chance de parfaire ses études faute de moyens financiers et de volonté, peut-être. Mes grand-parents maternels étaient des gens fauchés, terriblement fauchés, et entièrement soumis aux règles fascistes de leurs patrons.

    - Ce ne serait plus possible de nos jours, glisse le policier, sûr de lui.

    - Miroir aux alouettes, je poursuis pour le contrarier. Si tu est intelligent, téméraire et habité par la vérité, n’hésite pas à défoncer la porte blindée de tous les tribunaux. Par contre, si tu es très instruit mais peu vaillant, continue de mener ta vie tranquille de fossoyeur de drapeaux et de pancartes décapités. Pendant que tes frères et sœurs luttent pour la bonne cause. Tu as deux voies devant toi, choisis celle qu’il te semble la meilleure pour tes convictions. Ainsi me parla mon énigmatique procréateur, le fameux matin avant sa disparition... Il a eu l’audace de me prénommer El, uniquement pour embêter sa belle-mère qui détestait les Espagnols. Il faut avoir une sacré dose de je ne sais quoi pour agir de la sorte...

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  • El Pirata (1, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgNi mer, ni océan! Ni désert, ni continent! Rien, strictement rien, n’est trop vaste à mes yeux. Car j’ai le goût du voyage et de l’aventure.

    On m’a fabriqué ainsi, malgré moi. Sans me demander le moindre avis.

    - Voici ton acide désoxyribonucléique, à toi de faire le reste si tu peux! a murmuré mon Père Céleste lors de ma création. C’est-à-dire: dès que le plus engagé des ovules de ma mère a osé embrasser le plus téméraire des spermatozoïdes de mon père.

    Il devait faire très chaud à cet instant. Trop chaud peut-être. Ça devait être au mois de juin... Certainement, après quelques boissons rafraîchissantes ou un bon coup de ventilateur dans les fesses. A cette époque, on ne connaissait pas encore les climatiseurs. En tout cas, chez nous, pauvres colons sans colonie!

    Aujourd’hui, on préfère attraper une bonne crève au lieu de s’essuyer régulièrement le front permettant ainsi au corps de mieux respirer.

    Que chacun choisisse ce que bon lui semble! On m’a parachuté ici-bas, non pas pour donner des conseils d’hygiène tous azimuts ou pour me préoccuper faussement de la santé des autres mais pour aller de l’avant tout en regardant derrière moi occasionnellement.

    Donc, égoïstement parlant, je suis un marcheur à part entière qui ne recule devant rien. En d’autres termes: un explorateur du temps libre qui n’a peur de rien.

    Pardon! Un policier m’accoste et me demande poliment et gentiment, c’est si rare:

    - Où allez-vous, beau jeune homme, avec ce déguisement de pirate? Ce n’est pas carnaval, que je sache!

    - Non? C’est vraiment dommage, je lui réponds en prenant un air de chien battu.

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  • La Nubienne (24, fin)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgNéfertiti serait parfaite dans le rôle de monarque. D’une Candace, nouvelle version!

    Chut! Elle s’approche de moi. Elle a sûrement l’intention de me révéler ou de me soumettre quelque chose.

    Elle ouvre son clapet de conférencière:

    - Mon très cher Ramsès, sans la moindre hésitation ni la moindre vergogne, je peux t’avouer ainsi qu’à tous mes amis et ennemis que je suis fier de toi. Pour plusieurs raisons. La première raison, c’est pour avoir réussi l’examen d’entrée à l’université malgré nos interminables nuits d’amour, très agitées. Ce qui me pousse à affirmer que notre trio marche à merveille. Pour preuve en plus: personne d’entre nous n’a revendiqué quoi que ce soit. Ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du cercle de nos intimités. Au plan écologique, ce système de relations triangulaires à parts entières, à ne pas fondre avec la relation triangulaire ou le triangle relationnel, est un atout majeur. Une seule couverture, un seul drap et une seule brosse à dents pour ma soeur, toi et moi. Ainsi moins de lessives, moins de consommation d’eau, moins d’objets en plastique à balancer par les fenêtres... La deuxième raison, c’est pour avoir choisi la voie des lettres. Par conséquent, le passé, le présent et le futur ne feront plus qu’un. Symboliquement et pratiquement. Je m’explique!... Toi: le journaliste ou l’édition pour informer et combattre la désinformation. Harriet: la sociologie pour comparer les sociétés et proposer au public le top du top de chacune d’elles. Moi: l’archéologie pour extraire du sol les connaissances ensevelies et les mettre à jour pour le bien de tous. Ainsi, à nous trois, nous allons pouvoir établir les vraies lois et règlements à suivre pour un état exemplaire et digne. La troisième raison: c’est de t’être soumis, consciemment ou inconsciemment, au système matriarcal en acceptant de faire la vaisselle tous les soirs et de passer l’aspirateur tous les matins. En Nubie... Au fait, il y a encore un peu de poussière sous mon lit. Bref, revenons à nos moutons!... Je disais quoi? Ah oui! En Nubie, à l’époque du règne des Reines, c’était la femme qui choisissait son mari. Donc, si tu n’as rien contre, vu que nous sommes encore en démocratie, je te choisis pour époux. Bon, affaire conclue! Officieusement pour le moment, bien entendu.

    - Mais... mais... mais...

    - Cesse de bêler, Rami! Tu songes à Harriet? Pas de problème! Tu pourras continuer de coucher avec elle tout autant. Et avec ma bénédiction! Excluant ainsi de notre vocabulaire le terme ingrat d’adultère, dur à digérer.

    Elle sourit puis elle poursuit:

    - Désolé de t’avoir dit un jour que les zèbres et le gazelles ne baisent jamais ensemble. A vrai dire, je n’en sais rien s’ils baisent ou pas ensemble et je m’en fous éperdument. C’était une erreur de ma part. Due à une pensée raciste passagère. Comme chez n’importe qui... Qu’importe si notre enfant naisse noir, blanc ou chocolat. L’essentiel, c’est qu’il soit le fruit de notre amour. Un fruit bien désiré... Ne t’inquiète pas! Je ne suis pas enceinte. Après nos études peut-être. Si Aphrodite aura encore la force de nous supporter.

    ***

    Trois jours plus tard, après une partie de jambes en l’air avec Harriet, la belle Scandinave me dit:

    - J’aime beaucoup ma sœur, peut-être trop, mais c’est toi j’aime vraiment. Veux-tu m’épouser?

    - Mais... mais... mais...

    - Cesse de bêler, Rami! Tu songes à Néfer? Pas de problème! Tu pourras continuer de coucher avec elle tout autant. Et avec ma bénédiction! Excluant ainsi de notre vocabulaire le terme ingrat d’adultère, dur à digérer.

    Ma parole, c’est un coup monté! me dis-je. Quelle complicité! Quelle subtilité féminine! Que veulent-elles savoir? Que cherchent-elles à découvrir? La nudité de mon âme?

    Tans pis! Je me lance, la tête froide et les yeux grand ouverts:

    - Compte tenu du fait que le mariage mixte par n’a pas encore été bien mixé, je suis prêt à signaler à qui veut l’entendre que j’ai deux épouses tout bon chrétien que je suis. Non reconnues par les autorités civile et religieuse, pour l’instant... Un homme et deux femmes, une femme et deux hommes, trois hommes ou trois femmes pour le pire et pour le meilleur, tout est bon pour la libido. Pourvu que ça dure! Mais...

    - Mais?

    - Il y a aussi du bon dans le célibat. Même du très bon! Surtout quand on a les oreilles qui ont tendance à siffler.

    Secrètement:

    Bien que j’ai une préférence pour la Nubienne.

    C’est très difficile voire impossible d’être impartial dans la vie, Sainte Trinité!

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  • La Nubienne (23, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgLe temps passe. Certaines journées et soirées sont uniques, les autres se ressemblent ou nous paraissent se ressembler comme deux gouttes de sueur ou plutôt comme les gouttelettes d’eau au plafond d’une caverne. Auxquelles seul un spéléologue prête attention.

    - La vie est une salade russe, faite de joies multiples, de tristesses diverses, de gros mensonges et de petites vérités, que nous sommes obligé d’avaler, fredonnait ma bonne soudanaise le jour de sa misérable paie.

    Je la vois encore, notre gentille soubrette, devant moi en train de laver le parterre à quatre pattes et forcément le cul en l’air.

    Quel monument! Quel mausolée chargé de visiteurs égarés, de naufragés et de loups solitaires! Quelle bombe à retardement!

    - Je suis à vous, à toi mais avant tout à moi-même! me répétait-elle souvent en caressant mes cheveux dorés.

    Comme j’aimais ses tendres caresses et sa peau si douce! Je nageais et je planais en plein dans la béatitude.

    Néfertiti me fait souvent penser à elle. Par la noirceur de son épiderme et à la morphologie de son corps.

    Les Nubiennes étaient les plus belles femmes du monde. Et les mères les plus sublimes de tous les temps. Le lait qui coulait de leurs seins était plus pur que la plus sainte des eaux bénites. Et c’est sans doute grâce à cela que les dieux et les déesses des terres arides permirent à ces êtres exceptionnels d’engendrer ensemble la première civilisation...

    Bref, bref et bref!

    Cessons de nous propulser dans des sphères hors de la raison et revenons au fait!

    Au fait? Quel fait? Ils sont si nombreux.

    Je suis fait. Pris au piège. Comme un rat gourmand et pantouflard. Attiré par l’éclair au chocolat et le chou à la crème à la fois. Néfertiti et Harriet. Black and White. Accro à la diversité. A l’alcool, au sexe et aux technologies nouvelles.

    Hier, j’étais, comme tous les cocus des anciennes sociétés idéalistes rangées par le mensonge, à cheval entre la faucille et le marteau, aujourd’hui, je partage ma vie entre l’ordinateur et le smartphone. Quand je ne suis pas collé aux fesses de mes deux concubines, bien entendu.

    En somme, je me comporte comme n’importe quel imbécile du postpostmordernisme.

    Hier aussi, dans l’autobus ou le métro, je lisais tranquillement un bouquin, aujourd’hui, je m’excite sur mon portable cherchant désespérément le renouveau.

    Mais au fond, rien n’a vraiment changé. Le policier a remplacé son képi par une casquette américanisée, moins débile peut-être, mais la matraque est toujours là. Le politique se gargarise tout autant. Et le peuple continue de payer les pots cassés et les pot-de-vins de l’élu incompétent et corrompu. La démocratie est plus que jamais branlante. A se demander s’il ne serait pas plus intelligent et nécessaire pour la survie de l’humanité d’avoir à la tête de tous les états des reines qui ont des couilles que des présidents qui n’en ont point.

    Néfertiti serait parfaite dans le rôle de monarque. D’une Candace, nouvelle version!

    Chut! Elle s’approche de moi. Elle a sûrement l’intention de me révéler ou de me soumettre quelque chose...

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  • La Nubienne (22, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgCes deux guenons seraient-elles en train de me jeter des cacahouètes au visage? je cogite. Pourquoi suis-je entré dans leur cage?

    - Pour qui me prenez-vous? je riposte suite à sa réplique vaseuse et à mon hallucination.

    Néfer réagit aussitôt:

    - Ma sœurette est une farouche partisane du libre arbitre. Si elle a choisi la sociologie, ce n’est pas pour des prunes...

    - C’est ta sœur maintenant? Quelle complicité! je taquine.

    - Parfaitement! C’est mon acolyte petite sœur... non de sang mais par d’adoption, m’explique-t-elle en souriant à Harriet.

    - Parents... blancs ou noirs?

    - Tu as déjà vu une blanche ou une blanc élevé par des noirs?

    - Jamais mais ça doit existe, non?

    - Si mais pas ici. La population ne comprendrait pas. Le Nègre est toujours considéré comme un larbin, jamais comme un maitre. Pourtant... pourtant...

    - Pourtant?

    - La civilisation vient d’Afrique et particulièrement de Nubie. Et des femmes de surcroît... Tu ne me crois pas?

    - ...

    - Les candaces, ça te stimule les méninges ou pas, fils d’égyptologue?

    - Les Reines noires qui ont régné durant sept siècles...

    - Ton père ne doit être pareil à ses vieux confrères pour t’avoir raconté ça.

    - Je ne comprends pas.

    - Macho!

    - Je ne comprends toujours pas.

    - Ils ont préféré minimiser cette période héroïque de l’histoire et axer leurs recherches sur l’Égypte des pharaons blancs. De parfaits racistes-misogynes ces historiens des époques napoléoniennes et coloniales! Par les temps qui courent, les féministes les brûleraient tout nus et vivants, ces grands connards. Et je ferais volontiers partie du peloton d’exécution...

    - Comme quoi l’histoire est sujette à caution!

    - Et si on changeait de disque? propose Harriet... Qu’importe tes bonnes ou mauvaises racines, Ramsès, nous t’aimons tel que tu es... N’est-ce pas, Néfer? Ce jeune homme pourrait vivre une expérience unique dans son genre avec nous. Qu’en penses-tu?

    - Dieu créa l’homme, l’homme la guerre et la femme la civilisation! s’exclame la Nubienne...

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  • La Nubienne (21, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- A qui ou à quoi penses-tu? me demande Néfer, en tartinant un toast.

    Si les yeux sont le miroir de l’âme, les miens sont des panneaux lumineux, je conclus.

    - A qui ou à quoi penses-tu? répète-t-elle... Tu ne cesses pas de voyager dans le temps, n’est-ce pas?

    - C’est vrai, je confirme... Mais je ne suis pas un cas unique.

    - Oh, que si! Dans ton style...

    - Mais on se connaît à peine.

    - C’est faux!... A vrai dire, toi tu me connais à peine, ou pas du tout, mais moi je te connais à fond. Pardon, presque à fond...

    - Comment ça?

    - Grâce à tout ce que tu as gravé contre les parois de ta grotte.

    - Ma grotte? Quelles parois?

    - Facebook, Twitter et tous les autres réseaux sociaux que tu as contaminés par tes paraphrases insensées.

    - Insensés est de trop.

    - Je te l’accorde... En crachant sur la toile tes jugements sur tout et sur rien, tu as dévoilé ta vraie identité. Cogito ergo sum!

    - Et si ce n’étaient que des mensonges?

    - Seul les états mentent pas les particuliers.

    - Serais-tu naïve?

    - Quand ils mentent à Pâques, ils se confessent à Noël. Je parle des individus...

    Intervient Harriet:

    - C’est pourquoi, de nos jours, il est très dangereux de donner son nom au premier venu... Quelques tapes sur le clavier de mon portable et hop me voilà au courant de la taille du soutien-gorge de ta petite amie ou de ton zizi...

    - C’est n’importe quoi! je m’apprête à m’énerver. Et toi alors? Tu m’as bien donné le tien...

    - Calmos amigos! Sans doute.

    - Non, c’est certain Miss Anderson!

    - Oui mais moi je ne m’expose pas jour et nuit aux yeux grand ouverts et aux oreilles tendus du FBI, de la CIA, du Mossad et de tous leurs faux copains...

    - Jamais?

    - Jamais!

    - Aurais-je tort?

    - Pas de réponse.

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  • La Nubienne (20, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- Diane debout! me hurle une voix aux oreilles.

    Je me crois au service militaire. Je bondis donc de mon lit et je me mets automatiquement au garde-à-vous, en chancelant.

    Mais en face moi, ce n’est pas la gueule enfarinée de mon sergent-major, bien que c’est le seul gradé de l’armée que trouvais sympathique, mais les bouilles endimanchées d’ Harriet et de Néfertiti.

    - A vos ordres Black and White! je nasille, évidemment à moitié endormi.

    - Tu es pardonné d’avance car c’est le jour du seigneur, me dit la Nubienne.

    Je secoue la tête.

    - Quel con! Quelle horreur! je m’exclame.

    - Brave petit soldat n’aime pas la journée des patates au beurre, il préfère celles sans, ironise sa coloc.

    - A condition que le commandant de la compagnie ne soit pas végane, j’ajoute.

    - C’est bon, le parachutiste a atterri, allons préparer le petit déj' à Pharaon, dit Néfer à Harriet.

    Vite fait sur le gaz, tout est parfait lorsqu’on maîtrise la situation.

    Une belle femme qui ne pense qu’à cuisiner n’attire que les gourmands. Pas de place pour les obsédés!

    Elles sont faites pour le mariage ces deux-là, me dis-je en déjeunant avec ces surprenantes demoiselles.

    Et, bizarrement, comme souvent, j’entends mon grand-père se plaindre à ma grand-mère:

    - Tout était plus simple lorsque nous étions étudiants. Pas de chichi, de compromis ni de confession entre nous. Nous étions libres, entiers, sveltes et beaux. Rien nous semblait interdit. Tout était à nous. Pas de barrières ni de pancartes. Aujourd’hui, c’est tout le contraire...

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  • La Nubienne (19, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgEt, comme un caniche assoiffé jusqu’aux entrailles, je suis Harriet.

    Forcément, mon regard se porte sur son derrière.

    C’est un beau cul mais légèrement moins volumineux que celui de Néfertiti, me dis-je. Quelle stupide comparaison! Pas nécessairement. Qui pèse ou mesure s’apprête à une vente ou à un achat. Finalement, l’autre n’est souvent qu’une vulgaire marchandise au commencement d’une relation.

    Tout en nous désaltérant, nous nous asseyons à table.

    - Alors, elles sont comment? me demande la belle Scandinave, en posant brusquement son verre. Ta respiration a trahi tes secrètes pensées...

    - Elles... quoi... comment... de qui veux-tu que l’on cause? je baragouine, sachant pourtant de quoi il s’agit.

    - Mais de mes fesses, camarade!

    - ...

    - Poire, pomme ou pastèque?

    - Poire, pomme ou...

    - La forme!

    - La forme?

    - Elles ressemblent à quoi les ailes de mon pétard?

    - Serais-tu en détresse par manque de sexe?... Passons à quelque chose de plus constructif, s’il te plaît...

    - Et toi serais-tu de la jaquette?

    - Ma parole, c’est une obsession chez toi! Je croyais que les filles ne pensaient toujours à ça. En tout cas, moins que les garçons...

    - Tu n’as pas répondu à ma question.

    - Non, je ne fais pas partie de la catégorie de ces gens-là. J’aime trop les femmes pour ça. A la limite de la folie, parfois.

    - Alors?

    - Alors quoi?

    - Qu'est-ce que tu attends pour me sauter dessus?

    - Non merci, je ne suis pas tenté par ce type d'exercice.

    - Pourquoi, tu me trouves moche?

    - Loin de là mais j’ai mes raisons.

    - Peut-on en débattre? Ouvertement, honnêtement?

    - Sur le champ? Maintenant et ici?

    - Pourquoi, il te faudrait une estrade, un auditoire et des caméras?

    Je souris.

    - Enfin, une lueur de sincérité, me dit-elle en se levant.

    Elle pose son verre dans l’évier et, comme si de rien n’était, elle retourne se coucher...

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  • La Nubienne (18, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgMais à cet instant sublime de pure introspection, la lumière s’allume.

    Évidemment, je bondis presque au plafond et, instinctivement, je me retourne afin de protéger mes arrières. Au sens propre comme au figuré, si cela vous permet de mieux comprendre ma terrible anxiété.

    Et qui vois-je à ma plus grande stupéfaction?

    Harriet en habit d’Ève, les poings sur les hanches et les yeux d’une rondeur quasi diabolique.

    - Mais que... qu’avez-vous toutes... à vous foutre à poil... devant moi? je lui demande, les lèvres tremblantes et le cœur battant la chamade.

    - Je suis chez moi, bordel! me répond-t-elle, en colère je suppose... Et toi, langé d’un boxer ridicule, ça t’arrive souvent de danser comme une sauterelle avant de pisser?

    - J’ai surtout soif.

    - Alors cesse de gesticuler comme un tapette!

    - Papette toi-même! Veux-tu que je te montre si j’en suis une?...

    - Essaie donc!

    - Vraiment?

    - Si seulement!... Mais non, c’était pour rire, nigaud! Viens, suis-moi à la cuisine, une fontaine nous attend...

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  • La Nubienne (17, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe me lève au ralenti, j’enjambe prudemment le corps de Néfertiti, jambes et bras écartés, et, sur la pointe des pieds, je pars à la recherche de la cuisine ou des latrines.

    J’ai la trouille. De la demi obscurité, des ombres, des fantômes, de tout et de rien.

    J’ai vraiment le trouillomètre à zéro.

    J’avance à petits pas.

    Je frisonne, je tremblote, je palpite, je vibre, je tremble comme jamais dans ma vie.

    Peur égale pensée égale peur, me dis-je pour me rassurer.

    Que dalle! Aucun effet. Quand le monstre ne cesse de s’infiltrer dans nos entrailles, il est très difficile de le déloger.

    Que faire alors?

    - Pète un bon coup! me conseillerait ma bonne soudanaise. L’odeur de ta merde te replongera dans la réalité.

    - Je veux bien mais je ne peux pas, je lui répondrais.

    - Pourquoi?

    - Question d’éducation.

    - Quelle éducation?

    - On ne vesse pas chez les autres... surtout dans un corridor. Du moins, pour le respect du lieu d’accueil.

    Elle rirait aux éclats en m’interrogeant:

    - Crois-tu vraiment que le Président des États-Unies n’a jamais loufé dans le Cross Hall?

    - Où ça?

    - A la Maison-Blanche, inculte!... Hein?

    Mais à cet instant sublime de pure introspection, la lumière s’allume.

    Évidemment, je bondis presque au plafond et, instinctivement, je me retourne afin de protéger mes arrières. Au sens propre comme au figuré, si cela vous permet de mieux comprendre ma terrible anxiété.

    Et qui vois-je à ma plus grande stupéfaction?...

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  • La Nubienne (16, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe déambule sur route déserte, à moitié asphaltée et poussiéreuse.

    Au loin: la jungle. Et encore plus loin: la brousse.

    Je dois être en Afrique, me dis-je... Mais qu’est-ce que fous-là? Ai-je décidé d’abandonner mes études? Quelles études? Je n’ai encore rien commencé.

    - Excuse-moi, Papa, je me tâtonne trop, je murmure. Je crois que vous m’avez trop gâté, maman et toi.

    Tout à coup, une jeep fonce sur moi, freine brusquement et, de justesse, j’évite de me faire écraser.

    Un homme robuste, équipé d’un fusil de chasse, dont le visage ressemble étrangement à celui de mon professeur d’histoire et d’instruction religieuse au collège, sort comme un fou de sa voiture et me crie dessus:

    - Pauvre imbécile! J’ai failli te prendre pour un zébu ou une antilope. Inscris-toi à l’uni et oublie vite cette Négresse, bon Dieu! Elle n’est faite pour toi, elle est du mauvais coté de l’échiquier.

    - L’échiquier, quel échiquier? je lui demande d’une voix tremblante, totalement désemparé.

    - Celui qui se trouve sous le lavabo ou sous le levier.

    - A la cuisine ou à la salle de bain?

    - Lève-toi et marche, flemmard!

    Et je réveille en sursaut. Ma bouche est sèche et je crève de soif...

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  • La Nubienne (15, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- Si tu le désires, tu peux dormir cette nuit dans mon lit... moi je dormirai par terre comme au temps des esclaves.

    Il ne faut jamais contrarier une femme en pleine action de charité, me dis-je. Elle deviendrait facilement agressive voire terriblement méchante. J’ai remarqué cela chez ma mère. Ce qui est décidé finit au paradis ou en enfer, jamais sur une étagère!

    Je m’incline en signe d’acceptation.

    Harriet, telle une chatte évincée, se retire rapidement dans sa chambre.

    Et moi, forcément, comme un chien, la queue entre les jambes, je suis Néfertiti dans la sienne.

    La belle Nubienne se déshabille complètement devant moi, sans la moindre pudeur, et s’allonge aussitôt sur le tapis.

    Je n’en crois pas mes yeux.

    Pourquoi totalement nue, elle semble encore élégamment vêtue? je m’interroge.

    La nudité, pareille à la démocratie, n’est pas identique pour tout le monde, je conclus.

    - Couche-toi même tout habillé mais éteins la lumière! m’ordonne-t-elle. Au lieu de t’extasier sur mes fesses. Je crève de sommeil.

    Je me laisse tomber sur son lit.

    - Notre baiser n’était qu’une approche purement expérimentale, m’avertit-elle. Les zèbres et le gazelles ne baisent jamais ensemble... jamais avant le mariage. Sur ce bonne nuit!

    - Bonne nuit!

    Clic clac et c’est le noir complet...

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  • La Nubienne (14, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgStupéfaction, ahurissement, ébahissement, éblouissement, émerveillement, pétrification... tous ces mots sont à la fois impuissants et trompeurs, me dis-je en constatant l’inqualifiable réaction de la belle Nubienne.

    A-t-elle un cœur de pierre ou une âme de princesse? je surenchère.

    Après cet instant troublant, où les pensées les plus morbides s’échappent de la cave pour se réfugier au grenier et vice versa, ironiserait ma nounou soudanaise, Néfertiti me foudroie du regard puis me demande d’un air totalement décontracté:

    - Je n’ai pas fait le rapprochement, c’est ton père qui a dormi dans le sarcophage de Néfertari dans la vallée des Rois?

    - Non, mon grand-père, je lui réponds tout étonné. Ce n’était qu’une petit sieste... Mais d’où tu connais cette histoire?

    - J’ai dû lire ça dans un livre. De ton père peut-être.

    - Ça me laisse perplexe.

    - Pourquoi ça?

    - Parce que ses pavés sont chiants. Trop scientifiques pour moi.

    - Pas pour moi. Je les trouve au contraire très intéressants. Bourrés d’anecdotes. Pleins d’humour... Ton indifférence ne m’étonne guère.

    - Vraiment?

    - Les enfants ne se pressent jamais de connaître les œuvres de leurs parents. Bien que je sois mal placée pour prétendre cela...

    - Serais-tu fascinée par les fouilles de mon vieux?... Que veux-tu prouver à la face du monde, toi aussi?

    Un long mutisme mais la réponse espérée vire à la proposition:

    - Si tu le désires, tu peux dormir cette nuit dans mon lit... moi je dormirai par terre comme au temps des esclaves...

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  • La Nubienne (13, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- Tu m’écoutes, la noiraude... ou quoi? s’énerve son amie.

    Elle ne lui répond pas mais m’explique:

    - C’est un cas bien d’ici. Elle souffre du syndrome de contradiction.

    - C’est-à-dire?

    - Altruiste puis jalouse ou contrarié à la seconde qui suit. Un caresse à gauche puis aussitôt un gifle à droite. Elle donne trois fois rien puis elle reprend deux fois plus. Elle ferait mieux de chercher à se comprendre une fois pour toutes au lieu d’analyser quotidiennement les comportements de nos semblables et les dérives de nos sociétés de plus en plus débiles.

    Harriet fonce sur Néfertiti et la roue de coups. De rapides et légères tapes, à vrai dire. Des gestes qui semblent cacher bien des secrets.

    Puis elle se ressaisit et corrige:

    - C’est faux! Je ne suis pas celle que tu prétends. Ou que tu aimerais que je sois. Si je travaille dans un bar à nanouzes, c’est pour ne pas me faire pincer les fesses à tout bout de champ...

    - Comme si...

    - Non, ma chère, il n’y a que les mecs qui visent vers le bas. Les nanas préfèrent viser vers le haut.

    - Au commencement seulement.

    - Je n’en sais rien.

    - Bordel de merde! jure Néfer... Et lui, ce chou-fleur à la crème, pourquoi il est là?

    S’agit-il bien de moi?

    - Que veux-tu que je fasse de lui. Tu veux vraiment je couches avec lui afin que tu mettes fin à tes fantasmes?

    Mais où suis-je, Seigneur?

    Harriet tourne son visage vers moi et me supplie:

    - Aide-moi pour l’amour du ciel! Dis à cette tête de mule que le hasard fait parfois bien les choses...

    - Il est né en Nubie comme moi et alors? coupe Néfertiti.

    - Et le double hasard? poursuit la présumée völva... Que fabrique ton père, Ramsès, auprès de la fille des Grands Lacs?

    - Il est archéologue...

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  • La Nubienne (12, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- C’est sympa chez vous... très reposant, je marmonne, un peu songeur... C’est ici que vous vivez?

    Les filles, assises l’une à côté de l’autre sur le divan, se regardent étonnement. De légers sourires se dessinent sur leur visage. Quasi des grimaces.

    Instantanément, une pensée, peut-être stupide, me traverse l’esprit: les donzelles connaissent déjà cette vilaine chanson. Car la flatterie est souvent plus proche du mensonge que de la vérité.

    - Après ces belles et pompeuses paroles, il est préférable que l’on aille au but! déclare Néfertiti en se levant brusquement... Tu as soif, faim ou envie de fumer, Ramsès? Non, tu n’as rien envie de tout ça. Alors racontes-nous tout. De A à Z ou de Z à A, selon ton choix. Tu bluffes ou tu divague?

    - Mais... mais...

    Néfer est en face de moi, menaçante.

    - Connais-tu au moins toutes les nuances du noir? me demande-t-elle sèchement.

    - De... de la cou... couleur noire? je bafouille... Pourquoi cette bizarre question?

    - Tu connais ou pas?

    - Mieux que personne car dans mon enfance j’ai failli...

    - Prouve-le moi ! me coupe-t-elle la parole. Raciste patenté!

    Je bondis alors de mon fauteuil et, nez contre nez, malgré une envie pressante de lui foutre une baffe, je débite à grande vitesse et par ordre alphabétique:

    - Aile de corbeau, analine, animal, brou de noix, carbone, cassis, charbon, dorian, ébène, fumée, ivoire, jais, noiraud, obsidienne et réglisse.

    Et j’ajoute calmement, avec le sourire:

    - Mais je ne suis pas raciste pour autant.

    - Prouve-le moi aussi, m’ordonne-t-elle.

    Sans perdre une seconde, mes lèvres se collent aux siennes et nous nous embrassons.

    Pantoise, Harriet intervient:

    - Merde alors! A quoi vous jouez, les jeunes? Le théâtre absurde a déteint sur vous?... Nous vivons vraiment des temps en pleine compression!

    - Eh bien! Tu embrasses à merveille, me félicite Néfer, à peine nos bouches séparées...

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  • La Nubienne (11, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgChacune sa chambre. Quasi identiques. Rien ne traine par terre. Ni contre les murs, façon de dire. Les parois sont totalement blanches. Pas une tache, pas la moindre trace d’un clou. Immaculées. C’est la nudité et l’ordre parfait. On se croirait presque dans un hôtel nordique ou dans une auberge monastique.

    Pareille impression pour la cuisine, la salle de bain et les toilettes?

    Pourtant!

    Mais où sont-ils les livres et les cahiers? je m’inquiète. Suis-je tombé dans un piège? Sont-elles bien des étudiantes ces deux-là? Ou plutôt des femelles en quête d’un pigeon de mon espèce? Vont-elles chercher à me séduire puis crier au secours par les fenêtres en m’accusant de les avoir violées, les salopes?...

    La peur est là! Vulgaire, sans retenue, imaginative. Elle tourne en rond dans ma cervelle, semblable aux hélices d’un avion en perdition.

    Nous nous installons au salon. Dépourvu de toute décoration inutile et superflue, lui aussi. Un canapé, deux fauteuils, en velours gris tourterelle, et une petite table transparente au milieu. Le sol est recouvert d’une moquette gris souris.

    Tout est gris. Harmonieusement gris.

    Cela je me rassure aussitôt.

    Heureusement pas de tableaux légendaires, me dis-je. Ni de statuettes archéologiques. Par-ci, par là et partout. Comme chez mes parents où les visiteurs curieux et timides tels que moi finissent toujours par attraper un torticolis.

    - C’est sympa chez vous... très reposant, je marmonne, un peu songeur... C’est ici que vous vivez?...

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  • La Nubienne (10, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- Les silencieuses devant, les bavards nulle part pour la sécurité routière, c’est ma devise, lance Néfer, avant de grimper dans sa daf ya 66 kaki. D’occasion bien entendu mais magistralement bien entretenue.

    Et nous voici tous les trois en voiture. Avertis, rassurés et coincés, en tout cas pour moi qui suis à l’arrière.

    Nèfe, autre abréviation de Néfertiti, est forcément au volant. Elle conduit avec beaucoup de décontraction et d’assurance. Telle une professionnelle de longue date.

    Harriet observe ses manœuvres, jalousement me semble-t-il. Surtout aux virages.

    - C’est ton mec qui t’a appris à conduire ainsi? lui demande-elle à un moment donné.

    - On dirait que c’est une première pour toi, répond l’Africaine à l’Européenne.

    - C’est ton mec?

    - A quoi tu joues, Harriet?

    - C’est ton mec ou ton father?

    - Ni l’un ni l’autre. Car... car...

    - Car?...

    - C’est pour Monsieur que tu fais tout ce cirque?

    J’interviens en m’adressant à la belle conductrice:

    - Pour votre gouverne, Monsieur s’appelle Ramsès Toucourt et, comme vous sans doute, est né en Afrique.

    - Je sais déjà tout ça, m’avoue-t-elle.

    - Pardon!

    - Non, il s’agit de vous... ou de toi si cela ne te dérange pas...

    - Nullement!

    - Où ça exactement?

    - Où ça quoi?

    - Où ta mère t’a mis au monde.

    - En plein désert, entre l’Égypte et le Soudan...

    Néfertiti freine sur-le-champ.

    - Sommes-nous déjà arrivés? s’interroge Harriet, toute secouée.

    La chauffeure se met à rire de toutes ses dents blanches...

    Capture d’écran 2019-05-10 à 12.47.38.png

    Concernant la daf: cliquer sur la photo!

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  • La Nubienne (9, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgTout à coup, Harriet s’approche de moi, s’accroche à mon blouson et me somme en serrant les dents:

    - Tu restes ici! Ce n’est pas le moment de foutre le camp... Tu ne vas tout même pas gâcher le restant de ta vie pour quelques minutes de retard.

    - Qu’... i... t’a dit... qu’..., je bégaye.

    - Ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

    - Mais je n’ai nullement l’intention de partir.

    - Tu mens mal, camarade! Ton visage est un livre ouvert.

    - Mais de quel droit oses-tu m’observer ainsi et me commander?

    - Je sens venir les choses.

    - La météorologie te conviendrait mieux...

    - Ta gueule!

    Dans chaque femelle, il y a une mère compatissante, une soeur complice et une conservatrice de son espèce, me dis-je. La police ne devrait être dirigée que par des femmes.

    Je sourit béatement.

    - Dommage, marmonne-t-elle.

    - Pourquoi?...

    Mais à ce moment précis, le portable d’ Harriet se met à sonner...

    - Viens Ramsès, nous allons corriger l’histoire! me dit-elle en plaisantant. La surprise nous attend dehors.

    Et à peine un pas à l’extérieur du bar, sous les lumières artificielles de la ville, je découvre avec stupéfaction une jeune fille noire qu’une grande beauté.

    Sans tarder, avec une étrange fierté Harriet nous présente:

    - Ramsès, voici Néfertiti. Néfertiti, voici Ramsès.

    Sourires et étonnements sont à fête de toutes parts!

    Puis elle me précise:

    - Néfer, c’est ma colocataire et ma meilleure amie.

    Un long silence s’installe entre nous.

    Je la regarde, elle me regarde, nous regardons. Harriet semble malheureusement hors jeu. Voire de trop.

    - Eh bien, on y va ou on s’éternise en attendant que le jour se lève? ronchonne-t-elle.

    - Et ton boulot? lui demande instinctivement sa copine.

    - Rien à cirer! Le patron fermera...

    - Ça va?

    - Tu cherches déjà à m’éclipser?

    - Tu es sûre que ça va?

    - Je rigole! Elle est où ta caisse?

    - Pas loin.

    - Tu nous suis Ramsès ou tu préfères te transformer en statue?...

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  • La Nubienne (8, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgMais voilà! J’ai souvent la hâte qui me poursuit subitement aux fesses.

    - Quelle est donc cette mouche tsé-tsé qui t’a piqué? me demandait souvent notre bonne soudanaise. Tu es toujours pressé comme un vomissement. Un jour, tu finiras par te mordre sérieusement les doigts, Blanc à cuire!

    Vomissement au lieu de lavement!

    Ce vocable, elle l’avait certainement lu dans un cahier de pataphysique que mon père avait dû laisser trainer sur son bureau, ma belle et tendre négresse. Pardon, femme de ménage de couleur! D’après les civilisés et les honnêtes gens d’ici.

    Ils sont allés jusqu’à bannir de leur langage les mots nègre et tête-de-nègre, les hypocrites!

    Moi, j’ose encore prononcer ces termes de mon enfance sans vergogne. Bien entendu à l’abri de la foule déchaînée. Par crainte de me faire traiter à tort de raciste et lyncher par les anti-touts-azimuts, il y va de soi. Car, bébé, je préférais téter les seins de ma Soudanaise que ceux de ma mère. Au point de jouir déjà dans mon berceau, parfois. Et ce avant de m’endormir comme un ange.

    Probablement, très probablement, voire plus, grâce au velouté et au coloris de sa peau. Elle était si douce, si rassurante et si proche de l’obscurité.

    Bref! Ce n’était qu’une brève intrusion dans mon passé secret...

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  • La Nubienne (7, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- C’est qui?

    - Quelqu’un.

    - Un ou une?

    - ...

    - Mâle ou femelle?

    - Surprise! Tu verras bien si tu veuilles bien patienter.

    Retour au capharnaüm des âmes bouillantes.

    Harriet court dans tous les sens pour servir cette jeunesse en totale frénésie, prête à se prostituer au moindre tendre sourire.

    Quant moi, pendant ce temps-là, collé au bar, je patiente forcément, j’attends un verre à la main, offert celui-ci par ma future bienfaitrice et complice, peut-être...

    Oui, j’attends, je stagne, quasi immobile, branlant par moment la tête, le regard hagard, perdu entre le rêve et la réalité, en me répétant sans cesse comme un idiot:

    Quelle est donc ce mystérieux personnage que je dois rencontrer? Est-ce une jeune fille ou un jeune homme?

    L’idée du voyage est toujours plus envoûtante que le voyage lui-même. Et la pensée de la conquête plus glorieuse que la victoire.

    Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou! Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou!

    On tue l’impatience à coups de gorgée. Malgré le feu ardent et sacré qui brûle dans nos veines.

    Jamais de ma vie, je n’ai senti une soif de vivre aussi grande. Bizarre!...

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