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  • L'odyssée d'un rêveur (7, à suivre)

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     Une minute après, White réapparaît avec une jeune femme dont la ressemblance avec la femme du rêve de tout à l'heure est étonnante. A croire que c'est la même personne.
     
     White remarque mon étonnement et me demande:

     - Vous connaissez Mademoiselle?

     J’hésite puis, comme encouragé par Dieu sait quelle force désireuse de me voir innocenter par des esprits hostiles à toute croyance surnaturelle, je raconte mon rêve avec le plus de précision possible.

     White, sceptique, traduit avec un sourire narquois mon rêve à la jeune femme.

     Ils échangent quelques mots en anglais entre eux.

     Tout à coup White semble très surpris. Il se gratte la tête et me dit:

     - Mademoiselle a une sérieux faible pour les gaufrettes au chocolat et les salés au fromage.

     Je profite pour lui dire:

     - Vous me croyez maintenant?

     - C'est un pur hasard, me dit-il

     - Et elle, elle me croit?

     - Certainement. Mais par déformation professionnelle. Chaque cas est un cas intéressant pour elle. Et chaque mensonge cache une vérité profonde. Jour et nuit, elle analyse les rêves les plus anormaux de tout le Royaume Uni.

     - Ils doivent être très nombreux, dis-je avec un sourire au bout des lèvres.

     - Pas plus nombreux qu'ailleurs, me répond White avec une fierté digne d’un officier de l'armée victorienne.

     Et il ajoute:
     
     - Toutes les ruses sont bonnes pour tromper l’ennemi. Certains terroristes sont de prodigieux comédiens, pleins d’humour. D'après vous, qui peut prendre un clown au sérieux?

     - Un enfant?

     - Non, Miss Johns ici présente.

     Et il m'explique:

     - Derrière le masque, il y a le visage. Et Miss Johns a pour mission de démasquer les coupables. Ses méthodes sont très diverses. Mais au début de chacune de ses investigations, pour elle le suspect est un citoyen honorable et injustement accusé...

     - Tout ça c'est bien joli, dis-je. Mais ma petite amie va bientôt atterrir et il n'y aura personne pour l'accueillir...

     La porte s'ouvre violemment et surgit un bobby qui s'annonce aussitôt à White.
     

     L'inspecteur hoche la tête drôlement, en signe de je ne sais quoi. Un bonjour accompagné d’un “tu peux parler” sans doute.

     Et le bobby débite un discours entier en style télégraphique.

     À la fin du discours, White se retourne vers moi et me foudroie de son regard. Ses yeux sont presque hors de son visage. Que se passe-t-il?

     Puis d'un air très pensif, White fait un pas dans ma direction et m'administre un coup de poing en pleine figure. Un gigantesque feu d'artifice multicolore embellit une fraction de seconde ma vision lugubre de cet univers policier et je perds connaissance... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (6, à suivre)

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     - Commençons par le commencement .

     - Le commencement? Quel commencement?

     - Le commencement de votre voyage.

     - Mais qu'est-ce que vous voulez savoir de plus, inspecteur. Je vous ai tout dit sur la raison de ce voyage.

     - Qui  êtes-vous réellement?

     - Tout est inscrit dans mon passeport. Mon nom, mon prénom, ma date de naissance...

     -J’ai dit réellement.

     - Pourquoi, mes papiers ont l'air faux? Si ce n’est que ça, vous n’avez qu’à faire appel à un délégué de l'ambassade de Suisse.
     
     - Il ne s'agit pas de vos papiers.

     - Alors?

     - Il s'agit de vous, de votre caractère, de vos tendances politiques...

     - Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire?

     - Vous voulez bien commencer par le commencement?

     - Vous vous foutez de moi ou quoi?

     -Moi, à votre place je resterais poli... Eh bien?

     - Ma vie privée ne regarde que moi.

     - Dans des cas très particuliers, elle regarde aussi la police londonienne.

     - Quel cas particulier? De quoi me soupçonne-t-on?

     - De faire partie d'une bande de terroristes.
     
     - Mais c'est de la folie, dis-je et j'éclate de rire.

     White s'approche de moi et me balance une paire de gifles.

     Je me sens alors comme un animal pris dans une piège.

     Que dire? Que faire? Un mur absurde et infranchissable s'est subitement dressé entre moi et le monde libre. Qu' ai-je donc fait pour mériter ça?

     - Je pensais que les Anglais étaient très courtois, dis-je.

     - Et moi qu'il n'existait pas de terroristes suisses.

     - Il faut continuer à le croire.

     - Vous m'avez fait changer d'avis.

     - C'est sans doute par erreur.

     - Vous commencez à m'agacer avec votre façon de parler... Vous voulez vraiment savoir pourquoi vous êtes là?

     - Mais je ne demande que ça!

     - Eh bien, c'est très simple: vous avez été signalé à la police néerlandaise et à nous-même suite à divers conversations étranges. Notamment une conversation concernant une explosion d’avion en plein ciel.

     -Si j'ai bien compris, on n’a plus le droit  de penser ce que l’on veut.

     - On a tous les droits sauf celui de nuire.

     - Et plaisanter, en a-t-on encore le droit?

     - Je vous répète: on a tous les droits sauf celui de nuire.

     - Pour l'instant et dans la réalité des faits, c'est vous qui êtes en train de nuire, de me nuire.

     - Je fais mon métier, Monsieur.

     - En accusant hâtivement un innocent?

     - Tout coupable se déclare innocent.

     - A vous entendre parler, on dirait que n'importe qui est coupable d'un délit.

     - Vous déformez tout.

     - Mais c'est vous qui déformez tout. Sur la base de quelques paroles en l'air, vous m'accusez d'actes de terrorisme. Oui, des paroles en l'air et rien de plus.

     - Malheureusement, ces paroles en l’air ne   nous paraissent pas si anodines.

     -Expliquez-vous.

     - Il y a une alerte à la bombe, à l'aéroport de Schiphol, cet après-midi. Vous ne trouvez pas ça bizarre?

     - C’est sans doute une plaisanterie. C'est fréquent de nos jours. Vous devez le savoir mieux que personne, non?

    - Mais on nous a également annoncé par téléphone qu’un avion de provenance d’Amsterdam explosera ces prochains jours en plein ciel londonien.

     - C’est impossible.

     -Comment ça c’est impossible?

     - Ça sera une explosion ratée .

     White semble ne plus rien comprendre. Il doit sûrement se demander si je suis sérieux ou pas.

     - Ça sera une explosion ratée et à l'atterrage, je vous répète.

     - Mais cessez de faire le pitre, crie White.

     Je me frotte le front. Ces paroles je les ai déjà entendues.

     - Vous êtes au courant de quelque chose, me dit White.

     - Je ne suis au courant de rien, dis-je.

     - Vous êtes au courant de tout.

     - Au courant de rien.

     - Et l’explosion ratée?

     - Un pressentiment ou plutôt un rêve.

     - Vous vous moquez de moi?

     - Mieux vaut une explosion ratée qu'une explosion en plein ciel.

     - Mais pour les terroristes tous les moyens sont bons pour semer la panique. L’explosion ratée, c'est peut-être voulu.

     - Ratée malgré eux.

     - Vous avez dit eux! Eux qui?

     - Mais je n'en sais rien!

     White se lève d'un bond et quitte la pièce en claquant la porte... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (5, à suivre)

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     Je quitte ma chambre...

     Dans le hall d'entrée, des Japonais chargent leurs appareils de photo tandis que d'autres mitraillent le moindre objet susceptible de faire progresser leur économie nationale.

     Rien de nouveau sous le soleil, face à ces rayons disciplinés venus de l'empire du soleil levant.

     Une subite et puissante envie d’uriner m’interrompt malheureusement dans l’observation de ces créatures imitatrices.

     Sans perdre une fraction de seconde, j'entre dans les toilettes proches de l'ascenseur et me libère de mes obligations physiologiques.

     À la sortie de ce lieu sacré, un homme s'approche de moi et se présente en français avec un fort accent indigène:

     -Inspecteur White du service de l'immigration.

     - Enchanté, lui dis-je d'un air désinvolte.

     - Nous avons fait une erreur d'inscription dans votre passeport, me dit-il. Pouvez-vous me suivre au bureau central afin de régulariser votre situation?

     - Régulariser ma situation? dis-je avec étonnement et une pointe de colère. C'est que je dois me rendre à l'aéroport pour accueillir mon amie... Et qu'est-ce qui me prouve que vous êtes inspecteur de police?
     

    L’homme sort de la poche arrière de son pantalon sa carte de police et me la montre.

     - Ce n'est qu'une question de quelques minutes, me dit-il . .

     Sceptique, je lui demande:

     - Et comment savez-vous qu’il y a une erreur d'inscription? Vous ne me connaissez pas et vous n'avez pas encore vu mes papiers.

     L'homme cette fois-ci sort de la poche interne de son veston mon passeport et me dit d’un air décontracté:

     - La direction de l’hôtel me l’a remis à ma demande.

     Et il ajoute avec ironie en le feuilletant rapidement:

     - Rien ne prouve que ce n’est pas le vôtre. Et il y a effectivement une erreur. Vous lisez l’anglais?

     - Non, dis-je, vaincu mais pas très convaincu.

     - Alors ayez l'obligeance de me suivre sans faire de scandale... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (4, à suivre)

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     Nous entrons dans une de ces pièces qui se trouve derrière une de ces nombreuses portes. Au milieu de celle-ci, une immense table en bois massif, presque incrustée dans le sol et entourée d'un banc sans dossier, semble attendre tout un conseil de guerre.

     C'est mon impression. Pourtant sur la table pas un dossier, pas une papier, pas un crayon ne traîne.

     - Installez-vous au bout de la table, me dit la femme, je passe à côté pour préparer vos salés.

     Je m'assieds, croise mes mains et j’attends...

     Au bout de trois longues minutes, la femme revient, escortée par quatre vieux bonshommes, habillés en redingote et coiffés d’une perruque grise.

     - J'ai changé d’avis, me dit la femme, d’ailleurs une petite faim comme la vôtre n'a jamais tué un chat.

     - Qu'est-ce qu'un chat vient faire ici? je lui demande.

     Le plus gros des quatre bonshommes me répond:

     - Seul les chats rodent la nuit autour des châteaux. Les chats ou les voleurs. Et ces animaux ont un sixième sens qui nous dérange sérieusement. Et nous n’aimons pas être dérangés. Nous n'aimons pas non plus que ceux qui nous entourent soient dérangés. Ça nous pose trop de problèmes.

     - Mais qu'est-ce qu'un chat vient faire ici? je redemande. Je ne suis ni chat, ni voleur, alors?

     - Rien ne prouve rien, me dit la femme. Vous, vous avez vos idées, nous les nôtres. Et pour bien distinguer les unes des autres, il existe un élément qui s'appelle frontière. Et vous, vous êtes un élément contraire à toute frontière. Il  est nécessaire que chaque chose soit à sa place sur cette terre si l'on veut que la machine batte sa juste mesure.

     - Je trouve vos propos étrange, dis-je.

     Et le plus petit des hommes me dit:

     - Seul un feu éteint se moque du feu. Que vous arrive-t-il? Auriez-vous épuisé toutes vos richesses?

     - Quelles richesses?

     -N'ayez-crainte. Vos relations avec mademoiselle Iris ne nous intéressent guère. Il s'agit des richesses cérébrales. Bien que c'est très souvent une question de chance. Et la chance n'est pas votre rayon.

     - Quel est au juste votre rayon? je demande.

     - Le respect de la frontière entre le présent et l'avenir, me dit la femme. Nous luttons contre la vermine et les saboteurs.

     - Je ne comprends rien à vos salades, dis-je.

     - Aucune importance, de toute façon vous êtes coupable, me déclare la femme d'un ton très sévère. Coupable de trop d'imagination ou coupable d'avoir prévu des actes criminels. A moins que vous ne soyez l'auteur de ces actes.

     Je frappe du poing la table en signe de protestation.

     Brusquement, je fais surface: 1a réalité est plus bruyante dehors, un marteau-piqueur est en train de battre son record de décibels... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (3, à suivre)

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     Une heure plus tard, le bateau accoste à Harwich. Je descends avec la première foulée de passagers, un groupe d’Hollandais en voyage organisé, pour diminuer le risque de tomber entre les griffes de la fameuse astrologue. Je passe la douane puis en tant que Suisse, c'est-à-dire non membre de la communauté européenne, au bureau de l'immigration, où l’on me fait remplir les papiers nécessaires pour une séjour en Angleterre...

     Un train m'amène à Liverpool Street station, la gare la plus populaire et la plus insalubre de Londres.

     A la sortie de celle-ci, je hale un taxi... et me voici en plein dans le système de la priorité à gauche.
     
     Comme un enfant, j'admire les nombreux bus rouges à impériale et les non moins nombreux taxis, noirs et boursouflés comme des scarabées, qui ronronnent et grincent aux feux rouges. Les Look on the right et Look on the left sont incrustés presque à chaque passage pour piétons. Je constate que les chapeaux melon sont encore à la mode et que les colorants et décolorants capillaires ainsi que les épingles à cheveux ont envahie le marché.

     Le traditionalisme et la marginalité semblent faire bon ménage. Et le flegme britannique n’a pas reculé d'une semelle. Je me sens bien dans ma peau en admirant toutes ces merveilles anglaises.

     Je regarde ma montre: Iris atterrira ici dans quatre heures.

     J'arrive à mon hôtel. Tout est très courtois. Même mon lit qui se plie en deux une fois que j'y suis couché.

     Trop fatigué pour protester, je me laisse envahir par le sommeil.

     Je me trouve dans un couloir d’un hôtel vieux de plusieurs siècles. Des armoiries, des sabres, de épées, des armures et des portraits à l' huile de nobles personnages datant de plusieurs centaines d’années sont accrochés aux murs à équidistance les uns des autres et brillent comme s’ils venaient des sortir de l’atelier d’un reproducteur maniaque. Une moquette de velours rouge couvre le sol. Chaque trois trois mètres, il y a une porte à gauche et une autre à droite.

     Subitement l’une d'entre elles s'ouvre et une femme aux longs cheveux blonds apparaît. Un visage qui ne m'est pas inconnu.

     La femme s’approche de moi et me dit:

     - Qui vous a conduit ici?
     
     - Personne, je cherche les cuisines, j'ai une petite faim qui me chatouille l'estomac, je réponds.

     - C'est un endroit strictement interdit à la clientèle de l'hôtel, me dit-elle. Seuls les membres de certaines sociétés ont le droit de se promener ici et de...

     - Et de...?

     - Je ne peux pas vous répondre.

     Je souris.

     - Vous avez tort de ne pas prendre mes paroles au sérieux.

     Je souris toujours.

     - Cessez de faire le pitre, me dit-elle en haussant la voix. Nous sommes dans un endroit sacré et non dans une basse-cour.

     Je baisse les yeux.

     Puis après quelques secondes de silence, elle me demande avec une douceur quasi maternelle:

     - Vous avez toujours cette petite faim qui vous chatouille l'estomac? Je peux vous offrir des gaufrettes au chocolat. Ça vous tente?

     - Non merci, je réponds par timidité.

     - Peut-être vous n'aimez pas le chocolat?

     - Si, mais pas à cette heure-ci.

     - Des biscuits salés alors? Au fromage? Au jambon?

     J’accepte en hochant la tête.

     Alors elle me fait signe de la suivre.

     Et j'obéis à son invitation... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (2, à suivre)

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     Nos regards se croisent. Des idées folles me passent par la tête, toujours ces mêmes idées folles avides de plaisirs et de domination... Ses mains sont soignées et fines. Elles ressemblent à celles d'Iris, ma petite amie. Un sentiment de culpabilité traverse le champ de ma conscience. Le besoin de liberté, le chasse sans scrupule. Oui, c’est vrai, je n’appartiens à personne...

     - Vous paraissez bien pensif, me dit-elle.

     Que répondre?

     - Au fait, on ne s'est pas présenté, me déclare-t-elle.

     - Que nous sommes distraits! dis-je d'un ton amusé.

     - Qui commence? Mais après tout, est-ce bien nécessaire?

     - Personne ne vous force.

     - Je l'espère!

     - Pourquoi avez-vous peur de dévoiler votre identité?

     - Étrange question.

     - Pas pour moi.

     - Pour moi si ... mais on ne va pas s'éterniser la-dessus... non, à vrai dire, je trouve ça stupide. D'ailleurs on ne choisit ni son nom, ni sa date de naissance.

     - Bon, changeons de disque!

     De quoi va-t-on parler maintenant? De nos peines, de nos joies ou de nos désirs? Et si je lui proposais de passer aux actes? Car au fond d'elle-même, c'est bien ce qu’elle cherche? Oui, mais comment faire, par quoi commencer? Tant pis, je me jette à l’eau.

     - Vous voyagez en cabine? je lui demande.

     - Vous avez de la chance, me répond-elle. Je voyage toujours en cabine... même pour un voyage comme celui-ci, qui ne dure que quelques heures. Au cas où je voudrais me reposer un instant.

     - Et vous voyagez souvent seule?

     - Pourquoi chercher midi à quatorze heures... à votre place je serai plus direct.

     Je suis tout gêné

    - Une femme n'est pas très différente qu'un homme, savez-vous. Elle mange, elle boit, elle dort, elle rêve, elle espère... et elle aime faire l'amour autant que vous les hommes, m' explique-t-elle avec autorité et avec la conviction d'un professeur d'éducation sexuelle.

     Et elle ajoute:

     - Je suis ouverte à toute nouvelle expérience... car j'ai franchi la prison des tabous. Si le coeur vous en dit, je suis prête à passer un moment agréable avec vous.

     Mes yeux brillent de gêne et de plaisir. Comment être de marbre face à une telle invitation?

     - Vous voulez visiter ma cabine? me demande-t-elle avec un petit sourire malicieux.

     - J'adore l’inconnu, je réponds pour répondre, pour ne pas paraître trop stupide. Mais au fond de moi-même je me sens aussi petit qu'un collégien devant un monument de savoir et de franc parler.

     Et comme un chien derrière son maître, je suis la jeune femme, pour un voyage sur une planète de chair et de sueur.
     

     Pour un homme normalement constitué, ou anormalement constitué, pour une certaine minorité illogiquement avant-gardiste, le corps d'une femme nue, dont on est incapable de prévoir la plus banale des réactions est aussi inquiétant qu'une maison hantée dans laquelle on a caché des milliers de pièges à rats. On marche sur la pointe des pieds, la main sur le coeur et les yeux derrière son dos. Ce n'est plus une partie de plaisir mais une partie de roulette russe.

     Subitement conscient de cette situation suicidaire, je remonte mon pantalon que je viens à peine de baisser.

     - Mais à quoi jouez-vous? me demande la pseudo-astrologue allongée déjà sur son lit, sa jupe relevée sur ses hanches et ses culottes à la hauteur de ses chevilles.

     J'invente:

     - J’ai oublié mon appareil de photo au bar des secondes... C'est un cadeau de ma mère... j'y tiens comme la prunelle de mes yeux.
     
     Elle se redresse et son allure est encore plus ridicule.

     - Et c'est maintenant que vous y pensez? me dit-elle. C'est trop tard, on vous l'a sûrement volé.

     - Sûrement pas. Je l'ai confié au garçon du bar, c'est un honnête homme. A tout de suite...

     Et je m'enfuis, en courant comme un voleur.

     J'entre dans le bar des secondes classes  et  m'installe dans un coin tranquille jusqu'au moment du débarquement... à suivre

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  • L'odyssée d'un rêveur (1, à suivre)

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     Confortablement installé dans une chaise  longue, je savoure des yeux le mouvement des vagues et le vol des mouettes face à un vent plutôt violent.

     Subitement une sensation étrange m'envahit: je me sens le témoin d'un monde en paix malgré le comportement agité de ces éléments. Oui, je suis le témoin de cet univers marin où le gros poisson mange le petit et où tout désir de justice, tout effort de compréhension ou tout acte de courage humain ne serait d’aucune utilité car la machine fonctionne à la perfection selon des règles bien à elle, des règles établies une fois pour toutes par une force invincible.
     
     Cette sensation étrange me donne à réfléchir. Je pense aussitôt à mes rêves où je me sens le spectateur d 'évènements troublants provoqués par des êtres incontrôlables et inattendus... Des évènements qui se réaliseront quelques jours plus tard sans que je puisse empêcher quoi que ce soit. Témoin et impuissant.

     A ce moment une jeune femme élégante s'approche nonchalamment de moi et me dit:

     - Un royaume en cache toujours un autre. Plus mystérieux ou plus troublant.

    - Vous faites allusion à la mer? je lui demande après quelques secondes de réflexion, étonné que l'on s'adresse à moi en français à quelques heures des côtes anglaises et néerlandaises .

     - J’aurais dû parier, me dit la jeune femme avec un sourire de satisfaction.

     Un “je ne comprends pas” plutôt timide sort de ma bouche.

     - Je vois, me dit-elle. J'ai affaire à un poète.

     - Maintenant, je ne sais vraiment plus où j’en suis.

     - Sur votre élément.

     - Mon élément?

     - Mais sur la mer! Votre royaume! Vous êtes bien du signe des poissons, non?

     - Je crois comprendre, je lui réponds, tout perplexe.

     - Vous êtes un cas intéressant, m'avoue-t-elle avec une pointe d’ironie.

     Puis, constatant qu'elle est debout et que moi je suis effondré dans ma chaise longue, je me lève d'un bond et lui dit:

     - Toutes mes excuses, Madame, pour ne pas vous avoir offert ma chaise.

     - Ça n'a aucune importance. Mais si vous tenez à vous faire pardonner, on peut aller boire un verre au bar, me déclare-t-elle.

     Et me voici face à une belle inconnue pour laquelle je ne suis pas tout-à-fait inconnu.

     - En somme, si j'ai bien compris, lui dis-je, vous êtes capable de lire dans les yeux des gens, et à distance, la langue qu'ils parlent et le jour et l'heure de leur naissance.

     Elle me sourit.

     - Non? Je me trompe?

     Elle sourit toujours.
     
     - Astrologue ou agent secret?

     - Ni l’un, ni l’autre.

     - Alors comment vous avez fait pour savoir que je parle le français?

     - Parce que je ne parle que cette langue.

     - Et que je suis du signe des poissons?

     - Vous regardiez si tendrement la mer...

     - Vous êtes certaine que vous n’êtes pas astrologue?

     - Pas plus astrologue que vous le capitaine de ce navire...

     - Alors pourquoi vous m’avez dit sur le pont que je suis un cas intéressant?

     - Par jeu. Un jeu de femme lorsqu'on s'ennuie. Le seul moyen pour s'en sortir, c'est de se créer un jeu. Rien de plus.

     - Et maintenant?

     - Qu'est-ce que vous voulez savoir? Vous voulez savoir si je m'ennuie ou si je joue?

     - Si c'est possible.
     
     -Eh bien, c'est ni l'un ni l'autre.

     -Alors vous êtes en train de vivre un moment de grand bonheur, dis-je d'un ton amusé.

     - J'ai horreur de ça, me répond-t-elle avec gravité. Ce mot je l'ai totalement effacé de mon vocabulaire.

     - Pourtant, nous sommes tous à sa poursuite, dis-je.

     - Selon vous.

     - Comment selon moi? Le fait de se créer un jeu pour échapper à ses ennuis, n'est-ce pas poursuivre ce dieu paisible et plein de miséricorde?

     - D'où tenez-vous toute cette science? me demande-t-elle, étonnée par ma réflexion.

     - De ma propre expérience, je lui réponds avec modestie.

     Et je m'explique avec sérieux:

     - Je regarde, je me regarde, j'analyse, je constate, j'observe, je m'observe... et de ce bouillonnement d'images et de réflexions jaillit spontanément la vérité, malgré moi... et un chemin plein de lumière s'ouvre à mes yeux. Et je m'engage sans la moindre appréhension dans ce nouveau royaume parfumé de tendresse et de joyeuses découvertes.

     - C'est bien joli tout ça, m'avoue-t-elle, mais ce n'est que de la poésie. La réalité est toute autre.

     - Question de caractère, je lui dis. Il y a celui qui croit et il y a celui qui ne croit pas.

     - Le crédule et l'incrédule.

     - Non, l'optimiste et le pessimiste.

     - Question de point de vue.

     - Tout est question de point de vue.

     Un moment de silence... à suivre

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  • Désordre (suite)

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     Suite. Une tasse de café. Un verre d'eau. Du tabac. Une pipe. Un briquet. Un cahier. Un stylo. Le vent souffle légèrement. Assis sur une terrasse d'un tea-room helvétique, j'attends que les fleurs sacrées de l'enfer de mon âme m'obligent à suivre un sentier... Quel sentier? Pas de panique! J'aime l'aventure littéraire. J'aime le désert des probabilités créatrices ou imaginaires. J'aime plonger dans ces eaux tièdes et opaques de ma conscience d'artiste. L'homme a tué mon ciel aimé. Ce ciel qui me permettait d'espérer et de me perdre dans les nuages de l'espérance. L'homme structuré et insensible aux beautés nouvelles a tué mon ciel tant aimé. Ma plume telle une canne pour vieillard est le seul instrument, le seul ami encore disponible. Je n'ai plus que la vue des choses pour échanger mon plaisir contre un peu de tendresse. Je souffre. Est-ce possible? Mon café est devenu froid. Mes mains brunies par le soleil violent mais agréable de l'été soutiennent ma pipe et ma plume. Je suis un écrivain des temps absurdes. Ma mémoire rumine de vieilles légendes et des histoires troubles. Des histoires à moitié vécues et à moitié rêvées. Le mot est roi dans mon univers poétique. Le personnage central est un chercheur avide de connaissances et de sagesse. Un peu de silence. C’est ma prière quotidienne.  Silencieusement, l'avenir se trace à l'horizon. L'ange de l'écriture est le plus miséricordieux des anges.

     Hier, j'avais honte de déclarer ce que je souhaitais être. Aujourd'hui, je suis indifférent au faiseur d'images que j'étais. J'ai grandi dans l'exemple de l'honnêteté. J'ai mûri dans la jalousie et le mépris des bien installés. Un tram passe. Le monde va et vient. Le monde dit et ne fait rien. Le miracle est secret. La perle est rare.

     Une histoire n'est jamais la vie. L'amour bouillonne dans les veines. Je contemple le vide. J'ai soif de réalité. Je décide d'entrer chez moi. Un tiroir rempli de cahiers remplis de mots m'attend. Je décide de revivre le passé.

     Première lecture. Résultat nul. Je voulais voler quelques pensées anciennes pour bâtir une citadelle futuriste. Résultat doublement nul. La mort est un doux remède contre les passions inachevées. Je meurs. Je revis. La nouvelle vie me conduit vers un ailleurs coloré de jouissance. J'accepte. Librement. Qui vais-je rencontrer? Une femme? Un homme? Une vierge? Une sainte? Ou un prophète? Le fardeau de ma première existence est encore présent. Je me cache derrière un arbre. Est-ce la peur? Probablement. J'ose à peine trembler. Par crainte de me faire remarquer. Par qui? L'invisible est éternel. Je commence à comprendre l'importance du non-savoir. Je marche. J'avance avec nonchalance. Mes pieds écrasent l'herbe fraîche. Cela m'attriste. Que faire? Je n'ai pas d'ailes. Je ferme les yeux. Pour trouver une réponse. Je les ouvre. Un château est là. À quelques mètres de moi. Je pose mon stylo. Sur mon bureau. J'allume ma pipe. Elle est bleue. Bleue comme aucune autre. Je l'ai peinte par plaisir. A un moment de courage. Enfin, quelque chose de neuf!

     Deuxième lecture: non, merci. Je continue: non, merci. C'était une suite pour tromper l’ennemi. Vraiment? Avais-je de la peine à ressortir du monde du désordre? Il fallait finir pour finir. Question d'ordre. Le désordre ne finit jamais. Je continue alors?...

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  • Désordre (3, fin)

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     Rouge. Vert. Bleu. Les couleurs de base du cinéma d'aujourd'hui. Le septième art traîne des pieds. À ses débuts, il entraînait le peuple dans l'obscurité. Les coeurs palpitaient. Proche de la métaphysique, il n'est plus que la reproduction d'un événement préfabriqué. L'implicite est banni de l'écran. Telle une religion abusive, il a perdu ses fidèles. L'argent a gâché le rêve. Place à la vidéo. Répétition. Brouillard. Une caresse et les yeux se mettent à briller. La bête humaine a la peau sensible. Une peau qui la propulse dans des univers nostalgiques.

     Source tarie. Crépuscule. L'espace est compressé. Les fenêtres donnent sur des cathédrales de béton. Les architectes font du fonctionnel. L'horizon est gris. Je marche sur et dans un désert d'asphalte. Un vieux prophète m'indique un sentier à prendre. J'obéis. Sans doute sa barbe. Blanche et douce. Je découvre un temple sculpté par le temps. Je suis attiré. Tel un étudiant aspiré par le mystère de l'érotisme. Je me retrouve au centre d'un sanctuaire. Deux femmes nues s'admirent devant une glace. Le sanctuaire se transforme en chambre à coucher. Les femmes. Deux autres femmes peut-être s'adonnent aux jeux de l'amour. Le plaisir est à deux doigts du crime. Les corps se mélangent. La beauté est malsaine. On hurle. On se lamente. On réclame. On est avide de sensations. Des encore s'inscrivent sur les murs. Les murs bougent. Je panique. Je ferme les yeux. Je les ouvre. Les femmes ont pris de l'âge. Elles tricotent.

     I love you but I prefere my horse. Cette phrase avait fait rire un ami zaïrois (Congolais selon lui). Elle avait laissé de glace une vieille Écossaise. Professeur d'anglais. Contexte. Histoire de lieu. Histoire de sensibilité. Histoire d'histoire. Une image ne reflète jamais la même image. Ce qui est avant trace l'avenir. Les mathématiques des circonstances empêchent l'homme simple de prévoir. Isolé dans ma cellule créatrice, je me bats contre les dieux du désordre. L'harmonie est un souhait. Le souhait d'un enfant alarmé par des disciplines frustrantes. La lune éclaire la terrasse. Les étoiles brillent grâce à l'absence du soleil.

     Un lit, une table et deux chaises. Une chaise pour moi. L'autre pour la visite. Pour la rencontre. Pour le monde extérieur. Le tout, ce simple petit tout soigneusement posé dans une cabane. Une cabane en bois, en briques ou en fer. Une cabane avec une fenêtre et une porte. Une porte munie d'une serrure. Contre les voleurs. Ou les destructeurs de l'intimité. Contre les violeurs des croyances personnelles. Chacun sur cette terre doit posséder son territoire. À lui. Bien à lui. Où il peut se retrouver. Où il peut méditer. Son temple. Son lieu de prière. En réalité, l'homme n'est guère plus exigeant que le plus modeste des animaux.

     Une larme coule d'une statue en pierre. L'étrange me semble naturel. En disant cela peut-être pas si naturel que cela. Sous un pin parasol un peintre scrute l'horizon, avant de se perdre dans le paysage de sa future oeuvre. Le verbe peindre a tout son courage. Un café. Un verre d'eau. J'ouvre un tiroir. Le tiroir de ma commode probablement. J'y retire une arme. Une arme à feu. Un revolver ou un pistolet. Je ne connais pas la différence. J'ignore tout de la guerre. Ignorant et encore sous l'influence des films américains, je voulais devenir colonel. Soldat j'ai pris conscience de la bêtise disciplinaire. Politicien j'ai pris conscience de la servitude du pouvoir. La lâcheté est monnaie courante au royaume de la peur. La femme est secrète quand la chapelle se construit. Bavarde quand le bateau perd le nord. Des voitures passent. Les drapeaux flottent. La fête se prépare. J'aime l'odeur de l'encre. J'aime l'odeur de la femme que j'aime. Mon épouse éternelle. Femme aux multiples facettes. Toutes brillantes de lucidité. La divinité est féminine. Qui aurait pensé cela? Je compte sur mes doigts. Je compte les doigts. Au-delà de deux la confusion est probable.

     Humour. La vulgarité est prête à surgir. Le rire est-ce une protection contre le ridicule? L'animal est en marge de ces processus psychophysiologiques. Les souvenirs chargent la mémoire humaine. Changement de temps. Les philosophies s'éteignent là où le bonheur s'allume. Les éclairs de la béatitude sont rarissimes. Trop rarissimes. Souhaitons que les décisions du Père céleste ne soient plus celles que nous subissons.

     Texte incohérent. Buvard de la réalité. Tableau perméable aux éléments les plus divers, les plus opposés les uns des autres ou l'un de l'autre. Les images s'infiltrent dans l'univers chaotique de l'esprit humain. La logique veut mener le bal. Elle désorganise tout. L'ordre a du mal à se tracer un chemin. L'ordre et la logique dressent des barrières. Mais le vent de la vie dévaste les murailles de la protection. Celui qui croit savoir ne sait rien. La volonté n'est qu'un flirt avec la connaissance. L'ordre est calculable. Le désordre est incalculable. Et l'existence? Le désordre est incompréhensible. Mais immortel. L'ordre est compréhensible. Mais mortel. Le désordre est illogique. L'ordre logique. Qui des deux survivra? L'interrogation est une pulsion d'une conscience conditionnée par l'ordre. Que faire pour comprendre? Il n’y a rien à comprendre. Il faut plonger dans le désordre pour ne plus faire qu’un avec lui. La clé de la vie est peut-être quelque part dans l'océan du chaos.

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  • Désordre (2, à suivre)

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     Entre le feu vert et le feu rouge, je murmure des républiques entières d'espoir et de défaites. J'attends que les anges d'un autre ciel viennent à mon recours. Je suis injuste et pourtant sincère. Mes conquêtes prématurées ont chargé inutilement ma mémoire. Me rendant méfiant. Des hommes et d'une certaine existence. J'étais simple. Je nage maintenant dans le désordre. Victime de ma logique. Victime d'une logique inculquée. Il aurait été préférable pour ma quiétude que je me fusses nourri d'indifférence. Je me suis fait avoir par des monstres et des sorcières séduisantes. Je cesse... non, cesse de te lamenter, devrais-je me dire. M'ordonner. L'été est en plein ciel malgré la folie industrielle. Je hais les sourds aux chants de l'enfance. Je hais les muets qui nous piétinent à retardement. Je hais la haine qui me dévore. J'étais un adolescent de l'ordre. Je suis devenu un adulte du désordre.
     

     Le sexe s'extériorise mal par la bouche. Car la bouche est un volcan de mensonges.

     L'administration est un jeu d'échecs et de chèques. Où le papier est roi. Où le crayon danse la valse. Une valse qui pénalise les faibles et les honnêtes hommes. Adieu cirque! Adieu vipères! Adieu couleuvres engendrées par des vipères! Je monte sur un vélo. Vive l'aventure! Le paysage me chatouille le coeur. Enfin une sensation agréable! Je croise des cylindres en bois dressés pour l'utile. Je croise des bois en forme de trapèze pour l'agréable. La vitesse est irréelle. J'existe dans l'allégresse. J'avance. Je transpire de joie. Les fantômes sont eux aussi morts. Je m'arrête devant le portail d'un cimetière. J'entre. A pieds. Le passé est présent. L'avenir gonfle déjà le marbre. Tout est possible. Rien n'est certain. Je m'assieds sur une tombe. Une femme légère s'approche de moi. Place au dialogue!

     La femme: - Que faites-vous là sur le toit de ma demeure? Moi: - Rien. La femme: - Ce n'est pas une réponse. Un mot en cache un autre. Une réponse en cache une autre. Une femme en cache une autre. Fin du dialogue. Tout disparaît. Le voyage au-delà du réel aurait pu me bercer dans une mélancolie poétique. Dans un royaume ordonné hostile à toute nonchalance littéraire. Contraire à mon désir de non-désir. Car le désir transpire d'ordre et réveille paradoxalement le désordre. Les années perdues au sein de l'égoïsme humain m'ont poussé à adorer la bête sauvage. J'ai rangé mon fusil de chasseur et mes cartouches pour laisser vivre. La bête me sourit sans sourire. Elle n'a pas besoin d'étiquette. Qu'est-ce qu'il aurait fait, l'homme?

     Trois noirs passent. Des nègres pour les uns, des transparences pour les autres. Les douaniers suisses sont allergiques aux visages sombres et aux cheveux frisés. Ils interpellent avec une violence polie toute créature dont la génétique est trop visible. Le corps reflète l'âme. Le désordre est image. Le geste vocabulaire du bouillonnement humain. Les gestes trahissent les vérités profondes. L'explorateur de la psyché découvre des romans de craintes et d'obsessions. Des phrases désordonnées, sans queue ni tête. Des phrases vides et pleines de rien. Des phrases où les baisers et les insultes germent dans les espaces, entre les mots. Les révolutions se préparent. La soif du juste, du différent ou du plus coule parfois de mon stylo. Mais le cri a tendance à négliger l'art. L'art veut vibrer loin des disputes. L'art! L'art ne réclame aucune protection. Il est libre. Seul l'homme réclame de l'argent pour protéger son art. Erreur! La subvention artistique est une injustice sociale. Car l'art est une élégance généreuse au service de l'humanité et non pas au service de la finance. Mais le désordre veut autrement.

     Que vais-je devenir! L'artiste est mal vu dans la cité de Calvin. Même s'il est sérieux, a le sens de l'administration et ne déteste pas la cravate. Question de préjugé. On imagine mal un président-poète au pays du chocolat. Un artiste, ça fait désordre, disent les adorateurs des lingots d'or et du vin blanc. Enfin, on ne corrige pas les commandements de la tradition. Et la sagesse est rare au sein des sociétés helvètes. Il y a des pensées qui s'enracinent. Il y a des pensées qui déracinent. Les sexologues ont mécanisé l'appareillage sexuel. Mais l'amour est une chimie qui échappe à la science. Les pédagogues, eux, essaient de s'approprier le savoir. Malheureusement, le savoir est plus fluide que l'air. La connaissance en sait quelque chose. L'homme de demain devra avoir les reins solides. Je ne serai pas à sa place. Heureusement pour moi... à suivre

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  • Désordre (1, à suivre)

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      Ce petit essai fut publié en 1992...

     Chapitre premier. Erreur! Une intention qui ne colle pas avec le titre de cet ouvrage. Aucune importance. Penser au désordre c'est penser à l'ordre. Comme penser à la mort... la vie est présente à chaque seconde. Je m'organise. Deuxième erreur. Je devrais me désorganiser. Me laisser aller. Pour me laisser envahir par le désordre. Je suis victime de mon éducation. De l'éducation de l'ordre. Tout doit être à sa place. Un tram passe. Voilà qui est bien! Je progresse. Au fil des pages l'art du désordre surgira petit à petit du fond de ma mémoire. Lieu paradisiaque d'un désordre entassé avec un sens sacré de l'ordre. Dans un système ordonné, une poussière désorganise tout. Dans un système désorganisé, une poussière ne dérange personne, strictement personne. Une histoire qui commence et se termine n'appartient pas au monde du désordre. Trop parler du désordre, cela risque de faire naître un souffle nouveau... stop, halte, bref! J'entre dans l'enfer des hommes.

     Je suis un acteur. En plein dans une société vide de sentiments.La civilisation du chômage. Le chômage: virus engendré par la société de consommation. Un virus qui au vingt et unième siècle fera des dégâts considérables. Un virus engendré surtout par un égoïsme pébliscité par des individus pathologiquement atteints d'une dose surhumaine de bêtise. Les politiques se gargarisent. Ils se nourrissent grâce au désordre. Créé par leurs prédécesseurs et recréé par eux-mêmes. Un fonctionnaire passe. Les voitures passent. Le temps passe. La littérature passe. La terre est condamnée à n'être plus qu'un désert de poussière et de cendre. Il n'y aura plus personne pour parler de Jésus, de Moïse, de Bouddha ou de Confucius. Ni chat, ni chien, ni personne. Vers la fin des temps, l'ordre aura sa vraie raison d'être. Le bruit qui osera aller contre ce monstre qui a rongé nos derniers tendres moments de silence? Un spécialiste en écologie humaine? Ou un éthologue révolutionnaire? De nos jours, seul un scientifique nourri par une mère spirituelle pourra être le prochain messie. C'est écrit nulle part. C'est écrit dans la nécessité.

     Je fume la pipe. C'est vrai, j'ai tort. Je devrais fumer de santé. Telle une cheminée qui fume de bonheur. Quand on la regarde, on devine une grand-mère en train de préparer une bonne soupe de légumes. Fumer qui a créé ce désordre de l'âme?

     On craint le désordre. Mais on craint également celui qui s'en prend à l'ordre, à ce soi-disant ordre qui néglige le véritable ordre moral.

     Où est donc cette citadelle où jadis je respirais l'air pur de l'espérance? Je suis face à une montagne de probabilités. Tout mène à quelque part. À un résultat banal. À un résultat absurde. Au néant. À un résultat en tout cas. Les nuages sont magnifiques à regarder. Quelles merveilles brumeuses! Ils ou elles? Elles ou ils? Ils s'unissent et ne font plus qu'un. Puis le vent, le destin, la vie en décide autrement. Des gens parlent fort. Que de mots pour un seul objet! Que de bavardages! On parle pour parler. On parle pour oublier. On crache des mots chargés de haine, de vengeance, d'amertume. J'ai envie de crier: «- Ferme ta gueule vieille conne. Ferme ta gueule vieux con. Fermez-la une fois pour toutes.» Mais à quoi bon? Je change de cap. Je vise ailleurs. Ailleurs: cet éternel merveilleux. Et si j'y allais? J'y vais... à suivre

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