Pondichéry un jour d'automne (16, à suivre)

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Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgEt me voici, pour la première fois de ma vie, un cas intéressant pour les médias sonores. Grâce à mon fric, forcément!

Le nagra tourne. La bande magnétique n’a encore agonisé par ici, me semble-t-il.

Le journaliste me pose la même question:

- Pourquoi ici et pas ailleurs, Monsieur El?

Je me frotte les mains et je lui propose:

- Avant de répondre à cette question, puis-je formuler un désir profond?

Un oui à l’indienne, soit un balancement de sa tête de droite à gauche, et je me lance:

- La plupart des gens ont tendance à n’écouter que d’une oreille et de ne lire que d’un œil. C’est pourquoi, je vous prie, chers auditeurs et chères auditrices, de m’écouter attentivement. Car ce que j’ai à vous dire ne plaira pas à tous et à toutes. Je le sais. J’en suis conscient. Mais je n’en suis pas désolé pour autant. Car j’ai choisi mon camp et je campe sur mes positions. Si j’ai accepté de soutenir le projet d’un orphelinat à Pondichéry, c’est comme si j’avais décidé de participer au nettoyage de la chambre la plus crasseuse et désordonnée d’une grande et belle maison qui s’appelle la société, la terre ou le monde. Ma bonne brosse toujours la cuvette des chiottes avant de lustrer les robinets du lavabo...

- Spot! crie l’ingénieur du son... La bande a dérayé. Elle est toute froissée. Il faut que j’aille à mon atelier.

Et, ni une ni deux, il disparaît de notre vue.

Le Tamoul plus noir qu’un Africain me regarde pantois.

- C’était un moyen très subtile pour censurer, je lui dis. Votre collègue a préféré saboter le génie de Stefan Kudelski avant je salisse davantage l’image de votre pays. Non? Je le comprends mais ce n’est pas du tout professionnel...

- C’est qui ce Stefan? s’étonne-t-il.

- L’inventeur de l’enregistreur Nagra, une merveille technologique...

- Bien sûr, bien sûr! J’ignorais son prénom.

- Comme tous ces journalistes qui planent au-dessus des sujets.

Une minute de silence. On se croirait à un enterrement.

Arrive Krishna, toute essoufflée.

- Bonjour, désolée du retard, s’excuse-t-elle... Où est Ram, Singam?

Si ma mémoire est encore bonne, singam signifie lion en tamoul, me dis-je. Donc je ne me suis pas trompé.

- Singam et Ram, les deux rescapés d’un naufrage, j’ironise. L’un chante et l’autre rame...

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